AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2264033606
Éditeur : 10-18 (10/05/2001)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 449 notes)
Résumé :
A Room of One's Own (1929) - Publié en français sous le titre "Une chambre à soi", et sous le titre "Un lieu à soi" en 2016.

Un lieu à soi rassemble une série de conférences sur le thème de la fiction et des femmes que Virginia Woolf prononça en 1928 à l'université de Cambridge. Ce vaste sujet a donné naissance à une tout autre question, celle du lieu et de l'argent, qui donne son titre à l'essai : "Une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle s... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  02 juin 2016
Virginia Woolf analyse avec ironie les causes du silence littéraire des femmes pendant de nombreuses décennies. Pour elle si les hommes jugent les femmes inférieures et les cantonnent dans des tâches subalternes c'est pour éviter de mettre en danger leur confiance en eux. Et comme les femmes qui n'ont pas accès aux études et ne sont pas autorisées à travailler sont dépendantes financièrement et intellectuellement, elles sont dans l'impossibilité de penser aux choses en elles-mêmes, donc d'écrire.
Heureusement au XIXe siècle des femmes ont bravé les interdits. Emily et Charlotte Brontë, George Eliot et surtout Jane Austen ont écrit, même si elles l'ont fait en cachette, sans chambre à elle pour s'isoler. Elles sont celles qui ont permis aux femmes d'accéder à la création littéraire. Des femmes qui par la suite ont acquis pour la plupart une indépendance financière grâce à leurs écrits.
Avec ce discours féministe Virginia Woolf montre les contraintes au développement de la littérature féminine dans une société patriarcale, mais aussi que " la littérature élisabéthaine aurait été très différente de ce qu'elle est si le féminisme avait pris naissance au XVIe siècle et non au XIXe."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          872
Myriam3
  16 janvier 2016
Quelle bonne surprise que cet essai! Pour tout dire, je l'ai choisi pour l'auteur et le titre, après un bref coup d'oeil à la quatrième de couverture pour en garder le plaisir de découverte, et j'ai goûté chaque page qui se tournait avec délice.
On y suit la narratrice - Virginia Woolf? Mary Beton, Seton? - qu'importe dit-elle, une femme anglaise qui écrit dans les années 30, s'interroger sur ce qui peut unir la littérature et les femmes. Quand je dis "on y suit", je parle bien sûr littéralement: dans le parc de l'université, avant qu'elle ne soit refoulée à l'entrée de la bibliothèque universitaire en tant que femme non accompagnée, puis au dîner - car "on ne peut ni bien penser, ni bien aimer, ni bien dormir, si on n'a pas bien dîné" - et avec elle on observe ces passants par la fenêtre, prend un livre écrit par une femme sur les étagères, puis un autre, chaque nouvelle observation dirigeant le fil de la réflexion.. C'est ainsi que se déroule le récit, puisque la narratrice tient à nous expliquer le cheminement de sa pensée jusqu'à cette "chambre à soi".
Pourquoi y a-t 'il eu si peu, voire pas du tout, de femmes écrivains jusqu'au 18ème siècle? Virginia Woolf nomme bien sûr le peu de liberté accordée aux femmes jusqu'à il y a peu, leur dépendance financière, leur manque d'instruction, la nécessité de garder leur vertu, leur réclusion dans la maison, et les considérations masculines - disons plutôt leur manque de considération pour celles qui tentent d'être autre chose que des mères - tous ces aspects en défaveur des femmes créatrices, des femmes intellectuelles.
En vraie anglaise, Virginia Woolf aborde toutes ces discriminations qui ont enfermé ou rejeté les femmes avec humour et ironie, et la lecture de cet essai est un délice tout comme une source de réflexion sur la femme mais aussi la littérature de manière plus générale. On y découvre son admiration pour la liberté que s'autorisaient Shakespeare et Jane Austen, chassant négligemment contraintes et critiques pour écrire des oeuvres géniales. Et puis, en filigrane, se révèle ce qui incita V. Woolf à écrire Mrs Dalloway tel qu'elle l'a fait, ou à choisir un Orlando homme et femme.
Alors finalement, pourquoi ce titre, "une Chambre à soi"? Je vous laisse le plaisir de le découvrir!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          455
isabellelemest
  15 janvier 2016
La création littéraire a-t-elle été toujours accessible aux femmes ? Pour Virginia Woolf, invitée à donner une conférence sur ce thème en 1928 devant le public féminin du Newnham College, la réponse est non.
Le patriarcat, ses préjugés sur "l'infériorité physique morale, intellectuelle des femmes", leur absence d'indépendance matérielle et financière pendant des millénaires, leur confinement à un statut et à des travaux domestiques, l'impossibilité pour elles de poursuivre des études universitaires jusqu'au début du XXe siècle, ont rendu impossible, selon Virginia Woolf, l'épanouissement d'une créativité littéraire féminine, malgré quelques devancières isolées au XVIIe siècle, méprisées sous le sarcasme de "bas-bleus", avant l'émergence des grandes romancières du début du XIXe siècle, Jane Austen, les soeurs Brontë, George Eliot, qui pourtant, malgré leurs dons innés, avaient écrit en se cachant, en étant confinées dans un cadre oppressant, ou en subissant l'opprobre d'une vie à peine libérée du conformisme.
Telle est la thèse de V.Woolf, qu'elle illustre dans un premier chapitre plein d'humour par les interdictions successives qui lui sont faites, en tant que femme en 1928, dans un campus anonyme d'"Oxbridge" de marcher sur le gazon ou d'accéder à la bibliothèque. Elle note malicieusement les différences entre l'argent qui coule à flot à "Oxbridge" et permet de délicieuses chères, contrastant avec le malheureux ragoût suivi de pruneaux, seul menu que peut se permettre l'indigente faculté de jeunes filles de "Fernham". Quant à ses recherches à la bibliothèque du British Museum, elles ne peuvent qu'échouer, car il lui manque la méthode de travail que confèrent des études universitaires, que son sexe lui a interdites.
Peut-être ignore-t-elle justement, ou alors occulte-t-elle, que de grandes poétesses ou romancières, pour ne citer que Sappho, Marie de France, Louise Labbé, Mme de la Fayette, etc, ont devancé les débuts du roman anglais classique. Elle préfère imaginer, comme exemple emblématique de la discrimination des sexes en matière de création artistique, le triste destin qu'aurait eu une soeur géniale de Shakespeare, si elle avait tenté de suivre l'itinéraire du barde de Strawford : moquée, brutalisée, violentée, elle serait morte victime de la misère et des sévices.
L'ouvrage est féministe et veut inciter les femmes en ce début du XXe siècle à écrire en tant que femmes, à renverser les modes de pensées masculins, à ignorer les critiques et les jugements dépréciatifs et hostiles de leurs partenaires de l'autre sexe. Fort heureusement dans sa conclusion, Virginia Woolf se révèle surtout aussi bonne critique que grand écrivain : il serait erroné d'opposer un cerveau masculin et un autre féminin : tout créateur, selon Coleridge, est avant tout androgyne, "ce n'est que quand cette fusion a lieu, que l'esprit est pleinement fertilisé et peut faire usage de toutes ses facultés".
Une défense et illustration des droits des femmes à l'indépendance matérielle ("une pièce à soi") et financière (500 livres de rente), seules conditions de leur émancipation en tant qu'écrivains, tant de philosophie ou de science que de fiction, en plus d'une leçon de lecture critique des grands auteurs.
Passionné, convaincant, militant, mais aussi ironique ou parfois poétique, le texte manifeste force et habileté mais aussi révèle une grande prosatrice et un auteur aux multiples talents.
Lu en V.O.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
IreneAdler
  13 juin 2012
L'histoire officielle britannique ne compte quasiment pas de femmes entre le 16è et le 19è siècle (il en va probablement de même en France). de même qu'en littérature. Pourquoi, demande Woolf. Parce qu'elles n'ont ni temps, ni argent, ni place à elles seules.
La situation évolue lentement à partir du 19è siècle, mais la plupart des textes restent marqués par l'amertume de n'être que d'éternelles mineures ; à moins de finir sa vie dans la solitude. La plupart des femmes écrivains brûlent de l'intérieur. Woolf espère que le 20è siècle permettra aux femmes de s'émanciper de cette violence et de trouver des codes pour un roman féminin, dans le bon sens du terme : qu'il soit, dans l'esprit des critiques, des universitaires et du public, égal à celui des hommes. Égal mais différent.
Un essai un peu dépassé actuellement, puis que les femmes sont entrées aussi bien dans l'histoire que dans la littérature. Et que les attaques sexistes ont presque disparues (maintenant, il y a du répondant en face).
Il reste intéressant néanmoins pour avoir un aperçu de la difficulté qu'ont eu les femmes pour exister en littérature, les difficultés, à l'orée des années 1930 à réunir des fonds pour leur permettre de faire des études universitaires. Ce que l'on conçoit mal maintenant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          300
Magdalae
  15 juin 2013
Pourquoi les pièces de Shakespeare n'ont pas été écrites par une femme ? Quelles sont les conditions autant matérielles que morales pour écrire une oeuvre de fiction ? Quand les femmes ont-elles arrêté d'écrire pour se plaindre pour enfin faire oeuvre d'art ? Dans cette conférence de 1929 sur les femmes et le roman, Virginia Woolf nous entraîne dans une promenade à travers les siècles, de l'époque élisabéthaine au monde contemporain depuis le droit de vote accordé aux femmes, pour entreprendre une véritable généalogie des conditions favorables et défavorables de l'écriture féminine pour enfin s'interroger sur la différence des sexes et pour conseiller les futures femmes de lettres sur ce qui doit les guider dans l'écriture.
Même dans ses essais, on retrouve l'amour de Virginia Woolf pour la fiction que cela soit, avec sérieux pour son propos en discutant de la relation entre les femmes et la fiction ou dans sa propre écriture où chaque chapitre (comptez-en six) prend les airs d'une mise en scène littéraire qui nous fait suivre une narratrice, Mary, dans son voyage à travers les époques sur les traces des femmes écrivains.
dans la maison de sa tante pendant et après un repas où la digestion est propice à la réflexion sur les femmes mais aussi au coeur de ses recherches dans les rayonnages du British Museum où elle se met en colère contre l'affirmation selon laquelle "les femmes [seraient] intellectuellement, moralement et physiquement inférieurs aux hommes". le troisième chapitre se situe au coeur du XVIe siècle où face au génie de Shakespeare, sans égal, la narratrice retrace le destin de la soeur du dramaturge, Judith, vouée à l'oubli malgré les mêmes talents que son frère sans être permise à cause des circonstances d'écrire une seule ligne pour, tragiquement, se donner la mort se découvrant enceinte..
Le quatrième temps de son voyage est celui des pionnières sorties de l'anonymat avec Jane Austen et Charlotte Brontë, deux modèles opposés qui abordent l'écriture avec deux esprits différents, l'un avec confiance, l'autre avec rancune contre ces hommes qui lui ont empêché de visiter le vaste monde. C'est à ce moment-là que les femmes de lettres entrent vraiment dans L Histoire et, c'est au chapitre 5 et 6, que Virginia Woolf s'attaque au lourd débat sur la différence des sexes où, à la suite de Coleridge, elle adhère à l'idée que les grands écrivains sont ni des hommes, ni des femmes mais délibérément androgynes. Ce profil de l'écrivain androgyne, qui garde l'équilibre entre son coté masculin et son coté féminin , est proprement l'aspect le plus fictionnel dans Une chambre à soi et fait écho par exemple à la figure d'Orlando, ce génie androgyne et immortel.
Ce que j'ai trouvé passionnant dans cet essai, c'est l'hommage que Virginia Woolf rend à toutes ces femmes de lettres oubliées et qui, pourtant, sont des pionnières qu'il s'agit de faire revivre. J'ai aimé rencontrer certaines figures comme Christina Rossetti, la soeur du peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti, ou Aphra Behn, cette dramaturge de la Restauration, ou encore la figure fictive de la soeur de Shakespeare qui est une invention prodigieusement géniale et très inspirante. D'ailleurs, la soeur de Shakespeare est en quelque sorte l'âme de toute écrivain féminine en puissance, comme un modèle à suivre et à faire survivre ce qui me touche d'autant plus, moi qui aime tant écrire.
J'ai aimé aussi retrouvé la figure de Jane Austen qui est un tel pivot dans cette histoire de la condition des femmes de lettres. Elle n'écrit pas comme les autres, elle qui fait partie de ces femmes qui font "se mettre à faire usage de l'écriture comme d'un art et non plus comme d'un moyen pour s'exprimer elles-mêmes." Même en n'ayant pas eu une chambre à elle, on la voit écrire dans cette pièce commune, ce petit théâtre d'observation des moeurs d'alors, interrompue de ci delà par telle ou telle tâche domestique et surtout cachant ses romans sous une feuille de buvard dès qu'un étranger entre dans la pièce. Comme cette jeune femme a réussi à égaler Shakespeare dans cette pièce commune, ça reste un mystère...
Une chambre à soi est bien sûr traversé par le féminisme tout particulier de son auteur mais pourtant, il échappe aux travers de l'exaltation de la femme et de ses qualités ou du mépris de la gente masculine pour aborder le sujet de la condition matérielle nécessaire à l'écriture d'un roman par une femme d'un point de vue presque neutre, suivant un esprit critique des plus honnêtes. Virginia Woolf rejette dos à dos d'un coté la supériorité masculine sur les femmes mais tout simplement la différence entre les sexes en dénonçant ce système comme enfantin comme s'il y avait deux camps adverses dans une cour de récréation.
C'est cette exigence de ne pas vouloir choisir entre l'homme te la femme qui l'amène à défendre la cause de l'androgyne qui est une sorte de variante littéraire du genre qui met en relation l'homme et la femme non pas à des fins sociales mais bien d'écriture littéraire. Virginia Woolf cite de nombreux auteurs androgynes : Shakespeare étant le premier, Keats, Coleridge et Proust qui, quant à lui, chose rare chez un homme favorise son coté féminin. Cette posture de l'androgyne l'amène non seulement à citer les conditions matérielles qui favorisent l'écriture, c'est-à-dire l'indépendance financière et un espace consacré à la seule écriture.
Mais, cette posture androgyne doit aborder l'écriture dans un certain esprit : on n'écrit pas en cherchant la gloire, ni en se projetant dans l'avenir pour savoir quelle postérité aura nos oeuvres mais bien avec "la liberté de penser les choses en elles-mêmes" conçue comme une vraie délivrance. L'écriture ne sert pas à convaincre, à persuader ou à faire effet sur qui que ce soit mais elle vaut en elle-même sa propre valeur. L'écriture, c'est tout simplement se faire plaisir et faire de ce plaisir sa philosophie de vie et ne jamais se laisser décourager dans sa tâche.
Après avoir lu Une chambre à soi, on a envie de relever le défi que Virginia Woolf nous lance et de commencer tout de suite à écrire, ou de continuer, pour ne jamais, jamais s'arrêter dans notre chambre à soi fermée à double tours.
Lien : http://la-bouteille-a-la-mer..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
Citations et extraits (125) Voir plus Ajouter une citation
PascaleAimePascaleAime   18 octobre 2018
Jeunes femmes (...), vous n’avez jamais ébranlé l’empire ou mené une armée à la bataille. Les pièces de Shakespeare ne furent pas écrites par vous et vous n’avez jamais initié une race barbare aux bienfaits de la civilisation. Quelle est votre excuse
Commenter  J’apprécie          10
foxinthesnowfoxinthesnow   15 octobre 2018
Les femmes, durant tous ces siècles, avaient servi de verres grossissants dont le magique et délicieux pouvoir réfléchissait la silhouette naturelle d’un homme en multipliant sa taille par deux. Sans ce pouvoir, la terre serait encore probablement marécage et jungle. (…) Quel que soit leur usage dans les sociétés civilisées, les miroirs sont essentiels à toute action héroïque et violente. C’est pourquoi Napoléon et Mussolini ont tous les deux insisté si emphatiquement sur l’infériorité des femmes, car si elles n’étaient pas inférieures, elles cesseraient de faire loupe. Cela explique en partie la nécessité que représentent si souvent les femmes pour les hommes. (p. 64)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
foxinthesnowfoxinthesnow   15 octobre 2018
Tant que vous écrivez ce que vous avez envie d’écrire, c’est tout ce qui compte ; et que cela compte pour des siècles ou seulement pour des heures, nul ne peut le dire. Mais sacrifier un cheveu de votre vision, une nuance de sa couleur, en déférence à quelque maître avec un pot en argent dans les mains ou à quelque professeur avec une règle dans sa manche, voilà la tricherie la plus abjecte ; en comparaison, le sacrifice de la richesse et de la chasteté, qu’on disait être le plus grand des désastres humains, n’est qu’une piqûre de puce. (p. 161)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
foxinthesnowfoxinthesnow   15 octobre 2018
Le fait est que ni Mr Galsworthy ni Mr Kiping n’ont une étincelle de femme en eux. Du point de vue d’une femme, toutes leurs qualités semblent donc, si l’on peut généraliser ainsi, crues et immatures. Il leur manque beaucoup de pouvoir de suggestion. Et quand un livre manque de pouvoir de suggestion, quelle que soit la force avec laquelle il frappe la surface de l’esprit, il ne peut pas y pénétrer. (p. 156)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PiatkaPiatka   02 juillet 2014
Écrivez ce que vous désirez écrire, c'est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d'école tenant une coupe d'argent à la main ou envers quelque professeur armé d'un mètre, c'est commettre la plus abjecte des trahisons.
Commenter  J’apprécie          550
Videos de Virginia Woolf (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Virginia Woolf
Bonjour et bienvenue dans le monde de notre Vie Intérieure. Nous parlons aujourd?hui de l?expérience de voir son image dans un miroir?
« Clarissa (se dirigeant vers la table de toilette) plongea au c?ur même de l?instant, le cloua sur place, l?instant de ce matin de juin sur lequel s?exerçait la pression de tous les autres matins, voyant comme pour la première fois le miroir, la table de toilette, et tous les flacons, se rassemblant toute entière en un point (en se regardant dans le miroir), regardant le visage rose, délicat? de Clarissa Dalloway ; d?elle-même. Elle l?avait vu des milliers de fois, son visage, et toujours avec cette même imperceptible contradiction? Oui, c?était bien elle? » Virginia Woolf, Mrs Dalloway.
Le miroir n?a pas toujours existé sous sa forme actuelle : il fut longtemps un objet rudimentaire, en métal poli, n?incitant guère à la contemplation de soi. Il ne s?est popularisé dans les foyers qu?à la fin du XVIIIe siècle. Depuis, les miroirs et leurs avatars (photos et réseaux sociaux) sont omniprésents dans nos vies, et nous permettent de nous assurer de notre bonne apparence.
Mais se regarder dans un miroir peut être aussi l?objet d?expériences existentielles plus intéressantes que la simple vérification de son image. L?occasion d?une rencontre avec soi, d?une exploration des liens éventuels entre essence et apparence, avec ce goût particulier que procurent les expériences de sortie de son corps. Car se regarder dans un miroir, c?est se voir comme les autres nous voient, c?est observer un corps vivant, mobile, réactif, changeant? Et dont la contemplation prolongée va activer notre vie intérieure, bien davantage que ne le font les considérations esthétiques, qui sont l?usage habituel des miroirs?
Face à son miroir, sans autre but que mener une expérience de psychologie, on peut donc s?arrêter, et prendre son temps. Il va d?abord falloir laisser s?épuiser les automatismes mentaux, qui se déclenchent tout seuls face à notre image : on vérifie son apparence, on se dit qu?on a pris un coup de vieux, ou au contraire qu?on est resté jeune d?allure, on fait ses petites grimaces sociales (sourire, incliner la tête, froncer les sourcils, mimer différentes émotions?). Une fois passées ces babouineries, comme dit Albert Cohen dans Belle du Seigneur, on passe aux choses sérieuses?
On se regarde longtemps, en se répétant « c?est moi, c?est moi? » Au bout d?un moment, on ressent une impression aussi étrange que lorsqu?on se répète un même mot en boucle : « chocolat, chocolat, chocolat? » Après quelques minutes, survient un phénomène de dissociation entre le mot et l?objet qu?il désigne. Et des interrogations : pourquoi ce mot, et pas un autre, pour désigner cette chose ? de même, face au miroir, surviennent peu à peu des interrogations et sentiments troublés, devant notre reflet : pourquoi suis-je doté de ce corps, de ce visage, et pas d?autres ? Pourquoi ces traits sont-ils associés à mon identité ? Pourquoi cette « partie antérieure de ma tête », comme la définit le dictionnaire, a-t-elle tant d?importance à mes yeux, et à ceux des humains qui me croisent ? Que peut-on penser de moi d?après mes traits ? Mon visage reflète-t-il ce que je suis ?
Et puis, finalement, est-ce que tout ceci est si important ?
Vous vous souvenez du mythe de Narcisse : ce jeune homme était si captivé par sa beauté qu?il finit par mourir d?inanition, en contemplant son reflet à la surface d?une eau limpide. Comment faire pour que notre statut d?animal social, soucieux d?être aimé et accepté par les autres, ne nous conduise pas à être un animal narcissique, pensant que c?est notre image qui compte le plus pour être aimé ? Regardez un peu mieux le miroir : autour de votre visage, il y a le commencement du reste du monde. Il est temps d?y revenir et de le parcourir?
À demain, et ne perdez jamais le lien? avec vous-même.
Plus d'info sur La Vie Intérieure https://www.editions-iconoclaste.fr/livres/la-vie-interieure/
+ Lire la suite
autres livres classés : féminismeVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Virginia Woolf

Virginia Woolf a grandi dans une famille que nous qualifierions de :

classique
monoparentale
recomposée

10 questions
136 lecteurs ont répondu
Thème : Virginia WoolfCréer un quiz sur ce livre
.. ..