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EAN : 9782253072973
118 pages
Le Livre de Poche (01/12/2003)
3.75/5   179 notes
Résumé :
Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. "Vous êtes bien courageux d'aller là-bas ! "
Il n'y avait rien à répondre à cela. Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque, oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : "Je sors de prison." Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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LiliGalipette
  06 septembre 2014
Pendant plusieurs années, l'auteur a été professeur de français en maison d'arrêt. En peu de pages, en peu de mots, dans des phrases courtes et pudiques, il raconte les relations avec les détenus et les gardiens, ses réflexions sur son engagement auprès de la population carcérale. « Moi-même, que suis-je venu faire en prison pendant si longtemps, sinon acheter à crédit ma part de sommeil du juste ? » (p. 56) Il interroge ses motivations, ne cache pas la fatigue qui, à la longue, a usé sa volonté d'aider. L'auteur ne fait pas de grands discours et préfère la description à la démonstration. Il dit clairement qu'il ne sait pas tout et que son texte n'est ni un récit, ni un journal. C'est peut-être une déposition, en tout cas un témoignage pas tout à fait complet. « Et puis, ce qui alourdit mon faux témoignage, c'est que je n'ai connu la prison que d'un seul côté. » (p. 116)
Navigant entre le dedans et le dehors, Philippe Claudel n'est cependant pas le chaînon manquant entre la prison et le monde libre. Ces deux mondes sont cloisonnés : si la première rêve du second, le second fait de son mieux pour ignorer la première. Et l'auteur ne peut pas prétendre qu'il comprend ce qui se passe entre les murs et derrière les barreaux. « Mon temps terminé, je sortais de la prison. Je ne sortais pas de prison. Jamais je n'ai senti aussi intensément dans la langue l'immense perspective ouverte ou fermée selon la présence ou l'absence d'un simple article défini. » (p. 34) le bruit des trousseaux m'a parfois rappelé Longues peines de Jean Teulé, mais là où ce dernier essayait de construire des histoires et des personnalités, Philippe Claudel se contente d'éclats de texte et de visages entraperçus, comme une ultime tentative d'offrir un peu d'intimité à ceux qui en sont privés.
S'il était besoin, Philippe Claudel prouve une nouvelle fois l'immense respect qu'il a pour les êtres cabossés, qu'ils soient de papier ou de chair menottée.
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diablotin0
  14 octobre 2016
Témoignage qui met en exergue les valeurs humaines de Philippe Claudel.
A travers ses différents romans, on ressent beaucoup de sensibilité, on n'est donc pas étonnés ici d'apprendre que pendant des années il est allé faire des interventions dans la maison d'arrêt de Nancy.
Avec une pudeur que l'on connaît bien chez Philippe Claudel, il nous relate ce qu'il a vu , ce qu'il a perçu et vécu durant plus de dix années en tant que professeur auprès des détenus. Ce témoignage est fort car relaté avec talent et sensibilité. Une fois de plus je ne peux que terminer mon petit mot par un grand merci à un grand Monsieur.
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Mimeko
  31 mai 2016
En rassemblant une multitude de témoignages, d'observations, de réflexions, de pensées, Philippe Claudel arrive avec le bruit des trousseaux à présenter une mosaïque sans moralisation sans jugement et sans tabou, rendant proche l'univers carcéral, un univers qui fait peur et où les acteurs nombreux - détenus, gardiens, famille, éducateurs, avocats, personnel médical essayent d'y trouver leur place et un certain équilibre.
Ces petits morceaux de vie permettent d'appréhender les conditions de vie, les relations entre détenus, les rapports de force, la sexualité, l'homosexualité, la violence, autant de sentiments exacerbés qui sont dits simplement et surtout sans a priori.
Un petit ouvrage grand par son humanité, une porte ouverte sur des vies enfermées, un texte qui reste lucide et sans angélisme.
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carre
  15 juillet 2012
Bien avant « les âmes grises » ou « le rapport de Brodeck », Philippe Claudel s'intéressait à la complexité de l'âme humaine faisant le terreau de son oeuvre à venir. Pendant de nombreuses années, Claudel a été professeur auprès de personnes incarcérées. A travers ces courts témoignages, il donne la parole à ces hommes emprisonnés mais aussi à leurs gardiens. Des instantanés de vie entre les murs. Claudel ne juge pas, son regard n'est pas celui d'un voyeur, il donne juste son ressenti en tant que visiteur, l'envie de partager cette expérience difficile mais aussi extrêmement enrichissante. Avec ce talent narratif reconnu, Claudel réussit tout en pudeur à donner une image à la fois juste, sincère mais surtout terrible du milieu carcéral. Forcément intéressant.
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frconstant
  05 octobre 2017
"Le Bruit des trousseaux" (2002), signé Philippe Claudel ne porte pas l'appellation roman. Pour cause, il s'agit, en fait, d'une compilation d'observations, de réflexions, de questions, de doutes qui ont accompagné Philippe CLAUDEL lorsqu'il était 'Prof' à la Maison d'arrêt' de Nancy.
Sans jugement péremptoire, sans attaque frontale des gens du dedans, qu'ils soient gardiens ou 'résidents', Philippe CLAUDEL laisse simplement monter en lui cette attention à l'âme humaine, cette envie de plus de dignité, ce besoin de diffuser les conditions de détention et l'exercice des pouvoirs qui structurent et réglementent la vie de ceux qui voudraient tant être dehors plutôt que dedans.
L'écriture, simple, alerte, construite à partir de courtes phrases rend la lecture aisée. Vite au bout de ce livre, le lecteur peut le poser sur la table et laisser décanter les idées qu'il en gardera, un surcroît d'humanité, une invitation à ne pas pratiquer de généralisations abusives…
Car tous ne sont pas en maison d'arrêt pour les mêmes raisons et avec les mêmes degrés de responsabilité de leurs actes ; tous restent cependant des hommes et des femmes. de même qu'il y a dans le personnel des maisons d'arrêt ou dans la mouvance de la Justice qui devrait y être présente des médiocres ou des pervers. Comme il y a des gens admirables, humains, dignes.
Avec pudeur, Philippe CLAUDEL nous ouvre les portes d'une réflexion possible !
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
MimekoMimeko   31 mai 2016
Il y a beaucoup de mensonges en prison, mais ils sont moins graves qu'ailleurs car ils sont essentiels. On ment pour exister un peu plus et on se ment pour continuer à se supporter. Les crimes bien réels rejoignent les cauchemars, et tout alors prend l'apparence d'une histoire inventée. C'est à ce prix que l'on peut survivre. Pour supporter la prison, il faut devenir un autre.
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HebephrenieHebephrenie   18 juillet 2010
Le nombre de détenus qui m'avouaient qu'ils ne pouvaient rien faire, rien. Ni lire, ni écrire, ni se concentrer sur une émission radiophonique ou télévisuelle. Rien. La prison agissait comme un lavage qui emportait les fonctions intellectuelles même les plus rudimentaires. Ne restaient à l'homme, dans bien des cas, que des réflexes, les mécanismes végétatifs, les élans de survie.
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araucariaaraucaria   14 décembre 2020
Sur le trottoir, la première fois où je suis sorti de la prison, je n'ai pas pu marcher immédiatement. Je suis resté là, quelques minutes, immobile. Je me disais que, si je le voulais, je pouvais aller à gauche, ou bien à droite, ou encore tout droit, et que personne n'y trouverait rien à redire. Je me disais aussi que, si je le voulais, je pouvais aller boire une bière, un Ricard, ou encore un cappuccino dans n'importe quel bistrot, ou bien rentrer chez moi et prendre une douche, deux douches, trois douches, autant de douches qu'il me plairait. J'ai compris à ce moment que j'avais vécu jusqu'alors dans la jouissance d'une liberté dont j'ignorais l'étendue et les plus communes applications, voire l'exacte et quotidienne dimension.
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joedijoedi   19 juillet 2014
Claude P. à qui je demandais chaque semaine, après nous être salués : «Quoi de neuf ? » et qui me répondait toujours: «Toujours pareil, la moitié de dix-huit ! » Ce jeu entre nous.
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Neko-frNeko-fr   21 octobre 2013
Une écriture sèche comme une porte qui claque. Des instantanés pris à l'univers carcéral qui traduisent des sensations, des odeurs, des sons.
Cette forme fragmentaire donne une grande liberté (paradoxalement) à ce texte et une légèreté nécessaire pour parler de la dureté de ce monde.
Claudel réussit à nous émouvoir sans pathos (à partir de son expérience de prof intervenant en prison), à nous faire réfléchir sans grands discours. Très subtil et attachant même si certaines histoires mettent forcément mal à l'aise.

Humour noir et logique implacable:

"Charles C. était incarcéré depuis le démantèlement d'un réseau de pédophiles qui violaient des enfants et les filmaient. En prison, il s'occupa tout naturellement du circuit de télévision interne."

Entre deux:

"Deux détenus sortaient chaque matin les poubelles de la prison. (...). Ils marchaient sur le bord du trottoir comme sur une frontière. J'avais remarqué que, bien souvent, ils ne regardaient que le sol. Leurs regards restaient enfermés dans un périmètre de bitume, n'osaient pas se lever, embrasser tout le reste. Ils étaient tout à leurs gestes, ne s'attardaient pas, rentraient vite à l'intérieur de la prison."
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Videos de Philippe Claudel (84) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Claudel
« […] Parfois, les grands voyages ne sont pas les plus lointains, et le continent de l'âme humaine et de ce qui s'y joue demeurent les seules terres qui, aujourd'hui encore, recèlent de grands secrets. C'est le bel avantage de la littérature que de plonger à pleines mains, à pleines griffes parfois, à plein coeur souvent dans cet espace sans géographie. Car après tout, les livres sont là pour ouvrir des portes et nous inviter à les franchir. Pénétrer dans un crâne donc, le crâne d'un homme simple en l'occurrence, Bricou, dont le nom évoque bien tout à la fois la simplicité et la naïveté douce, voilà ce que nous propose le roman d'André Vers (1924-2002) dont le titre, Martel en tête, tape et sonne, intrigue, claque comme un fer dur sur le bec d'une enclume. […] Martel en tête, c'est au fond une histoire simple, qui nous concerne car nous avons tous été, à un moment ou à un autre de notre existence, dans la peau de Bricou : celui qui se sent inutile, perdu, fichu. […] Les pensées tournent et la machine s'emballe. Il n'y a plus de jour et il n'y a plus de nuit. Bricou s'assombrit. Il remâche. Il rumine, ce qui est le comble pour un vacher. le meilleur des vachers qui plus est, jusqu'à ce que deux bêtes qui lui avaient été confiées meurent, et qu'alors pour lui le monde s'écroule. le sentiment de la faute. Les yeux des autres qui n'ont plus les mêmes éclats. La danse du petit marteau qui commence, quelque part, et qui tape, qui tape, qui tape… […] Sans leçon ni effet, André Vers autopsie le corps de l'homme seul en proie à ses propres démons et chimères. […] André Vers n'était pas un donneur de leçons, ni un pédant. Son roman lui ressemble. Il va loin sans montrer qu'il s'y dirige. Il n'impose pas, il décante. Il enlève délicatement les poussières pour, à la toute fin, tendre le miroir et son éclat. […] […] » (Philippe Claudel)
0:00 - 1er extrait 0:23 - 2e extrait 0:54 - 3e extrait 1:43 - 4e extrait 2:00 - Générique
Référence bibliographique : André Vers, Martel en tête, Éditions finitude, 2006
Image d'illustration : https://www.finitude.fr/index.php/auteur/andre-vers/
Bande sonore originale : Sergey Cheremisinov - The Promises The Promises by Sergey Cheremisinov is licensed under an Attribution-NonCommercial 4.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/Sergey_Cheremisinov/movement-1/the-promises
#AndréVers #MartelEnTête #LittératureFrançaise
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