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Paul-Henri Michel (Traducteur)Gilles de Van (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080706621
379 pages
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 72 notes)
Résumé :
Une maison cossue dans le quartier résidentiel d'une grande ville, cinq personnages, un huis-clos angoissant. Avec ce roman sobre et désenchanté, le tout jeune Alberto Moravia faisait une entrée fracassante dans le monde de la littérature italienne et signait le premier d'une série de chefs-d’œuvre qui devaient le consacrer comme un des grands romanciers de ce siècle.
Relire Les Indifférents dans sa première édition, c'est redonner à ce texte qui a suscité ta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
ericlesapiens
  02 août 2018
J'ai lu ce roman il a quelques années. Les règlements de comptes familiaux sont un des grands thèmes italiens, aussi bien en littérature qu'au cinéma. (cf « I pugni in tasca » de Marco Bellochio).
Histoires bien poussiéreuses bien ancrées dans les campagnes isolées de l'après-guerre. Mais cette fois, c'est du lourd. Moravia, pour son premier roman, y va à la tronçonneuse. Il élague une après l'autre les branches de la généalogie familiale italienne. Comme dans beaucoup de pays méditerranéens, la famille est le dépositaire et la garantie, de l'ordre et de la sécurité, institution quasi confucéenne (voir aussi les premiers films de Marco Ferreri). Ou plutôt biblique, avec le patriarche comme autorité. Et la figure de Dieu omniprésente comme le symbolise souvent le crucifix au dessus du lit nuptial. Et bien, Moravia détruit tout ce bel agencement. Tous les dessous, au propre comme au figuré sont dévoilés, arme au poing, dans ce drame de la famille bourgeoise ordinaire.
Car, c'est bien de la bourgeoisie qu'il s'agit, celle qui porte le pays, celle qui possède, celle qui vote Démocratie Chrétienne. Il y va fort, le jeune Moravia, quelle audace, quelle écriture. Chaque personnage est décrypté et ensuite coupé, isolé de son lien avec les autres, tous englués dans la même fange. Personne n'en sort indemne.
Lu en VO. Une langue claire, précise, sans fioriture. L'auteur décrit page après page l'ignoble forfaiture familiale.
C'est magistral, c'est un des plus grands romans italiens que j'ai lu.
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EveGenia
  20 mars 2020
Ce roman raconte l'histoire d'une famille bourgeoise déclassée. Les protagonistes sont la mère, la fille et le fils, ainsi que l'ancien amant de la mère de Leo, qui a maintenant posé les yeux sur sa fille, et la "petite amie" de la mère Lisa, brûlante de désir de séduire son fils. L'ambiance est comme dans les films de Visconti: une villa délabrée, une petite ville italienne dans la saison automne-hiver, des jeunes - beaux et condamnés, mais moins flamboyants par rapport aux personnages de Fitzgerald, et à côté d'eux se trouve un environnement sclérosé, qui ne connaît que l'égoïsme et la luxure.
La jeune génération est vouée à l'échec, mais ce n'est pas le detail le plus intéressant. Les actions réelles et les actes des personnages du roman sont autant racontées que leurs fantasmes, leurs rêves, leurs pensées, et ces rêves et ces pensées caractérisent mieux les personnages que leurs propres actes boiteux et impulsifs.
Malgré le fait qu'ils soient jeunes, les personnages principaux se trouvent dans une période de déclin - en d'autres termes, ils ont rejoint l'âge adulte, où la tromperie, l'hypocrisie, la luxure sont la norme. Tout le monde ne parvient pas à rompre avec les rêves d'une vie différente et à se réconcilier sans douleur avec la réalité. Moravia n'est pas resté indifférent à la romance de la nuit et des fenêtres des autres, vacillant sous la pluie dans l'obscurité - et cette note, une note de quelque chose de mystérieux, invitant à elle-même, située au-delà des limites de tout ce qui est familier et habituel, m'a le plus fascinée.
Il n'y a aucune certitude qu'il existe une autre vie, pleine de sens - à l'exception de ce point lumineux de la nuit, à l'exception d'une vue sur la ville, où des fenêtres sourdes et indifférentes se cachent sous les toits, où vous êtes attirés à regarder ... Mais tout cela est si éphémère qu'il se dénoue. Les rébus de la réalité dépassent le pouvoir d'un coeur saturé et fatigué de la monotonie. Ils abandonnent ... qui les blâmera, qui condamnera? Certainement pas nous, embourbés dans la vie de tous les jours, insensibles, indifférents ...
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colimasson
  09 octobre 2013
Réunissons en quasi-huis clos cinq personnages : Leo, Mariagrazia, Carla, Michel et Lisa. Tissons entre ces personnages des liens officiels : Mariagrazia est l'amie proche de Lisa et l'amante de Leo tandis que Carla et Michel sont ses enfants. Emberlificotons-les dans des liens officieux qui sauront créer la discorde : Leo est attiré par Carla tandis que Lisa, l'ancienne maîtresse de Leo, essaie de mettre le grappin sur Michel. Entourons ce marivaudage de quiproquos qui sauront semer la discorde et laissons la naïve Mariagrazia s'imaginer que l'éloignement progressif de son Leo est une conséquence de la perfidie de son amie Lisa, et nous pourrons obtenir une image ressemblante du casse-tête que sont capables d'imaginer des Indifférents.

Mais au fait, tous ces personnages sont-ils vraiment indifférents ? Il semblerait plutôt qu'ils ne soient que deux et qu'il s'agisse des enfants de Mariagrazia : Carla et Michel. Lancés sur leur vingtaine, ceux-ci vivent encore aux crochets d'une mère fantasque et excentrique qui les domine et contrôle la plupart de leurs choix de vie. En résulte une certaine apathie, cause de leur indifférence, et une quête d'identité qui les poussera à mettre en jeu leur existence au petit bonheur la chance, le masochisme semblant être l'explication la plus pertinente de leurs choix aberrants. Toute la durée du livre est censée nous maintenir dans un suspense insoutenable jusqu'à ce que nous sachions si, oui ou non, Carla se forcera à coucher avec Leo et si, oui ou non, Michel réussira à surpasser son dégoût pour Lisa et à se mettre en couple avec elle. Malheureusement, même si l'on comprend les ressorts grossiers qui poussent ces jeunes personnages à l'autodestruction, il sera difficile de se passionner pour leurs intrigues amoureuses et de se prendre d'intérêt pour leurs failles psychologiques. La classe bourgeoise a ses problèmes, si dérisoires qu'ils n'intéressent même pas les autres bourgeois.

A la manière de Knut Hamsun, Alberto Moravia a créé des personnages qui se jettent d'eux-mêmes dans l'humiliation ou la douleur en y prenant une certaine forme de plaisir qui n'ose pas se revendiquer comme tel. Toutefois, à la différence de cet autre écrivain, Alberto Moravia n'induit aucune subtilité de réflexion et ne se distancie pas une seconde de ses personnages, transformant leurs petites embrouilles en tragédies.

« Mais ces visions ne le tourmentaient pas, n'éveillaient en lui nul sentiment. Il aurait aimé être tout autre : indigné, plein de rancune et de haine. Il souffrait de se retrouver à ce point indifférent. »

On comprend le désespoir d'un jeune homme si indifférent. Peut-être même a-t-on déjà connu cette insensibilité apparente. Pourtant, aucune compassion ni intérêt n'est possible. Alberto Moravia nous a transmis l'indifférence de ses personnages. On comprend que c'est embêtant, mais on ne va pas s'apitoyer…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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oiseaulire
  23 septembre 2018
Il y a ceux qui se meuvent avec facilité dans le monde, sans interrogation éthique ; ils savent ce qu'ils veulent et prennent le plus court chemin pour y parvenir : ils ont toutes les cartes en main parce qu'ils y ont travaillé sans relâche et ils remportent la mise. Tel est Léo.
Il y a les rêveurs, ceux qui vivent entre deux mondes : une réalité dont ils s'évadent le plus souvent possible car ils y sont impuissants et s'y laissent déposséder par paresse ou par bêtise ; un univers onirique rempli de dangereuses chimère et d'un sentimentalisme creux. Telles sont Marie-Grâce et Lisa.
Il y a ceux enfin que leur lucidité et leur horreur du mensonge ne sauvera pas, ni ne rendra plus moraux, car leur incapacité à agir ne leur permet d'éviter aucun écueil : tels sont Carla et Michel.
Le monde d'Alberto Moravia était désenchanté déjà à l'âge où il écrivit "Les indifférents", c'est à dire entre dix huit et vint et un ans. Il est vrai que, cloué au lit par une tuberculose osseuse, il avait une vision acérée et impuissante de son époque sans horizon et de son pays, rongé par une bien-pensance et une hypocrisie qui conféraient aux moeurs et à la culture un provincialisme abhorré.
Les indifférents furent édités en 1949 et firent un scandale à leur sortie du fait de leur immoralité. Un peu plus tard, ils furent salués pour leur projet moral. Les deux ne s'excluent pas : en brossant une société de petite bourgeoisie nauséabonde, le narrateur du livre la condamne sans concession.
Moravia n'apporte ici aucune solution à la déliquescence de son milieu, mais dresse un état des lieux convainquant.
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stcyr04
  14 mai 2019
Les Indifférents est une manière de huis clos autour de cinq personnages, une famille de bourgeois en difficulté financière et l'amant de la mère qui la tient par l'hypothèque sur la villa que cette dernière à contracté auprès de lui. C'est une étude de moeurs d'une acuité sans merci sur une bourgeoisie à bout de souffle, vivant de faux semblants, minés par l'ennui, la lassitude, l'indifférence, la perte d'énergie vitale et de valeurs morales. le fils de la famille, Michel, est un être plein de velléités, d'aspirations, de révolte, mais qui est toujours gagné par le renoncement. Son regard désabusé, distancié, spectateur, face au spectacle affligeant des attitudes et des postures des protagonistes fait de lui un second narrateur; c'est un Meursault avant l'heure.
Le présent roman est une oeuvre de jeunesse de l'auteur et qui a connu un fort beau succès de scandale. Il est vrai que la description acerbe de la turpitude morale et de la bêtise foncière des protagonistes est des plus réjouissante à l'oeil de l'amateur de satyre et d'étude de moeurs acide.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   29 octobre 2013
Ses yeux s’emplissaient de larmes ; tout le monde était coupable, tout le monde ou personne, mais quant à elle, elle était lasse de se juger et de juger les autres ; elle ne voulait ni pardonner ni condamner ; la vie était ce qu’elle était ; mieux valait l’accepter telle quelle. Pas de jugements surtout : la paix !
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colimassoncolimasson   15 octobre 2013
Mais ces visions ne le tourmentaient pas, n’éveillaient en lui nul sentiment. Il aurait aimé être tout autre : indigné, plein de rancune et de haine. Il souffrait de se retrouver à ce point indifférent.
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colimassoncolimasson   23 octobre 2013
Quelle drôle de fille, pensa Léo resté seul dans le noir. Elle se laisserait ôter la chemise et, cinq minutes après, elle ne permet plus qu’on l’embrasse sur le front.
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colimassoncolimasson   27 octobre 2013
- Seulement, moi, je ne sais pas feindre… et alors, comprends-tu ? à force de sentiments faux, d’attitudes, de paroles, de pensées fausses, toute ma vie devient une comédie manquée… Je ne peux pas feindre, tu comprends ?
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colimassoncolimasson   17 octobre 2013
« Tout cela est ignoble », pensait-il avec dégoût. Pourtant ils n’étaient pas assis que déjà il jetait Lisa sur les coussins comme s’il avait voulu la prendre : il la vit fermer les paupières et s’abandonner à une sorte d’extase aussi répugnante que ridicule. L’impression fut si forte que son désir s’évanouit ; il baisa froidement la bouche de la femme, puis, avec un gémissement étouffé, il appuya sa figure contre son sein. Obscurité. « Je ne bouge plus jusqu’au moment de partir, pensa-t-il ; comme cela, je ne la vois plus et je n’ai plus à l’embrasser. »
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