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ISBN : 2714478468
Éditeur : Belfond (19/10/2017)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Écrire une nouvelle, c'est tenter, en quelques lignes, de donner vie à un personnage, de faire passer au lecteur autant d'émotions qu'en plusieurs centaines de pages.
C'est en cela que la nouvelle est un genre littéraire exigeant, difficile et passionnant."
Karine Giebel
« Partir sans lui dire au revoir.
Parce que je me sens incapable d'affronter ses larmes ou de retenir les miennes.
L'abandonner à son sort.
Parce que je n'a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
jujuramp
  02 décembre 2017
A Noel, on offre des chocolats.
Karine Giebel, elle, profite de ce mois de décembre pour nous offrir une coffret de 8 délicieuses petites nouvelles et je n'ai pas boudé mon plaisir. Je me suis enfilé la boîte en quelques heures et aucune indigestion !
Comme à son habitude, ses nouvelles ne jouent pas dans le « feel good ». On a droit à de l' « ombre » bien bien noire.
Résolument modernes, désenchantées pour la majorité d'entre elles, ces nouvelles bousculent le lecteur, et le laissent un peu pantois. C'est souvent triste, plutôt désespéré. Les personnages sont tous en souffrance. Au bord du vide. Ancrés dans notre société, bancale, injuste, égoïste.
L'auteure rajoute de nouveaux personnages à la galerie de ses héroïnes tragiques, je pense notamment à Aleyna, Aurore ou bien Delphine que je garderai en tête quelques temps, preuve d'une lecture forte.
Décidemment, Karine Giebel m'emporte à chaque fois avec elle et moi, qui ne suis pas particulièrement friand du format de la nouvelle, j'ai englouti ce livre.
Vivement le prochain roman car elle reste mon auteur préféré de thrillers, romans noirs.
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Antyryia
  07 novembre 2017

En ce moment, j'ai un petit moral. 
Alors quoi de plus idéal pour retrouver sourire et joie de vivre, pour sautiller dans la rue le visage béât, que de me concentrer sur cette littérature "feel good", tellement en vogue en ce moment ? 
Mon choix s'est donc naturellement porté sur le recueil de nouvelles de Karine Giébel, D'ombre et de silence
Et il ne me reste plus désormais qu'à me jeter par la fenêtre, me taillader les veines ou me jeter sous un train.
J'hésite encore. 
 
Huit nouvelles composent ce recueil. J'en connaissais déjà la moitié, parues dans les anthologies 13 à table ! 2016 et 2017 ( Aleyna et J'ai appris le silence ), Crimes au musée ( L'intérieur ) et Irradié ( L'homme en noir ). Pour compléter, on retrouve Aurore, la nouvelle inédite qui accompagnait la réédition récente de Terminus Elicius, ainsi que trois autres nouvelles probablement rares que je ne connaissais pas du tout : Ce que les blessures laissent au fond des yeux, L'été se meurt et le printemps de Juliette. 
Ne figurent pas en revanche J'aime votre peur ( initialement parue dans le recueil L'empreinte sanglante chez Fleuve noir et réédité en Pocket avec Post-mortem dans le livre intitulé Maîtres du jeu ) ni L'escalier, qui figure quant à lui dans le tout dernier volume de 13 à table !
Malgré la présence de textes déjà lus au sommaire, c'est avec plaisir que je les ai redécouverts dans cette édition qui donne à l'ensemble une saveur nauséabonde et unique.
 
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cette grande dame du polar, Karine Giébel, disons qu'elle n'est pas réputée pour la bonne humeur qui se dégage de ses romans. Outre un style inimitable, minimaliste, où chaque mot à son importance, c'est sa noirceur qui la caractérise principalement. 
Les "happy ends", elle ne connaît pas. 
La question n'est même pas de savoir si ça va mal se terminer, mais de découvrir pour qui et comment l'issue sera funeste. 
Cette caractéristique de ses romans est multipliée à la puissance dix dans ces textes les plus courts, dont les thèmes sont aussi justes qu'horribles. 
Haine, névrose, obsession, désespoir, folie, viol, vengeance, meurtre, suicide ... Voilà à quoi vous serez confronté en lisant ces histoires dont la plupart laisseront à jamais une empreinte, une marque au fer rouge. 
 
Parfois on me demande ce qui m'attire dans ce genre de récits noirs et dérangeants. La réponse est simple : Ca me secoue, ça me met mal à l'aise, ça me traumatise même parfois. Alors l'histoire je vais y repenser encore et encore, y réfléchir, et bien plus tard je serai encore capable d'évoquer tant le contenu que le panel d'émotions par lesquelles je suis passé. Mon dégoût, mon horreur, ma douleur. Mon impression de ne pouvoir absolument rien faire pour empêcher ces évènements que je devinais inéluctables.
Comme si la lecture se faisait autant avec les tripes qu'avec les yeux. 
Alors certes je peux également me régaler avec des histoires pleines d'humour. 
Mais à l'inverse de ces nouvelles qui finissent mal, il ne m'en restera pas grand chose une fois la lecture achevée. 
 
Place maintenant à une petite mise en bouche de ce qui vous attend dans ce recueil :
- "Aleyna" est née à Mulhouse dans une famille d'origine turque dans laquelle les traditions sont d'une importance capitale. Il est inconcevable par exemple de parler français au sein de son foyer. 
Aleyna s'enfuit de chez elle parce qu'elle est promise à Atif, un homme turc qui a le double de son âge et qu'elle n'a jamais rencontré. Il n'est pas question de respecter cet accord. Parce qu'elle est née femme, elle n'aurait même pas son mot à dire ?
"Ces putains de tradition."
Est-il concevable qu'une jeune femme née en France, étudiante aimant la littérature française, soit de nos jours contrainte à un mariage contre sa volonté ? 
Jusqu'où la famille peut-elle aller pour laver son honneur, si elle s'estime trahie ? 
- "Aurore" est également une jeune femme dont le prénom donne son titre à la seconde nouvelle. A presque dix-huit ans, elle est follement amoureuse d'un garçon de sa classe, Maxime.
"On peut aimer à dix-sept ans. Aimer à en devenir cinglée."
Elle se confie à son carnet, dans lequel elle fait part à un improbable lecteur de ses souffrances, de ses idées noires, de ce garçon qui l'obsède et qui ne la regarde même pas. 
"Respirer loin de lui me fait mal. Vivre sans lui me fait mal. le voir me fait mal."
Parallèlement, au sein d'une famille abîmée où les parents ne se supportent plus, Alban le jeune frère est aussi gros que bègue et il est la risée de ses camarades de classe, dans le même lycée qu'Aurore. 
"Un petit garçon fragile, empoté. Inadapté."
Comment tout cela va-t-il évoluer pour le frère et la soeur ? 
Un point de départ somme toute banal dans notre actuelle société ... pour un final cauchemardesque et tellement plausible. 
- La troisième histoire est la plus longue du recueil. Vous avez probablement entendu parler des petites annonces immobilières du type "loue appartement contre services intimes", "loue appartement à jeune fille non sérieuse. Maison mitoyenne dans quartier calme. Loyer à négocier, pour femme libertine. Joindre description et photo."
A se demander dans quelle France on vit pour que ces propositions de prostitution fleurissent de plus en plus nombreuses sur internet. 
C'est donc de ce point de départ on ne peut plus réél que partira "Ce que les blessures laissent au fond des yeux" où Delphine se verra contrainte d'accepter ce genre d'arrangement avec l'infect propriétaire, Laurent. 
"L'appeler maître, le supplier, l'admirer, lui lécher les pieds."
Delphine est une femme qui a déjà beaucoup souffert et qui, avec son modeste emploi de caissière dans un fast-food, a du se résoudre à accepter ce type d'arrangement afin d'avoir suffisamment d'argent pour que son fils adoré, Maxence, ait une vie d'adolescent la plus normale possible, pour qu'il ait accès tant à l'éducation qu'au dernier smartphone à la mode. 
"C'était ça ou continuer à dormir dans la voiture."
Dans cet existence glauque de sacrifices, une présence viendra cependant épauler Delphine : Celle de Kilia, une voisine africaine en situation irrégulière qui s'avérera rapidement devenir sa meilleure amie. Les deux femmes pourront tant s'entraider que confier leurs tourments respectifs. 
"Leurs angoisses qui persistent, les rêves qui s'effritent. le passé qu'on porte comme un fardeau."
Maintenant, la seule question qui reste est de savoir jusqu'où le sort va s'acharner sur elles. 
- Dans "J'ai appris le silence", on est dès les premières lignes dans une histoire aux accents de thriller avec un homme qui procède à l'enlèvement de Patricia Vernet, directrice d'un service de cardiologie. Elle reconnaît son agresseur et l'emmène, contrainte, dans sa voiture, jusqu'à un magnifique château. Elle y rejoindra à la cave neuf autres victimes de kidnapping, tous prisonniers. 
Qui est cet homme guidé par la haine, sans compassion ni empathie ? 
"Aujourd'hui, j'ai un anniversaire à fêter."
Et quel est le programme des réjouissances pour les dix personnes enfermées au sous-sol ? 
- Autre histoire de vengeance, celle de "L'homme en noir". David reconnaît à la gare un homme vêtu d'un manteau noir et se lance à sa poursuite, le suivant jusqu'à chez lui. 
"Parce que David venait de retrouver par hasard celui qu'il cherchait depuis si longtemps."
A nouveau, seule la haine semble le guider, il est bien décidé à être aujourd'hui le bourreau et non la victime. 
Jusqu'à la confrontation entre les deux hommes, et les révélations qui expliqueront les motivations de tant de colère. 
- "L'été se meurt" met en scène un homme qu'on soupçonne être soit un tueur en série, soit un ex-petit ami, totalement obsédé par une femme dont il se prétend amoureux. Alors qu'elle quitte son amant, il la suit en voiture, rongé par la rancoeur. 
Après tout, il n'y a souvent qu'un pas entre l'amour et la haine. 
"Elle m'a tout pris, m'a transformé en amoureux transi. Crédule et con.
Avant de me changer en bête féroce."
Il se promet d'être son cauchemar.
Jusqu'à l'ultime confrontation. 
- "L'intérieur" est le nom d'une toile d'Edgar Degas, connue également sous le nom "Le viol". 
Le viol sera l'acte répugnant dont sera victime Virginia, un passage extrèmement difficile à lire par lequel commence la nouvelle. Malgré sa résistance, elle finira par céder aux assauts de son employeur et maître-chanteur : le directeur du musée répondant au doux nom de François Charmant. Musée dans lequel elle a fini par trouver un travail proche de l'exploitation, et qu'elle peut perdre à tout moment. 
"La vie continue, la sienne s'est arrêtée."
"Juste cette terrible nausée. Cette salissure, comme si on avait enduit son corps de boue. de merde."
Elle essaiera de faire bonne figure devant ses enfants, mais en sera incapable. le plus grand, Jonas, insistera pour savoir ce qu'elle a subi mais évidemment, elle se taira. 
Pour mettre fin à son calvaire, elle n'a que deux solutions, mourir ou le tuer. A moins qu'une opportunité inattendue se présente ? 
- Enfin, le recueil s'achève avec une nouvelle plus douce, même si tout aussi noire que les précédentes, parce que l'histoire d'amour y est sincère. Dans "Le printemps de Juliette", le mari assiste aux dernières semaines de son épouse, condamnée par un cancer. 
"La regarder dormir, la trouver belle."
Toujours aussi amoureux après quarante ans de vie commune, comment réagira-t-il quand elle lui demandera de l'aider à partir, parce qu'elle souffre trop ? 
Et les cauchemars s'arrêtent ici, mais beaucoup me poursuivront longtemps après leur lecture. 
Si vous appréciez les romans de Karine Giébel mais que vous n'appéciez pas trop les nouvelles, n'hésitez pas à laisser une chance à celles-ci : On y retrouve dans une version certes plus brève toutes les caractéristiques de ses grands thrillers, ses histoires ont pour la majorité autant de force que "Juste une ombre" ou "Meutres pour rédemption". 
Comme l'auteure le dit elle-même, "Ecrire une nouvelle, c'est tenter, en quelques lignes, de donner vie à un personnage, de faire passer au lecteur autant d'émotions qu'en plusieurs centaines de pages."
Eh bien, le pari est largement gagné ici dans la majorité des cas. 
C'est d'ailleurs juste après avoir lu "Aleyna" dans le second 13 à table ! que j'avais dévoré l'ensemble de la bibliographie de la Varoise en quelques semaines à peine. 
Et puis c'est une bonne façon de patienter jusqu'au prochain roman qui devrait être publié courant 2018. 
J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à lire ou à relire ces histoires "feel bad" qui demandent certes d'avoir le coeur parfois bien accroché, mais dans lequel les ignominies qui s'y déroulent font toutes écho à une réalité qui existe bel et bien et que personne ne devrait ignorer. 
Mais si vous tenez à votre bonne humeur et à votre tranquillité d'esprit, alors faîtes plutôt l'impasse. 
On ne s'en relève que difficilement.
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coquinnette1974
  12 novembre 2017
Karine Giebel est une romancière que j'adore.
Elle a le chic pour me faire frissonner, et me faire faire des cauchemars ! Ce qu'elle écrit, ce n'est pas de l'horreur genre Stephen King ou Masterton, oh non c'est plus subtil et c'est pire car elle dépeint des situations tellement simples, tellement possibles que ça en fait froid dans le dos !
Quand j'ai vu que net galley et les éditions Belfond proposaient ce recueil de nouvelles, j'ai évidemment tenté ma chance ! Je ne pouvais pas passer à coté d'un de ces ouvrages et je suis très chanceuse car ils me l'ont envoyé.
Ce matin, j'ai profité d'un dimanche de repos pour le dévorer.
D'ombre et de silence, ce sont huit nouvelles.
Toutes ne sont pas inédites, puisque la première : Aleyna , est présente dans le recueil de nouvelles 13 à table, édition 2016. J'ai été un peu surprise de reconnaître cette nouvelle, dont je me souvenais très bien et qui est excellente.
Aurore m'a mis une sacré claque ! Waouh elle y va fort et nous livre une nouvelle très simple, malheureusement tout à fait d'actualité et qui fait froid dans le dos.
Ce que les blessures laissent au fond des yeux est également une nouvelle surprenante, honnêtement c'est du lourd !
"J"ai appris le silence" fût pour moi une relecture car cette nouvelle était présente dans la saison 2017 de 13 à table. Je l'avais adoré lors de ma première lecture, et je l'ai relu avec plaisir.
Avec "L'été se meurt" l'auteure continue à me surprendre :) Et c'est encore le cas avec "L'homme en noir" . Quelle imagination !
L'intérieur est une nouvelle totalement d'actualité, sur le harcèlement sexuel au travail, avec une fin vraiment glaçante.
Et pour clore ce recueil "Le printemps de Juliette", touchante, triste, mais c'est une bonne nouvelle :)
Je pense que vous l'aurez compris, j'ai adoré ce recueil de huit nouvelles, toute de qualité égale. Aucune est moins aboutie qu'une autre.
Karine Giebell excelle aussi bien dans l'écriture de romans que dans l'écriture de nouvelles.
Elle a réussi de me scotcher de la première à la dernière ligne. Ce sont des thèmes simples, des situations malheureusement d'actualité et super bien écrites. Elle a réellement le don de me faire frissonner, voir de me faire faire des cauchemars !
Je mets avec un immense plaisir cinq étoiles à D'ombre et de silence. Vivement la sortie de son prochain roman (ou recueil de nouvelles ;)
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gruz
  15 novembre 2017
La nouvelle est un art à part entière. Les auteurs francophones qui y sont autant à l'aise que dans le cadre d'un roman ne sont pas légion. Karine Giébel en fait partie.
Il est très dommage que ces courtes histoires ne soient pas davantage mises en valeur dans l'hexagone. Il suffit, à contrario, de voir ce qui se fait dans les pays anglo-saxons pour attiser ce regret. Stephen King a construit une partie de sa légende sur ses nouvelles et novellas (dont certaines ont même été adaptées à l'écran).
D'ombre et de silence est un recueil qui regroupe huit nouvelles. Certaines sont inédites : trois récits, dont la plus longue au format novella et qui, à elle-seule, vaut le détour tant elle est forte et émouvante (Ce que les blessures laissent au fond des yeux). Les autres ont été diffusées dans différentes publications au fil des années (comme dans les recueils au profit des restos du coeur : 13 à table). Elles sont de qualité et méritent lecture ou relectures.
Ceux qui imaginent tout connaître de Karine Giébel ou qui veulent la cantonner dans un style répétitif, risquent d'être surpris. Toutes les histoires sont noires et violentes. Elles mettent souvent en scène des personnages qui vivent des descentes aux enfers (ou qui sont nés au fond du trou, et qui creusent encore…). Mais l'auteure sait varier l'intensité de cette noirceur et la pénombre qui assaille les protagonistes. Elle module son écriture de manière à ne pas tomber dans la répétition tout en gardant sa singularité. Rien que ça, c'est un petit exploit.
Et il y a les thèmes choisis, aussi. Certains très proches de ses romans, d'autres plus étonnants, avec comme point culminant (à mon sens) sa manière de mettre en scène les minorités. A ce titre, Ce que les blessures laissent au fond des yeux et Aylena sont deux textes aussi marquants que salutaires.
Dans les récits noirs D'ombres et de silence, Karine Giébel n'oublie jamais l'essentiel : donner vie à des personnages en quelques mots. Elle y arrive avec talent, ce qui rend ce recueil de nouvelles d'autant plus prenant. Ils en deviennent attachants, même dans leurs pires aspects.
La misère dans laquelle ils se débattent, tout déprimante qu'elle soit, est frappante et parfois profondément émouvante. C'est ça aussi l'univers noir de Karine Giébel, porter la voix de ceux qu'on ne voit pas et de ceux qui n'ont plus la parole.
Lien : https://gruznamur.wordpress...
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BlackKat
  26 novembre 2017
Ce recueil de huit nouvelles est essentiellement axé sur la femme. La maman célibataire, l'adolescente fragile, la jeune musulmane, la réfugiée sans papier, l'épouse en fin de vie ou encore la femme traquée.
La femme, gibier et victime de l'homme, sa proie la plus convoitée depuis la nuit des temps… Ou plus rarement la femme aimée jusqu'à la mort…
Il n'y a que deux nouvelles centrées sur un homme avec J'ai appris le silence et L'homme en noir.
« Aleyna » est une nouvelle déjà découverte dans un autre recueil, 13 à table!, mouture 2016. Donc pas de surprise mais cette histoire m'avait bouleversée et je l'ai relue avec plaisir.
Une histoire de famille, de fratrie bien sûr, mais surtout un récit sur le poids de la religion musulmane, des traditions, des crimes d'honneur mal placé, du drame et de l'horreur indicible que vivent tant de jeunes femmes encore au XXIe siècle! Une petite histoire percutante sur un mariage arrangé forcé, qui nourrit la rage devant ces victimes et la vigilance féminine de la femme occidentale.
« Aurore » est une histoire qui nous parle du mal être adolescent, ou l'âge gouverné par des émotions brutes quand un jour est merveilleux et le lendemain un enfer!
Un frère et une soeur qui, dans l'absolu, ne manquent de rien matériellement, sont élevés dans une famille classique au niveau social correct mais qui, psychologiquement, sont fragiles par manque cruel d'attention de leurs parents, trop centrés sur leur nombril, leur travail et leurs engueulades.
J'ai relevé un petit clin d'oeil pour un de ses personnages de Terminus Elicius, lors d'un trajet en train d'Alban.
Une histoire touchante qui nous renvoie à cette époque d'hyper-sensibilité qui peut s'avérer bien dramatique!
« Ce que les blessures laissent au fond des yeux » est une nouvelle qui m'a instantanément évoqué « L'intérieur », une autre nouvelle découverte dans le recueil Crimes au musée et qui figure également plus loin dans ce même livre.
De la difficulté à être maman célibataire, a fortiori quand on est une réfugiée pour l'un des deux personnages principaux, et de se retrouver à la merci de prédateurs masculins abjects dans une société qui n'est guère présente, significativement, pour elles.
Récit lu avec la rage au ventre et un sentiment de tristesse dégoûté malgré une solidarité et une amitié féminine des plus belles.
« J'ai appris le silence » est également une nouvelle découverte dans un autre recueil, 13 à table! de l'édition 2017. Un petit bijou de sadisme vengeresque!
Parce que j'ai appris le silence.
Parce que j'ai appris la peur.
Parce que j'ai appris l'endurance.
Parce que j'ai appris la prudence.
Mais j'ai appris à supporter bien pire.
Une vengeance à assouvir pour fêter un anniversaire. Faire payer. Faire souffrir. Faire mourir.
Mais réaliser ses fantasmes est-il si jouissif?
« L'été se meurt » ou quand une femme suscite une passion possessive mortelle. Elle est la proie, elle ne le sait pas. Il est le chasseur et compte bien laisser son empreinte… au moins dans ses tous derniers moments d'existence.
Suspens jouissif et effrayant au final qui nous prend à rebrousse poil!
« L'homme en noir » est une histoire sombre de vengeance mal placée. Comme pour le précédant récit, Karine Giébel surprend par la chute accordée à cette quête de justice. J'ai beaucoup aimé ce personnage qui n'arrive pas à assumer son traumatisme passé et voit l'homme en noir peut-être comme sa propre rédemption, en vain…
« L'intérieur » est une nouvelle violente dans son analyse sociale du marché du travail actuel, alors que les plus faibles de notre société alimentent le nouvel esclavage moderne, juste pour survivre. Et quand la victime est une maman célibataire, on lit cette nouvelle malheureusement pas si fictionnelle que cela avec la rage au ventre.
« le printemps de Juliette » clôture avec grande émotion ce recueil sombre et violent. Une insondable douceur pour l'amour sincère entre un homme et son épouse, pour le meilleur mais aussi le pire. Quand la finalité de la vie reste toujours et à jamais la mort…
Je suis forcément un peu déçue que les huit nouvelles n'aient pas été huit réelles découvertes mais une déception vite oubliée tant la plume incisive de Karine Giébel est énivrante! Des mots sombres qui claquent et qui atteignent leur cible immanquablement. Comme à son habitude, Karine Giébel réussit à nous captiver avec ces récits courts et efficaces.
Lien : http://livrenvieblackkatsblo..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
magalielmmagalielm   05 décembre 2017
Mes larmes ont séché, mon sac est de plus en plus lourd. Quelques lampadaires tentent d'éclairer ma fuite. Le froid me rappelle que je suis vivante et que je ne veux pas mourir.
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BlackKatBlackKat   22 novembre 2017
Mais qu'est-ce que ça veut dire, au juste? Être comme les autres... Entrer dans le moule, même s'il est trop à l'étroit pour nous. Ne dépasser ni en hauteur ni en largeur, n'avoir aucun relief, aucune aspérité que les autres pourraient saisir pour vous mettre par terre et vous rouer de coups.
Une branche lisse, blanche si possible, et qui sait plier au vent.
Être comme les autres, ou considéré comme tel. Autrement dit faire semblant d'être comme eux, pour ne pas attirer l'attention.
Nouvelle intitulée "Aurore".
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shmileblikshmileblik   18 novembre 2017
Delphine et Kilia partagent des souvenirs, des sourires et de longs silences.De longs silences, pour se dire que leur amitié est éternelle, que le lien qui les unit est infrangible. Qu’aucun mur, aucune grille, aucune porte ne pourra jamais les séparer.De longs silences, car ce qui compte, ce ne sont pas les mots.Ce sont les actes.
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rkhettaouirkhettaoui   10 novembre 2017
Les Nations unies estiment que, chaque année dans le monde, plus de cinq mille femmes meurent au nom de « l’honneur ». Le nombre de ces victimes serait en réalité trois à quatre fois supérieur selon les organisations non gouvernementales. En Afghanistan, en Albanie, en Arabie Saoudite, en Bosnie, à Bahreïn, au Bangladesh, en Bosnie-Herzégovine, au Brésil, au Cambodge, en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Éthiopie, en Géorgie, en Inde, en Indonésie, en Irak, en Iran, en Israël, en Jordanie, au Liban, au Maroc, au Mexique, au Népal, au Nigeria, à Oman, en Ouzbékistan, en Palestine, au Qatar, en Somalie, au Soudan, en Syrie, en Turquie, au Yémen… Ainsi qu’au Canada et en Europe : Allemagne, Belgique, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède…
Leurs familles les condamnent à mort parce qu’elles ont choisi librement leur fiancé, qu’elles ont refusé un mariage forcé. Parce que leur comportement a été jugé immoral. Parce qu’elles ont subi un viol.
Souvent, il suffit d’une simple rumeur.
Ceux qui les assassinent ne sont pas considérés comme des criminels.
Mais comme des héros.
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rkhettaouirkhettaoui   10 novembre 2017
Alban, c’est une sorte de géant doux et tendre. Il ne sait pas rendre le mal qu’on lui fait. Incapable de se défendre. Incapable de protester, de montrer les crocs. Il encaisse tout, supporte tout. Comme un bon soldat de cette saloperie d’armée qu’on nomme humanité.
En écrivant cela, je m’aperçois à quel point mon âme est noire. À quel point l’espoir s’est éloigné de moi, il y a longtemps déjà. C’est venu comme ça. Petit à petit, jour après jour. Ça s’est installé doucement, sans que j’y prenne garde.
À force de trahisons, de mesquineries, de mensonges. Ces petites choses qu’on peut choisir de ne pas voir mais que moi, je ne parviens pas à occulter. Ces petites choses qu’on peut choisir d’oublier alors que moi, je les range méticuleusement dans ma tête.
Et puis il y a les images. Indélébiles. Gravées dans mon cerveau à l’encre rouge.
Ces images de guerres, de tue
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Vidéo de Karine Giébel
Deuxième partie de notre rencontre avec Karine Giebel pour la sortie de "De Force" (Belfond).
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