AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782072922282
208 pages
Éditeur : Gallimard (01/04/2021)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 159 notes)
Résumé :
Il y a soixante ans, le 25 novembre 1959, disparaissait Gérard Philipe. Il avait trente-six ans. Juste avant sa mort, ignorant la gravité de son mal, il annotait encore des tragédies grecques, rêvait d'incarner Hamlet et se préparait à devenir, au cinéma, le Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. C'est qu'il croyait avoir la vie devant lui. Du dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l'acteur le plus accompli de sa... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  26 juin 2020
Le dernier hiver du Cid est le récit poignant des dernières semaines de Gérard Philippe, un peu gâché quand même par un Jérôme Garcin qui s'écoute écrire et abuse des envolées lyriques et références aux héros incarnés par le comédien.
Ainsi parlant du chirurgien qui l'a opéré et annoncé sa fin imminente à Anne, son épouse, Garcin écrit «  il se souvient d'être allé voir le Cid ... Ce soir-là, il découvrit que, malgré le col trop amidonné du pourpoint, Rodrigue avait la grâce, que la voix d'un guerrier pouvait être caressante et que portées par une sincérité qui frôlait l'innocence, ces vieilles stances pouvaient être d'une candeur éclatante. Même la manière dont il allait embrasser Don Diègue était joyeuse. La tragédie renouait avec l'espagnolade. La Castille était lumineuse. On ne sentait ni le poids du palais ni la lourdeur des étoffes. le théâtre exultait de vie et descendait dans celle des spectateurs. El Cid rayonnait. »
Bien sûr, on peut comprendre Jérôme Garcin en gendre admiratif d'un parfait héros de tragédie, jusqu'à sa vie écourtée par la maladie. Un héros beau, humain, sympathique attirant la lumière et les foules. Passant outre les railleries des tenants de la Nouvelle Vague. Épousant une femme discrète à la beauté imparfaite alors qu'il a tenu dans ses bras les plus brillantes et belles des comédiennes. Un jeune héros résolument de gauche qui ne retira jamais ni son aide ni son affection à son père Marcel, collabo nationaliste condamné à mort par contumace, réfugié en Espagne.
Finalement Gérard Philippe apparaît un être singulier sans fioritures inutiles. Et malgré les réserves de style, moi qui n'avais pas d'intérêt particulier pour Gérard Philippe (livre lu dans le cadre d'un cercle de lecture), contre toute attente, j'ai trouvé ce livre touchant et me suis attachée à la personnalité du comédien. Je peux même dire que grâce à Jérôme Garcin, j'ai découvert un être engagé et sensible qui m'a émue.
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7910
rulhe
  04 octobre 2019
Jérôme garcin qui a épousé Anne Marie la fille de Gérard Philipe, nous raconte en deux cents huit pages. les Six dernier mois, de celui qui fut le plus élégant, fin,
subtil, séduisant, humble, intelligent, éblouissant acteur de sa génération. c'était il y a soixante ans, que Gérard Philipe nous quitter il avait 36 ans.
tout ses films était un événement, du rouge et le noir a monsieur ripois en passant par le diable au corps, les liaisons dangereuses ou l, inoubliable fanfan la tulipe.
atteint d'un cancer incurable. sa femme n'a rien voulu lui dire, sans avoir recours au pathos ou a l, apitoiement. le livre reconstruit ses six derniers mois.
le temps qui passe, mais aussi les tournants dans la vie culturelle ont peut être fait oublier ce que fut Gérard Philipe son role majeur, sa vie exemplaire, la résistance, le soutien loyal a un père qui lui avait pris un mauvais chemin.
le festival d, Avignon aurait pu lui rendre un hommage, mais heureusement qu'il y avait l, amour du public.tout âgés confondu. la rentrée littéraire est foisonnante pour les babelofiles et on sait pas des fois ce qu'il faut choisir. mais pour le dernier hiver du cid , je n, hésite pas du tout. lisez le, c'est passionnant.💞
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          460
ninachevalier
  28 décembre 2019
Le titre « Le dernier hiver du Cid » préfigure une tragédie.
Après s'être consacré à sa dynastie familiale, Jérôme Garcin centre son exercice d'admiration sur le père de son épouse.
Il ressuscite l'acteur Gérard Philipe, né en décembre 1922, disparu trop tôt (1969), « fauché comme une alouette en plein vol ». Son nom s'est imposé dans les milieux du théâtre et du cinéma. 60 ans plus tard, l'auteur le fait revivre dans un livre dédié à Anne-Marie Philipe, qui n'est autre que « l'infante du Cid », orpheline de père si jeune, une preuve d'amour touchante.
Pour commencer, c'est le portrait d'un homme hyperactif qui est brossé. Un père , papa poule, « aimant, radieux, opiniâtre, et utile », qui se partage entre les jeux de plage avec ses jeunes enfants et son travail d'entretien de la propriété de Ramatuelle.
Sa femme Anne pressent que la fatigue qui saisit son mari dès son lever n'est pas normale. Et constate que sa résistance n'est plus celle « d'une fibre de sisal », affaibli qu'est l'acteur par ses douleurs. Elle s'en alarme et en vient à canaliser l'énergie d'Anne-Marie (4 ans 1/2) et Olivier (3 ans) pour assurer un havre de tranquillité à leur papa. En août 1969, se sentant malade, il souhaiterait avoir la visite de « son jumeau de coeur », Georges Perros, (à qui il a offert l'hospitalité quelque temps) afin de se confier. Mais celui-ci décline l'invitation.
On suit donc, tout d'abord, le quotidien de la famille, l'été 1959, en vacances dans le Var, à La Rouillière, « ferme perdue en pleine campagne », offerte par les parents d'Anne pour son mariage, bâtisse qui nécessite de nombreux travaux.
La vedette adulée des photographes s'en absente pour participer à Paris à la promotion des « Liaisons dangereuses ».
Puis, les vacances finies, la petite troupe fait une halte dans la résidence secondaire de Cergy. Maison aux allures de château dotée d'un grand parc, entretenu par le jardinier Brunet, où les enfants s'ébaudissent. Elle jouit d'une situation idéale et permet au «  Fregoli » de rentrer y dormir après une représentation et à Claude Roy d'y trouver son inspiration.
C'est un homme fuyant les mondanités, les ors que Jérôme Garcin dépeint, investi dans la réfection de la « bâtisse bancroche ». Il trompe son épuisement en allant applaudir « le géant » Laurence Olivier à Stratford, siège de la Royal Shakespeare Company et en revient avec le désir d'incarner Hamlet.
Dernière migration en octobre pour rejoindre leur appartement de la rue de Tournon.
La personnalité de son épouse Anne, ethnologue, se dessine : « conseillère, pygmalion », elle se montre exigeante dans les choix de sa carrière.
On est témoin de l'amitié indéfectible qui va lier Gérard au médecin obstétricien Pierre Velay, à qui il osera se confier sur sa maladie. Quand il est admis dans la clinique Violet, impossible de passer incognito.
Bien qu'hospitalisé, il nourrit de multiples projets pour enrichir son répertoire déjà impressionnant, s'intéressant aux tragédies grecques.
L'émotion saisit le lecteur face au malade affaibli après l'intervention subie. Mais le choc, c'est le diagnostic du médecin et la décision de l'épouse de cacher la vérité.
On perçoit le maelstrom qui l'étreint face à l'annonce implacable.
Émotion encore de voir ce chirurgien, confronté à son impuissance de sauver « le jeune dieu », qu'il admire tant au point de ne manquer aucune de ses pièces.
Anne, 42 ans, veille sur lui, le soutient, lui fait entrevoir son retour Rue de Tournon.
Pour tenir moralement, elle convoque leurs jours heureux, « leur vie nomade et joyeuse, au gré des tournées molièresques du TNP ». Elle se remémore leur promesse, enlacés, par une nuit de neige : «Nous essaierons d'être élégants si un jour nous somme malheureux ».

Les retrouvailles joyeuses avec ses « petits amours » le font revivre. Bientôt 37 ans,
«il est heureux comme un rescapé », lui qui « était un homme pressé, insatiable, vibrionnant », constamment adulé, consent à prendre un peu de repos, avec le projet d'un séjour à la montagne avec sa chère famille.
Le dévouement dont fait preuve Anne qui doit aussi gérer le quotidien, conduire « les bouts de chou » à l'école, force l'admiration.
Le clap de fin, le 25 novembre 1959 fait tomber un rideau, non pas rouge, mais noir.
La triste nouvelle fait affluer les paparazzi (notoriété oblige) et aussi poindre les larmes du lecteur. Les télégrammes affluent, on pleure l'idole. Une pléiade d'intellectuels et d'artistes vient s'incliner devant « le comédien héroïque », mais aussi devant l'homme de gauche, que l'on prenait pour un communiste, même si ce n'était pas tout à fait le cas.
Anne, très digne, l'accompagnera pour son dernier voyage à Ramatuelle. Elle sait que désormais, elle devra « l'aimer à l'imparfait ». Sobres funérailles.
Le passé peu glorieux du père de l'acteur , pendant la guerre, est évoqué, son exil à Barcelone. C'est un homme fier du succès de son fils, qui collectionne les articles de presse. On découvre que Gérard était engagé dans les FFI, et qu'il a participé, en août 44, « aux combats de la libération de Paris ». Rappelons qu'il a crée le SFA, «  le syndicat français des acteurs ». Engagé aussi il l'est dans sa volonté d'être payé comme les autres, et comme Jean Vilar qu'il admire tant, il est fier « d'offrir les grands textes à ceux qui n'y avaient pas accès ».
Un portrait choral de Gérard se décline comme un puzzle sous multiples facettes.
Sa mère évoque l'enfance du « garçon sage, précoce, studieux », à Cannes.
Son épouse Anne a aimé un homme sensuel « à la peau douce, aux doigts longs et fins, à la fossette mutine au menton, à la voix acidulée du Petit Prince».
Pour son chirurgien , il incarne le comédien «au port aristocratique, l'inexplicable alliage de panache et de candeur ». Quant aux réponses au questionnaire de Proust, elles brossent une sorte d'autoportrait.
Le plus poignant, c'est la lettre d'adieu de Georges Perros à cet « élève si singulier qui broutait un texte avec frénésie, fantaisie » et « une diction consonante ».
Un autre de ses professeurs le pleure en silence , Georges le Roy : il avait vu en «  ce jeune fauve, un génie, un prodige de grande race ».
On est admiratif devant l'ampleur de son répertoire, de sa filmographie et devant sa capacité à mémoriser autant de rôles.
Les noms des grands théâtres défilent : Chaillot, Hébertot, l'Odéon, Récamier, la Comédie -Française… et même celui de la Shakespeare Company.
Le narrateur met en exergue le métier de comédien , qui permet «de traverser au galop les siècles et les pays, de porter un jour la cuirasse, un autre la soutane, de défier les puissants, de se donner de nouvelles mères, de nouveaux pères, d'être polygame, de se cacher sous de multiples masques... ».

En filigrane, Jérôme Garcin donne un aperçu de l'époque : le train de nuit existait ! La crise sévit en mai 1958. Parmi les objets : étaient à la mode le radio réveil Bayard, le transistor portatif Optalix. Il note l'engouement des femmes pour le fuseau. Malraux est nommé Ministre de la culture. De Gaulle promulgue la réconciliation franco-allemande.
(On est sensible à la leçon de vie et de courage que donnent le patient et l'accompagnant, face à leur solitude dans cette épreuve .)
Par ce récit intime et mémoriel, Jérôme Garcin rend immortel Gérard Philippe et nous incite à lire les pièces, à voir les films dans lesquels il a participé. L'auteur signe un témoignage puissant et bouleversant en retraçant son dernier hiver. En même temps, il livre un double portrait dithyrambique de l'homme (père, époux) et de l'acteur, « cet Ange, d'une beauté séraphique, à la démarche aérienne », qui avait atteint la stature d'une « rock-star » internationale. Un hommage qui touchera la génération de ceux que Gérard Philipe a fait vibrer et une biographie qui fera découvrir cette étoile aux plus jeunes. Écrire, n'est-ce pas prolonger la vie des disparus? Et quelle élégance de style ! C'est la gorge nouée que l'on s'éloigne du « Cid », à pas feutrés.
NB : Disponible en livre audio lu par Anne-Marie Philipe, collection Écoutez lire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          267
Jean-Daniel
  22 janvier 2020
Novembre 1959, l'acteur Gérard Philippe disparaît en pleine célébrité, foudroyé à 37 ans par le cancer. Dans son livre « le dernier hiver du Cid » Jérôme Garcin, qui a épousé sa fille, raconte les derniers mois du comédien qui incarnait l'espérance de la jeunesse de la décennie d'après-guerre.
L'auteur nous fait suivre jour après jour - un chapitre par jour – les actes marquants et le combat contre la maladie apparue soudainement et qui va se révéler inguérissable. Bien que très faible, mais ignorant la gravité de son mal contrairement à ses médecins et son épouse, Gérard Philippe croit avoir la vie devant lui et continue de nourrir de nombreux projets au cinéma et au théâtre. Anne, son épouse, va lui cacher la vérité et lui permettre de rêver, jusqu'au dernier jour, à ses futurs rôles, «il est heureux comme un rescapé ». Dans ce récit sobre, qui se déroule d'août à novembre 1959, Jérôme Garcin rappelle l'aura de Gérard Philippe, qui repose pour partie sur la brièveté de sa vie et la soudaineté de sa mort, devenant l'éternel jeune premier du théâtre français.
Témoignage intéressant, sous forme d'un bel hommage à Gérard Philippe, disparu il y a soixante ans et drapé pour l'éternité dans son costume de scène du Cid.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          431
Lune
  05 octobre 2019
Il n'y a pas plus bel hommage que celui qui vient du coeur.
Celui-ci se décline naturel, tendre et pudique.
Il ne se gonfle ni de superlatifs, ni de larmoiements inutiles.
Il est vrai, palpable.
Qu'on ait connu Gérard Philippe ou pas pour les plus jeunes, l'on ne peut qu'être en osmose avec les mots choisis de Jérôme Garcin.
Marié avec « l'Infante », la fille du « Cid », qui, mieux que lui, pouvait nous livrer les derniers jours d'un des mythes du théâtre et du cinéma français.
Soixante ans ont passé.
Il fallait ce livre pour raviver le souvenir d'un comédien particulier, au visage éternellement jeune, à la voix typique.
Voix qui continue à bercer nos oreilles grâce à l'enregistrement du « Petit Prince » et de poèmes dits comme on ne dit plus à présent.
Le comédien est dévoilé : enthousiaste, passionné, d'une ardeur déstabilisante, honnête, engagé, cultivé, plein de projets…
Il n'a pas su la réalité du mal qui le rongeait (nous sommes en 1959), Anne, son épouse, a préféré lui taire la condamnation.
Et cela fait mal de lire cette vie fauchée à 37 ans à peine, une vie qui, sans savoir, bâtissait et rêvait encore et encore.
L'émotion jusqu'aux larmes, la révolte contre l'inéluctable nous étreignent.
L'homme est beau dans ses engagements, dans sa compréhension des autres, dans ses prises de position.
Il est comédien et citoyen lucide.
L'amour des siens et l'amour de la vie éclatent, des forces s'en tirent.
Je cite cette phrase parmi d'autres : …« Nous essaierons d'être élégants si un jour nous sommes malheureux »…
Le choix d'Anne d'enterrer l'homme qu'elle a aimé dans le costume du Cid, rôle emblématique de Gérard Philippe, témoigne de cette élégance.
Tout s'y retrouve, l'homme et le comédien : l'honneur, la grandeur, la beauté.
Dans ce livre, le théâtre est représenté dans toute sa noblesse, dans toute la réalité de son essence : montrer la vie, instruire.
Foin de peopolisation, foin de l'égoïsme mal placé.
Hommage et respect du « maître » Georges le Roy, du « père » Jean Vilar et des auteurs : Molière, Corneille, Euripide
Le chemin emprunté dans la jeunesse et l'élévation au sommet de l'Art constituent un témoignage de la carrière de ce comédien inoubliable.
Le théâtre est l'éphémère.
La musique, la peinture, la littérature demeurent.
L'interprète s'oublie…
Ce livre résonne en nous après l'avoir refermé et donne un peu d'éternité à celui que fut Gérard Philippe.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          336


critiques presse (4)
Actualitte   04 décembre 2019
Par la vertu d’une écriture tenue mais musicale, Jérôme Garcin arrache à la mort un peu de son empire et chante, non un mythe, mais un homme de chair, vivant.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Culturebox   26 novembre 2019
Le journaliste et écrivain rapporte dans ce livre avec beaucoup de tact et de respect la toute fin de vie de Gérard Philipe dont on n'a jamais su s'il connaissait la gravité de son état ou s'il feignait l'optimisme pour préserver son épouse, Anne.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   21 novembre 2019
Le Dernier Hiver du Cid est le magnifique texte, en pudeur, en enveloppements doux, qui, dans la relation de cette tragédie de silences et de sourires, d’efforts et d’amour, retisse toute une vie aux instants mêmes où elle se défait.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   10 octobre 2019
L’auteur reconstitue dans Le dernier hiver du Cid, récit bouleversant de retenue et de vérité, les heures ultimes du grand acteur, foudroyé à 36 ans, le 25 novembre 1959.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Misa76Misa76   01 mai 2021
Le portrait idéalisé d'un grand idéaliste. L'écriture est tellement limpide qu'on le lit d'une traite
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2019
Elle
avait admiré sa manière de galoper à bride abattue dans Fanfan la Tulipe, lui qui n’était pas cavalier (« Il jouait si bien, concédait Christian-Jaque, que
même le cheval croyait qu’il savait monter »), ou sauter, sabre au poing et sourire
aux lèvres, du haut d’un toit, lui qui était si peu sportif – en vérité, il l’était,
mais sans le vouloir, il le devenait à son insu, au gré des rôles, au fil de la vie
et de ses exploits. Elle le sait téméraire, fougueux, indomptable, indifférent aux
maux ordinaires et marqué par une grâce dont elle veut encore croire qu’elle le protégera
longtemps des orages et des tempêtes. Et voici pourtant que, marchant à l’ombre, les
épaules basses, courbant son mètre quatre-vingt-trois, plus grand encore d’être fléchi,
il ne se ressemble plus.

Sans doute, pense-t-elle, a-t-il contracté une méchante dysenterie amibienne à Acapulco,
où il vient de tourner, avec Buñuel, un film malade au titre prémonitoire : La fièvre monte à El Pao, mélo politique tiré d’un roman schématique d’Henry Castillou, où il incarne, sous
un régime fasciste, un homme loyal, sensible et juste, qui défend la dignité des prisonniers
dont il a la charge. Sans doute n’aurait-il pas dû non plus, retour du Mexique, s’arrêter
avec elle à Cuba, où, sans hésiter, il a répondu à l’invitation officielle de Fidel
Castro et sacrifié à un rituel plus complice que protocolaire : visite émerveillée
d’une usine sucrière moderne, discussion enflammée avec des étudiants galvanisés à
l’université de La Havane, dîner et toasts à la gloire de la révolution, que l’acteur français a déclaré vouloir servir à sa manière en incarnant
prochainement Raúl Castro, l’ami du Che et le combattant de la Sierra Maestra, dans
un grand film épique dont il imagine déjà le scénario édifiant et la diffusion prosélytique.
Il serait donc temps pour lui de lever le pied, de se ménager, d’entrer dans l’âge
adulte. Trop de films, de pièces, trop d’engagements militants, trop de désirs d’avenir,
et pas assez de repos, plus aucune trace d’insouciance.

C’est à peine si, l’année dernière, Anne a eu son homme pour elle, tellement le Fregoli,
que Jean Vilar supplie sans cesse d’économiser ses dons, se démultipliait. Il a tourné
dans La Vie à deux, l’hommage à Sacha Guitry de Clément Duhour, et dans Le Joueur,
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
oranoran   06 avril 2021
Dans l'après-midi, Gérard relit quelques pages du Mythe de Sisyphe , qui avait paru le jour exact de ses vingt ans. Il tombe sur ce passage où Camus parle de l'acteur, dont la mort prématurée est irréparable : "Rien ne peut compenser la somme des visages et des siècles qu'il eût, sans cela, parcourus [...]C'est dans le temps que l'acteur compose et énumère ses personnages. C'est dans le temps aussi qu'il apprend à les dominer. Plus il a vécu de vies différentes et mieux il se sépare d'elles. Le temps vient où il faut mourir à la scène et au monde. Ce qu'il a vécu est en face de lui. Il voit clair. Il sent ce que cette aventure a de déchirant et d'irremplaçable. Il sait et peut maintenant mourir".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
fbalestasfbalestas   12 décembre 2019
S'il devait disparaître demain, dans cette clinique qui sent la fumigation et l'eau de Javel, c'est un autre bilan qu'il tirerait de sa vie. Le seul dont il soit un peu fier : avoir travaillé avec Vilar, préféré oeuvrer au prestige populaire du TNP qu'entrer dans la très bourgeoise Comédie-Française, avoir joué pour les plus défavorisés, dansé la valse musette avec les spectatrices énamourées des week-ends artistiques de Suresnes, ces jamborees culturels, milité pour la paix, défendu la cause des acteurs, et incarné les lendemains qui chantent. Somme toute, il a été loyal avec lui-même. Ce n'est pas forcément ce qu'on retiendra de lui - la légende préfère les comédiens arrogants et les lovelaces dédaigneux -, mais c'est cette attitude-là qu'il laisserait volontiers, en guise de bilan, à celles et ceux qui lui survivront. Peut-être que même que vieillir, c'est prendre le risque de se contenter de compromis et s'habituer au louvoiement. On décline toujours vers le bas. Ça, il n'en a pas envie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Jean-DanielJean-Daniel   24 décembre 2019
Le 29 novembre 1951, ils s'étaient mariés à la mairie de Neuilly, s'étaient juré fidélité, promis d'être heureux, d'échapper aux "facilités du romantisme" et de vivre de concert. Ils voulaient croire, avec Nietzsche, que le "mariage est une longue conversation". Un maigre rayon de soleil avait même percé la fenêtre pour éclairer à l'oblique l'échange des consentements et des alliances.
Commenter  J’apprécie          154

Videos de Jérôme Garcin (62) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jérôme Garcin
[EMISSION] LES COUPS DE COEUR DES LIBRAIRES 09–04-2021
L'émission "Le coup de coeur des libraires est diffusée sur les Ondes de Sud Radio, chaque vendredi matin à 10h45. Valérie Expert vous donne rendez-vous avec votre libraire Gérard Collard pour vous faire découvrir leurs passions du moment ! • Retrouvez leurs dernières sélections de livres ici ! • • le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin aux éditions Folio https://www.lagriffenoire.com/1077988-romans-le-dernier-hiver-du-cid.html • Les enfants du dernier salut de Brull-Ullmann Colette et Jean-Christophe Portes aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/1078634-essais-d-actualites-les-enfants-du-dernier-salut.html • Je ne suis plus inquiet de Scali Delpeyrat aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/1069145-jeunesse-je-ne-suis-plus-inquiet.html • Ça ne pouvait pas tourner autrement ! de Eliane Saliba Garillon aux éditions de L'Escampette https://www.lagriffenoire.com/1078907-article_recherche-ca-ne-pouvait-pas-tourner-autrement-.html • La Maison aux miroirs de Cristina Caboni et Marie Causse aux éditions Presses de la Cité https://www.lagriffenoire.com/1077795-romans-la-maison-aux-miroirs.html • Cueilleur d'essences: Aux sources des parfums du monde de Dominique Roques aux éditions Grasset https://www.lagriffenoire.com/1075306-essais-d-actualites-cueilleur-d-essences---aux-sources-des-parfums-du-monde.html • Pourquoi rêver les rêves des autres ? : Lettres de mon ailleurs de Fernando Pessoa, Lorenzo Flabbi aux éditions L'orma https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1042689&id_rubrique=12 • le bonheur est au fond du couloir à gauche de J.M. Erre aux éditions Buchet-Chastel https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1068074&id_rubrique=12 • Je n'ai plus le temps d'attendre de Jean-Louis Fournier aux éditions JC Lattès https://www.lagriffenoire.com/1073402-romans-je-n-ai-plus-le-temps-d-attendre.html • Veuf de Jean-Louis Fournier de Jean-Louis Fournier aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/6889-poche-veuf.html • Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier aux éditions Livre de Poche https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=14902&id_rubrique=21 • • Chinez & découvrez nos livres coups d'coeur dans notre librairie en ligne lagriffenoire.com • Notre chaîne Youtube : Griffenoiretv • Notre Newsletter https://www.lagriffenoire.com/?fond=newsletter • Vos libraires passionnés, Gérard Collard & Jean-Edgar Casel • • • #lagriffenoire #bookish #bookgeek #bookhoard
+ Lire la suite
autres livres classés : gérard philipeVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1118 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre

.. ..