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Yves Le Lay (Traducteur)
ISBN : 2825704679
Éditeur : Georg (16/07/1997)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Sommaire :

• Le problème des types dans l'histoire de la pensée antique et médiévale
• Les idées de Schiller sur le problème des types
• L'apollinien et le dionysien
• Le problème des types dans la connaissance des hommes
• Le problème des types dans la poésie
• Le problème des types dans la psychiatrie
• Le problème de l'attitude typique dans l'esthétique
• Le problème des types dans la philosophie mod... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  31 juillet 2016
Pourquoi Spitteler et Goethe n'ont-ils pas écrit la même chose ? On a beau dire que la psychologie n'est qu'une occupation foireuse pour retraités, elle semble fondamentale pour justifier les idiosyncrasies. L'un comme l'autre de ces écrivains a sensiblement vécu à la même époque et au même endroit ; dans leur oeuvre, ils se rejoignent autour du mythe de Prométhée, chacun y allant de sa petite version. Eh bien, vous savez quoi ? ça ne donne pas du tout la même daube. Pour Spitteler, Prométhée est un type bien poissard qui sacrifie son moi individuel à l'âme, loin du monde extérieur, jusqu'à ce qu'un ange apparaisse comme projection de sa tendance à s'adapter au réel. Mais il refuse cette royauté et continue donc de vivre à l'écart, sacrifiant le présent et ses rapports au bénéfice du lointain avenir qu'il prévoit. Pour Goethe, Prométhée est plutôt un être hautain, confiant, qui brave les dieux en vertu de sa propre force créatrice. le Prométhée de Spitteler représente l'exemple de l'introversion tandis que celui de Goethe se rattache à l'extraversion. Quid d'Epiméthée ? Approximativement, il est présenté sous sa facette extravertie chez Spitteler et sous son angle introverti chez Goethe. Ainsi, le mythe faisant intervenir la confrontation entre Epiméthée et Prométhée permettrait au passage d'illustrer le conflit d'un homme qui –pour Spitteler- se montrait épiméthéen d'apparence et prométhéen en profondeur.

Pour Jung, l'introversion et l'extraversion sont deux attitudes fondamentales de la personnalité. L'introversion s'intéresse aux processus subjectifs et psychologiques de l'âme, ce qui traduit un mouvement de l'énergie psychique en direction du sujet lui-même. L'extraversion se sent au contraire prioritairement attirée vers l'objet, auquel elle subordonne sa subjectivité. Chacune de ces attitudes peut adopter un fonctionnement privilégié. Jung répertorie deux fonctions rationnelles (pensée/sentiment) et deux fonctions irrationnelles (intuition, sensation). A cette fonction privilégiée vient ensuite se raccrocher une fonction secondaire, de nature souvent opposée, à titre de compensation. Bien des maladies traduiraient un exercice unilatéral de la fonction prioritaire, au détriment de la secondaire. On distingue enfin une fonction inférieure, celle qui a été négligée, car toute croissance et toute différenciation impliquent de faire des choix et de rejeter certaines possibilités.

Jung met à l'épreuve sa théorie en parcourant l'histoire philosophique, littéraire et religieuse depuis l'antiquité. Plus tard, il pense que les premiers schismes religieux qui se constituent dans l'affrontement autour de la question de la nature du Christ révèlent en filigrane l'opposition entre des conceptions extraverties et introverties. La querelle entre les nominalistes et les réalistes au Moyen Age traduirait également cette opposition des attitudes ; idem pour la théorie de la communion entre Luther et Zwingli, etc.

Tout cela semble bien manichéen, mais ne faites pas les malins : Jung s'en est rendu compte avant vous. Il est fourbe le petit, on ne sait jamais jusqu'où il va nous conduire, et c'est ça qui plaît. Les apparences sont trompeuses et la personnalité n'est jamais une fois pour toutes définie. La stase, c'est le plus grand malheur que Jung vous souhaite. Mais le progrès, c'est-à-dire l'intégration des tendances rejetées, projetées, bannies et honnies, voilà ce vers quoi doit tendre l'homme pour s'accomplir. Deux exemples :
- Tertullien, représentant du type introverti, ardent combattant de la gnose hérétique, a mis au point une éthique religieuse intraitable. Et pourtant, il sacrifie son intellect en reconnaissant un jour la réalité intérieure irrationnelle comme fondement véritable de la foi. En fermant ainsi la voie du développement rationnel, en devenant sentimental après avoir été un penseur vigoureux, il reconnaît la dynamys irrationnelle comme fondement de son âme.
- Origène, représentant du type extraverti, considère que la sexualité contient les fonctions spirituelles essentielles. Il commet son plus gros sacrifice en s'émasculant en -211. Il montre ainsi qu'il cherche à supprimer son attachement à la sensualité, ce qui lui permet de devenir un savant reconnu qui mit au point une théologie essentiellement philosophique.

Ils sont fous ces romains. Oui, sauf qu'Origène était égyptien, et que le sacrifice a parfois du bon : « Biologiquement parlant, le sacrifice est mis au service de la domestication ; psychologiquement, il veut, par la suppression d'attachements anciens, donner à l'esprit de nouvelles possibilités de développement ». Lance-toi dans le ciel, saute du nid, crevard. Il faut prendre des risques dans la vie car la conjonction des tendances opposées ne se fait pas dans la joie et la bonne humeur.

Jung est assez facile à comprendre quand on se tourne du côté des sciences physiques pour traduire ses concepts, particulièrement du côté de la thermodynamique. Ça surprend, pas vrai ? La libido serait ainsi l'énergie psychique de l'âme. Elle peut s'investir dans tous ses domaines et pas seulement dans la sexualité, comme le voulait ce brave Freud. Elle circule dans le moi conscient et dans l'inconscient et, une fois qu'elle s'est planquée quelque part, elle y reste bien tranquille pour faire carburer la machine. En fonction de son investissement, la personnalité sera tantôt davantage introvertie ou extravertie, plutôt rationnelle ou irrationnelle, donnant la priorité d'expression à une instance psychique plutôt qu'à une autre, etc. Ce qui fait mal dans la vie, quand on morfle beaucoup, c'est lorsque la libido exerce une activité unilatérale du côté d'une seule de ces instances, faisant la nique à toutes les autres. Quel appauvrissement, on en souffre, on se montre inadapté au monde, à soi, à la vie. Heureusement, l'énergie n'est pas bloquée pour toujours et elle peut se répartir équitablement dans l'ensemble de l'âme. Mais relancer la circulation, ça prend du temps et ça demande des efforts. Par exemple, ce qu'on appelle dépression serait un retour de la libido vers l'inconscient. Alors, le moi conscient perd sa suprématie et l'inconscient, réinvesti, aura à nouveau le droit de donner son avis.

L'union des forces antagonistes est étudiée dans son rapport au symbolisme religieux. Nietzsche, Schopenhauer, Spitteler et Goethe auraient ainsi eu recours à l'image de la divinité comme symbole de l'inconscient. L'inconscient, c'est le troisième terme qui permet de relier les deux opposés. Dans les religions occidentales, il est perçu comme le Dieu sauveur qui met fin à la division. Cette opposition est extravertie car le lien avec l'autre, la relation avec l'objet, est valorisée. Elle est de nature rationnelle, car tournée vers la causalité. Dans les religions orientales, le concept du Brahman relève au contraire de l'introversion et de l'irrationnel : en refusant la participation de l'émotion et de l'intellect à la psyché, on parie sur une libération du Soi pour une nouvelle vie dans Brahma –état irrationnel d'union des opposés et processus qui conduit à cet état.

La dernière moitié de l'ouvrage sera consacrée à définir ces fameux types –c'était un peu le but du jeu, non ? Ca forme un sacré arbre avec plein de branches.
L'introverti peut être :
- Fonction pensée à dominante rationnelle/irrationnelle, active/passive.
- Fonction sentiment à dominante rationnelle/irrationnelle, active/passive.
- Fonction sensation à dominante rationnelle/irrationnelle, active/passive.
- Fonction intuition à dominante rationnelle/irrationnelle, active/passive.
Même déclinaison pour l'extraverti, avec des conséquences différentes, comme vous vous en doutez.

Et pour finir, un bon glossaire qui remet tout le monde d'accord. Dans sa théorie comme dans sa pratique, Jung cherchait la conjonction des opposées et le surgissement du troisième terme, clé de voûte qui fait tenir tout le bordel. du jamais-vu dans notre philosophie occidentale jusqu'à présent. Vous savez pourquoi Jung est répudié ? Parce qu'il fout la honte à tout le monde : imaginez, un psychologue qui propose une manière de s'attarder sur les concepts de manière à surmonter des siècles de faux antagonismes philosophiques ; c'est comme si une bonne femme réussissait à mettre au point un régime politique qui mette tout le monde d'accord, et content avec ça. LOL. Comment fait-il ? Rappelons que Jung a pas mal causé avec les physiciens genre Wolfgang Pauli au moment où la théorie quantique était connue de toute une troupe de fameux penseurs. Sans doute comprendra-t-on mieux alors pourquoi Jung proposa de surmonter la plupart des apories philosophiques avec le concept d'un inconscient (cf. l'inconnaissable, la chose en soi, l'Etre…) qui ne renvoie plus à l'absolu, mais qui serait seulement un état non encore hypostasié.

Exemple avec l'aporie de l'identité :
« L'identité est toujours un phénomène inconscient, car l'équivalence consciente présuppose nécessairement la conscience de deux objets équivalents, par conséquent, la différenciation du sujet et de l'objet, ce qui supprimerait le phénomène lui-même ».

Livre d'une richesse incroyable. Livre qui aurait pu être total si Jung n'avait pas omis, au passage, de nous préciser à quelle fonction et à quelle attitude de sa personnalité il rendait hommage en l'écrivant.

Lien : http://colimasson.blogspot.c..
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Axielle
  05 mai 2008
Ce livre montre tout le génie de Jung et sa formidable intuition.
Il est passionnant pour celui qui s'intéresse à la dynamique des rapports entre conscient et inconscient.
Jung illustre et accompagne sa réflexion à partir de nombreux textes et écrivains historiques (Kant, ...)
Le livre est difficile à lire pour les néophytes.
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lestoile
  29 juin 2012
livre de base à lire
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cacimassimo
  16 février 2016
Interessant
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
AxielleAxielle   05 mai 2008
L'expérience m'a appris qu'en général on peut classer les individus, non seulement selon la distinction universelle entre extravertis et introvertis, mais aussi d'après chacune des fonctions psychologiques fondamentales ... la pensée et le sentiment, la sensation et l'intuition.
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AxielleAxielle   05 mai 2008
Les représentations symboliques de toutes les religions sont des figurations de processus inconscients sous des formes typiques de valeur générale.
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AxielleAxielle   05 mai 2008
Plus nous remontons dans l'histoire plus nous voyons que la personnalité disparaît dans la collectivité.
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colimassoncolimasson   16 août 2016
L’hypostase de l’idée n’était pas un progrès essentiel ; elle était donnée comme un écho de la matérialité primitive de l’idée.
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colimassoncolimasson   06 août 2016
L’attitude unilatérale laisse, dans le travail d’adaptation psychologique, un déficit qui s’accumule au cours de la vie ; d’où, tôt ou tard, un trouble de l’adaptation qui poussera à la recherche d’une compensation. Or celle-ci ne peut se réaliser que par la suppression (sacrifice) de l’attitude partiale gardée jusqu’alors.
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Videos de Carl Gustav Jung (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carl Gustav Jung
Carl Gustav Jung ou la totalité de l'homme futur (1) De Freud à Jung.
ette émission est la première d'une série de huit consacrées à Carl Gustav JUNG, célèbre psychologue, dont l'un des maîtres fut Sigmund FREUD avant qu'il ne s'en détache. Il est resté dans les mémoires pour son travail sur le système psychique qu'il a classifié en trois parties : le conscient, l'inconscient personnel (formé d'éléments refoulés ou oubliés) et l'inconscient collectif (héritage commun à toute l'humanité).
L'une des notions essentielles de la psychologie jungienne est la notion d'anima (féminin de l'homme) et d'animus (masculin de la femme). Une autre notion primordiale est celle des archétypes qui permettent à Jung d'établir des liens entre le collectif et l'individuel et l'amèneront à sa théorie des grands symboles collectifs (dieux de l'antiquité, héros etc.). La pensée de JUNG est étudié dans le monde entier par des médecins et de psychologues.
Son œuvre a une influence considérable dans le monde entier. Cette première émission va survoler les notions jungiennes, rappeler sa carrière, présenter l'homme dans son travail et son caractère.
Participant : - Roland Cahen - Gehrard Adler - Etienne Perrot - Aniéla Jaffé - Jolande Jacobi - Laurens Van Der Post - Edward Bennet
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>Philosophie et théorie>Systèmes, écoles>Systèmes psychanalitiques (329)
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