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ISBN : 2330098383
Éditeur : Actes Sud (03/01/2018)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 67 notes)
Résumé :
Au cœur de l'Inquisition espagnole, la rencontre improbable entre un mercenaire à la solde du plus offrant et une poignée de grand-bourgeois convertis en danger. La Rose de Saragosse allume l'étincelle d'une rébellion qui passe par le trait vif de la caricature et le langage unique de la gravure. Aventure, séduction, mystère, un bref et riche roman comme une esquisse qui fait parler les silences. Où l'on retrouve le souffle et l'acuité de l'auteur de La Confrérie de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Pecosa
  15 avril 2018
Très jolie infidélité à l'Histoire, La rose de Saragosse est un roman délicat comme une fleur. Raphael Jerusalmy s'inspire de l'assassinat en 1485 de l'inquisiteur Pedro de Arbués dans la cathédrale de Saragosse pour tisser son intrigue. Qui assassina l'inquisiteur provincial chargé de la traque des marranes dans le royaume d'Aragon? On soupçonna les grandes familles de la cité qui voyaient d'un mauvais oeil le pouvoir grandissant du Saint-Office. Pour venger la mort de Pedro de Arbués, Torquemada mit en place à Saragosse un important autodafé au cours duquel on brûla des centaines d'hérétiques.
Raphaël Jerusalmy ne s'intéresse pas à l'identité des assassins de l'inquisiteur, mais à des placards collés le long des façades de la ville représentant le cadavre écorché de l'homme d'église. Le placard est signé d'une rose épineuse. Scandalisé par cette oeuvre subversive qui nargue l'Inquisition, Torquemada lance ses tueurs et ses mouchards sur la trace du mystérieux et talentueux graveur.
La rose est une allégorie de la résistance à l'obscurantisme religieux. Jerusalmy dépeint avec finesse la montée en puissance de l'Inquisition. D'abord réticente, une partie de la population de Saragosse finit par se plier à cette institution qui étend son pouvoir sur tout le territoire, gangrène le royaume d'Aragon, aidé en cela par l'assassinat de Pedro de Arbués, puis quelques années plus tard par le meurtre supposé du Santo Niño de la Guardia. Le décret de l'Alhambra de 1492, qui entraîne l'expulsion des juifs d'Espagne, achève la christianisation de la péninsule et l'unification des Espagne Médiévales.
Comment résister pendant sept ans aux tribunaux religieux, aux autodafés, aux bûchers, à la chape de plomb de l'obscurantisme, ? Deux figures se détachent, deux personnalités ô combien distinctes et pourtant si emblématiques de la société de l'époque, unies par l'amour de l'art.
Angel Maria de la Cruz y Alta Mesa, dont le patronyme n'est pas garant de privilèges, est le cadet d'une famille de la petite noblesse. Pauvre, méprisé, contraint de frayer avec la populace pour survivre, il ne sait pas encore qu'il est l'homme de la future Espagne. Car il est vieux chrétien et demain la pureté de son sang lui ouvrira toutes les portes. Léa de Montesa, quant à elle, est fille de conversos. Eduquée, cultivée, raffinée, elle est espèce négligeable, contrainte de taire ses capacités intellectuelles et ses dons naturels. « Elle n'est pas un homme. Sa sédition commence par là. En jouant du burin, elle ne défie pas uniquement la gent masculine. Elle menace les autres femmes qui se débrouillent très bien autrement, trichant, à la manière des artistes pour tromper la vigilance des pères et des maris. Léa s'insurge et se cabre d'une façon qui ne sied certainement pas à une demoiselle de la ville haute et que même ses servantes la voient d'un mauvais oeil car elles ne lui pardonnent pas son courage. Et puis, il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas vraiment chrétienne. Ni Espagnole. Comme les roses de son patio, elle est greffée sur un plant qui n'est pas le sien. Et a beaucoup d'épines. »
Angel et Léa sont deux esprits libres, deux amoureux du beau, deux esthètes broyés par le fanatisme religieux. En faisant de l'art un outil de subversion, Raphaël Jerusalmy nous offre de très belles pages aussi délicates que la machine de répression est brutale. L'Homme aux yeux gris de Petru Dumitriu, s'ouvrait sur les mésaventures d'un converso fuyant Tolède, puis l'Espagne et se terminait dans l'atelier du Titien. La rose de Saragosse commence en Aragon et se termine avec Botticelli, comme si finalement la seule façon de survivre à la répression résidait dans l'exil, et dans le goût des belles choses.
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Annette55
  12 juin 2018
Voici un roman historique lumineux, porté par un récit mystérieux à l'écriture dense , à la fois épurée, subtile et elliptique, traversée par des portraits forts et simples, comme sait le faire l'auteur , dont j'avais lu avec bonheur "Sauver Mozart "en 2014.
Il tisse son récit de petites phrases à la fois puissantes et économes.
Nous sommes à l'automne 1485, à Saragosse , quand l'inquisition fait régner la terreur en Espagne...
Aprés le meurtre d'un prélat, membre de cette juridiction, le pére Arbués, dans la cathédrale de Saragosse, c'est le dominicain Torquemada qui est investi par le roi du titre de grand inquisiteur.
Qui est l'assassin ?
L'enquête se tourne vers les juifs convertis," naturellement" suspects , l'auteur se concentre entre deux personnages: Léa , la fille d'un riche converti , indépendante , espiègle et raffinée, élevée dans l'amour des livres et de l'art.Son pére , Menassé de Montesa, est un collectionneur précieux de gravures et de livres , possesseur d'une importante bibliothéque , avec un penchant pour les volumes mis à l'index et Angel de la Cruz, noble déchu, hidalgo en guenilles mouchard, indicateur de l'inquisition ,habitué aux moqueries ....mais artiste lui- même, toujours flanqué de son molosse impressionnant : Cerbero....
En même temps , une série de gravures satiriques --- infâme placard signé d'une rose épineuse placée en marge, telle une provocation, ------sont affichées dans toute la ville, en signe de résistance, au sein de ce royaume d'Aragon, autrefois béni, où vivaient ensemble chrétiens et Maures, juifs et païens , terre de liberté , peuple pugnace si jaloux, de son indépendance , tombé, hélas ! sous le joug d'une poignée de dominicains ....
"À quoi diable reconnaît- on un homme libre " ?
C'est un ouvrage mêlant religion et histoire , mais surtout l'art de la gravure, cousine de l'écriture, " Les graveurs , la plupart sont d'ailleurs anonymes . de simples faiseurs d'images....
Sous des apparences de naïveté dissimulent une acuité redoutable" ..." Cette alchimie des alliages , ce sortilège des pointeaux et des burins qui font surgir des images hors du néant ...." La gravure est l'art des rebelles...."
A l'aide d'une plume défiant les temps obscurs qu'elle évoque,retenue et sobre, l'auteur place l'art au coeur de ce roman , parmi les faux semblants , les non- dits, où chacun joue sa peau et porte un secret....
Une lecture à la fois vive et enrichissante, évocatrice où le mystère, l'art de la séduction et l'aventure exaltent la conquête de la liberté ....
La première de couverture est colorée et lumineuse .
Aux éditions Actes Sud .
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isabelleisapure
  15 avril 2018
Pour une première rencontre avec Raphaël Jerusalmy, j'ai lu « La rose de Saragosse » un roman passionnant mêlant histoire, art et religion dans une époque tourmentée, celle de l'Inquisition espagnole.
Nous sommes en 1485. L'inquisiteur de Saragosse, Pedro de Arbuès, vient d'être assassiné au coeur même de la grande cathédrale. Ce crime va renforcer le pouvoir du Grand Inquisiteur Torquemada. Son arrivée sur place marque le début de persécutions accrues contre les Juifs et les conversos, ces Juifs convertis au christianisme. Angel de la Cruz, hidalgo au visage balafré profite de ces évènements pour gagner de l'argent en tant que « familier », Indic à la solde du plus offrant, suivi de près par un chien errant, cet homme frustre est aussi un artiste. Sa rencontre avec Léa de Montesa, fille d'un noble converti, élevée dans l'amour des livres et de l'art, va bouleverser sa vie. Ces deux personnages vont se défier, se rechercher, jouer de leur art pour se protéger et conquérir leur liberté.

Au-delà des personnages, au-delà de l'histoire, c'est l'art qui est au coeur de ce roman et surtout la gravure. L'art est donc une arme et ce n'est pas pour rien que tous les gouvernements cherchant à dominer une société s'attaquent en premier lieu à la liberté d'expression, aux journalistes mais aussi aux artistes. Les artistes sont aussi bien pourchassés que courtisés pour les politiques ou les religions. La rose de Saragosse est donc un hymne à la liberté artistique mais aussi un rappel à l'ordre : veillons sur nos artistes
À l'instar d'un graveur, Raphaël Jérusalmy trace à coup de stylet les personnages aussi complexes qu'attachants: Léa de Montesa, Angel de la Cruz, Yehuda Cuheno ou encore Torquemada sont décrits autant par les mots que par les blancs qui les entourent. Il y a un certain mystère sur ces pages et c'est aussi ce qui m'a séduite. J'ai aimé les non-dits, comme un trait de dessin à peine appuyé pour faire ressortir l'élément principal.
J'ai aimé ce roman finement ciselé par la plume élégante de Raphaël Jerusalmy.
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spleen
  22 décembre 2018
Voilà qui me réconcilie avec Raphaël Jerusalmy après mon manque d'enthousiasme pour La confrérie des chasseurs de livres.
A Saragosse, en 1485, le meurtre de l'inquisiteur Pedro de Arbués est le prétexte tout trouvé pour Torquemada, le Grand Inquisiteur ,pour se lancer dans une chasse féroce et sans scrupule à ceux qui osent défier le pouvoir religieux et renforcer les persécutions faites aux juifs, qu'ils aient persisté dans leur religion ou qu'ils soient nouvellement convertis.
Pour parvenir à ses fins, Torquemada a , en particulier ,de nombreux indics, les familiers, dont Angel de la Cruz, un noble désargenté qui va rencontrer Léa de Montessa, la fille d'un riche juif converti : leur passion de l'art les rapproche.
Jeu du chat et de la souris entre Angel et Léa, entre Torquemada et ceux qui osent afficher dans la ville, ces fameux placards, en l'occurrence des caricatures le visant en particulier, signées d'une fine rose avec épines . Et n'est pas toujours chasseur celui qui le croit , c'est le pouvoir merveilleux des romans de travestir la réalité sous forme de croquis et de roses et de faire rêver que la violence n'a pas toujours le dernier mot .
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motspourmots
  12 juin 2018
Ravie de retrouver la plume de Raphaël Jerusalmy dont La confrérie des chasseurs de livres m'avait beaucoup plu. Et pas mécontente de le suivre à nouveau dans son exploration du 15ème siècle, une époque particulièrement clé tant en termes d'inventions que de combats pour la liberté. L'auteur choisit le prisme des arts, pour illustrer les luttes contre l'ignorance propice à toutes les dictatures. A commencer par celle de la toute puissante Église catholique.
Dans La confrérie des chasseurs de livres, François Villon devenait le héros bataillant, sous l'influence de Louis XI pour favoriser la propagation des livres et ainsi de la connaissance, face à la censure de l'église de Rome. Avec La rose de Saragosse, nous sommes une vingtaine d'années plus tard, en 1485, en Espagne où l'Inquisition fait régner la terreur sous l'égide de Torquemada. On envoie rapidement au bûcher à cette époque, des listes circulent, incroyants, infidèles ou autres "mal convertis"... la délation vit certaines de ses grandes heures, on connaît le principe et le type de politiques qui visent à la favoriser. Certains en vivent d'ailleurs, comme cet Angel de la Cruz, un noble déchu et désargenté qui vend ses services au plus offrant. Un indic qui possède néanmoins un réel talent de dessinateur même s'il l'utilise pour mieux traquer ses proies. A Saragosse, un petit malin s'amuse à narguer Torquemada, des caricatures gravées et signées d'une rose s'affichent sur les murs, déclenchant la fureur du grand Inquisiteur. "A quoi, diable, reconnaît-on un homme libre ?" enrage Torquemada. Bien décidé à dénicher le ou les coupables, Angel, flanqué de son horrible chien Cerbero s'intéresse de plus en plus près à deux familles, les de Montessa et les Cuheno, des juifs convertis dont les plus jeunes, Léa et Yéhuda sont amis depuis l'enfance. Commence alors un jeu du chat et de la souris sur fond d'affinités artistiques, tout en ombres et lumières.
Encore une fois, Raphaël Jerusalmy orchestre un roman vif, sur les traces de ceux, anonymes ou célèbres qui ont oeuvré sans relâche pour la liberté et le libre arbitre. Liberté de penser, liberté de créer et de diffuser sa vision des choses. Il trouve le ton juste pour exalter le pouvoir de l'art et des mots magnifiques pour parler de la gravure "l'art des rebelles" dit Léa, "Elle détourne encre et papier de l'usage que leur ont assigné les scribes. Elle élargit le stylet de l'emprise des lettres et des signes, lui donnant plus de leste. Elle émancipe nos regards des diktats auxquels les peintres l'astreignent. Elle oblige à voir autrement. Sans artifices ni demi-teintes".
Et le lecteur d'admirer une fois encore cet art subtil qui consiste à rapprocher les époques, à puiser dans les vastes archives de la connaissance pour mieux mettre en garde sur les dangers qui guettent notre siècle. Et à rappeler les valeurs qui fondent le monde libre.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
Annette55Annette55   12 juin 2018
"Le graveur ne passe ni par les mots ni par les couleurs , qui ne sont pour lui que fioritures..
Il laisse son empreinte sur l'esprit d'une maniére plus subreptice . Mais aussi plus directe .
Le sillon qu'il creuse dans la planche lui fraye un chemin sans détour vers l'œil, qui est la porte de l'âme.
Un sentier qui se faufile tout droit jusqu'aux recoins les plus intimes de l'être .
Là où se terre le Démon. ...."
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NATBNATB   13 juillet 2018
Léa préfère le burin, la poigne qu'il exige. L'encre plutôt que les artifices des pigments et des vernis. Et qu'il n'est pas nécessaire d'étaler partout. Le peintre doit recouvrir son panneau jusque dans les moindres recoins, en cacher le bois nu. Alors que le graveur, lui, n'est point esclave du plan qu'il travaille. Il peut y laisser des blancs, des non-dits.
Des aires de liberté.
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NATBNATB   12 juillet 2018
Ménassé possède une immense bibliothèque dont il consulte souvent les ouvrages. Mais c'est à l'étage des gravures qu'il médite le mieux, scrutant les lignes noires tracées par le stylet, puis estampées avec force sur la feuille. Il a toujours été envoûté par ces impressions à l'encre, un peu crues, parfois brutales. Elles lui semblent dotées de pouvoirs mystérieux. D'une énergie secrète qui, libérée des signes, surpasse celle de l'écrit.
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rkhettaouirkhettaoui   25 février 2018
C’est la première fois qu’elle s’aventure hors de chez elle, depuis le dîner avec le familier. Cet homme lui a inspiré plus de peur que les terribles nouvelles dont il était porteur. Jusque lors, Léa se représentait mal la barbarie qui approchait, se l’imaginant pareille à une coulée de lave ou au déchaînement de l’eau qu’elle contemple à présent. Elle ne s’attendait pas à ce qu’elle ait un visage. Ce n’étaient ni les balafres ni l’insigne de fer de l’hidalgo qui l’avaient effrayée. Elle les avait trouvés plutôt grotesques, collant un peu trop bien au personnage, à l’ogre des contes de fées. Ce n’était pas non plus le rictus sardonique avec lequel il avait nargué les convives. Mais l’indifférence qu’il leur avait manifestée par la suite. Et ce détachement dans le ton de la voix. Qui faisait mal.
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visagesvisages   23 juin 2018
Angel n'escompte point de son art qu'il représente le réel.Mais qu'il l'en délivre.
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Videos de Raphaël Jerusalmy (8) Voir plusAjouter une vidéo
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