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Robert Amutio (Traducteur)
EAN : 9782267018189
180 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (09/03/2006)
4.15/5   60 notes
Résumé :
Roberto Bolaño a écrit un étrange roman noir qui mêle art, histoire et horreur. Un jeune homme, séduisant et mystérieusement lointain, se présente dans un atelier d'écriture que suit le narrateur dans une ville provinciale du Chili. Le coup d'État de Pinochet donne l'occasion à cet étrange artiste de mettre en pratique sa conception radicale de l'art de la cruauté, en assassinant quelques femmes de sa connaissance dans des circonstances que le lecteur, comme le narr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
jmb33320
  01 juin 2021
« Quand il survola le Centre de la Peña le bruit qu'il fit ressemblait à celui d'une machine à laver déglinguée. D'où je me trouvais je pus apercevoir le visage du pilote, et pendant quelques instants je crus qu'il agitait la main et nous saluait. Ensuite il releva le nez de l'avion, prit de l'altitude et se retrouva au-dessus du centre de Concepción. Et c'est là, à cette hauteur-là, qu'il commença à écrire un poème dans le ciel. »
Ce court roman est issu d'une bouture de « La Littérature nazie en Amérique », livre dans lequel on fait la connaissance d'un personnage similaire. Il s'y appelle Ramirez Hoffman. Ici il portera d'abord le nom d'Alberto Ruiz-Tagle, puis celui de Carlos Wieder.
N'imaginez-pas une sorte de Saint-Exupéry chilien car l'homme se révèle être parfaitement dangereux, au-delà de son charme et de ses performances poétiques en plein ciel. Il fait partie de ces officiers qui sous la dictature ont torturé et tué. C'est même un tueur en série, qui trouve un terrain particulièrement favorable à ses exactions. Il s'est évanoui dans l'air mais est-il réellement mort ? C'est une sorte d'enquête que nous allons suivre, du Chili à la France et l'Espagne, des années 1970 aux années 1990.
Comme souvent chez Bolaño, les narrations sont savamment imbriquées les unes dans les autres. le narrateur cède la place à des interlocuteurs divers, du passé ou du présent, mais le tout reste d'une grande clarté. Toute sa thématique est bien là : jeunes poètes à l'avenir incertain, violences, cruauté irrémédiable du monde...
Plus j'avance dans la lecture de son oeuvre, plus il m'impressionne.
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MonsieurGaston
  23 septembre 2020
Chili, 1973 : le coup d'Etat de Pinochet fait basculer le pays dans la dictature. Au sein d'un groupe de jeunes poètes, évolue l'étrange Alberto Ruiz Tagler qui veut révolutionner la poésie chilienne et qui le fera d'une manière telle qu'il en viendra à incarner le mal absolu. La pseudo enquête (on n'est pas vraiment dans un polar) que constitue le roman nous mène sur ses traces jusqu'aux années 90.
On pense à Borges et plus généralement aux auteurs latino-américains du « boom » dans les années 60-70 (Cortazar, Garcia Marquez, Vargas Llosa, Rulfo…) dont Bolano est un héritier : la réalité sociale, historique ou quotidienne est appréhendée à travers des récits teintés d'une étrangeté onirique, le tout dans un style très direct, très lisible (c'est le « réel-merveilleux » ou « réalisme-magique ») qui rend la lecture très fluide, agréable (en dépit d'une histoire ici tragique).
C'est un livre court, puissant et intriguant, très bien écrit (et sans doute bien traduit) qui me donne envie de découvrir d'autre oeuvres de Bolano (2666 et Les détectives sauvages sont dans ma pile, mais ils font 1000 et 900 pages : j'hésite !)
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Ingannmic
  27 juillet 2021
Chili, début des années 70. le narrateur est étudiant, et avec son ami Bibiano, il fréquente les ateliers de poésie de Juan Stein et Diego Soto. C'est là qu'ils font la connaissance de Ruiz-Tagle, jeune homme séduisant qui se dit autodidacte, et dont le succès auprès des femmes suscite la jalousie. Accessoirement, c'est aussi un homme de droite, ce qui dans le Chili de cette époque revêt une signification particulière.
Avec l'arrivée au pouvoir de Pinochet, le cercle d'étudiants dont faisaient partie le narrateur et Bibiano se disperse : certains disparaissent, d'autres partent en exil… C'est sous le patronyme de Carlos Wieder que Ruiz-Tagle refait alors surface, devenu un célèbre poète « d'avant-garde », ainsi que le qualifie une presse qui a perdu toute indépendance. Il faut dire que le jeune homme fait surtout dans le sensationnel, écrivant les vers de ses poèmes dans le ciel, avec en guise d'encre les gaz d'un avion qu'il pilote.
Voici un curieux petit roman, qui oscille en permanence entre réel et imaginaire, entre faits et hypothèses. D'ailleurs, dès le préambule, l'auteur introduit en quelque sorte cette ambigüité, en présentant le personnage dont il va être question dans le récit comme ayant vraiment existé (ce qui n'est pas le cas). de même, au cours de la relation, il mêle fréquemment les noms de poètes célèbres à ceux de protagonistes imaginaires, entretenant ainsi la confusion entre ce qui fut et ce qui aurait pu être… et ajoute, ironique, que « Les hallucinations, en 1974, n'étaient pas si rares » ! Et c'est sans doute effectivement un bon moyen de retranscrire le climat du Chili de Pinochet, où l'information est censurée, la liberté d'expression muselée : R.Bolaño donne l'impression que ses héros vivent dans un monde de rumeurs incertaines, créant un sentiment flou de peur et de danger. le personnage de Carlos l'incarne d'ailleurs parfaitement, en « héros » fantasmagorique que l'on voit partout, que l'on croit deviner sous diverses identités, dont on spécule sans cesse sur les faits et gestes. Mais il n'incarne pas que cela : poète médiocre, il est aussi un assassin, qui puise son inspiration dans la barbarie, dans une cruauté qui ne sert aucune cause si ce n'est celle d'un esthétisme macabre. Face à cette double barbarie, l'une institutionnelle et l'autre individuelle, l'auteur oppose la poésie, non pas celle d'un imposteur comme Carlos, mais celle de ceux qui s'engagent au service des faibles et pour qui l'art est indissociable de l'humanisme, celle d'hommes comme Stein ou Soto.
Et tout cela conté avec une sorte de distance à la fois ironique et mélancolique, où pointe un sentiment d'absurde : « ainsi passe la gloire du monde, sans monde, sans gloire, sans un misérable sandwich à la mortadelle ». Distance exprimée aussi par de petites allusions qui sous-entendent que l'époque dont nous parle R.Bolaño est très ancienne (il évoque notamment « l'an de grâce 1974 », parle d'un argot, voire de certains vocables, propres à cette période), donnant ainsi l'impression que son narrateur s'en est détaché. Détachement, sans doute, indispensable pour continuer à vivre dans un monde qui se révèle parfois si cruel... ?
Voici un curieux petit roman… que j'ai trouvé très grand !
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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MarianneL
  26 avril 2013
Lire "Etoile distante" est comme se pencher au dessus d'un trou noir qui ne se referme pas. «La mort est mon coeur» écrit Carlos Wieder aux commandes de son avion dans le ciel du Chili.

Sous le régime d'Allende, dans les ateliers de poésie de Juan Stein et de Diego Soto au Chili, le narrateur rencontre Alberto Ruiz Tagler, poète autodidacte, charmeur élégant, détaché et incertain. le style de Ruiz Tagler séduit les poétesses de ces ateliers, autant qu'il irrite le narrateur et son ami Bibiano, tout en étant le centre de leurs conversations.
En 1973, Pinochet est au pouvoir et Ruiz Tagler a maintenant l'identité de Carlos Wieder. Il est l'incarnation de l'audace et de la confiance en soi pour ceux qu'il fascine, il est l'incarnation du mal pour le mal, la rage pure et inutile, assassin en série, artiste utilisant les photos de ses meurtres pour une exposition (dont Bolaño ne mentionne que les effets sur ses spectateurs), officier du régime et pilote poète écrivant dans le ciel ses vers macabres.
«Quand il revint à Punta Arenas, Wieder déclara que le plus grand danger avait été le silence. Devant la stupeur feinte ou réelle des journalistes, il expliqua que le silence était les vagues du Cap Horn lançant leurs langues vers le ventre de l'avion, des vagues semblables à de monstrueuses baleines melvilliennes ou pareilles a des mains coupées qui essayèrent de le toucher pendant tout le trajet, mais silencieuses, bâillonnées, comme si à ces latitudes la son avait été l'apanage des hommes. le silence est pareil à la lèpre, déclara Wieder, le silence est pareil au communisme, le silence est pareil à un écran blanc qu'il faut noircir.»
Bien qu'il nous tienne à distance du mal en nous laissant imaginer le pire, Roberto Bolaño, autour du destin du Chili et des sympathies néo-nazies du régime Pinochet, ouvre ici un abime - la fascination pour le mal, et l'alliance fatale du mal et de l'art.
«Le mal froid est comme l'ombre de l'humanité et nous accompagnera toujours.» (Roberto Bolaño)
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valaflebu
  11 janvier 2011
Confrontation de la littérature (la poésie) et du mal.
Durant la période Allende au Chili, un jeune homme séduisant et mystérieux se présente dans un club d'écriture. Il se mêle aux apprentis-poètes et suscite à la fois méfiance et admiration. Sa véritable nature, poétique comme politique, ne se révèlera qu'après le coup d'Etat de Pinochet...
"Artiste" de la cruauté et de l'assassinat, il s'en prendra alors à deux de ses condisciples et à d'autres femmes (dont il photographie le martyre), profitant des moments troublés de l'histoire de son pays. Il deviendra un poète admiré et célébré par la junte au pouvoir, notamment grâce à ses performances d'aviateur (il trace des phrases tirées de la Genèse dans le ciel avec son appareil). Ses talents démoniaques et macabres lui permettent toutes les supercheries et lui attirent tous les honneurs. Il sera pourtant contraint à l'exil et disparaîtra en Europe après l'exposition "crue" de ses méfaits...
Étoile distante déroule, au gré des découvertes du narrateur et de l'imagination baroque de Bolaño, le parcours d'un monstre effroyable et grotesque, ayant fait son nid dans le monde de l'art au temps de la dictature. L'humour et la dérision colorent le récit des tours et détours de l'enquête menée par le narrateur dans ce monde littéraire et politique où règne la fascination du mal.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   07 mai 2015
Le jour où on ne le vit plus déambuler dans les rues de Concepción, ses livres sous les bras, toujours mis avec soin (au contraire de Stein qui s’habillait comme un clochard), sur le chemin de la faculté de médecine ou en train de faire la queue devant un théâtre ou un cinéma, quand il s’évanouit dans l’air enfin, personne ne le regretta. Pas mal de gens se seraient même réjouis de sa mort. Non pour des raisons strictement politiques (Soto était un sympathisant du parti socialiste, mais seulement cela, un sympathisant, même pas un électeur fidèle, je dirais que c’était un gauchiste pessimiste), mais pour des raisons d’ordre esthétique, pour le plaisir de voir mort quelqu’un de plus intelligent et de plus cultivé que soi, et à qui manque la finesse sociale de le cacher. Écrire ceci maintenant peut passer pour un mensonge. Mais c’était ainsi, les ennemis de Soto auraient été capables de lui pardonner même ses mots les plus acerbes ; ce qu’ils ne pardonnèrent jamais, ce fut son indifférence. Son indifférence et son intelligence.
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Charybde2Charybde2   07 mai 2015
La première fois que j’ai vu Carlos Wieder ce devait être en 1971 ou peut-être en 1972, du temps où Salvador Allende était président du Chili.
À cette époque-là il se faisait appeler Alberto Ruiz-Tagle et fréquentait parfois l’atelier de poésie de Juan Stein, à Concepción, la capitale du Sud, comme on dit. Je ne peux pas dire que je le connaissais bien. Je le voyais une ou deux fois par semaine, quand il venait à l’atelier. Il ne parlait pas énormément. Moi oui. La plupart de ceux qui venaient parlaient beaucoup : pas seulement de poésie, mais de politique, de voyages (et personne n’imaginait en ce temps-là ce qu’ils seraient plus tard), de peinture, d’architecture, de photographie, de révolution et de lutte armée ; cette lutte armée qui devait nous amener des temps nouveaux et une vie nouvelle, mais qui, pour la plupart d’entre nous, était une sorte de rêve ou, plus exactement, une sorte de clé qui nous ouvrirait la porte des rêves, les seuls qui justifiaient la peine de vivre.
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oiseaulireoiseaulire   28 mai 2021
"Le silence est pareil à la lèpre", déclara Wieder, "le silence est pareil au communisme, le silence est pareil à un écran blanc qu'il faut noircir. Si tu le noircis, plus rien de mal ne peut t'arriver. Si tu n'as pas peur, rien de mal ne peut t'arriver." D'après Bibiano, c'était la description d'un ange. Un ange cruellement humain, demandai-je ? Non, espèce de con, répondit Bibiano, l'ange de notre malheur.
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rkhettaouirkhettaoui   20 août 2018
En 1968, alors que les étudiants élevaient des barricades et que les futurs romanciers français brisaient à coups de brique les fenêtres de leurs lycées ou faisaient l’amour pour la première fois, il décida de fonder la secte ou le mouvement des Écrivains Barbares. C’est ainsi que, pendant que les intellectuels s’emparaient des rues, l’ancien légionnaire s’enferma dans sa minuscule loge de concierge de la rue Des Eaux et commença à donner forme à sa nouvelle littérature. L’apprentissage se déroulait en deux temps apparemment simples. L’enfermement et la lecture. Pour la première étape il était nécessaire de faire des provisions pour une semaine, ou alors de jeûner. Il était aussi indispensable, pour éviter les visites inopportunes, d’avertir que l’on n’était disponible pour personne, ou bien que l’on partait en voyage pour une semaine ou que l’on avait contracté une maladie contagieuse. La deuxième étape était plus compliquée. D’après Delorme, il fallait se fondre avec les œuvres maîtresses. On y parvenait d’une manière extrêmement étrange : en déféquant sur les pages de Stendhal, en se mouchant avec des pages de Victor Hugo, en se masturbant et en répandant le sperme sur les pages de Gautier ou Banville, en vomissant sur les pages de Daudet, en urinant sur les pages de Lamartine, en se coupant avec des lames de rasoir et en éclaboussant de sang les pages de Balzac ou de Maupassant, en soumettant, en somme, les livres à un processus de dégradation que Delorme appelait humanisation.
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LaFaroLaFaro   06 mai 2020
Bref, comme dit Bibiano en citant Parra, ainsi passe la gloire du monde, sans gloire, sans monde, sans un misérable sandwich à la mortadelle.
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Video de Roberto Bolaño (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Roberto Bolaño
Roberto Bolano - Entre parenthèses .Ignacio Echevarria vous présente l'ouvrage de Roberto Bolano "Entre parenthèses" aux éditions Bourgois.http://www.mollat.com/livres/roberto-bolano-entre-parentheses-9782267021455.html
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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