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ISBN : B0018I7INK
Éditeur : Stock (30/11/-1)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 9 notes)
Résumé :
On trouvera dans ce recueil d'articles littéraires, sous l'éloge et le blâme, une critique féroce de la société bourgeoise. C'est à la fois un massacre de la décadence et l'aveu de la magnificence de ceux qui s'essaient à lutter contre.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Alcapone
  13 décembre 2012
Cette fois-ci encore, Léon Bloy ne trahit pas sa réputation de pamphlétaire : avec la verve qui le caractérise, voilà qu'il brûle « les belluaires et les porchers » à l'autel de l'ignominie universelle. Mais qu'entend donc Bloy par ces termes ? Pour lui, « Il y a deux sortes de triomphants : les Belluaires et les Porchers. Les uns sont faits pour dompter les monstres, les autres pour pâturer les bestiaux. Entre un chef de guerre conduisant ses fauves au viandis et un affronteur d'agio poussant les foules à la glandée, on ne peut trouver aucune place pour une troisième catégorie de dominateurs. L'histoire du genre humain ne dénonce pas d'autres victorieux. » p.37. Bloy se désespère ainsi de constater que « nous crevons de la nostalgie de l'Etre. L'Eglise qui devrait allaiter en nous le pressentiment de l'infini, agonise depuis trois cents ans qu'on lui a tranché ses mamelles. L'extradition de l'homme par la brute est exercée jusque dans les cieux. Il ne reste plus que la louve de l'Art qui pourrait nous reconforter, si on ne lapidait pas les derniers téméraires qui vont encore se ravitailler à ses tétines d'airain. » p.43
Dénonçant comme à son habitude la société bienséante et moutonienne qui crédite les belluaires et les porchers, Bloy se définit comme « un très humble et très ingénu vociférateur. » p.44 dont le dessein est de « dénoncer les improbes en littérature : ceux qui volent et ceux qui rampent. Car ces deux espèces menacent de tout dévorer. » p.51. Si l'époque est maussade pour la littérature, les rares qui osent encore élever leur voix contre la tyrannie des puissants de ce monde ne doivent pas se taire...
Publié pour la première fois en 1905, ce recueil de textes rédigés entre 1884 et 1900, est d'une acuité rare : l'ouvrage est introduit par une lettre du 28 mai 1892 intitulée le bon conseil, rédigée à l'attention du Directeur du Saint-Graal. Y exprimant tout son dédain pour l'éditeur qui sollicite sa prose, Bloy prend congé dans ces termes « le silence, vous le savez, est mortel aux jeunes revues et je termine en avant de mes pensées en exil, dans une grande colonne de Silence. » Paris. 28 mai 1892. C'est dire si le mépris est grand.
Portraits au vitriol et destins d'auteurs méconnus de leur temps, Bloy assassine les uns et rend justice aux autres. Belluaires, porchers ou poètes maudits, l'auteur remet chacun à sa place : les frères Goncourt (Edmond est pour lui un vieux Dindon et l'Idole des mouches), Daudet (Le voleur de gloire), Joséphin Péladan (Le fils des anges), Flaubert, Baudelaire Les fleurs du mal et Les poèmes en prose paraissent à de certaines places, calcinés, comme des autels maudits que des langues d'enfer auraient pourléchés » p.167), Hugo, Molière, Jean Richepin, les décadents et bien d'autres encore sont cloués sans pitié au banc des imposteurs. Il accorde ses faveurs à Barbey d'Aurevilly (l'enfant terrible), Ernest Hello (le fou) et Verlaine (le lépreux) qu'il considère comme le brelan d'excommuniés et excuse la folie du Comte de Lautréamont. Quant aux autres, il dégaine sa plume la plus accérée et défend ardemment l'honnêté intellectuelle.
Les critiques sont si cinglantes que l'on n'aimerait pas avoir à se frotter au courroux du Monsieur. Car Bloy ne verse pas dans la langue de bois. Lui pratique la langue de Bloy. Et quel langage ! Si le style est soutenu (on apprend plein de vocabulaire au passage), le message est clair : à bas les imposteurs ! A la façon de Marchenoir, le héros du Désepéré, Bloy interpelle en ses lecteurs, le sens de la jugeotte. le phrasé est toujours sophistiqué ou imagé et il peut parfois sembler dépassé... Mais quand on se prend au jeu, alors quelle délectation. Bien sûr, je ne suis pas toujours d'accord tout mais il faut l'avouer : assassiner les gens comme Bloy sait le faire, tout le monde aimerait en être capable. Pour preuve, voici un extrait que j'ai particulièrement trouvé truculent :
« Qu'un misérable sabrenas de roman-feuilleton se pollue chaque jour, comme un mandrille, à son rez-de-chaussée, pour la joie d'un public abject, c'est son métier et il n'a pas même assez de surface pour le mépris. Mais qu'un écrivain de talent, pour augmenter son tirage, pour être lu par des femmes et par des notaires, pour obtenir de l'avancement dans l'administration de la gloire, descende son esprit jusqu'à cette ordure et contraigne sa plume à servir de cure-dents à des gavés imbéciles dont il ambitionne de torcher les plats, - c'est un genre de déloyauté qu'il faut divulguer, s'il est possible, dans des clairons et dans des buccins d'airain, car c'est l'Eternelle Beauté qui se galvaude en ces gémonies. » p.52
A noter que le niveau se maintient dans tous les textes. le mépris que Bloy porte par exemple àAlphonse Daudet, aux frères Goncourt ou à Paul Bourget, est sans bornes (notons au passage que Bloy respecte Huymans, éminent représentant du mouvement fin de siècle, dont la reconversion littéraire du naturalisme au roman religieux a été salvateur). Et à lire ce recueil, on n'est pas en reste : les métaphores, comparaisons, effets de style, etc. sont si parfaitement maîtrisés qu'on peut parfois avoir l'impression de lire de la rhétorique. A la longue, ça peut épuiser certains lecteurs mais qu'on aime ou pas, ces textes ont ceci d'intéressants qu'ils présentent UNE réalité de l'époque. le texte que je préfère est : le massacre des innocents qui revient sur le placement dans toutes les bibliothèques scolaires et la distribution gratuite à tous les instituteurs et institutrices du Manuel d'instruction sur ordonnance du Conseil municipal de Paris. Ce qu'on y apprend est très intéressant et l'on finit quand même par se demander si en un siècle, les choses ont beaucoup évolué. Pour conclure ce billet, ce que je retire du message de Bloy, c'est qu'en tant que lecteur, c'est nous qui décidons de faire ou non, la notoriété d'un écrivain. Alors lire oui, mais pas n'importe quoi... Bon public que je suis, je devrais tirer profit de cet enseignement !
Lien : http://livresacentalheure-al..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PrigentPrigent   14 juillet 2010
L'Arsouillerie très-parfaite est devenue l'Opinion et, partant, la reine du monde. Elle est tout à fait sortie de ses langes souillés et nubile enfin pour les fornications et les parturitions qui conviennent à sa nature.
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Videos de Léon Bloy (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Léon Bloy
Léon Bloy ou la mystique de la douleur. (avec François Angelier)
Les Racines du Ciel : Léon Bloy ou la mystique de la douleur avec François Angelier (29.11.2015)
François Angelier : producteur de Mauvais genres à France Culture, chroniqueur au Monde, auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels on peut citer le "Dictionnaire Jules Verne" (Pygmalion, 2006) et le "Dictionnaire des voyageurs et explorateurs occidentaux" (Pygmalion, 2011). Il vient de publier de Bloy ou la fureur du juste (Points, 2015), essai dans lequel il revient sur la trajectoire de Léon Bloy, qui ne cessa, entre la défaite de 1870 et la Première Guerre mondiale, de clamer la gloire du Christ pauvre et de harceler sans trêve la médiocrité convenue de la société bourgeoise, ses élites et sa culture. Catholique absolu, disciple de Barbey d'Aurevilly, frère spirituel d'Hello et de Huysmans, dévot de la Notre-Dame en larmes apparue à La Salette, hanté par la Fin des temps et l'avènement de l'Esprit saint, Léon Bloy, écrivain et pamphlétaire, théologien de l'histoire, fut un paria des Lettres, un «mystique de la douleur» et le plus furieux invocateur de la justice au coeur d'une époque dont il dénonça la misère sociale, l'hypocrisie bien-pensante et l'antisémitisme. Bloy ou le feu roulant de la charité, une voix plus que présente - nécessaire.
François Angelier est aussi l'auteur de l'essai intitulé "Léon devant les canons" qui introduit "Dans les ténèbres", livre écrit par Léon Bloy au soir de sa vie et réédité par Jérôme Millon éditeur.
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