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EAN : 9782080703965
169 pages
Flammarion (28/01/1993)
3.65/5   86 notes
Résumé :
Agostino, un adolescent de treize ans, passe de merveilleuses vacances sur une plage avec sa mère à qui il voue une passion aussi intense qu'innocente.
La rencontre de celle-ci et d'un jeune homme auquel elle est loin d'être insensible met un terme brutal à ce parfait bonheur : Agostino découvre avec un étonnement douloureux que sa mère est aussi une femme et non cette déesse qu'il imaginait. Alors commence pour le jeune garçon une période de troubles, de tou... >Voir plus
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La curiosité littéraire nous entraîne parfois dans des domaines que nous aurions mieux fait d'éviter. C'est ce qui m'est arrivé avec ‘Agostino'. Je me doutais que le style de Moravia ne me correspondait pas, j'ai tout de même voulu vérifier. Et certes son écriture est belle. Mais ça ne fait qu'empirer les choses. Car le contraste n'en est que plus violent entre la forme et le fond.

C'est avec une précision et une rigueur méticuleuse qu'il s'attache à décrire l'adolescence dans tout ce qu'elle peut avoir de plus malsain et de plus tordu. La fascination du héros pour sa mère, qui peu à peu se transforme en attirance sexuelle. Sa relation avec la bande de mauvais garçons, auxquels il sert de souffre-douleur, et que pourtant il s'obstine à fréquenter avec délectation. Sa balade seul en barque avec ce qu'on nommerait aujourd'hui un pédophile, et auquel il récite des poèmes pour calmer ses appétits…

Il est sûr qu'en ce qui me concerne, j'ai toujours considéré l'adolescence comme une période particulièrement moche. Mais il y a façon et façon de présenter les choses, et mettre autant de sérieux à décrire des situations aussi malsaines me dépasse. Je comprends qu'on ait envie d'explorer l'âme humaine, y compris ces parties-là ; mais pour moi, elles m'attirent autant qu'une friche industrielle polluée au PCB. Un domaine qui a aussi ses amateurs, du reste.

L'un des très rares livres que je n'ai pas réussi à terminer, et le seul qui soit tombé directement de mes mains dans la poubelle, après avoir tenté sans succès de le recaser à droite ou à gauche.
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La Feuille Volante n° 1249
Agostino - Alberto Moravia – Flammarion.
Traduit de l'italien par Marie Canavaggia.

Agostino, c'est un garçon de 13 ans, seul en vacances sur une plage d'été avec sa mère, une belle et riche veuve… Cela fait monter chez lui un sentiment de fierté et de bonheur d'avoir une jolie femme rien que pour lui. Il est normal qu'à cet âge il voit sa mère comme une véritable déesse déshumanisée, pure et idéale devant ses yeux d'enfant. Mais si un homme, inconnu vient s'insinuer dans cette relation filiale, avec sa complicité à elle, il n'en faut pas davantage pour le perturber. Elle est certes sa mère mais aussi une femme jeune, jolie, désirable et sensuelle, que ne rebute pas une passade d'été. S'imaginait-il qu'elle devait restée fidèle à la mémoire de son mari mort ou s'occuper jusqu'à l'étouffer de son fils naïf ? Pour exorciser cette prise de conscience, provoquée peut-être aussi par un gifle maternelle, il se rapproche d'une bande de vauriens, fils de pêcheurs pauvres avec qui il n'a rien de commun et qui l'humilient, ce qui ne va pas arranger ses désillusions. Leur relation, bien qu'éphémère, sera toujours emprunte de malentendus, Agostino. souhaitant s'identifier à eux alors qu'ils le rejettent comme un étranger. Nous savons que les enfants entre eux ne se font pas de cadeaux et c'est sans doute leur façon d'aborder cette vie qui ne leur en fera pas non plus, et lui, le gosse de riche, devient rapidement leur tête de Turc. C'est la sortie de l'enfance, cette période le plus souvent perturbée où l'on prend conscience des ses erreurs, avec peut-être l'intuition de ce que sera la suite. Moravia, comme c'est souvent le cas dans son oeuvre, fait appel à la mémoire pour évoquer cette période où l'on perd son innocence, parfois brutalement, et où nos yeux s'ouvrent sur le monde qui nous entoure. Agostino, enfant vivant dans une sorte de bulle, aura donc, et sur un court laps de temps, la révélation de ce qu'est l'argent, la violence, le sexe, la sensualité, le vice, l'hypocrisie, la méchanceté, bref la vraie image des gens et de la société, bien loin de ce qu'il imaginait. Ce sera donc pour lui l'été des initiations désastreuses, une véritable chute.
C'est que pour Agostino, le désenchantement ne s'arrête pas là, il comprend aussi qu'il devra attendre et souffrir pour accéder à cette condition d'homme à laquelle il aspire. Sa volonté de quitter prématurément ce séjour de vacances est révélateur comme l'est cette envie subite de mourir dans la barque, pleine de ses copains obscènes, qui le ramène sur la plage. Dans cette Italie marquée par le catholicisme et la culpabilité judéo-chrétienne, je vois dans l'innocence de cet enfant, une sorte de « péché originel », dont il a hérité avec la vie. C'est une faute qu'il veut se faire pardonner, celle d'avoir cru que le monde autour de lui était idyllique à la mesure de ses convictions personnelles et la violence avec laquelle tout cela s'effondre a une dimension rédemptrice. Dans le même contexte, il peut aussi être vu comme un être chassé brutalement de ce « paradis terrestre » de son enfance. Pour lui sa mère ne sera plus cet être idéal et désincarné qu'il avait rêvé, mais une femme désireuse de profiter de la vie et de ses plaisirs. Pour autant, il n'en a pas fini avec les désillusions et la vie se chargera de lui donner d'autres leçons et achèvera de le corrompre. Personnellement, je ne sais ce qui, au bout du compte, en résultera, s'il choisira de se couler dans le moule du plus grand nombre ou s'il refusera la réalité.
Comme toujours, j'ai apprécié le style, toujours fluide et poétique de l'auteur autant que les analyses psychologiques de ses personnages qui ici marquent les étapes de la prise de conscience d'Agostino, des mutations et des crises qu'il subit.


© Hervé GAUTIER – Mai 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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L'été des treize ans, la plage, une mère adorée, un jeune homme pour la courtiser, une bande de gamins effrontés, la découverte de la sexualité et la perte définitive de l'innocence...
Voilà en une centaine de pages, le programme offert par Moravia, qui de sa plume toujours aussi talentueuse, détaille magnifiquement les tourments d'un jeune garçon au seuil de l'adolescence.

Jusqu'à présent sa mère pour Agostino était une idole respectueusement adorée et le jeune garçon, se montrait fier de se pavaner sur cette plage aux côtés de cette belle femme, admirée de tous, du moins à l'avis de son fils. Mais tout va changer à l'arrivée d'un jeune homme aux charmes duquel sa mère n'est évidemment pas insensible.
Jaloux, ulcéré, le garçon va s'acoquiner avec une bande de jeunes voyous, petits pêcheurs mal embouchés qui vont lui dessiller cruellement les yeux en lui assénant en réflexions brutales et vulgaires les réalités de la sexualité.

Le choc va être d'une extrême violence pour Agostino. Il va prendre conscience, à travers la banalité des gestes anodins du quotidien, de l'animalité de sa mère, qui, de déesse inaccessible, va brutalement descendre de son piédestal pour être réduite à l'état de femelle, bouleversant irrémédiablement le rapport que le garçon entretient avec elle.

Ce court ouvrage dégage une violente sensualité, et la découverte par Agostino de la féminité, administrée de manière aussi abjecte par la bande de petites crapules, signe pour lui la fin des illusions de pureté.
Cruel apprentissage !
"La chair est triste, hélas ..." et Moravia s'y entend pour démonter le monde des apparences.
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~ L'entre deux ~

Toute souffrance, comme toute joie, s'accroit & s'avive par l'attention qu'on lui donne.

Dans ce roman, la dévotion innocente d'un môme de treize ans pour sa mère cesse quand un homme entre dans la vie de cette dernière
De mère, brutalement, il l'a découvre femme. Agostino attend, patiente, espère retrouver sa maman. Une mère qui n'avait jusque là d'yeux que pour lui. Une mère qui se trouve être ce centre vers lequel il tend sans cesse.
Seulement, la révélation est tant violente & silencieuse, qu'il s'en détourne en entamant un parcours initiatique abrupt auprès d'une bande d'enfants croisé à la mer, pour qui le sexe, le vol, la violence & la pauvreté sont une réalité quotidienne.
Avec eux, il se confronte au clivage social & découvre la sexualité, fuyant ce mal-être causé par la difficulté du passage à l'âge adulte.

Une écriture puissante où l'évolution des choses en cet âge sont bien décrites & analysées, puis il y a la plage, la chaleur, le soleil assourdissant & la retenue typique des romans d'après guerre, assurément, incomparable face à la subtilité & l'envergure du « Mépris », mais un ouvrage empreint du charme de cette classe d'écrivains influents, dont Moravia fait partie !

Cela me laisse songeuse, finalement peu importe sa nature, peu importe l'âge, la perte foudroie, même quand on la voit venir, même quand elle est prévue. Ce n'est jamais un aboutissement, c'est toujours une chute, la précipitation d'une réalité vers une autre. Et combien même ce nouveau monde soit meilleur, la tristesse exige son dû. Et la solitude n'est souvent que le parfum de l'autre.
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Du jour au lendemain, Agostino va quitter son petit paradis originel comme nous l'avons tous quitté. Cet espace sécurisant et chaud où, protégés par notre mère, rien ne pouvait nous atteindre, nous l'avons tous laissé pour courir la grande aventure de la vie.
Et comme les yeux d'Adam et d'Eve se sont décillés à la rudesse du monde lorsqu'ils furent chassés du jardin d'Eden, nous n'arrêtons pas de nous effarer devant la brutalité et l'incohérente bêtise de nos existences sur terre.
C'est un apprentissage absurde qui a commencé ce jour de la grande rupture et que tente de décrire Alberto Moravia. C'est aussi la découverte que tous, loin de là, n'ont pas eu la chance d'apercevoir même la lisière de ce vert paradis.
Mais, c'est surtout l'écartèlement du désir et du devoir sur une âme au sortir de l'enfance. Désir qui cherche sans savoir vraiment comment à s'affranchir, à devenir autonome à se libérer de son seul sujet, sa mère.
C'est un court et beau récit à l'acuité psychologique très proustienne et qu'a mis en image autrefois Bolognini dans un film vu, il y a très longtemps et malheureusement oublié.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Sa mère se mit à rire er lui caressa la joue.
- Eh bien, à partir de maintenant, je te traiterai comme un homme... ça ira comme ça? et à présent dors... il est tard.
Elle se pencha et l'embrassa. Elle éteignit la lampe. Agostino l'entendit se mettre au lit.
Comme un homme... ne put-il s'empêcher de penser avant de s'endormir Seulement voilà, il n'était pas encore un homme et il lui faudrait vivre et souffrir bien longtemps avant d'en être un.
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incipit
Les premiers jours de l'été, Agostino et sa mère sortaient en mer tous les matins dans une légère embarcation. Les premières fois,la mère avait fait venir un marin,mais Agostino avait clairement montré que la présence de l'homme l'ennuyait et, dès lors,les rames lui furent confiées. Il ramait avec grand plaisir sur cette mer calme et diaphane du petit matin et sa mère, assise en face de lui,conversait doucement,légère et sereine comme la mer et le ciel, comme s'il était vraiment un homme et non un garçon de treize ans;
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Tout nu, Agostino se mit à se promener sur ce sable moelleux et miroitant, s'amusant à y enfoncer les pieds avec force et à voir l'eau venir tout de suite noyer ses empreintes. Il éprouvait maintenant un désir vague et désespéré de s’éloigner de la rivière, de suivre la côte en laissant derrière lui les gamins, Saro, sa mère, toute son ancienne vie. A force de marcher droit devant lui sur le sable blanc et doux, peut-être arriverait-il dans un pays où toutes ces vilaines choses n'existaient pas ? Dans un pays où il serait accueilli comme le souhaitait son cœur, où il lui serait possible d'oublier tout ce qu'il venait d'apprendre et de le rapprendre après, sans en être blessé ni honteux, d'une façon douce et naturelle qui devait exister, qui était celle qu'obscurément il avait désirée.
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Comme un homme… ne put-il s’empêcher de penser avant de s’endormir. Seulement, voilà, il n’était pas encore un homme et il lui faudrait vivre et souffrir bien longtemps avant d’en être un.
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Quel rapport établir entre l’argent, qui sert d’habitude à acquérir des objets bien définis et de qualité contrôlable, et les caresses, la nudité, la chair féminines ? Comment se pouvait-il qu’il y eût un prix fixe et non un prix variable selon le cas ? L’idée de donner de l’argent en échange de cette douceur honteuse et défendue lui paraissait étrange et cruelle comme une offense agréable peut-être à celui qui l’inflige, mais douloureuse pour qui la subit.
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Videos de Alberto Moravia (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alberto Moravia
15 mai 2023 Rencontre avec l'écrivain italien Alberto Moravia (1907-1990), auteur entre autres du roman «Le Mépris». Il est question des notions de curiosité et d'ennui dans sa vie; des débuts de sa carrière d'écrivain romancier; de la place à la morale et les valeurs sur lesquelles il se base pour réaliser son œuvre littéraire; de sa conviction athéiste; de son engagement dans la cause nucléaire dans le monde, etc. Source : Rencontres, 29 janvier 1985 Animatrice : Denise Bombardier
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