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EAN : 9782072845529
304 pages
Éditeur : Gallimard (02/07/2020)

Note moyenne : 2.34/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Cet "Idiotie" traite de mon entrée, jadis, dans l'âge adulte, entre ma dix-huitième et ma vingt-deuxième année, de 1958 à 1962. Ma recherche du corps féminin, mon rapport conflictuel à ce qu'on nomme le "réel", ma tension de tous les instants vers l'Art et vers plus grand que l'humain, ma pulsion de rébellion permanente : contre le père pourtant tellement aimé, contre l'autorité militaire, en tant que conscrit puis soldat dans la guerre d'Algérie, arrêté, inculpé, i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Litteraflure
  16 novembre 2018
Lorsque j'étais au lycée, j'avais la chance d'avoir un professeur de français exceptionnel. Un extra-terrestre, un homme grand et maigre, très cultivé et d'une grande bonté. Il est décédé quelques années plus tard d'une maladie rare. Il m'a donné le goût de la littérature. Il nous avait dit une fois que la plus grande qualité, pour un homme de lettres et de culture, c'est de rendre accessible son savoir et son talent. Il ne s'agit pas de se galvauder non, mais de chercher l'universel. Non, il n'y a pas de honte à servir le partage. Il n'y a pas de honte à être intelligible. C'est le contraire que j'ai ressenti dans "idiotie". Un cuistre qui se fout de ses lecteurs en abusant du point virgule et des deux points. Guyotat est à la littérature ce que le CNRS est à l'innovation : de la recherche fondamentale, nécessaire, indispensable mais dont on peine à comprendre la finalité. Je placerai ce livre dans mon cabinet de curiosité, parmi d'autres bizarreries et je le consulterai de temps en temps, fasciné et exaspéré à la fois. Je ne peux pas m'empêcher de penser à des auteurs comme Romain Gary qui ont fait passer des messages extraordinaires par une langue novatrice et compréhensible de tous. Laissons Guyotat à son quant-à-soi lexical.
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lucia-lilas
  13 novembre 2018
Pour tout vous dire, il m'a semblé avec Idiotie mener un combat au corps à corps. Ah, il m'a résisté l'animal, j'en ai lu et relu de ces phrases tarabiscotées, déchirées, heurtées, saturées de points-virgules, où grouillent verbes et substantifs au pluriel, où le présent nous jette à la figure une réalité souvent glauque, violente, où les verbes vomir et déféquer reviennent, toujours et toujours, jusqu'à la nausée, obsessionnellement. Il m'en a fallu de la volonté pour ne pas lâcher, lire (et relire!), me plonger dans un univers peuplé de désirs, de sensations, de sexualité refoulée, de souffrance, de haine, d'amour recherché, de quête de l'autre, d'errances, de peur, de conflit avec soi et les autres, de révoltes, de doutes, de tension vers l'art et la mort. Un monde d'odeurs, de souffles, de corps, de fluides où tout se sent, où tout se touche dans une sensualité parfois écoeurante mais nécessaire pour accéder à l'autre.
Pourquoi poursuivre une telle lecture ? Pour des phrases comme celle-ci : « Presque tout, je le vis comme au bord de la raison. Dans cet intervalle entre la raison et son explosion » ou comme celle-là : « Je rêve debout de pouvoir connaître tous les humains, un par un ou famille après famille, entrer dans leur vie le temps au moins d'une après-midi de petit enfant » et tant d'autres qui m'apparaissent de plus en plus nombreuses à chacune de mes lectures.
J'en ai chié avec toi - allez, c'est dit, et je reprends tes mots, sale bouquin, tu m'auras pourri des jours déjà bien sombres, tandis que la pluie triste de novembre tapait sur mes vitres ternes. Et pourtant, à chaque relecture, l'étincelle, la petite lumière, la tournure qui te saisit, le détail qui t'avais échappé et qui te touche, au coeur. La scène floue, hallucinée, rêvée ?, prend forme soudain, je trouve mes repères, j'y vois plus clair, je distingue enfin les contours, j'entre, je pénètre dans un espace empli de signes. Mais j'y entre quand même… enfin !
Parfois, je mets de côté l'animal-livre qui me résiste encore. J'essaie alors de trouver une autre porte, une autre clef. Je cherche ailleurs, écoute l'auteur causer ici et là, raconter, dire, expliquer. Je m'y fais. Je lis sa vie. le réécoute.
Et j'y retourne, à l'assaut, mieux armée, prête à en découdre, à résister à l'écoeurement : pisse, vomi, sang, sperme, vers me révulsent, ce monde violent qui gicle, éclabousse, ne retient rien me dégoûte. Néanmoins, il est, je le sais. Ce monde dont l'auteur veut faire une oeuvre d'art, ce réel qui n'a de sens que s'il devient art est là. L'auteur me le montre. Je n'y échapperai pas. « Depuis l'enfance je vis si intensément chaque vision, que de l'enraciner immédiatement dans une origine historique et de la prolonger presque simultanément dans une résolution ou une métamorphose future, je lui fais exploser son centre actuel, ainsi disparaît la vision à l'intérieur de moi, pour s'y transformer en objets de création et s'efface-t-elle de la réalité extérieure. »
Dans Idiotie, Pierre Guyotat relate, à travers des scènes qui l'ont marqué, son entrée dans l'âge adulte, entre sa dix-huitième et sa vingt-deuxième année (1958/1962) : après la mort de sa mère adorée, fuyant la figure du père, il quitte le domicile familial, erre dans Paris, dort sous les ponts (lui qui est né bourgeois et dont le père est médecin… mais, il veut « se déclasser »), mange peu ou mal, se réfugie dans quelques logements de passage, auprès d'êtres fantomatiques dont il ne semble percevoir que des fragments de corps, trouve des petits boulots pour survivre. C'est la misère. Il raconte un vol qu'il a commis chez lui et l'immense sentiment de culpabilité qui s'en est suivi (je pense soudain à Rousseau…) Puis, c'est son engagement, tête la première, dans la guerre d'Algérie - alors que son père lui avait obtenu un sursis, qu'il rejettera pour « affronter ce qu'il y a de pire » - : l'horreur de ce qu'il découvre, lui, l'anticolonialiste. Il subira une peine de trois mois de cachot au secret pour « atteinte au moral de l'armée » après que des chefs sont tombés sur certains de ses écrits - qui sont d'ailleurs lus à haute voix… j'imagine la scène !!! Il est soupçonné par l'armée de « répandre des informations vers la métropole ». «  le lieutenant récite une note où je fais état de la misère matérielle, treillis en lambeaux, saletés des corps, vermine, nourriture avariée, de camarades dans tel poste où l'un d'eux perd la raison, mitraille du haut du mirador des rebelles imaginaires... » On l'accuse d'être pornographe, lui qui est encore un pauvre puceau ayant refusé toute sorte d'amour pour garder intacte la puissance créatrice de son écriture (mais allez leur expliquer cela...) Il est interrogé, jeté au cachot et transféré dans une unité disciplinaire ... Insupportable soumission à de soi-disant « supérieurs » : « sensation de mon idiotie ici à me ressentir inférieur à qui porte galons. »
« Rumeurs, troubles, autour du camp, passages agités d'isolés noirs de soleil, d'errance, de faim de cuit, c'est de leur rumination que je ferai ma poésie future. »
Idiotie, dans sa langue brute et poétique, une langue pour laquelle il a depuis son enfance « des ambitions de renouvellement », restitue ces expériences terribles, violentes, puissantes, expériences de l'humiliation certainement à l'origine de sa création, de son écriture, seule revanche possible.
Intensif, paroxystique, d'une force rare, ce texte, de bruit et de fureur, remue aux tripes. C'est un cri puissant que je vais entendre certainement longtemps. Un grand texte, évidemment !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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GeorgesSmiley
  16 juin 2018
Extrait page 11 (deux adolescents fugueurs allongés sous un pont à Paris): « le faisceau tournant d'un fanal rouge d'un bateau de tourisme retardataire nous fouaille. François garde sa bouche ouverte, le halo sur ses dents fraîches, je ferme les yeux, les rouvre : une forme a glissé derrière ma tête depuis le bas de l'arche ; je me retourne, dans le sac, me hisse, coudes au pavé, vers l'arrière : d'un tas de hardes, une main, pote, d'un bras nu marqué de cicatrices, ramène les guenilles vers le haut où ça renifle ; je suis la main vers de grosses narines retroussées où un doigt à l'ongle encrassé fouille ; plus haut, des mèches bouclées, un peu grasses, sortent des oreillettes relevées d'une casquette de surplus ; des cils aussi longs que des faux battent un haut de joue dont le rose se voit dans le halo rouge ; le doigt s'y met : des poux ?...Le corps bouge, tout entier, descend sous les hardes à nouveau dispersées, entre les relents de pisse séchée j'en flaire un de parfum, de crasse et d'autre chose que je ne connais pas : en serait-ce un de l'épanchement que quelques-uns d'entre nous, retour au pensionnat le dimanche soir, essaient de nous décrire comme issu de l'intimité, du secret des filles qu'ils se vantent d'avoir vues « culbutées » par les jeunes ouvriers dans les bals de village et de faubourgs ? de ce que, il y a trois ans, retour d'Angleterre, dans les soutes du ferry j'ai flairé au tampon de la fille endormie ?
Voilà, j'atteins la page 42, c'est toujours le même style qui me contraint à lire trois fois une phrase pour finir par penser l'avoir à peu près comprise. Cette Idiotie me rend idiot et, c'est une première, je rends les armes, j'abandonne ce livre trop intelligent pour moi.
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hrousset
  31 octobre 2018
La récente rentrée littéraire a déversé dans le champ médiatique trop de livres inutiles, en particulier d'autobiographies fictionnelles ou hagiographiques, billets d'humeur, ou confessions par des « écrivants » pour qu'apparaisse et surnage dans l'actualité ce que l'on peut attendre de la « littérature » et qui peu ou prou émergera avec le temps et appartiendra aux classiques de notre époque. « Idiotie » de Pierre Guyotat est de ceux là
Il est possible qu'il échappe à l'attention du grand public parce que si l'auteur : Pierre Guyotat est connu, c'est souvent par sa personnalité et le caractère sulfureux et d'accès difficile de ses écrits. On se souvient en particulier de « Tombeau pour cinq cent mille soldats »(1967) et « Eden, Eden, Eden »(1970) reconnus et encensés par le milieu littéraire pour saluer une « langue » originale (Sollers, Debray, Leiris, Barthes, Foucault…),en même temps que d'autres intervenaient pour défendre son propos face à une polémique qui avait conduit pour « Eden » à l'interdiction de publicité et de vente aux mineurs , avant même que « Prostitution » et « Progénitures »(2000) ne viennent à nouveau bousculer, le long fleuve tranquille de la littérature, par le style et l'obscénité (au sens étymologique du terme) des descriptions.
« Idiotie »participe à une autre ligne d'ouvrages : des récits au présent de fragments de vie : « Coma »,(2000), « Formation » (2007), « Arrière Fond » (2010), récits d'apprentissage (de transformation) de celui qui très tôt, né en Province dans un milieu bourgeois, s'était reconnu poète . « Idiotie » est la suite des deux derniers et couvre ici l'entrée dans l'âge adulte, de 18 à 22 ans, de 1958 à 1962. Il a actuellement 76 ans. Il ne s'agit pas d'une biographie, encore moins de souvenirs, mais de la suite de scènes marquantes, d'un corps à corps littéraire revécu en direct comme pourrait le faire le cinéma, sous réserve qu'il puisse traduire aussi bien l'hyperesthésie du narrateur où tous les sens sont en éveil (l'odorat, la vue bien sûr : à la fois voyant et voyeur, l'audition : bruit et fureur racontés par un idiot ,c'est-à-dire un singulier selon l'étymologie : « idiot, simple ,particulier, unique, toute chose, toute personne sont ainsi idiotes, dès qu'elles n'existent qu'en elles-mêmes »). Une alchimie des sens…Des mots au service des images fortes, saturées, (« les mots sont déjà dans le noir interne de ma tête, quand se ferment les yeux. Je ressens que j'y trouve le moyen de vivre et déjà de dominer la vie et le monde »). Des mots servis avec un rythme saccadé, en staccato, entrainant le lecteur à la fin de longues phrases marquées par une ponctuation originale, avec scansion par des points-virgules. Une langue orale qui pourrait être déclamée, proférée,comme l'ont fait pour d'autres ouvrages l'auteur lui-même, Patrice Chéreau, Antoine Vitez… Une langue de « gueuloir », où la musique des mots s'allie à la force des images. Mais une langue directement accessible, une langue « normative » (pour reprendre les termes de Guyotat, qui porte les traces sans en avoir la difficulté d'accès de la langue originale d'autres ouvrages .On conseille au lecteur encore hésitant de lire les deux dernières pages qui donnent un bon exemple du style.)
Le livre a deux parties d'inégale importance. La première est le récit de la fugue à Paris à 18 ans, après neuf ans de pensionnat où il se retrouve sans toit et tiraillé par la faim, sous le pont de l'Alma, en proximité des prostituées, en proie à des visions obscènes qui évoquent les tentations de Saint Antoine telles que les a évoquées Flaubert. Quête d'humanité dans un monde hostile, nourri de l'affection d'une mère trop tôt disparue et de la bouche de laquelle il a appris « les dogmes et les mystères chrétiens », et en marche vers le père, « prêt à en découdre mais avec quelle force de chair renouvelée… » La deuxième partie plus étoffée est le récit de son engagement en 1961, dans la guerre d'Algérie, rompant volontairement le sursis, long cri anticolonialiste, en proie aux horreurs d'une guerre fratricide, en echo du « Tombeau pour cinq cent mille soldats ». Il sera arrêté par la police militaire pour des notes subversives, et ce que l'on apprendra sur lui à travers le roman qui vient d'être publié. Il sera emprisonné trois mois. Cette seconde partie est très fluide et comporte des séances assez cocasses comme le décryptage de ses écrits par un gradé…
Au total, une chance d'aborder une écriture qui devrait compter dans l'histoire de la littérature. Un récit au plus près des sensations : « Abattre mon je, vivre sans retenue, les seuls sens, animal. Exister sans être.»
Hugues Rousset
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frandj
  21 décembre 2018
Ce roman est-il un chef d'oeuvre ? Je ne suis pas très loin de le penser. Le sujet du livre, sans doute largement autobiographique, me semble exceptionnellement intéressant. Le narrateur, qui n'est autre que P. Guyotat lui-même, évoque d'abord sa longue errance dans Paris alors qu'il était âgé de 18 ans seulement. Mais les deux derniers tiers du roman sont encore plus frappants. Ayant résilié son sursis, le narrateur est incorporé dans les troupes chargées de la répression de l'insurrection algérienne. Tout à fait hostile au colonialisme et étranger aux valeurs défendues par le pouvoir français, il est incriminé pour des tentatives de démoralisation de l'armée, enfermé au secret pendant trois mois, puis transféré dans une unité disciplinaire au moment où l'Algérie arrache son indépendance. C'est une aventure incroyable. Pour ma part, je ne connais pas un autre livre apportant un témoignage détaillé sur des militaires français personnellement engagés CONTRE la guerre d'Algérie, c'est pourquoi "Idiotie" est a priori passionnant.
Mais (il y a un MAIS) l'écriture de P. Guyotat est très déroutante. Le texte n'est pas facilement compréhensible. Que dire d'une phrase comme celle-ci, que je vais abréger (!): « sa voix de joue, sa poitrine, sa croupe, sa bonne santé, sa morale à tout va, quatrième de huit enfants - séduire les sept pour l'avoir… - sa mutilation - foetus de quel autre que l'ami ? -, son insouci des choses de l'esprit - déposant, brusque, la tasse sur le plateau du tréteau où l'ami travaille… » (p. 37) ? Outre toutes ces incises, on trouve dans le livre de trop nombreuses coquetteries avec les infinitifs, les points-virgule et les articles définis (qui sont volontairement oubliés), etc... Face à ce texte, mon impression a été souvent pénible, tout devenait flou pour moi et je perdais le fil de ce que l'auteur veut nous conter. Mais ce style un peu dingue - et même encore exagéré - prend un plus grand relief dans certaines scènes presque hallucinantes. Par exemple: l'épisode de la jeune fille muette, trouvée dans une ferme pillée, pendant que les Algériens règlent leurs comptes entre eux juste à l'indépendance du pays (égorgements, tortures, etc). Ces longs passages quasi-délirants m'ont fait une énorme impression, même si je suis loin d'avoir tout compris. Il y a sans doute du génie chez P. Guyotat, mais… il peut être considéré comme rebutant !
Dans ce roman, l'auteur esquisse une fresque historique douloureuse sur l'Algérie, mais pas que. Le narrateur est un personnage étrange, à la fois faible et fort, cultivé et pacifique mais s'affrontant aux autorités militaires, puceau et obsédé de sexe, supportant stoïquement les avanies. Les ambiances sont parfois très glauques, avec du sang, du vomi, du sperme; un des soldats a beaucoup torturé et un autre e… les animaux; quant aux officiers interrogeant le héros, ils sont croqués impitoyablement. Mais tout ça ne relève pas d'un simple naturalisme: la volonté de l'auteur est de nous plonger dans la subjectivité du personnage principal.
A travers son livre, l'écrivain donne une image atroce et fascinante de la condition humaine, dans ce qu'elle a de pire et, rarement, de meilleur. Ma lecture a été laborieuse. Ayant juste achevé le roman - à ne pas mettre entre toutes les mains - je reste perplexe et, en tout cas, estomaqué.
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critiques presse (3)
Bibliobs   19 octobre 2018
Charnel, poétique et violent, ce livre-testament de Pierre Guyotat condense les obsessions qui traversent son œuvre.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   24 août 2018
L’écriture, bien que sans cesse innervée par des inquiétudes et des doutes, veille néanmoins à la justesse des notations et à l’expression cristalline des urgences. Politique jusque dans l’intime, Idiotie donne vie et voix à un corps ayant vaincu l’humiliation par le verbe.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   24 août 2018
Récit initiatique du passage à l’âge adulte, révolte qui s’affirme contre l’injustice, naissance d’un poète… Guyotat se raconte en de stupéfiants tableaux.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   16 juin 2018
Le faisceau tournant d’un fanal rouge d’un bateau de tourisme retardataire nous fouaille. François garde sa bouche ouverte, le halo sur ses dents fraîches, je ferme les yeux, les rouvre : une forme a glissé derrière ma tête depuis le bas de l’arche ; je me retourne, dans le sac, me hisse, coudes au pavé, vers l’arrière : d’un tas de hardes, une main, pote, d’un bras nu marqué de cicatrices, ramène les guenilles vers le haut où ça renifle ; je suis la main vers de grosses narines retroussées où un doigt à l’ongle encrassé fouille ; plus haut, des mèches bouclées, un peu grasses, sortent des oreillettes relevées d’une casquette de surplus ; des cils aussi longs que des faux battent un haut de joue dont le rose se voit dans le halo rouge ; le doigt s’y met : des poux ?...Le corps bouge, tout entier, descend sous les hardes à nouveau dispersées, entre les relents de pisse séchée j’en flaire un de parfum, de crasse et d’autre chose que je ne connais pas : en serait-ce un de l’épanchement que quelques-uns d’entre nous, retour au pensionnat le dimanche soir, essaient de nous décrire comme issu de l’intimité, du secret des filles qu’ils se vantent d’avoir vues « culbutées » par les jeunes ouvriers dans les bals de village et de faubourgs ? De ce que, il y a trois ans, retour d’Angleterre, dans les soutes du ferry j’ai flairé au tampon de la fille endormie ?
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frandjfrandj   21 décembre 2018
(p. 167)

Que dit-elle, précipitamment, français arabe mêlés – mais parle-t-elle ? n’est-ce pas moi qui la fait parler en moi ? –, elle recule, ouvre la porte en grand sur la pénombre: entre le corsage et le short une peau rose et brune, vermeille pâle et le nombril comme un coquillage à fleur de sable ou d’eau: je vois la fesse, le rein, la croupe, c’est bien depuis une gorge, sa bouche entrouverte, qu’elle « parle » de plus en plus doux maintenant que j’ai presque tout vu d’elle: ma paume veut sa croupe – elle pas assez sortie pour que je puisse la voir – , mes lèvres sa bouche, mes dents – que je ne connais pas – ses dents qu’elle, à chaque miroir, regarde, lèvres retroussées; mon cœur son cœur.
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Claire45Claire45   20 mars 2019
Toute manifestation du réel n'est qu'un signe avant-coureur ou d'après coup d'une pensée continue de la violence du monde -mais violence de vie- de l'humain à l'humain, de la nature (maladie) à l'humain, de l'humain à l'animal, de l'animal à l'humain, des animaux entre eux, du corps à l'esprit, de l'esprit au corps...- une confirmation de ce que j'éprouve, imagine en continu et en silence. P 200
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Claire45Claire45   21 mars 2019
Mais, depuis l'enfance je vis si intensément chaque vision, que de l'enraciner immédiatement dans une origine historique, métaphysique et de la prolonger presque simultanément dans une résolution ou une métamorphose future, je lui fais exploser son centre actuel, ainsi disparaît la vision à l'intérieur de moi, pour s'y transformer en objet de création et s'efface-t-elle de la réalité extérieure.
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rkhettaouirkhettaoui   18 septembre 2018
Illumination : c’est de la bête que je dois faire une œuvre, de l’idiot qui parle, du « rien », encore un peu de psychologie française, de « personnages » – c’est dans le 4 × 4 de commandement que j’ai écrit, quelques mois auparavant, en attente du chef de bataillon, le prologue d’un livre à paraître deux ans plus tard –, et bientôt l’épopée de l’idiot – par l’idiot, détruire l’humanisme, comprendre le monstre politique ou de camp (le culturel n’a pas empêché la pire déshumanisation) –, de l’idée fixe : qu’est-ce après tout qu’Antigone, qu’Électre… ? le Christ lui-même… plus le mental et les préoccupations sont limités, plus le verbe est beau et ample : l’idée fixe comme percée et éclatement du réel.
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Vidéo de Pierre Guyotat
Écrivain ardent, cru, radical, sulfureux, Pierre Guyotat expliquait en 2006 le lien profond qu'il voyait entre son écriture et sa vie.
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