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Paul-Henri Michel (Traducteur)Gilles de Van (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080706621
379 pages
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)
3.73/5   72 notes
Résumé :
Une maison cossue dans le quartier résidentiel d'une grande ville, cinq personnages, un huis-clos angoissant. Avec ce roman sobre et désenchanté, le tout jeune Alberto Moravia faisait une entrée fracassante dans le monde de la littérature italienne et signait le premier d'une série de chefs-d’œuvre qui devaient le consacrer comme un des grands romanciers de ce siècle.
Relire Les Indifférents dans sa première édition, c'est redonner à ce texte qui a suscité ta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Ambages
  17 juin 2020
« La vie le cernait de toutes parts comme une forêt épaisse et broussailleuse. Aucune lueur dans le lointain, rien ‘'impossible…'' »
Je crois que c'est la dernière partie de ce roman qui emporte le tout. Ce noir qui domine sous cette pluie battante, la nuit tombée, était pour moi le pendant de ce soleil de Meursault. Impossible de me détacher de cette comparaison entre les deux romans dès le départ de Michel vers l'appartement de Léo. Je n'avais pas l'impression d'une noirceur des âmes mais plutôt d'âmes sans vue, des aveugles. Rien ne les éclairait, rien ne leur donnait à voir pour se diriger vers un autre avenir, vers une vie. Ils étaient nés pour vivre passivement car jamais il ne leur avait été donné la lumière, le chemin. L'ombre les étouffait. Comment mettre ces trois êtres mous face à ce Léo, ce fauve sans la majesté ni la droiture mais la force sauvage et brute, sans avoir cette impression qu'il leur sera impossible de trouver une voie. Ils sont encagés dans leur vie et vont se faire bouffer. Les plus jeunes essayeront de trouver une sortie mais n'est-il pas déjà trop tard ? Ils sont absorbés par « une ombre humide, une ombre de caverne ».
J'ai trouvé cette galerie de personnages incroyable, l'écriture fine et juste qui fouille les derniers recoins des têtes embrumées de Carla et surtout Michel. Cette bourgeoisie indifférente avait donné naissance à des monstres mollasses.
« Sa propre image le persécutait ; il se voyait tel qu'il était réellement, seul, indifférent, misérable. »
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Unhomosapiens
  02 août 2018
J'ai lu ce roman il a quelques années. Les règlements de comptes familiaux sont un des grands thèmes italiens, aussi bien en littérature qu'au cinéma. (cf « I pugni in tasca » de Marco Bellochio).
Histoires bien poussiéreuses bien ancrées dans les campagnes isolées de l'après-guerre. Mais cette fois, c'est du lourd. Moravia, pour son premier roman, y va à la tronçonneuse. Il élague une après l'autre les branches de la généalogie familiale italienne. Comme dans beaucoup de pays méditerranéens, la famille est le dépositaire et la garantie, de l'ordre et de la sécurité, institution quasi confucéenne (voir aussi les premiers films de Marco Ferreri). Ou plutôt biblique, avec le patriarche comme autorité. Et la figure de Dieu omniprésente comme le symbolise souvent le crucifix au dessus du lit nuptial. Et bien, Moravia détruit tout ce bel agencement. Tous les dessous, au propre comme au figuré sont dévoilés, arme au poing, dans ce drame de la famille bourgeoise ordinaire.
Car, c'est bien de la bourgeoisie qu'il s'agit, celle qui porte le pays, celle qui possède, celle qui vote Démocratie Chrétienne. Il y va fort, le jeune Moravia, quelle audace, quelle écriture. Chaque personnage est décrypté et ensuite coupé, isolé de son lien avec les autres, tous englués dans la même fange. Personne n'en sort indemne.
Lu en VO. Une langue claire, précise, sans fioriture. L'auteur décrit page après page l'ignoble forfaiture familiale.
C'est magistral, c'est un des plus grands romans italiens que j'ai lu.
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EveGenia
  20 mars 2020
Ce roman raconte l'histoire d'une famille bourgeoise déclassée. Les protagonistes sont la mère, la fille et le fils, ainsi que l'ancien amant de la mère de Leo, qui a maintenant posé les yeux sur sa fille, et la "petite amie" de la mère Lisa, brûlante de désir de séduire son fils. L'ambiance est comme dans les films de Visconti: une villa délabrée, une petite ville italienne dans la saison automne-hiver, des jeunes - beaux et condamnés, mais moins flamboyants par rapport aux personnages de Fitzgerald, et à côté d'eux se trouve un environnement sclérosé, qui ne connaît que l'égoïsme et la luxure.
La jeune génération est vouée à l'échec, mais ce n'est pas le detail le plus intéressant. Les actions réelles et les actes des personnages du roman sont autant racontées que leurs fantasmes, leurs rêves, leurs pensées, et ces rêves et ces pensées caractérisent mieux les personnages que leurs propres actes boiteux et impulsifs.
Malgré le fait qu'ils soient jeunes, les personnages principaux se trouvent dans une période de déclin - en d'autres termes, ils ont rejoint l'âge adulte, où la tromperie, l'hypocrisie, la luxure sont la norme. Tout le monde ne parvient pas à rompre avec les rêves d'une vie différente et à se réconcilier sans douleur avec la réalité. Moravia n'est pas resté indifférent à la romance de la nuit et des fenêtres des autres, vacillant sous la pluie dans l'obscurité - et cette note, une note de quelque chose de mystérieux, invitant à elle-même, située au-delà des limites de tout ce qui est familier et habituel, m'a le plus fascinée.
Il n'y a aucune certitude qu'il existe une autre vie, pleine de sens - à l'exception de ce point lumineux de la nuit, à l'exception d'une vue sur la ville, où des fenêtres sourdes et indifférentes se cachent sous les toits, où vous êtes attirés à regarder ... Mais tout cela est si éphémère qu'il se dénoue. Les rébus de la réalité dépassent le pouvoir d'un coeur saturé et fatigué de la monotonie. Ils abandonnent ... qui les blâmera, qui condamnera? Certainement pas nous, embourbés dans la vie de tous les jours, insensibles, indifférents ...
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colimasson
  09 octobre 2013
Réunissons en quasi-huis clos cinq personnages : Leo, Mariagrazia, Carla, Michel et Lisa. Tissons entre ces personnages des liens officiels : Mariagrazia est l'amie proche de Lisa et l'amante de Leo tandis que Carla et Michel sont ses enfants. Emberlificotons-les dans des liens officieux qui sauront créer la discorde : Leo est attiré par Carla tandis que Lisa, l'ancienne maîtresse de Leo, essaie de mettre le grappin sur Michel. Entourons ce marivaudage de quiproquos qui sauront semer la discorde et laissons la naïve Mariagrazia s'imaginer que l'éloignement progressif de son Leo est une conséquence de la perfidie de son amie Lisa, et nous pourrons obtenir une image ressemblante du casse-tête que sont capables d'imaginer des Indifférents.

Mais au fait, tous ces personnages sont-ils vraiment indifférents ? Il semblerait plutôt qu'ils ne soient que deux et qu'il s'agisse des enfants de Mariagrazia : Carla et Michel. Lancés sur leur vingtaine, ceux-ci vivent encore aux crochets d'une mère fantasque et excentrique qui les domine et contrôle la plupart de leurs choix de vie. En résulte une certaine apathie, cause de leur indifférence, et une quête d'identité qui les poussera à mettre en jeu leur existence au petit bonheur la chance, le masochisme semblant être l'explication la plus pertinente de leurs choix aberrants. Toute la durée du livre est censée nous maintenir dans un suspense insoutenable jusqu'à ce que nous sachions si, oui ou non, Carla se forcera à coucher avec Leo et si, oui ou non, Michel réussira à surpasser son dégoût pour Lisa et à se mettre en couple avec elle. Malheureusement, même si l'on comprend les ressorts grossiers qui poussent ces jeunes personnages à l'autodestruction, il sera difficile de se passionner pour leurs intrigues amoureuses et de se prendre d'intérêt pour leurs failles psychologiques. La classe bourgeoise a ses problèmes, si dérisoires qu'ils n'intéressent même pas les autres bourgeois.

A la manière de Knut Hamsun, Alberto Moravia a créé des personnages qui se jettent d'eux-mêmes dans l'humiliation ou la douleur en y prenant une certaine forme de plaisir qui n'ose pas se revendiquer comme tel. Toutefois, à la différence de cet autre écrivain, Alberto Moravia n'induit aucune subtilité de réflexion et ne se distancie pas une seconde de ses personnages, transformant leurs petites embrouilles en tragédies.

« Mais ces visions ne le tourmentaient pas, n'éveillaient en lui nul sentiment. Il aurait aimé être tout autre : indigné, plein de rancune et de haine. Il souffrait de se retrouver à ce point indifférent. »

On comprend le désespoir d'un jeune homme si indifférent. Peut-être même a-t-on déjà connu cette insensibilité apparente. Pourtant, aucune compassion ni intérêt n'est possible. Alberto Moravia nous a transmis l'indifférence de ses personnages. On comprend que c'est embêtant, mais on ne va pas s'apitoyer…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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oiseaulire
  23 septembre 2018
Il y a ceux qui se meuvent avec facilité dans le monde, sans interrogation éthique ; ils savent ce qu'ils veulent et prennent le plus court chemin pour y parvenir : ils ont toutes les cartes en main parce qu'ils y ont travaillé sans relâche et ils remportent la mise. Tel est Léo.
Il y a les rêveurs, ceux qui vivent entre deux mondes : une réalité dont ils s'évadent le plus souvent possible car ils y sont impuissants et s'y laissent déposséder par paresse ou par bêtise ; un univers onirique rempli de dangereuses chimère et d'un sentimentalisme creux. Telles sont Marie-Grâce et Lisa.
Il y a ceux enfin que leur lucidité et leur horreur du mensonge ne sauvera pas, ni ne rendra plus moraux, car leur incapacité à agir ne leur permet d'éviter aucun écueil : tels sont Carla et Michel.
Le monde d'Alberto Moravia était désenchanté déjà à l'âge où il écrivit "Les indifférents", c'est à dire entre dix huit et vint et un ans. Il est vrai que, cloué au lit par une tuberculose osseuse, il avait une vision acérée et impuissante de son époque sans horizon et de son pays, rongé par une bien-pensance et une hypocrisie qui conféraient aux moeurs et à la culture un provincialisme abhorré.
Les indifférents furent édités en 1949 et firent un scandale à leur sortie du fait de leur immoralité. Un peu plus tard, ils furent salués pour leur projet moral. Les deux ne s'excluent pas : en brossant une société de petite bourgeoisie nauséabonde, le narrateur du livre la condamne sans concession.
Moravia n'apporte ici aucune solution à la déliquescence de son milieu, mais dresse un état des lieux convainquant.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   15 juin 2020
Seul Michel ne regardait pas dehors. Il s'intéressait davantage à ce que portait la voiture dans son écrin somptueux. L'ombre lui cachait les visages des trois autres, mais, chaque fois que l'auto passait sous un lampadaire, une lumière vive les faisait surgir ; alors apparaissaient soudain les traits profonds et ravagés de sa mère, son regard vaniteux ; Carla, avec sa figure de petite fille contente qui va à la fête ; le profil rouge de Léo, régulier et un peu dur - objets inexplicables et effrayants tels ceux que révèlent, durant l'orage, le feu rapide des éclairs. A chaque apparition nouvelle, Michel retombait dans la même stupeur : pourquoi était-il là, avec eux ? pourquoi ceux-ci et non pas d'autres ? Ces êtres lui étaient étrangers ; arbitrairement placés devant lui par le destin, ils auraient aussi bien pu être différents : Carla, une blonde aux yeux bleus, sa mère, une grande femme maigre, Léo, un petit homme tout en nerfs. Pourquoi non ? Mais ils étaient là, et chaque secousse de l'automobile les faisait se heurter entre eux comme des fantoches inertes. Rien n'était plus angoissant que de les voir ainsi : lointains, détachés l'un de l'autre, irrémédiablement seuls.
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AmbagesAmbages   17 juin 2020
Au moment de sortir de la maison, ils s'aperçurent qu'il pleuvait. L'eau tombait du ciel sans violence mais aussi abondamment que d'une cuvette défoncée ; un grand murmure torrentiel emplissait l'ombre ; sur le pavé bouillonnait un voile d'eau livide ; ruisseaux, gouttières, la grosse pluie, vieille de deux semaines de temps gris, envahissait tout, couvrait tout de son flot impur, fermenté aux flancs des nuages ; sous ce déluge, les maisons se dressaient, droites et noires ; les lampadaires étaient noyés ; les trottoirs inondés prenaient l'aspect amphibie des quais à moitié immergés, dans les ports de mer.
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AmbagesAmbages   15 juin 2020
- Oh ! quelle magnificence, s'écria-t-il avec une gaieté forcée. Bonsoir, Léo ! Et que faites-vous ici, gens riches, élégants et heureux ?
- On va danser, répéta Carla comme dans un rêve.
- Danser ? (Michel s'assit.) Mais alors j'y vais aussi. Tu veux de moi ?
- C'est Léo qui invite.
Léo dressa l'oreille. "Que le diable m'emporte si j'ai invité qui que ce soit." Mais déjà Michel protestait.
- Allons donc, Léo ! J'ai encore de quoi me payer le thé !
Et Léo, sous le regard de Carla, s'empressa de répondre :
- Il n'est pas question de cela… C'est moi qui invite, c'est moi qui paye pour tout le monde.
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colimassoncolimasson   29 octobre 2013
Ses yeux s’emplissaient de larmes ; tout le monde était coupable, tout le monde ou personne, mais quant à elle, elle était lasse de se juger et de juger les autres ; elle ne voulait ni pardonner ni condamner ; la vie était ce qu’elle était ; mieux valait l’accepter telle quelle. Pas de jugements surtout : la paix !
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AmbagesAmbages   15 juin 2020
Et cette lumière, qui n'était pareille à aucune autre, tranquille, familière, cette lumière qui, à force de les éclairer, semblait faire corps avec les objets eux-mêmes et qui, avec la fenêtre bien close et voilée de rideaux blancs, donnait un sentiment agréable et légèrement inquiétant de sécurité. Aucun doute possible… Elle était bien dans sa chambre, dans sa maison. Hors de ces murs, il était probable que régnait la nuit, mais elle en était séparée par les frontières d'un domaine intime, en sorte qu'elle pouvait l'ignorer et rêver qu'elle était seule, et soustraite au monde.
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