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EAN : 9782378802776
L' Iconoclaste (06/01/2022)
3.52/5   46 notes
Résumé :
Le pacte secret de deux génies.
C'est une histoire où le bien et le mal se donnent la main. On y avance masqué, on y ment par profession, par vice, par nécessité, on y aime, on s'y trahit et on y ressuscite. "
La nuit du 21 février 1673, une foule en larmes enterre le baladin Molière. Sous son capuchon,
le vieux Corneille suit le cortège. Il vient pour Armande, la veuve. Il la désire en secret. Il va lui dire la vérité sur son mari. Et nous l'ap... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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migdal
  03 février 2022
Si l'on peut douter de l'existence d'Homère ou de Shakespeare, il est indéniable que Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, a existé et est mort le 17 février 1673. Mais est-il l'auteur de tout ou partie des pièces qui lui sont attribuées ?
Pierre Louys, en 1919, publia deux articles intitulés respectivement « « Corneille est-il l'auteur d'Amphitryon ? » et « “L'Imposteur” de Corneille et le “Tartuffe” de Molière » concluant que Molière n'aurait été que le prête-nom de Corneille
A son tour, Eve de Castro révèle « le pacte secret de deux géants » dans un roman passionnant édité à juste titre par l'Iconoclaste.
Mettant en scène six acteurs et actrices, qu'elle incarne au fil des chapitres, la romancière ressuscite successivement :
- Maitre Pierre, alias le Vieux : Pierre Corneille
- La désirée : Armande Béjart, épouse de Molière
- le Petit : Michel Baron (ou Boyron)
- L'intouchable : Molière
- L'accoucheuse : Madeleine Béjart, mère d'Armande
- L'épouse : Marie Corneille
qui évoluent dans un décor dont les figurants ne sont autres que Richelieu, Mazarin, Fouquet, le Régent, Louis XIII et Louis XIV.
Autant dire que c'est une époque qui revit au fil des pages avec La Fontaine, Racine, Sully et leurs oeuvres, tragédies ou comédies, achevées parfois très rapidement ce qui incite à penser que plusieurs plumes étaient alors mises à contribution.
Avec finesse et talent, Eve de Castro reprend l'hypothèse de Pierre Louys. Au lecteur, en son âme et conscience, de se faire son opinion !
Je me suis instruit et régalé au fil de ses pages qui constituent un hommage et une biographie croisée de nos deux immortels auteurs.
Molière est mort ; vive la Comédie française !
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Lucilou
  07 mars 2022
Cette année on fête les quatre-cent ans de ce bon vieux Molière et, que ce soit au théâtre ou en librairie, il paraît bien impossible d'éviter le sacro-saint anniversaire et le non moins sacro-saint dramaturge favori de ce bon vieux Roi Soleil.
Ai-je l'air de m'en plaindre ? Que nenni ! J'aime le théâtre à la folie et j'aime Molière. Moins que Shakespeare et Musset sans aucun doute, moins que Tennessee Williams sûrement, moins que Racine peut-être, mais je l'aime tout de même. Assez pour attendre avec impatience chaque nouvelle mise-en-scène et espérer qu'elle me fera mourir de rire et de réflexion. Quant à ses pièces, je le confesse : il m'a certes fallu du temps pour les apprivoiser et m'y attacher… mais il y a, à présent, une place jalousement réservée à Alceste et Argan, Harpagon, Agnès et Dom Juan dans mes affections de spectatrice. L'une d'entre elle -la plus ensoleillée peut-être- est aussi pour Scapin, depuis que Benjamin Lavernhe lui a prêté ses traits, son énergie et son talent.
Il fallait bien que les romanciers, en sus des chercheurs et des documentaristes, s'y mettent aussi, à célébrer le sieur Poquelin. le contraire m'eut déçue, moi qui aime à promener un oeil gourmand quoique exigeant sur les nouvelles parutions en matière de romans historiques et je me suis fendue d'un soupir de satisfaction quand j'ai croisé « L'Autre Molière », signé Eve de Castro dont j'avais passionnément aimé « le Roi des Ombres », son Versailles de misère et de lumière, son XVII siècle qui habille si bien la fiction.
Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour me procurer l'ouvrage et m'y lancer, ni pour le dévorer d'ailleurs. le bougre se déguste promptement.
On parlait d'hommage un peu plus haut… Cet hommage-là rendu au maître de la Comédie (Française) et de la langue dont on dit si souvent qu'elle fut sienne avant de nous appartenir est pour le moins… ambigu. On pourrait s'en plaindre et il est des puristes doublés de fanatiques qui ne manqueront pas de pousser des cris d'orfraie à la lecture de « L'Autre Molière », mais sans ambiguïté ni problème, il n'y aurait pas de roman…
Dans ce dernier, donc, Eve de Castro fait sienne l'une des théories qui agite avec plus ou moins de force la sphère culturelle depuis une petite centaine d'années, à savoir que ce serait Corneille -oui, oui, Pierre. le Corneille, le seul, le vrai, l'unique (qui connaît encore les oeuvres du petit frère ?)- qui aurait écrit la plupart des grandes oeuvres de notre Molière, lequel n'aurait été qu'un prête-nom, doublé d'un excellent comédien et d'un metteur-en-scène de génie.
Qu'on y souscrive ou pas, peu importe au fond, la question n'est pas vraiment là, mais il faut reconnaître qu'un tel énoncé a tout du parfait sujet de roman, qu'il y a là de la matière. Matière à raconter, à broder, à bousculer.
L'auteur nous donne donc à voir avec « L'Autre Molière » les hommes et le pacte derrière le mythe, la construction de la légende, les coulisses du spectacle qu'on en finit pas de représenter. Plutôt que d'adopter une narration classique, linéaire, Eve de Castro a fait le choix de convoquer sur scène des personnages qui chacun leur tour nous offre leur version de l'histoire. Il y a là Baptiste lui-même revenu d'entre les morts et Madeleine Béjart toute aussi éthérée ; il y a Pierre Corneille qui prend la plume quelques heures après la mort de Molière, son épouse et celle du défunt, la belle mais froide Armande Béjart. Il y a enfin « le petit », Michel Baron, l'ami et le fils électif. Au fil des pages, leurs récits s'entrecroisent, dévoilent autant qu'ils dissimulent et se rejoignent pour nous raconter comment Molière est devenu ce qu'il est aujourd'hui et ce depuis des siècles, comment un pacte conclu entre un érudit assoiffé d'honneur et de beauté et un être pétri de vie a donné lieu à la légende, comment le désir et la jalousie s'en sont mêlés aussi. Au-delà, « L'Autre Molière » est également un très beau roman sur la création et le théâtre, sur les affres et le fonctionnement du Grand Siècle, au moins d'un point de vue artistique. C'est enfin un texte qui ausculte l'âme humaine et toute sa complexité, un roman polyphonique et inquiet, ténébreux parfois et non sans noirceur. Ce qui en fait sa beauté et sa profondeur -ses voix qui se font écho, ces êtres qui racontent- est aussi ce qui fait la faiblesse de l'ouvrage. En effet, j'ai presque fini par me lasser de ces monologues magnifiquement écrits mais un peu redondants, à grands coups d'accumulations et de déchirures. Ces figures un peu répétitives ont fini par boursouffler un peu le propos qui en perd en intensité et je l'ai beaucoup regretté.
Néanmoins et pour finir sur une note positive et méritée, je voudrais évoquer en fin de bafouille l'absence de manichéisme de chacun des personnages, particulièrement bien rendus et qui me conforte dans l'idée qu'Eve de Castro est une romancière de l'âme humaine et de sa complexité presque autant qu'une chantre du XVII°siècle, et c'est un plaisir.
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MemoartdAdrien
  04 février 2022
« Comment un homme de cinquante ans sujet aux fluxions parvenait-il à gérer le quotidien d'un théâtre, jouer le rôle principal dans ses propres comédies, organiser les déplacements de la compagnie à Versailles, Saint-Germain, Fontainebleau, Saint-Cloud, veiller aux décors, à la musique, aux costumes, aux finances, diriger les répétitions, arbitrer les conflits, faire des lectures dans les salons, rendre quantité de visites, remplir sa charge de tapissier, sauver du temps pour son épouse, ses amis, ses plaisir, et, lorsque Sa Majesté lui commandait un spectacle, écrire et porter sur scène en moins d'un mois, parfois même en dix jours, une comédie achevée ? ».
Apporter une réponse (et non pas LA réponse) à ce mystère, l'une des plus grandes énigmes de la littérature française, en fournissant les éléments dont nous disposons et en se servant de son imagination, le tout de manière très originale, tel était le projet de ce L'autre Molière écrit par Eve de Castro, aux éditions de L'Iconoclaste.
Disons-le de suite, l'auteure ne cache pas son intime conviction : selon elle, Corneille a écrit certaines pièces de Molière seul, et d'autres en partie. « L'écriture du Tartuffe en trois actes est la mienne [Corneille s'exprimant dans le roman], celle d'Amphytrion aussi, le Misanthrope et Dom Juan mélangent nos deux plumes » (p. 168). Pour nous en convaincre, Eve de Castro nous plonge dans l'ambiance du théâtre du Grand siècle, un théâtre sans droit d'auteur, un théâtre où ceux qui signaient leurs pièces n'étaient pas ceux qui les avaient écrites, un théâtre qui adulait les tragédies, qui méprisait les comédies. L'Académie n'ouvrait ses portes qu'aux tragédiens.
Corneille est décrit comme vaniteux, orgueilleux, nostalgique d'une gloire passée et regrettant de n'avoir jamais pu écrire des comédies sans faire l'objet de railleries, en particulier de la part de certaines précieuses…ridicules. « Il était mon dieu, je vous le jure, notre dieu à tous » (dit Molière dans le roman, p. 27).
Molière est quant à lui présenté comme un être farceur, léger, n'aimant que s'amuser, faire la fête, s'enivrer dans les bordels parisiens, disparaissant des jours entiers : « il avait moins d'orgueil que de passion, et il aimait les défis ». Il croyait aux instants pendant que Corneille croyait à l'éternité. Rejeté par l'Académie, Molière semble n'en avoir cure : « L'Académie ne m'a jamais invité sur ses bancs, mais cet honneur-là m'a d'autant moins manqué que j'ai eu tous les autres. du moins ceux qui comptaient. Faire rire Louis XIV, être applaudi, réclamé, protégé par lui, le voir dans son particulier, s'entretenir avec lui en aparté, voilà le vrai pouvoir » (p. 74). Corneille, dans le roman, le résume ainsi : « Il songeait avant tout à gagner la faveur royale, et dans cette quête mon génie lui était un outil parmi d'autres ».
Surtout, en replaçant cette histoire dans son contexte, en rappelant la vie et l'avis des différents personnages de cette intrigue, en redéfinissant ce qui fait la force du théâtre, la romancière semble vouloir dépassionner ce débat. Une mission a priori impossible, mais l'intention est noble. On comprend que l'auteure estime que le fait que Corneille ait écrit les pièces attribuées à Molière n'enlève rien au génie de Molière, qui a fait de la comédie un grand art. « Sans la bouche qui dit les vers, sans les geste qui les soutient », un texte de théâtre n'est rien. Il faut du génie pour divertir durant tant d'années les personnages les plus illustres de son temps. Il faut du génie pour endosser tant de rôles, demeurés cultes jusqu'à nos jours. C'est incontestable : le texte seul n'y suffit pas.
Pour être honnête, au-delà de l'intérêt qu'a suscité en moi le roman, et du caractère assez convaincant des éléments convoqués, j'ai été globalement gêné par la forme et le style du roman. le style employé n'est pas celui que je préfère, il me touche peu, il est par moments trop familier (même si je comprends qu'il est adapté à l'idée d'une pièce de théâtre qu'a voulu mettre en scène Eve de Castro dans son roman).
Le roman est très déstructuré, puisque l'histoire est contée à travers le regard de plusieurs personnages : Corneille, sa femme, Molière, sa femme, le « Petit », et Madeleine Béjart, compagne puis belle-mère de Molière. Certes, cette forme permet à l'auteure de présenter sa thèse tout en gardant l'esprit d'un roman, en suscitant indirectement les raisons de ce pacte entre Corneille et Molière. Certes, cela créée une ambiance très théâtrale, avec des personnages s'adressant au public, et de l'humour très farcesque (je vous laisse par exemple découvrir par vous-même l'anecdote raconté par Molière dans le roman : en détachant la première lettre des vers 444 et suivants de la pièce Horace écrite par Corneille, vous découvrirez un mot caché destiné très certainement à Richelieu). Cependant, j'aurais préféré un roman mieux structuré, plus chronologique, plus romancé.
Par ailleurs, je trouve que le roman « décolle » réellement à partir de sa seconde moitié, que j'ai largement préférée à la première. La 2nde partie est plus intéressante, plus claire, moins confuse, et on comprend réellement les intentions de l'auteur. Selon moi, la 1ère partie, et le roman de manière générale, est ombragé par des développements un peu trop importants sur les biographies des personnages, sur le contexte social du Grand siècle, les privilèges des nobles, la condition des femmes, la vie théâtrale. Tout cela est intéressant, mais ne m'a pas permis de rentrer dans le roman. Ce fut même parfois l'inverse.
Par ailleurs, faire s'adresser les personnages au lecteur est un pari très risqué. Alexandre Dumas y parvenait brillamment, mais peu d'auteurs s'y risquent. En l'occurrence, pour le roman d'Eve de Castro, l'idée était cohérente avec la forme théâtrale de l'oeuvre, et c'est plutôt réussi dans l'ensemble. Cela m'a davantage dérangé lorsque ces adresses au public furent également mêlées de ponts temporels : les références aux premiers pas sur la lune, aux moteurs de recherche, à la fermeture des théâtres durant un an en raison du coronavirus (cette critique avait-elle vraiment sa place dans un roman ?) par des personnages du XVIIème siècle m'ont quelque peu dérangé. Trop de murs brisés, selon moi. Mais cela peut tout à fait plaire à ceux qui ne se sentiraient pas gênés par de tels procédés littéraires !
En conclusion, je ne peux vous conseiller la lecture de ce roman qu'avec prudence. Si vous êtes intéressés par ce pacte secret entre Molière et Corneille, que vous n'êtes pas réticents à une structure très atypique et un style parfois familier, et que les murs brisés ne vous dérangent pas dans un roman, alors vous passerez un moment agréable car, ces réserves étant faites, le roman se lit de manière assez fluide. Pour ce qui me concerne, ces défauts ont, hélas, un peu trop perturbé ma lecture.
Le rideau se ferme. Merci pour votre attention.
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MadameTapioca
  08 mars 2022
Dans les années 80, si vous aviez pu telle une petite souris vous glisser dans le jardin de mes parents, vous auriez aperçu deux fillettes jouant Molière. Livre à la main, un drap en guise de costume, le chapeau en paille du grand-père comme couvre-chef, ces gamines prenaient un ton théâtral pour réciter leurs tirades. Les fourberies de Scapin, neuf fois sur dix, Tartuffe le reste de temps. Ce n'était pas vraiment un choix, c'était les seules pièces de l'auteur pour lesquelles elles disposaient de deux exemplaires (or se faire passer un livre quand vous êtes en train de vous donner la réplique ce n'est pas facile). J'étais la plus petite, je n'avais jamais le droit de jouer Scapin et j'enrage encore de cette injustice. D'où nous venait cette passion, je suis bien incapable de vous le dire. Ce que je sais, c'est que ce sont de précieux souvenirs et que Molière, en plus de me faire rire, aura toujours pour moi le goût de l'enfance.
Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce roman. Eve de Castro y reprend une théorie lancée par l'écrivain Pierre Louys dans les années 1920. Molière n'aurait pas écrit ses pièces, ou bien pas seul. Corneille lui aurait prêté sa plume. Un secret bien gardé, une supercherie jamais démasquée. Comme il existe un énigme Shakespeare, il y aurait une énigme Molière…
21 février 1673. Molière vient juste de mourir quand l'autrice donne à tour de rôle la parole à la Désirée (Armande Béjart), à l'accoucheuse (Madeleine Béjart), au Petit (Michel Baron, comédien), à Pierre Corneille, à l'Epouse (Marie Corneille) et à l'Intouchable (Molière en personne). On plonge avec délice et curiosité dans l'intimité de ces personnages qui ont entouré Molière. Chacun à sa version, chacun pense avoir sa part de mérite dans le succès et la renommée de l'auteur. Mais on découvre très vite que le mystère sur la paternité des oeuvres n'est pas le seul secret. Molière et Corneille était liés par autre chose que les mots.
Les pièces de Molière sont-elles l'oeuvre d'un génie bicéphale à quatre mains ? Eve de Castro construit son roman sur une hypothèse et parvient à en tirer une habile fiction qui laisse toute la place à l'amour, à la haine et au désir. Elle nous immerge dans le XVIIème, dans le quotidien des comédiens, dans la tête de Corneille et c'est instructif, divertissant. Un très agréable moment.
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HQL
  09 janvier 2022
Je vais commencer en déconstruisant immédiatement le mythe du gros lecteur devenant libraire qui a forcément lu l'ensemble des ouvrages de la littérature internationale depuis plusieurs millénaires car non, hélas, je n'ai pas tout lu. Et même si j'ai subi les indigestes prescriptions scolaires comme chacun•e d'entre vous, je n'ai gardé aucun souvenir d'une hypothétique lecture d'une pièce de Molière.
Cette année, nous célébrons le 400e anniversaire de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, et vous devriez trouver de quoi rattraper ou compléter votre culture sur l'acteur-auteur dans les parutions qui s'annoncent. À commencer par ce roman d'Eve de Castro, qui nous avait offert le très lumineux Nous, Louis, Roi il y a quelques années, déjà à l'Iconoclaste.
Dans ce récit elle romance une hypothèse qui agite la sphère culturelle depuis un siècle, qui voudrait que Molière n'ayant pas le talent de dramaturge qu'on lui imagine, la plupart de ses pièces auraient en réalité été écrites (au moins en partie) par Pierre Corneille, l'auteur du Cid qui fut l'un des contemporains de Poquelin.
L'histoire s'ouvre sur la mort de Molière à son domicile (et donc pas du tout sur scène comme on le prétend toujours à tort), puis revient sur le parcours tumultueux de l'Illustre Théâtre qu'il fonda avec d'autres comédiens dont Madeleine Béjart, jusqu'aux palais dorés de Monsieur puis de Louis XIV dont il devint l'auteur favori, toujours avec Corneille dans les parages.
J'ai passé un moment agréable avec la Béjart, Armande, Molière et Corneille, et j'ai beaucoup aimé découvrir cette hypothèse historique sous la forme d'un roman, parfaitement servi par la plume d'Eve de Castro. Et devinez quoi ? Ça m'a donné envie de lire du Molière !
🔗 Service de presse adressé par l'éditeur.
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critiques presse (1)
Culturebox   12 janvier 2022
Au travers de son livre, Eve de Castro permet au lecteur d’accéder à une facette moins connue de l’homme de théâtre. Celle d’un homme complexe, qui n’a rien laissé derrière lui.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
migdalmigdal   06 février 2022
Un génie a des cors aux pieds comme un homme ordinaire. Il a l'haleine aigre. Des flux de ventre. Il prend froid, il crache. Il se voûte, il perd ses dents, et au lit l'âge l'épargne à peine moins qu'un autre.

Mais ce qui le distingue du commun des mortels résiste au temps.

Pierre Corneille est un chêne. Une montagne battue par les vents.

Il vit des saisons qui ne sont pas les nôtres. Les siennes peuvent durer sept mois ou sept années, elles n'obéissent pas au calendrier. Il connaît en octobre des printemps bourgeonnants, en mars des étés glorieux, en janvier des automnes inquiets, en août des hivers où tout en lui se dénude. Sa dernière hibernation a été si longue que j'ai douté de le voir revenir parmi les vivants.

Il a cent ans, il a mille ans.
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migdalmigdal   06 février 2022
Si vous voulez vivre en paix, ne vous mariez pas. L'état conjugal a des avantages, j'en conviens, dont le plus concret est de disposer soir et matin de seins rondelets et autres merveilles à baiser et mignoter, sans compter le soin qu'une femme prend de votre logis, de vos habits, de votre table, de votre santé. Mais chaque médaille a son revers et, croyez-moi, la face cachée de ce bonheur-là porte presque toujours des cornes, et bien souvent des pieds fourchus.
Moi qui sur le théâtre moquais la condition d'époux, j'aurais dû me méfîer davantage.

Mais voilà, je prends l'affaire comme tout ce qui me tient à cœur: je l'embrasse à pleine bouche. Au sortir du couvent Armande ignorait qu'il faut un coq sur la poule pour que d'un œuf sorte un poussin. Il semble que quelques mois à notre table aient suffi à l'instruire, quand le moment vient de nous coucher ensemble, je la trouve plus à mon goût que ne l’escomptais.
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Olivia-AOlivia-A   26 janvier 2022
Je n'ai pas eu besoin de hanter les tavernes, de courir les bordels, de sillonner les provinces, de voyager outre-mer, d'étriper des ennemis, de me battre en duel, d'enlever des femmes, de pratiquer les péchés capitaux en plus des véniels. J'ai vécu et vis encore des aventures exaltantes sans quitter mon fauteuil. Tout ce qu'un homme peut connaître et ressentir, je l'ai connu, je l'ai ressenti sans bouger de cette pièce ou d'une autre qui lui ressemblait. Et comme nos paysans distillent grains et fruits pour en tirer l'eau-de-vie, je l'ai transmuté. En beauté chimiquement pure. Je suis un magicien. Avec le sel et la ferraille du temps, la misère et la grandeur de l'âme humaine, je fabrique l'immortalité. Je trempe ma plume dans mon encrier et le monde renaît.
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Leg12Leg12   09 février 2022
On vous a conté la révolte des princes et la mise à sac du royaume. C’en était fini de la joyeuse cocagne, à la table des puissants les cartes se rebattaient, le Mazarin rétabli en pleine puissance soufflait à son filleul : « Abaissez les Grands, sire, ou ils vous abaisseront » et le prince de Conti s’était converti à la dévotion la plus stricte. Ce débauché modèle qui mangeait des poulardes aux truffes le Vendredi saint portait maintenant cilice sous habit noir et n’avait plus à la bouche que les mots de péché et de rédemption. Son zèle à pourchasser les libertins n’avait d’égal que celui, dont nous nous souvenions avec force détails, qu’il mettait auparavant à caresser les femmes, à honorer la dive bouteille et à blasphémer. La comédie qui l’avait tant diverti lui était dorénavant odieuse et il nous avait fait défense de nous réclamer de son nom. Débaptisés sans avoir démérité, las de trimballer notre attirail et nos personnes d’une province à l’autre, nous avons décidé de rentrer au bercail.
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Leg12Leg12   09 février 2022
Je peinais à me figurer pourquoi les femmes cédaient aux avances de Baptiste. Il mignotait la Du Parc et la De Brie en public, et les effrontées riaient comme si orner de cornes le fronton du logis conjugal eût été la pratique la plus bénigne du monde. J’aurais sacrifié mes chandeliers d’argent et même ma pelisse fourrée pour caresser ces épaules rondes et ces jolis petons. Il avait certes quinze ans de moins que moi, le teint fleuri et un entrain contagieux, mais je le trouvais épais de toutes les manières, et cette habitude qu’il avait de sauter au col des gens qu’il admirait me semblait si exagérée que l’envie me démangeait d’en tirer un pastiche. Il m’irritait au point que l’apercevoir dans la rue de l’Horloge suffisait à me jeter sous un porche pour attendre à couvert qu’il eût quitté la place. En un mot, je ne l’aimais point du tout.
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