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Marguerite Pozzoli (Traducteur)
EAN : 9782742767779
227 pages
Actes Sud (30/05/2007)
3.58/5   114 notes
Résumé :
Voici l'incroyable et véridique histoire de Han Van Meegeren, peintre traditionaliste né aux Pays-Bas en 1889, qui, éreinté par les critiques de son époque, décida de se venger de manière grandiose : il réalisa plusieurs faux Vermeer dont certains furent considérés par la presse comme des chefs-d'œuvre du maître de Delft. Ce n'est qu'en 1945 que la supercherie fut découverte, quand la police saisit la collection de Goering, et que Van Meegeren fut accusé de haute tr... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
3,58

sur 114 notes

Un peintre raté reçoit la visite, simple formalité, du Service de la Sécurité néerlandaise. Pris de court, accusé d'avoir vendu à Goering le tableau attribué à Vermeer « le christ et la femme adultère », persuadé pourtant d'avoir pris ses précautions entre les divers vendeurs et acheteurs du tableau, il ne peut ou ne veux pas se défendre de cette collaboration avec l'ennemi nazi.

Puis il craque, et avoue qu'il a peint lui-même ce Christ.

Pourquoi devenir faussaire ?

Luigi Guarnieri explique fort bien d'abord que Vermeer a produit très peu, qu'il a été oublié pendant longtemps, éclipsé par Rembrandt et de Hooch, qu'ensuite les critiques d'art ne pensent qu'à une chose : exhumer une oeuvre du passé, qu'en plus ils ne sont pas d'accord entre eux, rivalité plus forte que l'expertise.

Enfin, van Meegereen, appelé par l'auteur VM a essuyé de vrais camouflets de la part de ces soi-disant experts. Il ne crache pas sur la fortune, cependant son ressort premier est la vengeance.

Il s'isole donc durant quatre longues années dans le sud de la France, étudie les stupéfiantes couleurs de Vermeer, où dominent le bleu ciel et le jaune, couleurs complémentaires que le peintre manie avec subtilité. le bleu vient du lapis-lazuli broyé, remplacé parfois par de l'azurite et le bleu de Saxe, cependant VM achète à Winsor et Newton de Londres des lots de lapis-lazuli. Il étudie la manière de provoquer des craquelures crédibles, en chauffant dans un four spécial certaines couches de peinture (une jeune fille ayant disparu dans les environs, il est soupçonné d'être un nouveau Landru.)

Il finit par dévoiler par personne interposée son oeuvre, les experts s'extasient, il se prend au jeu, ses tableaux réputés chefs d'oeuvre de Vermeer exhumés du passé se vendent si cher qu'ils atterrissent dans les musées, à La Haye ou à Amsterdam. Lui se garde bien d'apparaitre au grand jour, il met en place entre lui et les acheteurs tout un filet de protection.

Des faux peuvent être pris pour des vrais, ce qui est le cas de la jeune fille au chapeau rouge de la National Gallery de Washington, ou du butin de guerre de Napoléon 1·. Des tableaux authentiques peuvent passer pour des faux, comme un tableau de Rembrandt. « L'art de la peinture » considéré comme un de Hooch, acheté par Hitler qui l'accroche à Berchtesgaden, devient providentiellement un Vermeer en 1938, alors que la côte du premier dépassait de beaucoup celle du second. Il figure sur la couverture du livre.

VM ne veut pas seulement être un brillant faussaire, il veut, de tout son coeur, être un grand peintre, capable d'égaler Vermeer, il prétend redonner vie au peintre oublié pendant deux siècles, en tournant le dos à l'art « dégénéré » des Picasso et compagnie, et il y arrive.

Proust est passé par là, lui qui en 1902, lors d'un voyage aux Pays-Bas, avait contemplé la vue de Delft. Il aurait voulu écrire plus quant aux travaux de Swann sur Ver Meer qui rendent folle de jalousie Odette (A-t-il souffert par une femme, est-il encore en vie ?), en revanche, lors de l'exposition Vermeer prêtée par le Musée de la Haye, Proust raconte la mort de Bergotte devant le petit pan de mur jaune de Delft à cause de la beauté entrevue :

« Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. »

Mourir à la vue de la beauté.

Les choses se compliquent avec l'invasion du Reich, et le danger que les oeuvres des musées soient tout simplement saisies. Goering se charge, surtout si les tableaux appartienent à des juifs, de l'opération et de l'envoi par train spécial jusque dans des mines de sel, où des oeuvres inestimables ont été détruites.

La double vie de Vermeer expose plusieurs vies : celle du peintre, celle de son faussaire, celle de Proust, et celle de Goering, dont le dernier chagrin, plus encore que sa défaite militaire, l'idée qu'il ait pu avoir été abusé par un faussaire, et avait donc, pour une fois, payé fort cher une contrefaçon.

Luigi Guarnieri rapproche la mort de Bergotte, inventé en 1921 par Proust, la sienne assez semblable, la mort de VM et celle de son modèle :

« Il mourut comme était mort, deux cent soixante -douze ans plus tôt, dans une demeure glaciale de Delft, le peintre mystérieux qui, sur cette terre, pour un court laps de temps, avait pris le nom de Joannis Reynierszoon Vermeer. »

Livre complexe, presque trop complexe, érudit, à consulter encore et encore.

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Voilà un livre que je n'ai pas su apprécier .

C'est dommage car le sujet est intéressant, Hans van Meegeren est un peintre de la fin du XIX qui ne rencontre pas le succès escompté dans la mesure où sa peinture traditionnelle se trouve évincée par la popularité des peintres comme Picasso, Modrian, Magritte, Dali . Sa colère est d'autant plus grande qu'il constate que les critiques d'art sont peu légitimes. Sa vengeance est jubilatoire et cela m'a permis d'apprendre des tas de choses certaines techniques de peinture mais je n'ai adhéré ni au style ni à la construction du roman.

Ce roman s'apparente plus à un documentaire, d'où ma déception, j'avais envie d'un roman ! de plus, j'ai parfois été perdue entre toutes les références.

J'ai besoin en ce moment de lecture détente, j'ai donc mal choisi !

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Comme le laisse présager le titre, ce roman parle de Vermeer et de peinture, mais pas que. Il s'agit surtout d'une histoire de vengeance ; celle véridique d'Han van Meegeren alias VM dans le récit, peintre raté ou du moins considéré comme tel par le milieu artistique du XXème siècle, avec son cortège d'historiens, de critiques, de marchands d'art et autres spécialistes en tout genre. Prompts à condamner tout artiste dont la démarche ne rentrerait pas dans les canons artistiques du moment. Adepte de la peinture néerlandaise du XVIIème siècle, dénigrant tout renouveau dans les courants artistiques modernes, VM est à son tour démonté par les critiques et ne parvient pas à obtenir la considération à laquelle il aspire. Passablement aigri – et outre son désir de peindre - il va rapidement développer une obsession : berner les spécialistes en créant des faux qui seraient certifiés comme d'authentiques toiles de maîtres. Sa vanité en a décidé, sa première et principale cible sera Vermeer. La problématique qui traverse tout le livre est celle de la relativité d'une oeuvre d'art et du talent d'un artiste.

Un livre que j'aurais lu paradoxalement assez vite alors que je ne suis pas particulièrement convaincue par le choix de narration de l'auteur. Hybride oscillant continuellement entre le roman et l'essai - le ton documentaire prenant trop souvent le pas sur celui du roman à mon goût - le style est au final assez austère et sujet à beaucoup de digressions (dont deux chapitres entiers sur Proust et Goering...) ainsi qu'à un concentré de détails qui n'est pas systématiquement nécessaire. Pour autant, je ne peux pas dire que j'ai trouvé ce livre mal écrit, il est au contraire relativement fluide a lire et ne m'a pas perdue dans les multiples aller-retours que l'auteur fait entre la vie de VM et son travail de faussaire versus les considérations sur la vie de Vermeer et son oeuvre. Tout en prenant soin d'établir de subtils ponts entre les deux, il fournit ainsi une première explication au titre de ce livre. La seconde est davantage liée à l'interprétation de la vie et de l'oeuvre du maître hollandais : une dualité entre le Vermeer réel et le Vermeer fantasmé par certains spécialistes. Parmi les théories et hypothèses échafaudées, une a été largement exploitée par VM pour créer ses faux. Elle porte sur l'existence présumée par certains de tout un pan religieux dans la production de Vermeer - habituellement considéré comme un peintre de genre. Au moment des faits, un certain nombre de circonstances formant un tout permirent à ces spécialistes d'alimenter cette théorie et au plan de VM de réussir : le flou entourant la personne de Vermeer, les attributions longtemps erronées de ses tableaux, certains détails dans plusieurs d'entre eux, le contexte historique contemporain dans lequel se déroule les événements etc...

A titre personnel, j'ai été captivée par certains passages narrant la démarche technique et les expériences faites en amont de la réalisation des premiers faux par notre faussaire. J'ai également vraiment apprécié tout ce qui a pu m'éclairer sur la vie de Vermeer, son oeuvre ainsi que les descriptions des théories dont il a été l'objet. Quelques considérations stylistiques subjectives font que je ne crierai personnellement pas au chef d'oeuvre mais ce roman n'en reste pas moins extrêmement intéressant à lire si l'on est curieux du fonctionnement du marché de l'art, si l'on est avide de détails sur l'ingéniosité des faussaires ou plus simplement sur Vermeer.

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Le moins que l'on puisse dire c'est que les critiques et experts en art pictural ne sortent pas grandis de ce roman.

La double vie de Vermeer, c'est celle qu'il à vécu au XVIIe et dont on sait peu de choses, et celle que lui a créée Han van Meegeren, peintre néerlandais lui aussi, né fin XIXe, à une époque qui ne convenait pas à son talent, et reconverti en faussaire.

Parce qu'il veut ridiculiser ceux qui l'éreintent dans leurs critiques de ses tableaux, mais aussi pour le plaisir de peindre à la manière des grands maîtres, puis par appât du gain, van Meegeren va créer des faux, principalement de Johannes Vermeer. le choix de ce peintre découle de la relative obscurité qui entoure sa vie et son oeuvre, ses tableaux n'étant pas clairement répertoriés, il est plus facile d'y adjoindre des toiles qui auraient été pendant longtemps dans une famille. En outre il commençait à être reconnu après deux siècles d'oubli.

Ces faux vont être accueillis avec enthousiasme par plusieurs experts, achetés par des collectionneurs, dont Hermann Goering et même par l'Etat néerlandais. Un procès aura lieu en 1947 et il sera condamné à seulement un an de prison qu'il passera dans un hôpital. Mais van Meegeren affaibli par ses excès mourra peu après.

Bien qu'il soit indiqué roman, ce livre se rapproche du documentaire par sa précision. Une précision telle qu'elle rend certains passages ennuyeux. Ceux que j'ai préféré concernent l'analyse des tableaux du maître de Delft. J'ai trouvé par ailleurs sa biographie assez confuse.

Il est dommage que le texte n'ait pu être accompagné d'illustrations de quelques uns des tableaux en question.

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Han van Meegeren (1889 - 1947) peintre hollandais au caractère difficile, connait de brèves heures de gloires aux Pays Bas et en France mais se brouille avec nombres de critiques qui cessent de défendre son oeuvre. Peu doué mais affichant de grandes ambitions, il a du peindre des portraits pour des raisons alimentaires. Il était réfractaire à toute modernité dans l'art. Il ne jurait que par la peinture du 17è siècle et particulièrement Jan Vermeer dont on ne connait que très peu de choses.

En 1932, installé sur la Côte d'Azur, l'heure de la vengeance a sonné. Par amour du geste de peindre et seulement pour cela, il se met à fabriquer de faux Vermeer avec une méticulosité et une technique parfaite au point de duper les meilleurs experts. Mais la guerre 40-45 vient brouiller les pistes. le Maréchal Göring entre en possession d'une des toiles de van Meegeren /Vermeer. La supercherie est démasquée lorsque les Aliiés mettent la main sur l'incroyable collection d'art de Göring et enquêtent sur les propriétaires des tableaux en vue de leur restitution. van Meegeren fut inquiété pour collaboration avec l'ennemi à la suite de quoi il avoua son forfait. Finalement, il fut condamné à un an de prison seulement. S'il était effectivement un faussaire, il avait cependant dupé Göring et pour cela s'est attiré la sympathie du public.

La lecture est assez ardue. le texte dense jongle entre des détails fouillés sur ce l'on sait de la vie de Vermeer, l'admiration de Marcel Proust pour Vermeer et les techniques utilisées par van Meegeren.

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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation

C'est toujours une entreprise ardue que d'établir, de manière irréfutable, l'authenticité d'une œuvre d'art, sauf dans les cas, relativement rares, où la provenance de l'œuvre même s'avère détaillée et certifiée. Ainsi, c'est presque toujours le goût et l'opinion subjective de l'expert qui établissent si un tableau doit figurer parmi les chefs-d’œuvre d'un musée, ou moisir dans une réserve pour l'éternité, s’il vaut la somme considérable qu’un collectionneur est disposé à payer, ou s’il faut le considérer comme une croûte sans valeur, Ce caractère arbitraire, et inévitable du jugement critique peut alimenter une spirale perverse. Les faussaires - pour des raisons évidentes - ne revendiquent jamais, en général, les faux qu’ils produisent. Si un expert de renom établit, par exemple, qu’une peinture discutable est tout de même un Vermeer (histoire de rester dans le sujet) il est difficilement démenti par un autre expert, même si ce dernier est aussi renommé que lui. Son confrère pourra exprimer une opinion diamétralement opposée, mais ne reviendra pas sur l'attribution du tableau. Ainsi, si un musée important expose un nouveau Vermeer, cette peinture - même si elle ne l'est absolument pas - devient automatiquement, et dans tous les sens, un authentique Vermeer.

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La splendeur dorée du sable au premier plan. Les nuages chargés de pluie, tout en haut du ciel immense. La réverbération liquide de la porte de Schiedam et de la porte de Rotterdam dans l’acier bleu du canal. La ville éclairée parla lumière rasante du soleil. Et, surtout, la précieuse matière du petit pan de mur jaune peint par Vermeer, avec l’habileté incroyable et le raffinement d’une œuvre d’art chinoise.

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. Proust avait ajouté autre chose :la conscience selon lui très claire chez Vermeer, que l’élan créateur nait de la contemplation du monde, du réalisme de la vision et non de la banale reproduction des faits.

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Pendant longtemps ,il n'avait pas su comment réagir devant l'hostilité universelle, puis, très lentement mais inexorablement,cette idée ,aussi sournoise que fascinante, folle et diabolique, avait éclos en lui.Il porterait un coup d'une audace incroyable aux conventions sur lesquelles reposait tout le monde de l'art, un milieu gluant et hypocrite ,qu'il duperait avec une férocité raffinée, en peignant un faux impossible à distinguer d'un chef-d'oeuvre d'un des plus grands maîtres du XVII è siècle.

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Désormais, il considérait la famille comme le symbole le plus ennuyeux de la misérable respectabilité petite-bourgeoise.

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Video de Luigi Guarnieri (1) Voir plusAjouter une vidéo

Luigi Guarnieri : La double vie Vermeer
A la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente le livre "La Double Vie de Vermeer" de Luigi GUARNIERI. Ce roman s'inspire de la vie du peintrehollandais Han van Meegeren, faussaire de Vermeer.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature italienne, roumaine et rhéto-romane>Romans, contes, nouvelles (653)
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