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ISBN : 207035878X
Éditeur : Gallimard (25/08/2008)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 66 notes)
Résumé :
" Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Charybde2
  28 janvier 2014
Musique et amour interdit en France occupée, en 1941, pour modeler l'ensemble de deux vies.
Publié en 2007 chez Gallimard, le quatrième roman de Valentine Goby confirmait, après "La note sensible" en 2002, le pouvoir de la musique sur les vies, et développait avec force une capacité rare à mettre en scène des personnages aux prises avec le malheur que leur impose L Histoire avec un grand H ou un monde qui les englobe et les dépasse, mais qu'il faudra bien élucider.
Paysanne bretonne de quinze ans en 1940, Madeleine fait chaque semaine le trajet en vélo entre sa campagne et Rennes, où elle travaille comme femme de chambre dans le grand hôtel élu comme demeure par les officiers allemands occupants. Elle va vivre une intense histoire d'amour avec l'un d'eux, pianiste virtuose quarantenaire qui lui révèle la puissance de la musique, avant que l'arthrose ne le prive de ses mains géniales et ne l'envoie, désespéré, se faire exécuter par ses compatriotes sur le front de l'Est après un geste final de bravade pacifiste. Enceinte et bientôt mère d'une petite Anna, Madeleine devra affronter à la Libération la vengeance, l'humiliation, la tonte, le tatouage indélébile d'une croix gammée sur le sein, et entamer une fuite perpétuelle, de poste en poste dans toute la France - pourvu que ce soit loin de sa Bretagne natale où les fantômes et l'opprobre sont plus forts pour elle -, tentant de préserver sa fille du mieux qu'elle peut, jusqu'à une éventuelle renaissance, forgée dans le service inlassable à bord d'un paquebot transatlantique, renaissance que Valentine Goby nous trace soigneusement sous forme d'options finales, spéculant sur l'issue de cette vie tôt déchirée.
Sujet poignant, qui s'exposerait à la fois au risque de mièvrerie et à celui de mélodramatisation, s'il n'était ici servi par une écriture nerveuse, dure, coupant dans le malheur avec férocité, exerçant un regard clinique sur les accidents de cette vie, chassant d'abord toute tendresse pour la laisser ré-émerger très patiemment, et tardivement, après avoir saisi et malmené les corps en jeu.
Un roman très attachant qui annonce déjà par bien des aspects la maîtrise et la force décuplée des suivants.
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denisarnoud
  11 février 2014
Pendant l'occupation, Madeleine, jeune paysanne, travaille à Rennes dans un hôtel comme femme de chambre. L'Hôtel des Ducs loge les officiers allemands. Un jour arrive Joseph Schimmer un pianiste de talent blessé à la guerre et chargé de divertir les soldats allemands. Il demande à Madeleine de devenir son assistante, sa tourneuse de pages. Madeleine ne connaît pas la musique et Joseph va lui faire découvrir son monde, il va lui faire voir la musique.
le week-end, Madeleine rentre à Moermel, chez ses parents. Ses parents tiennent une épicerie. A la campagne, elle tient de temps en temps compagnie à Bérénice, une simple d'esprit chez qui elle trouve une statue lui ressemblant mais pas complètement avec son nom inscrit dessus. La jeune femme se demande de qui elle est la représentation. Madeleine hait la campagne symbolisée pour elle par le sillon de l'habitude. Ce sillon que l'on suit mais dont il est impossible de sortir. Elle rêve d'une autre vie et notamment de voir la mer
Très vite une relation amoureuse s'engage entre les deux héros. Un amour interdit avec l'occupant. Une très belle scène nous les montre se promenant ensemble dans la ville mais chacun sur son trottoir. Un jour en rentrant à l'hôtel, Madeleine apprend qu'elle doit partir pour Saint Malo pour devenir la tourneuse de page d'une pianiste. On apprend plus tard qu'elle ne reverra pas le pianiste qui ne peut plus jouer suite à des douleurs à la main. Mais Madeleine est enceinte, elle part se cacher dans un couvent. L'histoire s'accélère on retrouve Madeleine à la libération, tondue et objet de la vindicte populaire pour son histoire d'amour interdite.
" Les lames claquent contre ma nuque, mes tympans, mes tempes, coupent ma peau par inadvertance, me pincent , je saigne, rabotent ma tête, ma mère taillait mes hanches, mes seins, mes fesses, me fabriquait un corps cylindre empaqueté sous robe moche. L'homme qui me scalpe maintenant achève de me transformer en moignon"
Valentine Goby nous propose un roman très fort sur la cruauté humaine, l'amour interdit et la recherche d'identité. Un roman magnifiquement écrit ou les descriptions des paysages sont le miroir des sentiments de l'héroïne. le description de la ville de Rennes dévastée à la libération reflétant la propre dévastation de Madeleine. Un roman très fort.
Lien : http://leslecturesduhibou.bl..
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meelly
  16 août 2012
Madeleine est une jeune bretonne de seize ans. Elle partage son quotidien entre son village natal Moermel qu'elle rejoint chaque fin de semaine pour y retrouver ses parents qui tiennent l'épicerie du village ; et Rennes, la capitale bretonne dans laquelle elle travaille comme femme de chambre à l'Hôtel des Ducs. Nous sommes en 1940, et le destin va mettre sur son chemin un officier de la Wehrmarcht, virtuose du piano. Il s'appelle Joseph Schimmer, il va la choisir comme tourneuse de pages. Madeleine ne connaît rien à la musique, mais elle accepte et une relation très forte se noue entre eux. Lorsqu'il la quitte pour partir en tournée, Madeleine a peur qu'il ne revienne pas. Et ses pires craintes vont se faire jour : Joseph ne revient pas, abandonnant Madeleine, et, mais il ne le sait pas, l'enfant qu'elle porte. À la libération il ne fait pas bon avoir « frayé avec l'ennemi » et Madeleine va subir l'humiliation de la tonte sur la place publique. Dès lors, elle n'aura de cesse de fuir avec sa petite fille Anne. À la recherche de sa vraie mère, à la recherche de son identité...
MON AVIS : Ce livre est d'une beauté et d'une violence à couper le souffle. Valentine Goby possède une écriture particulière : ses mots claquent, percutent, incisent. Elle ne nous cache rien des tourments de Madeleine, de ses pensées. le climat des années d'occupation et le Rennes de l'époque (ma ville !) sont particulièrement bien dépeints. Tellement bien, qu'à la lecture de ce récit, je n'ai eu aucun mal à me transposer dans cette histoire et à me demander quel comportement aurait été le mien au cours de cette sombre période.
La violence est partout dans cette histoire, elle est dans les gestes, dans les mots. Elle s'incruste jusque dans l'incarnation même de la petite Anne puisque' elle est pour Madeleine une réminiscence perpétuelle de ce qui est considéré comme un crime par les français de l'époque, plus encore que la croix gammée qui lui a été tatouée sur le sein. Lorsqu'elle voit sa fille, il est impossible pour Madeleine d'oublier qu'elle a commis l'irréparable, l'inavouable : avoir aimé un allemand. L'ambivalence de Madeleine qui aime et déteste à la fois sa fille m'a paru cruelle et bouleversante.
Mais ce que j'ai aimé par-dessus tout dans ce livre c'est qu'il n'y a pas que ce lien de filiation qui unit Madeleine et Anne, il y a aussi cette quête d'identité, obsessionnelle, omniprésente. Valentine Goby, en offrant trois scénarios de fins possibles, propose au lecteur différentes réponses à cette quête, et j'ai trouvé cette ouverture particulièrement intéressante : chaque lecteur peut alors choisir quel point final il souhaite mettre à cette histoire en fonction de ce qu'il est, de ce qu'il a vécu. Un très joli roman à lire pour ne pas oublier.
Lien : http://www.meellylit.com/
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Voltaire3C
  27 avril 2017
Valentine Goby est une écrivaine française née à Grasse en 1974. Elle a écrit beaucoup de livres notamment le roman "Kinderzimmer" paru le 17 aout 2013 grâce auquel elle recevra "Le prix des libraires" en 2014. Elle a reçu de nombreux prix et parmi eux "Le Grand prix du roman de l'Académie française". En tout, l'écrivaine a réalisé 32 oeuvres mais l'une des principales est celle à laquelle nous allons nous intéresser "L'échappée".
Cette dernière est paru en 2007 recevra le prix Ouest 2008.
L'échappée se passe sous l'Occupation Allemande de la France. L'héroïne principale est une jeune paysanne bretonne de 15 ans nommée Madeleine, elle travaille comme femme de chambre à Rennes dans un grand hôtel où résident les Allemands, elle fait donc le trajet de chez elle à Rennes tous les jours à vélo. Elle rentre chez elle le week-end à Moermel chez ses parents qui tiennent une épicerie. Elle parle souvent avec une simple d'esprit, Bérénice, et rêve d'une autre vie où elle pourrait voir la mer. Malheureusement pour elle, à son travail, elle va tomber follement amoureuse d'un pianiste allemand nommé Joseph Schimmer qui est chargé de divertir les soldats à cause de sa blessure de guerre, plus âgé qu'elle il lui fera découvrir la musique. Un jour, à l'hôtel, elle apprend qu'elle doit partir à Saint-Malo pour devenir la tourneuse de page d'une pianiste. Les deux héros vivent alors une belle histoire d'amour jusqu'au jour où son amour se fait exécuter car il a perdu l'usage de ses mains. Madeleine est enceinte de sa petite fille Anne et doit affronter seule la Libération, l'humiliation causé par son amour caché, elle sera forcé à se faire tatouer une croix gammée sur le sein. Durant cette période, Madeleine doit fuir d'endroit en endroit partout en France.
Ce roman est fort en émotion mais cache aussi un message sur la cruauté de la race humaine. On y trouve de belles descriptions de paysages, et surtout l'expression du malheur. C'est un roman très fort.
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Lencreuse
  19 mars 2011
Dans les années 40, la jeune Madeleine travaille dans un hôtel réquisitionné par la Wehrmacht, au service d'officiers allemands. Elle tombe amoureuse d'un officier musicien qui l'engage comme tourneuse de pages, en plus de son service à l'hôtel, et entreprend de lui enseigner la musique. Las ! Madeleine n'est guère douée mais ces rendez-vous seront l'occasion d'étreintes passionnées entre les deux amants. Mais la Libération arrive et avec elle, l'heure des jugements hâtifs : Madeleine est tondue en place publique, comme tant d'autres accusées d'avoir « collaboré », punies parce qu'elles avaient aimé.
Madeleine tente d'oublier : elle fuit son ancienne vit, s'arrêtant, avec sa fille née de l'union « honteuse », le temps de quelque embauche dans des villes, des villages. Chaque fois, elle s'invente de nouveaux prénoms, évite de laisser trop de traces, ne laisse aucune place à l'attachement. C'est ainsi que grandit Anna, la fille de Madeleine, entre deux valises, entre deux nouvelles vies, deux nouveaux passés inventés. Pendant que Madeleine efface peu à peu de sa mémoire le souvenir de cet amour, Anna, elle, remue la douleur de sa mère, revendiquant sa filiation allemande alors que les années d'après-guerre n'ont pas encore atténué les haines.
Une histoire de femmes, d'amour, de filiation, de souvenir, de destinées marquées par l'Histoire, de tentative de reconstruction pour Madeleine et de recherche et de construction identitaire pour Anna. Les parties qui traitent d'abord de la mère et de sa passion pour l'officier allemand, de sa fuite sur les routes avec sa fille, de la révolte de l'enfant m'ont plu. Mais la dernière partie intitulée « Trois rêves avant Kleinstadt » m'a laissé dubitative. Non pas parce qu'elle laisse des fins trop ouvertes, cela ne me gène pas en général, mais parce que je n'ai pas vu d'intérêt à ces scénarios des possibles, pas compris ce que cela apportait au roman, à l'histoire. Un roman qui contient de bien jolies choses mais dont la fin gâche un peu, à mon goût, l'impression d'ensemble. J'avais découvert Valentine Goby avec Qui touche à mon corps, je le tue qui m'avait véritablement séduite, alors malgré une petite déception à la lecture de L'échappée, demeure l'envie de continuer à découvrir cette auteure.

Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Lea25Lea25   28 avril 2013
Pas de bateau à l'horizon, ni gros ni frêle. Sur la mer de Satie, pas un bruit. Pas de cris d'enfants, pas de baigneurs, pas de machines. Le vol souple, solitaire, d'un ou deux oiseaux blancs, comme on en voit sur les cartes postales. On est seul sur le rivage, entre l'eau et le ciel. [..] Le piano n'a pas de frontières.
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VALENTYNEVALENTYNE   28 juillet 2016
Madeleine remonte l’écharpe sur son nez. La voiture les dépasse. La bicyclette tangue à travers la nuée âcre. Des étendues sépia défilent sous le tintement continu de la sonnette. Champs cuivre, ciel jaune, arbres dorés. Sillons. Par un effet d’optique ils pivotent sur leur axe, et tournent comme un disque, semblables aux rayons de la bicyclette, sur cent quatre-vingt degrés.
À cause de ces sillons, il y a eu Anatole. Germain. Frédéric. Les après-midi dans la grange, les récits d’histoires réelles et rêvées, de baisers, de caresses pas permises qui réjouissaient le prêtre dans l’ombre du confessionnal.
….
À cause des milliers de sillons étirés jusqu’à l’horizon.
Sans eux, leur tristesse plate, Madeleine ne se serait pas attachée à Bérénice, la sourde-muette, à son morceau de solitude à l’autre bout de la commune au milieu de ces douze chats. Bérénice ne ressemble à personne. La petite maison qu’elle habite n’est pas une vraie maison. Les murs s’effondrent parmi les ronces, les mauvaises herbes, envahis de lierre, de lichen, de mousse. Une fois par an, la vieille y jette à toute volée des poignée de graines de pavot, qui éclosent d’un coup en fleurs palpitantes et rouges. On la voit souvent assise sur une pierre, au milieu du jardin en friche, les yeux dans les vagues, minérale sous sa blouse grise, sa peau grise, ses cheveux blancs. Les chats se frottent contre elle. Se glissent sous ses coudes, entre ses jambes, s’étirent sur ses genoux. Bérénice vit ici depuis soixante-dix ans. Son père ferrait les chevaux de ferme. On ne lui connait pas de mère, pas de frère, pas de sœur. Elle n’a pas de métier, pas de langue, même des signes, pas d’argent. Plus jeune, elle effrayait les habitants de Moermel, perchée jour et nuit dans les arbres, les mains serrées contre la bouche, hululant comme les oiseaux de proie. On l’appelait la Chouette. Il y a vingt ans son père est mort. Tout de suite, les habitants de Moermel ont nourri Bérénice. Elle trouve devant le portail le fruit de leur superstition : viande, légumes, biscuits selon les jours, des vêtements usagés, des images pieuses. Ils la croient sorcière, à cause des bustes qu’elle sculpte dans la terre et qui portent leurs noms, tracés à la pointe d’un couteau, alors qu’elle n’est jamais entrée dans une école.
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mustangomustango   29 décembre 2008
Ce n'est qu'une question de semaines mais elle l'ignore. Il lui manque une raison légitime à ses yeux pour déplacer sa fille une nouvelle fois.A chaque migration, ce sera pareil. Du Sud au vignobles du Rhône, des vignobles à Toulouse dans les plaines maraîchères, de Toulouse au Centre, Madeleine attendra le pretexte qui viendra toujours, la réflexion désobligeante, qui cherche trouve, pour déraciner Anne. La filiation entre Madeleine et Violetta, entre Anne et Madeleine naîtra de cette errance, des exils répétés. L'une sera le pays de l'autre.
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VALENTYNEVALENTYNE   12 août 2016
D’autres bicyclettes convergent vers Moermel, déversées par des routes adjacentes, des gens de la ville avec leurs paniers vides, leurs cabas, leurs vêtements à larges poches où vont s’engouffrer des lapins morts, des légumes, du beurre que les fermiers, à l’intérieur des maisons, évaluent déjà au prix fort. Dans dix minutes Madeleine entrera à l’épicerie. Un carillon clair accompagnera le tremblement de la porte. Sa mère, en écharpe et mitaines, lèvera la tête de son tricot.
– Tiens, tu es là ?
Elle aura fait chauffer la lessiveuse, Madeleine n’aura plus qu’à y jeter son uniforme. La chemise s’affaissera lentement, stagnera un instant à la surface puis, chargée d’eau, se laissera recouvrir par le bouillon laiteux. Madeleine tournera le bâton dans la lessiveuse. Longtemps, jusqu’à ce que sa vue se brouille. Un voile gris comme l’eau de lessive se répandra partout, du sol au plafond et dans les limbes de son cerveau, abolira sa pensée, elle ne sera attachée qu’à ce geste, tourner, jusqu’à ce qu’elle cède à la lourdeur de l’air, comme sa chemise sous le poids de l’eau. Avant cela, le père aura exigé un baiser, elle se sera exécutée le plus gentiment possible. Elle lui remettra l’argent de la semaine, il lui aura réservé la même friandise, un carré de chocolat ou une meringue sableuse. Il faudra préparer le repas. Sa mère nouera son tablier puis, le plus souvent, allumera la TSF. Elle a refusé de livrer la TSF, bien qu’elle ne l’écoute qu’une heure le soir, comme d’autres ont caché leurs vieux fusils de chasse ou mutilé les chevaux réquisitionnés, simplement parce qu’ils sont à eux. Madeleine et la mère pèleront les légumes, invitant Charles Trenet, Tino Rossi, ou Maurice Chevalier dans leur silence. Madeleine en éprouvera un soulagement en même temps qu’une légère déception. Les épluchures seront très fines, on ne gâche rien. Elles s’enrouleront autour des lames, serpentins orange, verts, blancs, presque translucides qu’on laissera aux lapins tout à l’heure.
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VALENTYNEVALENTYNE   18 novembre 2016
Plus tard, Madeleine marche avec Jeanne le long des quais de la Vilaine. C’est une heure pour elles, entre le ménage des chambres et le service de midi trente, les journées sont si longues. Madeleine a glissé ses mains dans la poche ventrale de son manteau. Elle tient la rustine entre ses doigts. Elle garde les yeux rivés sur l’eau vert sombre, d’apparence immobile, que seul son pas met en mouvement derrière les volutes des rambardes. Les reflets des lampadaires se tordent à la surface, huileux, brisés par le remous en une multitude de rayures horizontales. Des policiers à cheval remontent le canal en sens inverse, à la limite du trottoir. Le claquement des sabots sur les pavés, doux, cadencé, se superpose aux mélopées d’un accordéon. C’est reposant et triste. Peut-être à cause du contact de la rustine, Madeleine pense à Mylène Châtelle le nom de liquide et sombre couché près de celui de Liszt sur la partition de Joseph Schimmer. C’est une jeune fille, décide Madeleine. Morte. Son corps blanc, enveloppé de voiles, flotte sur le canal. Dérive, imperceptiblement, sur l’eau presque statique. Ses cheveux bruns sont dénoués, ils reposent à la surface, souples, traversés d’ondulations lentes. Elle s’enfonce dans l’eau verte.Elle coule, son visage n’est plus qu’un halo pâle, une tache laiteuse absorbée par la vase, il disparaît.
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Videos de Valentine Goby (56) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Valentine Goby
Chronique de Pascale Frey sur onlalu à propos de l'ouvrage "Un paquebot dans les arbres", de Valentine Goby, paru aux éditions Actes Sud en août 2016.
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