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ISBN : 2877065146
Éditeur : Editions de Fallois (25/08/2004)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 618 notes)
Résumé :
Depuis le départ de Marius, César est de plus en plus coléreux et ses amis en font les frais. Lorsque Fanny apprend qu'elle attend un enfant de Marins, le déshonneur la guette... Deux ans après Marins, Pagnol reprend dans Fanny (1931) ses personnages où il les a laissés. Les spectateurs du Théâtre de Paris retrouvent avec enthousiasme Fanny, César, Panisse, Escartefigue, monsieur Brun, Honorine, Orane Demazis et Charpin sont au rendez-vous., mais pas Raimu, fâché av... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  30 janvier 2016
Quel bonheur, mes ami(e)s, quel bonheur que cette comédie de Marcel Pagnol ! Ce n'est pas facile comme partition : faire dans le burlesque, faire dans la farce, faire dans la bonne grosse caricature et en même temps, faire dans le sensible, dans le subtil, dans la nuance.
Eh bien croyez-moi si vous voulez, mais selon mes critères, Marcel Pagnol arrive à faire tout cela, et même mieux que cela. C'est probablement, la pièce que je préfère de la trilogie marseillaise, elle qui n'était au moment de sa création que le second volet d'un diptyque avec Marius et qui, plus tard, s'est enrichi d'un troisième pan avec César mais qui a, quant à lui, d'abord vu le jour au cinéma avant d'être monté sur les planches.
Oui, ici, c'est un vrai bonheur et si le début de la pièce rappelle beaucoup du burlesque qui plaisait tant dans Marius, l'auteur sait donner dans les actes II et III une épaisseur, une ampleur incroyable à ses deux personnages principaux. Ses deux personnages principaux qui sont, quoi qu'on en dise et quoi qu'on en pense, César d'une part (ça, ça ne fait pas beaucoup discussion) mais aussi Panisse d'autre part.
En fait, tout du long de cette trilogie, on assiste aux péripéties d'un amour entre Marius et Fanny, avec ses vicissitudes mais finalement, ces deux-là ne renferment ni le comique, ni le tragique, ni vraiment le pathos, sauf à de rares instants.
Non, les deux personnages centraux, ceux qui nous font rire aux éclats ou qui nous émeuvent aux larmes, ce sont bien César et Panisse, magnifiquement campés au cinéma par Raimu et Charpin ; deux personnages touchants, bardés de défauts, bourrés de contradictions, capables d'élans de noblesse dont on ne les soupçonnerait pas et surtout, terriblement humains. Tout le talent de Pagnol est là, dans César et dans Panisse, et quel talent !
On comprend qu'il ait été tant admiré, et même tant copié, même par des auteurs eux-mêmes fort talentueux. Rien que dans Fanny, je vois au moins deux passages quasi-plagiés ultérieurement par deux monstres sacrés.
Vous voulez des exemples ? D'accord. Les Tontons Flingueurs, ça vous dit quelque chose ? Lorsque Michel Audiard fait dire à Bernard Blier : « Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. », ça ressemble énormément à la réplique De César à la scène 7 de l'acte II : « Et ensuite, je te saisis, je te secoue, je te piétine, et je te disperse aux quatre coins des Bouches-du-Rhône. »
Autre exemple, vous avez adoré Astérix en Corse et surtout le passage où René Goscinny fait dire à Carferrix et Sciencinfus : « — Je n'aime pas qu'on parle à ma soeur. — Mais… Mais elle ne m'intéresse pas votre soeur. Je voulais simplement… — Elle te plait pas ma soeur ? — Mais si, bien sûr, elle me plaît… — Ah, elle te plaît, ma soeur !!! Retenez-moi ou je le tue, lui et ses imbéciles ! », cela ressemble beaucoup à l'échange de la scène 9 du premier tableau de l'acte I entre César et Panisse : « — Il y a longtemps que ça dure, c'est une véritable conspiration ! Vous voulez tout savoir ? Vous ne saurez rien. — Je t'assure que, pour moi, je ne veux rien savoir du tout. — Tu ne veux rien savoir du tout ? — Je ne veux pas me mêler de tes affaires de famille. — C'est-à-dire qu'après une amitié de trente ans, tu te fous complètement de tout ce qui peut m'arriver ? »
(Au passage, je signale que ce passage de l'amitié de trente ans a été plagié une seconde fois par un autre duo comique, à savoir Jacques Chirac et Édouard Balladur, mais dans une mouture franchement inférieure à celle de Pagnol.)
Bref, il n'est pas nécessaire de noircir bien des pages pour vous persuader de l'influence qu'a exercé Marcel Pagnol et pour vous décrire l'étendue de l'héritage qu'il nous a légué.
Fanny commence exactement à la suite de Marius, au moment où l'on retrouve César complètement désemparé et irascible suite au départ de son fils Marius, de même que pour sa petite amie Fanny, qui se languit et se désespère de savoir son véritable amour parti pour deux ans sur les mers du sud à mesurer le fond des océans…
La bande de gais lurons que sont Panisse, Escartefigue et monsieur Brun tente bien par tous les moyens — discrets ou moins discrets — d'en savoir un peu plus sur le moral de leur acolyte César, de même que sur les états d'âme de Fanny. Tout ceci sans compter les humeurs assassines d'Honorine, la mère de Fanny, qui ressemble à une bouilloire sur le feu depuis qu'elle sait Marius disparu sachant qu'il fut quelquefois surpris au matin dans la chambre de sa fille. L'honneur, voyez-vous, l'honneur est sur la sellette…
Je vous laisse bien sûr découvrir par vous-même ce qu'il adviendra de cet honneur ou bien vous repaître du plaisir de relire cette pièce admirable dont l'adaptation cinématographique d'époque est très fidèle et peu constituer une excellente alternative.
Chapeau bas monsieur Pagnol, encore un carton plein, vous nous mettez fanny une fois de plus, mais c'est d'un tel plaisir de se prendre une fanny contre vous qu'on vous le pardonne bien volontiers. D'ailleurs, ceci n'est qu'un avis de fan, aussi profane que diaphane, qu'un simple coup d'éventail anglais suffit à disperser aux quatre coins des Bouches du Rhône, autant dire, pas grand-chose.
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gill
  27 octobre 2014
A la suite de la répétition générale, Mr Franc-Nohain s'écrie, en 1931, dans l'"Écho de Paris" : "Encore ces histoires de Marseille !"
Pourtant le miracle marseillais, n'ayant pas tardé à opérer, ce dernier, tombé sous le charme, promet finalement un bel avenir au jeune auteur dramatique Marcel Pagnol.
"Fanny" est une pièce, en trois actes.
Elle a été représentée, pour la première fois, le 5 décembre 1931, sur la scène du théâtre de Paris.
Elle a été popularisée par une longue série de représentations, tant dans la capitale, qu'au cours de nombreuses tournées provinciales, mais aussi par son inoubliable adaptation au grand écran.
Elle est, aujourd'hui, aussi célèbre que "Marius", à laquelle elle fait suite, et que "César", dernier volet de la trilogie.
"Fanny", Comme "Marius", est une histoire très simple racontée avec sincérité.
Finalement abandonnée par Marius, Fanny, découvrant qu'elle est enceinte, épouse un brave homme qui accepte d'endosser la paternité d'un autre.
Sous l'apparente légèreté de la pièce se cache un véritable chef d'oeuvre.
C'est une pièce solide, admirablement construite.
Le talent de Marcel Pagnol est d'avoir su rendre cette histoire touchante tout en lui ayant conservé son pittoresque, son accent ensoleillé.
Rien n'y manque :
ni la "menterie" qui, ne trompant personne devient pure ingéniosité...
ni les "emportements", aussitôt suivis, comme le veut une antique sagesse, de revirements pacifiques...
ni l'impossibilité de se taire...
ni une certaine douceur humaine, si méridionale...
A la suite de la répétition générale, Pierre Brisson, critique dramatique, écrit dans "Le Temps" que Marcel Pagnol a du sang d'écrivain de Théâtre mêlé de jus de bouillabaisse !
Ce numéro exceptionnel de "La Petite Illustration" restitue la pièce dans sa première forme, articulée en trois actes, quatre tableaux, agrémentée de six photos, noir et blanc, d'époque et augmentée de deux pages de critiques et de commentaires.
Paru en 1934, il est aujourd'hui un des fleurons de la collection....
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cicou45
  27 octobre 2012
Dans ce deuxième volet de la trilogie de Pagnol, Fanny est dorénavant devenue Madame Panisse. Bien qu'elle n'en ai que 20 et lui la cinquantaine bien passée, elle a fait ici un mariage de raison et non un mariage d'amour car, à l'époque où se déroule l'histoire, à savoir dans les années '1930, il n'était pas bien vu qu'une jeune fille, de dix-huit ou vingt ans à peine, se retrouve enceinte et ce, sans père. On la considérait alors comme une "fille perdue" et elle faisait, par la même occasion, le déshonneur de toute sa famille. Certes, aujourd'hui, les choses ont bien changé et évolué (et heureusement d'ailleurs) mais là, le lecteur doit se replacer dans le contexte de l'époque et comprendre la réaction des différents personnages (en particulier la mère de Fanny, Honorine, sa tante Claudine mais surtout, Fanny elle-même qui accepte d'épouser un homme qu'elle n'aime pas et qui aurait l'âge d'être son père avec le seul espoir que sa mère ne la répudie pas).
Une pièce en trois actes, remplie d'amour et d'émotion cette fois-ci, encore plus que dans le premier volet qui était plus basé sur l'humour, notamment lors des scènes au "bar de la marine" car ici, il est question d'un enfant et cela est une chose si sérieuse, un petit être si fragile qui n'a pas demandé à vivre mais qui est néanmoins, ici, et de toutes les façons imaginables, non pas un "bâtard" mais un enfant de l'amour, un sujet dont on ne peut pas prendre à la légère.
Une pièce émouvante donc, toujours aussi bien écrite, avec des passages très sérieux mais d'autres qui prêtent tout de même à sourire. A découvrir sans faute !
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charlitdeslivres
  21 février 2016
C'est reparti. On prend le train, la voiture et on descend dans ce coin du pays où la vie semble aussi douce que son climat. Mais à bien y regarder, la vie n'est pas toujours rose sous un beau soleil. Pire la situation semble plus exposée à tous ces inconvénients quand le soleil brille !
C'est donc avec plaisir que l'on reprend le deuxième tome de Marcel Pagnol. Avec « Fanny » on nous fait rentrer plus intensément dans ces moeurs. On nous fait descendre au coeur de cette histoire qui se complique de jour en jour par un manque évident de communication.
Marius est parti en mer ! A la surprise de tous et surtout de son père, le jeune Marius a décidé de prendre la mer. Son appel du voyage et de l'aventure était donc si fort ?! Mais cela personne ne l'avait prévu. César se sent abandonné. Avec un fils en mer il doit apprendre à gérer sa solitude. Fanny esseulée et enceinte ne sait plus quoi faire. On ne peut être une jeune femme avec un enfant sans père. le complot va être mis en place. Cet enfant aura un père quitte à tout faire pour le trouver. Marius n'étant plus présent, la Fanny doit trouver l'homme qui sera s'occuper d'elle et de cet enfant.
Dans ce volet, on est surpris par la complication des événements. On est dans les années 20 et une femme ne peut élever son enfant seule. Entre sa propre honte et celle qu'elle placerait sur sa famille, la pauvre Fanny est désappointée. Avec une mère qui ne la soutient pas et la place « à vendre », Fanny est bien obligée de se plier aux convenances.
En s'enfonçant dans cette mélasse, on ne peut que plaindre cette pauvre Fanny. Obligée de se marier sans amour. On plaint aussi César qui ne supporte pas l'abandon de son fils. On se met à vivre au grès des vagues en espérant que la solution puisse sortir de la mer.
Mais dans cette pièce comme dans la vie, on sait bien que les chemins sont parfois compliqués pour parvenir au bonheur. A ce calme tranquille dans lequel on espère finir nos vies. Et le sacrifice d'une mère prête à tout pour l'honneur et l'avenir de son enfant nous redonne foi en cette vie, si compliquée de la pauvre Fanny !
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lecassin
  01 septembre 2012
« Fanny », une comédie en trois actes et quatre tableaux qui fut donnée au théâtre de Paris, le 5 décembre 1931 ; puis éditée en.1932 chez Fasquelle.
Deuxième volume de « La trilogie marseillaise », un monument du patrimoine théâtral et cinématographique français : « Marius », « Fanny » « César », deux pièces de théâtre et un film, « César », plus tard adapté au théâtre…
Un mélo classique, finalement : Marius aime Fanny et Fanny aime Marius. Elle vend des coquillages sur l'étal de sa mère, lui sert au bistrot de son père, sur le port…
Très bien ! Sauf que Marius n'a pas su ( pu ?) résister à l'appel de la mer. Il est parti découvrir le monde et les océans sur La Malaisie, un navire océanographique …
Sans nouvelles de lui depuis deux mois, Fanny découvre qu'elle est enceinte de Marius. Pour sauver l'honneur, sa mère Honorine la pousse à épouser Panisse, le maître voilier veuf, riche et sans enfant . César lui-même, d'abord furieux, finit par se rendre aux arguments même de Fanny.
le bébé à peine né, Marius réapparaît, apparemment guéri de son « envie du loin » ; et qui prétend reprendre son bien : Fanny et leur fils Césariot …
Oui, je l'ai déjà signalé, un grand classique du mélo… sans grand intérêt s'il n'y avait ce ton et cette truculence. « Marius » nous avait offert la partie de cartes. Ici, on assiste à la partie de pétanque et à la remise à l'eau du Pitalugue, un bateau qui tient mieux la remise que la mer que Monsieur Brun vient d'acquérir…
Quelques bons sentiments, bien sûr. Mais j'en connaît qui sont toujours très émus quand César explique à son fils Marius qu'il doit partir et ne pas importuner Panisse, lui qui a recueilli Fanny et son fils, les sauvant ainsi du déshonneur…
Impossible de lire cette « trilogie marseillaise » sans entendre les voix de Raimu et de Pierre Fresnay… et celle d'Orane Demazis, même si le ton pleurnichard qu'elle adopte peut fatiguer.
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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   16 février 2016
CÉSAR : Vous pensez si je le connais ! Mais tout le monde le connaît, ici. C'est l'ancien bateau du docteur Bourde. Depuis, il a eu au moins quinze propriétaires !
PANISSE (Il fait signe à César de se taire.) : Allons, César, allons !
M. BRUN : Ah ! C'est curieux.
CÉSAR (goguenard.) : Oui, c'est curieux. Mais le bateau lui-même est encore bien plus curieux.
M. BRUN : Et pourquoi ?
CÉSAR (à Panisse) : Comment, tu ne l'as pas averti ?
M. BRUN : Mais de quoi ?
PANISSE (gêné.) : Écoutez, monsieur Brun. J'ai peut-être oublié de vous dire qu'il est un peu jaloux.
M. BRUN : César est jaloux ?
PANISSE : Non, le bateau est jaloux. Ça veux dire qu'il penche facilement sur le côté, vous comprenez ?
M. BRUN : Et il penche… fortement ?
PANISSE : Non, monsieur Brun. Non.
CÉSAR : C'est-à-dire que quand on monte dessus, il chavire, mais il ne fait pas le tour complet, non ! Dès qu'il a la quille en l'air, il ne bouge plus. Il faut même une grue pour le retourner du bon côté !
M. BRUN : Oh ! mais dites donc ! Et ça lui arrive souvent ?
PANISSE : Mais non, monsieur Brun. Mais non !
CÉSAR : C'est-à-dire que ce bateau est célèbre pour ça depuis ici jusqu'à la Madrague et qu'on l'appelle Le Sous-Marin.
M. BRUN : Allons, César, vous plaisantez !
PANISSE : Mais certainement, qu'il plaisante ! Il est certain que ce bateau a chaviré, quelquefois, parce qu'il n'était pas lesté comme il faut — et puis, il faut savoir s'en servir, parce que c'est un fait qu'il est jaloux.
M. BRUN : C'est curieux, parce qu'il n'en a pas l'air.
CÉSAR : Oh ! non, il n'en a pas l'air, mais c'est un petit cachottier.
M. BRUN (à César.) : Alors, vous prétendez que dès que je mettrai le pied dessus, ce bateau va chavirer ?
CÉSAR : C'est probable, mais ce n'est pas sûr. Après tout, il a tellement chaviré que peut-être maintenant il en est dégoûté. Il ne voudra plus, té.
M. BRUN : Quelle blague ! Et pourquoi chavirerait-il systématiquement ?
CÉSAR : Parce qu'il a une hélice trop grosse pour lui ; elle prend trop d'eau. Alors, si vous forcez la vitesse, au lieu que ça soit l'hélice qui tourne, c'est le bateau — et alors, il se dévire.
PANISSE : Mon cher César, tes plaisanteries sont ridicules. Ce bateau-là, monsieur Brun ne l'a pas fait faire sur commande ; et il ne l'a pas payé au prix d'un canot inchavirable. Il l'a payé 1500 francs ; c'est une occasion !
M. BRUN : Vous ne trouvez pas qu'à ce prix-là, même avec ses défauts, c'est une belle occasion ?
CÉSAR : Oh ! oui ! C'est une belle occasion de se noyer.
M. BRUN : Voyons, Panisse, vous connaissez fort bien ce bateau, et c'est vous qui me l'avez fait acheter. Franchement, est-ce que ce bateau chavire ?
PANISSE : Mais, mon cher monsieur Brun, les royaumes chavirent, les jolies femmes chavirent et nous finirons tous par chavirer au cimetière ! Tous chavire dans la nature et, naturellement, surtout les bateaux.

Acte II, Scène 3.
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Nastasia-BNastasia-B   12 février 2016
PANISSE : Voilà la toile que je vous ai choisie. Touchez-moi ça, monsieur Brun, ça a du corps, c'est léger, c'est solide, et ça ne mouille pas dans l'eau. Et regardez-moi le grain.
M. BRUN : Oui, ça me paraît bien, mais c'est un peu raide, vous ne trouvez pas ?
PANISSE : Écoutez, monsieur Brun : c'est une voile, que vous voulez ou bien un pantalon pour madame ? Si c'est un pantalon, ne prenez pas ça. Mais pour une voilure, je vous le conseille : une voile, ça supporte de l'épaisseur. Et puis, cette toile, ça va vous faire des voiles qui vont claquer dans le vent : chaque fois que vous changerez de bord, vous allez entendre s'envoler toute une compagnie de perdreaux. (Il imite le bruit d'une compagnie de perdreaux « Frr… Frr… ») C'est poétique.
M. BRUN : Oui, c'est poétique. Mais qu'est-ce que ça va me coûter, pour une voilure complète ?
PANISSE : Mille francs.
M. BRUN : C'est poétique, mais c'est cher.
PANISSE : Un tout petit, mais tout petit billet de mille francs. Le plus petit billet de mille francs possible.
M. BRUN : Qu'est-ce que c'est, le plus petit billet de mille francs possible ? Un billet de cent sous ?
PANISSE : Oou ! Non, non ! Je veux dire que, comparé à une voilure, c'est si petit un billet de mille francs, monsieur Brun ! Plié en quatre, c'est rien du tout ! Pensez que, pour ce petit bout de papier, je vous fais tout ça ! Réellement, c'est un cadeau entre amis.
M. BRUN : Un cadeau, pas précisément. Mais enfin, tout de même…

Acte II, Scène 2.
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Nastasia-BNastasia-B   26 janvier 2016
LE CHAUFFEUR : Chaque fois que le facteur passe là-devant sans s'arrêter, c'est une scène de tragédie. Oui, monsieur Brun, de la tragédie. Il devient pâle comme la mort. Et quand il n'y a personne dans le bar, il vient regarder ce chapeau.
PANISSE : Oui, le chapeau de Marius.
LE CHAUFFEUR : Il est resté là depuis le départ. Il lui parle, il lui dit des choses que ça vous met les larmes aux yeux. C'est vrai que moi je suis beaucoup sensible…
PANISSE : Peuchère ! Et la petite Fanny, c'est la même chose !
LE CHAUFFEUR : Oh ! elle, elle va sûrement mourir d'estransi. Té, ils vont mourir tous les deux !
ESCARTEFIGUE : C'est curieux tout de même que son fils ne lui ait pas encore écrit.
M. BRUN : Mais non, capitaine, c'est tout à fait naturel. Il est parti sur un voilier, et leur première escale, c'est Port-Saïd. Il est donc logique de penser que sa première lettre…
LE CHAUFFEUR : Attention, le voilà…
M. BRUN : Cet homme-là va certainement mourir de chagrin.
PANISSE : Écoutez, monsieur Brun, il ne mourra pas, non. Mais si cette lettre tarde encore quinze jours, il deviendra fada. Tu verras ce que je te dis.
ESCARTEFIGUE : Oh ! je le crois ! il va de plus en plus pire. Moi, j'en ai connu un comme ça, que son cerveau se ramollissait… Ça se fondait tout, là-dedans… Et à la fin, quand il remuait la tête, pour dire « non », eh bien, on entendait « flic-flac… flic-flac… ». Ça clapotait.
M. BRUN : Voilà un cas extrêmement curieux.

Acte I, Premier tableau, Scène 2.
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Nastasia-BNastasia-B   31 janvier 2016
CÉSAR : Quand il est né, il pesait quatre kilos… quatre kilos de la chair de sa mère. Mais aujourd'hui, il pèse neuf kilos, et tu sais ce que c'est, ces cinq kilos de plus ? Ces cinq kilos de plus, c'est cinq kilos d'amour. Et pourtant, c'est léger l'amour ! C'est une chose qui vous environne, qui vous enveloppe, mais c'est mince et bleu comme une fumée de cigarette. Et il en faut pour faire cinq kilos… Moi, j'en ai donné ma part ; elle aussi. Mais celui qui a donné le plus (il montre la porte par où Panisse est parti), c'est lui. Et toi, qu'est-ce que tu as donné ?
MARIUS : La vie.
CÉSAR : Oui, la vie. Les chiens aussi donnent la vie… Les taureaux aussi donnent la vie à leurs petits. Et d'ailleurs cet enfant, tu ne le voulais pas. Ce que tu voulais, c'était ton plaisir. La vie, ne dis pas que tu la lui as donnée. Il te l'a prise : ce n'est pas pareil.
MARIUS : Comment ! toi aussi ! Mais, nom de Dieu, qui c'est le père ? Celui qui a donné la vie ou celui qui a payé les biberons ?

Acte III, Scène 10.
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Nastasia-BNastasia-B   03 février 2016
CÉSAR : Mais s'il veut naviguer, qu'il navigue, bon Dieu ! Qu'il navigue où il voudra, mais pas sur l'eau !
ESCARTEFIGUE : Mais alors, où veux-tu qu'il navigue ?
CÉSAR : Je veux dire : pas sur la mer. Qu'il navigue comme toi, tiens ! sur le Vieux-Port. Ou sur les rivières, ou sur les étangs, ou… et puis nulle part, sacré nom de Dieu ! Est-ce qu'on a besoin de naviguer pour vivre ? Est-ce que M. Panisse navigue ? Non, pas si bête ! Il fait les voiles, lui ! Il fait les voiles pour que le vent emporte les enfants des autres !

Acte I, Premier tableau, Scène 9.
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Avant de siéger parmi les Immortels, Pagnol l'avait déjà compris : « Les bavards sont ceux qui vous parlent des autres. Les raseurs sont ceux qui vous parlent d'eux-mêmes. Ceux qui vous parlent de vous sont de brillants causeurs. »
Les citations, extraits ou scènes d'anthologie rassemblés ici par Nicolas, son petit-fi ls, ravivent d'un trait d'esprit un monde aujourd'hui disparu et nous laissent le sourire aux lèvres.
Où nous trouver ? Facebook : https://www.facebook.com/rlaffont Twitter : https://twitter.com/robert_laffont Instagram : https://instagram.com/robert_laffont/ Pinterest : https://fr.pinterest.com/robertlaffont/
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