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Louis Postif (Traducteur)Charles-Noël Martin (Traducteur)Frédéric Klein (Éditeur scientifique)Jacques Gamblin (Préfacier, etc.)
EAN : 9782752901903
266 pages
Éditeur : Phébus (11/05/2006)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 49 notes)
Résumé :
En 1907, Jack London, sa femme Charmian et un équipage d'amateurs embarquent à San Francisco à bord du Snark, un voilier de 17 mètres construit pour l'occasion. Sa destination : Sydney. marin dans l'âme, le romancier parvient à Hawaï, visite la Polynésie avant de mettre le cap sur les îles les plus reculées de Mélanésie, puis rallie l'Australie. Entre rencontres, explorations et difficultés presque insurmontables, London écrit à un rythme effrené. Au fil de cette tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  14 mai 2017
MAMAN LES P'TITS BATEAUX QUI VONT SUR L'EAU...
Deux hommes d'âge mûr mais encore jeunes discutent au bord d'une piscine. L'un comme l'autre pratiquent la voile. Les deux sont des amoureux de la mer. Ils rêvent, depuis toujours, d'horizons lointains. Soudain, les questions, fondamentales, fusent :
«Quand partons-nous ?»
«Pourquoi ne pas partir tout de suite ?»
Et la conclusion, allant pour ainsi dire de soi, malgré les obstacles : «Nul d'entre nous ne serait jamais plus jeune qu'aujourd'hui.» Et tous les autres projets de pouvoir attendre le retour, lointain. Car c'est un voyage autour du monde et à la voile de sept années que ces deux hommes prévoient d'accomplir. L'un des deux n'est autre que le désormais célèbre Jack London. L'autre, c'est Roscoe Eames, l'oncle de Charmian, la seconde épouse de Jack, de trente ans son aîné, qui s'annoncera capitaine mais qui s'avérera lamentable navigateur hauturier...
Nous sommes en Février 1906, London n'a encore "que" trente ans (il décédera dix années plus tard seulement) et si L'Appel sauvage (NB : L'appel de la forêt, dans sa douteuse traduction malheureusement la plus souvent admise) l'a rendu célèbre tandis que Croc-Blanc l'a assez largement enrichi depuis son retour du Klondike, en dehors de reportages au long cours, cet homme à la semelle de vent s'est un peu sédentarisé, surtout depuis qu'il a acheté son ranch de la fameuse Vallée de la Lune (Sonoma Valley). Mais l'aventure démange inépuisablement de tels personnages. C'est donc fort naturellement qu'il lancera la construction de son futur "Snark", sur les chantier de San Francisco.
Sans tout révéler de cette aventure hors du commun, rien ne se passera tout à fait comme prévu, et ce, presque dès le commencement. Quelques mois après le lancement du chantier - à partir de plans de London lui-même, qui reconnait pourtant qu'il ne connaissait à peu près rien en matière de construction navale -, un tremblement de terre gigantesque détruit la majeure partie de la ville et des alentours. Nous sommes le 18 Avril 1906. Si l'auteur, régulièrement commandité pour jouer les correspondants d'autant qu'il manie avec une certaine dextérité la photographie, en tirera des articles émouvants pour la presse de l'époque, la fabrication de son voilier prendra un retard considérable dû à la désorganisation complète de la région et connaîtra ainsi toute une série d'avaries, de malfaçons, de surcoûts inattendus, de soucis petits ou importants. Aussi surprenant puisse-t-il paraître, l'écrivain n'en cache rien dans ce beau texte autobiographique. Mieux : tandis qu'on comprend comment toutes ces premières mésaventures lui hérissent le poil, il parvient tout de même à en rire, à se moquer de lui-même bien souvent, et à faire contre mauvaise fortune bon coeur. Au point que, dans la post-face qu'il rédigera lui-même, il avouera s'être franchement fait abuser par nombre de fabriquant, son nom, et la légèreté de son éditeur d'alors, servant de phare aux profiteurs de tout acabit. Et lui, beau joueur, d'en sourire.
Le 23 Avril 1907, malgré tous ces retards et devant une foule considérable (cette histoire était devenue un sujet de plaisanterie et de moquerie dans le pays tout entier, après avoir d'abord passionné et enthousiasmé les foules), le Snark prend enfin la mer... Même s'il fait eau de toute part, qu'il s'avère incontrôlable par gros temps et que le fameux oncle devenu capitaine au long cours est absolument incapable de situer le navire sur l'océan, pas plus que de lui faire prendre une route directe vers Hawaï, la première halte où il est d'ailleurs prévu de réparer les moteurs électriques de secours (qui ne fonctionneront pas une seule fois de tout le voyage) !
Mais... Mais... Mais (pardon à Claude Nougaro pour ce détournement honteux), Hawaï en mai ! Un mois après l'embarquement, c'est l'arrivée sur l'archipel - qui n'est pas encore étasunien à cette date -, et c'est un émerveillement permanent, extatique. Laissons-le décrire ce qu'ils découvrent alors : «Brusquement la terre, véritable symphonie en vert aux mille nuances, se referma sur le Snark. Pas de passage dangereux ni d'écueils, plus de mer d'émeraude et d'azur : notre bateau venait de pénétrer d'un seul coup dans la passe et se trouvait maintenant au centre d'un lagon immobile. Sur de minuscules grèves, de jeunes enfants à la peau bronzée nageaient. La mer avait disparu à notre vue. La chaîne d'ancre grinçait dans l'écubier et nous demeurâmes debout sur le pont sans broncher. La scène parut si féerique que nous ne pouvions en croire nos yeux. Cet endroit, figurant sur la carte sous le nom de Pearl Harbour, fut baptisé ensuite par nous Dream Harbour, le port de nos rêves.»
On rêve d'en être ! Et même si l'on ne peut s'empêcher de penser à ce que l'histoire future réserve à ce port de rêve...
Dès lors, on suit Jack et son bizarre équipage d'Hawaï, où ils découvrent une léproserie très inhabituelle et à l'opposée des compte-rendus de la presse de l'époque, aussi édifiants que faux ; grimpent à dos de cheval sur le plus grand volcan éteint de la planète ; apprécient, avec une joie de vivre presque adolescente, les plaisirs de la glisse sur une planche de surf (il sera de fait l'un des premiers américains à faire connaître ce "sport des Rois" aux USA). Ils resteront jusqu'en novembre et le couple London tombera à ce point amoureux de l'archipel que certains biographes pensent qu'ils étaient sur le point de vouloir s'y installer à l'aube des derniers mois de son existence.
Puis, ce sont les Marquises (après une traversée plus que tumultueuse du Pacifique durant laquelle l'aventurier s'arrachera les cheveux à s'y entendre en relevés, calculs de position, recherche des alizés, etc qu'il apprendra, tout de go, à partir des livres techniques qu'il avait eu la prudence d'embarquer). Ce sera la découverte, emplie de révérence et d'émotion tout autant que de déception, de l'île de Taïohae où se trouve la vallée de Typee, célébrée par l'un des plus fameux romans d'Herman Melville. Émotion, donc, et accomplissement d'un vieux désir mais profonde déconvenue, sur place, car plus rien ne subsiste alors de ce que l'auteur de Moby Dick avait pu décrire un petit demi-siècle plus tôt. Pire : la colonisation a détruit toute trace de cette antique civilisation, y amenant maladies, mort, déplacements, oubli.
Il y aura de fameuses rencontres, aussi. Un drôle de type, un américain, que London surnommera "L'Homme Nature". Il y aura aussi la rencontre d'une richesse de coeur incroyable avec Tehei et son épouse Bihaura, de lignées royales mais vivant chichement, à la générosité démesurée et à la joie de vivre communicative. Tehei suivra même un temps le voyage de cet équipage de plus en plus étonnant jusque vers Tahiti. Suivront Bora-Bora, les Samoa, les Fiji où London ira se recueillir sur la tombe d'un autre de ses maîtres, Robert-Louis Stevenson. Puis, se seront les îles Salomon où tous souffriront le martyr, entre mauvaises fièvres et, surtout, d'impressionnant abcès se déclarant à la moindre petite blessure, sur les membres et sur le corps. Cela prêterait à sourire si, avec le recul, nous ne savions que ces abcès seront l'une des causes de la mort du californien. le traitement cutané qu'il s'imposa alors - un "sublimé corrosif" - provoquera de graves dysfonctionnements rénaux et furent aussi sans doute à l'origine du lupus qui accéléra la fin. En attendant ce pire, les London durent écourter cette traversée qui s'acheva dans un hôpital de Sydney en Australie, après que le Snark fut lui-même transformé en véritable navire-hôpital (ce sont les mots de l'auteur). London y découvrira aussi l'exploitation quasi esclavagiste des "nègres" par les planteurs blancs, mais dont peut dire qu'il en retiendra une expérience très ambiguë à lire les textes où il en est question.
Ce ne sont donc que deux années au lieu des sept prévues que Jack London racontent, à la manière d'une succession de reportages et non sous forme de journal (ce dont Charmian aura d'ailleurs la charge d'écriture) dans La Croisière du Snark. le résultat en est souvent truculent, toujours vif, plein d'un sens de l'auto-dérision auquel London nous a peu habitué dans ses autres titres auto-biographiques. Il y affirme son sens de l'humour et un sens inné de l'humain qui fait la grandeur de nombre de ses livres. C'est aussi à plus d'une reprise que l'on se rêve à bord de cette sacrée chaloupe à la mer que fut ce voilier pourtant mal conçu, mal boutiqué, mal fabriqué, mal dirigé. C'est, enfin, à son bord que notre auteur fétiche rédigera son autre grand chef-d'oeuvre (s'il ne fallait en retenir que deux ou trois au sein de ce parcours créatif fulgurant), c'est à dire Martin Eden.
Tout à la fin, on accoste, bien obligé, à Glenn Ellen, son ranch, avec un goût d'inachevé, de pas assez, de :encore ! Mais la vie ne permettra plus à Jack de partir dans de telles aventures réelles. Ce sont ses romans et ses innombrables nouvelles à suivre qui permettront de reprendre les semelles de vent à la suite de cet homme infatigable, jusqu'au bout du quai.
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Thrinecis
  06 septembre 2020
Lorsque Jack London, la tête pleine des récits de voyage de Melville et Stevenson, quitte San Francisco pour les mers du Sud, le 23 avril 1907, avec sa femme Charmian et ses amis, il est loin de se douter qu'il n'accomplira pas la totalité du périple dont il rêvait. Son voyage devait durer 7 ans et l'emmener faire le tour du monde depuis San Francisco ; affaibli par de multiples ulcères et par des fièvres récurrentes, Jack London est contraint d'interrompre son voyage aux Îles Salomon en novembre 1908 pour être rapatrié sur Sidney où il sera soigné longuement.
Ce voyage s'annonce compliqué dès la construction du Snark (clin d'oeil à l'animal fantastique créé par Lewis Caroll), son navire de 17 mètres, conçu selon ses plans : en effet, le tremblement de terre d'avril 1906 à San Francisco ralentit considérablement le projet et Jack London s'endette énormément, ses créanciers ne cessant de le pressurer. Quand il finit par prendre la mer après des mois et des mois de retard, le Snark révèle toutes ses faiblesses et défauts de construction. Il en faut plus pour arrêter l'aventurier qui s'acharne et apprend la navigation en potassant les livres. La presse le croit mort quand il arrive enfin aux îles d'Hawaii !
En mer ou lors des longues escales à terre, Jack London écrit sans relâche pour nous livrer les pages magnifiques de son périple, tout en travaillant à son roman Martin Eden. Avec un enthousiasme débordant, presqu'enfantin par moments, l'écrivain nous fait vivre sa découverte des îles d'Hawaii : l'île de Maui avec sa belle ascension du volcan Haléakala, dont le sommet vierge et ennuagé n'accueillait pas encore de télescopes, l'île de Molokai et sa grande léproserie, très active à l'époque, où les lépreux jouissaient d'une vie à peu près normale, enfin Oahu où il découvre, émerveillé, le surf sur les plages sauvages et paradisiaques de Waikiki (Honolulu n'est pas encore défigurée par les buildings).
Jack London poursuit vers les Marquises, puis les îles de la Société, avec des escales enchantées à Papeete, Raiatea, Bora-Bora, puis les îles Samoa, les Fidji, enfin les Salomon... D'une plume superbe, l'écrivain partage les rencontres et des expériences qui l'ont marqué, comme cette grande pêche aux cailloux à Bora-Bora, sa rencontre avec Ernest Darling, l'Homme de la Nature, ou celle avec Tehei, un polynésien qui deviendra son ami.
Avec une énergie et un bonheur sans mélange, il se jette à chaque fois dans l'apprentissage de ce qu'il ne connaît pas : la pêche à la dorade, le surf et même... la navigation et la médecine ! Ce qui donne un chapitre extrêmement drôle sur ses difficultés à s'orienter avec boussole, sextant et tables de navigation mais plus pathétique sur ses essais de soigneur de l'équipage avec la pharmacopée limitée dont il ne maîtrise guère les composants.
Son récit souffre de quelques omissions regrettables sur l'équipage qui l'accompagnait : les japonais, le cuisinier, le mousse et les différents capitaines. Mais Jack London ne souhaitait pas écrire un journal de bord, cette tâche étant dévolue à sa femme Charmian qui s'en est acquittée à merveille. Non, à l'instar des écrivains voyageurs qu'il admirait tant, il nous a légué un fabuleux récit de voyage empli de joie de vivre et d'enthousiasme qui fera rêver bien des générations... Alors, sans plus tarder, embarquez sur le Snark et cap sur les mers du Sud !
Challenge multi-défis 2020
Challenge XIXème siècle 2020
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gill
  27 juin 2012
Jack London, en lisant l'histoire du premier tour du monde, réalisé en solitaire à la voile, en 1895, par Joshua Slocum, eût envie d'appareiller en compagnie de son épouse Charmian et d'un ami Roscoe, pour une longue croisière.
Après mille péripéties, le bateau construit et baptisé "le Snark" en 1907 prend la mer.
La première escale sera Honolulu et la dernière, après deux ans de navigation, sera Sydney, en Australie.
C'est donc un long périple à travers le Pacifique, qu'entame le "Snark" et Jack London en fait le récit, souvent avec humour, dans cet ouvrage.
Il nous y fait découvrir, au fil de sa plume efficace les difficultés de la navigation à l'estime, la léproserie de Molokaï, la pêche en mer qui n'est pas toujours aussi fructueuse qu'on le voudrait, les joies de la vie du marin et de nombreuses escales, telles que Hawaî, Tahiti, Samoa, Fidji et les îles Salomon.
Mais le talent de London est de savoir nous montrer l'envers du décor même quand il est paradisiaque.
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Cacha
  20 novembre 2015
Ce livre n'est pas mon préféré de l'auteur, cependant je l'ai trouvé intéressant.
Où l'on voit que les rêves d'aventure de Jack London sont fort différents du déroulement de cette croisière dans la réalité, cette croisière dans les mers du Sud contre laquelle se liguent les hommes, les éléments et, pour finir la maladie.
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CelineTH7854
  12 septembre 2019
Des passages intéressants, quelques-uns même drôles (le dentiste), mais j'avoue que je me suis un peu perdue dans toutes ces descriptions, avec des prénoms qui arrivent d'on ne sait où (les cuisiniers, les mousses, etc.). Question navigation et termes marins concernant les voiles et autres, je n'y connais rien, même les notes du traducteur étaient donc incompréhensibles pour moi. J'ai voyagé quand même un peu, c'est peut-être le principal !
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   04 mai 2017
L'être qui vit est celui qui sort vainqueur de la vie, et cette victoire continuelle lui est aussi nécessaire que l'air respiré par ses narines. Mener à bien une tâche ardue, c'est s'accoutumer à une ambiance hostile. plus l'acte comporte de difficultés, plus grande sera la joie du triomphe. Tel est l'état d'esprit de l'homme qui va s'élancer du tremplin dans la piscine et, après un coup d’œil en arrière, fonce dans l'eau la tête la première. Dès que le nageur quitte le tremplin, son environnement devient féroce, et féroce le châtiment infligé s'il manque son coup et frappe l'eau à plat. Bien sûr, rien ne 'oblige à courir ce risque ; libre à lui de se prélasser au bord de l'eau et de jouir de l'air estival, du soleil et de la terre ferme. Mais ce plongeur ne le conçoit pas ainsi ; en cet instant rapide où il traverse l'air, il vit avec une intensité qu'il ne connaîtrait jamais s'il se contentait de rester allonger sur la berge.

Quant à moi, j'aime mieux être ce sportif plutôt que le badaud, couché sur l'herbe, en train de regarder.
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Erik35Erik35   14 mai 2017
La maison [NB de Teheï et Bihaura, deux polynésiens des îles Marquises] se composait d'une grande pièce, qu'on nous offrît, nos hôtes s'en allant dormir ailleurs. Je tiens à affirmer ici que, si j'ai été souvent reçu par des gens de toutes races et de tous pays, jamais personne ne m'a accueilli avec autant d'urbanité que ce couple à peau brune de Tahaa. Je ne parle pas de leurs présents, de leur générosité naturelle, de leur chère abondante, mais de l'exquise politesse, des égards et du tact qu'ils nous témoignèrent - et surtout de leur sincère sympathie. Faisant abstraction de leurs coutumes traditionnelles, ces gens charmants s'évertuèrent à étudier nos désirs pour nous être agréables, et jamais leur perspicacité ne fut mise en défaut. Il me serait impossible d’énumérer les actes de prévenance dont il nous comblèrent durant notre bref séjour parmi eux. Le trait le plus délicieux de leur hospitalité, c'est que leur courtoisie ne procédait d'aucune éducation, d'aucun idéal social compliqué : elle jaillissait spontanément de leurs cœurs.
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lanardlanard   07 septembre 2010
Et comment peut-on trouver du temps pour étudier la navigation, alors qu’on est partagé entre ces tracas [constituer un équipage, mettre en place une logistique, etc.] et celui de gagner de l’argent qui permettra de les vaincre ? Ni Roscoe ni moi ne connaissons un traitre mot sur la navigation. L’été s’en est allé, nous nous préparons à partir, les difficultés se multiplient et notre caisse est vide. Qu’importe ! il faut des années pour acquérir la science nautique ; nous sommes tous deux des marins et, si le loisir nous fait défaut, nous laisserons là livres et instruments et apprendrons par nous-mêmes à naviguer sur l’océan, entre San Francisco et Honolulu.
Cependant, Roscoe ne laisse pas de m’inquiéter. Il se déclare partisan d’un certain Cyrus R. Teed, qui professe sur la cosmologie des opinions totalement différentes du point de vue généralement admis. Roscoe croit dur comme fer que la surface de la Terre étant concave, nous vivons à l’intérieur d’une sphère creuse. De cette façon, quoique nous naviguions sur le même bateau, le Snark, Roscoe, lui, voyagera autour du monde à l’intérieur, tandis que j’en ferai le tour à l’extérieur. Avant le terme de notre croisière, nous partagerons l’un et l’autre le même avis, mais je ne désespère pas de le convertir à l’idée qu’il se trouve à l’extérieur, et lui ne cesse de jurer ses grands dieux qu’à notre retour à San Francisco, il me verra débarquer à l’intérieur de la terre. Comme parviendra-t-il à me faire traverser la croûte terrestre ? je voudrais bien le savoir. Je voudrai bien le savoir : Roscoe est un type étonnant !
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Erik35Erik35   06 mai 2017
Brusquement la terre, véritable symphonie en vert aux mille nuances, se referma sur le Snark. Pas de passage dangereux ni d'écueils, plus de mer d'émeraude et d'azur : notre bateau venait de pénétrer d'un seul coup dans la passe et se trouvait maintenant au centre d'un lagon immobile. Sur de minuscules grèves, de jeunes enfants à la peau bronzée nageaient. La mer avait disparu à notre vue. La chaîne d'ancre grinçait dans l’écubier et nous demeurâmes debout sur le pont sans broncher. La scène parut si féerique que nous ne pouvions en croire nos yeux. Cet endroit, figurant sur la carte sous le nom de Pearl Harbour, fut baptisé ensuite par nous Dream Harbour, le port de nos rêves.
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Erik35Erik35   12 mai 2017
Arrivé à ce point de ma réflexion, je tombais dans le puits sans fond d'un chaos intellectuel. Voyons, me dis-je, nous sommes par une longitude est, donc en avance sur Greenwich. Si nous retardons sur Greenwich, il s'ensuit qu'aujourd'hui est hier ; si, au contraire, nous avançons, hier devient aujourd'hui, mais si hier est aujourd'hui, comment diantre s'appelle aujourd'hui ! Demain ? Absurde ! Pourtant, je ne peux pas me tromper. Lorsque, ce matin, à 8h25, j'ai pris la hauteur du soleil, les astronomes de Greenwich venaient juste de terminer leur repas du soir.
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Videos de Jack London (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jack London
Jack London : Faire un feu (France Culture / Samedi noir). Émission “Samedi noir” diffusée sur France Culture le 12 novembre 2016. Production : Blandine Masson. Image : dessin de Patrick Chabouté pour son adaptation en bande dessinée de la nouvelle “Constuire un feu” de Jack London. Un homme qui voyage seul dans le Yukon confronté au plus destructeur de ses ennemis : le froid. Traduit par Marc Chénetier. Réalisation : Christophe Hocké. En direct du studio 110, de la Maison de la radio. Lecture Carlo Brandt. Musique composée par John Greaves. À l’occasion de la parution dans La Pléiade des “Romans, récits et nouvelles” de Jack London en octobre 2016, édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. “Faire un feu” (paru en août 1908 sous le titre “To build a fire” dans le Century Magazine) est “le compte rendu” terrible et tragique " (pour reprendre le titre de l'essai de London sur les thèmes et les ressorts de la grande littérature), minutieusement agencé, d'une inexorable descente dans l'enfer du froid, la plus brutale description, et littérairement la plus parfaite, de la rencontre meurtrière du chétif corps humain, minuscule atome de vie perdu dans un infini de la blancheur, avec le plus immatériel et le plus destructeur de ses ennemis. Le récit n'est nulle part ailleurs chez London aussi dépouillé et concentré que dans ces pages. Comme dans bien d'autres nouvelles, ce n'est pas une intrigue qu'il déploie ou qu'il développe, mais une situation d'affrontement, un état de tension, qu'il mène, degré par degré, jusqu'au point de rupture. […] Dans un silence jamais rompu par aucune parole directement prononcée se déroule, rythmée par le passage des heures, la tragédie de la lente détérioration du corps, en même temps que s'amenuise l'espoir de survie. […] Marc Chénetier. Note publiée dans La Pléiade, extraits. Musiciens : John Greaves, Piano, chant Laurent Valero, Alto, violon, flûte, bandonéon Scott Taylor, Accordéon, kalimba, percus, cuivres Assistant à la réalisation : Pablo Valero Source : France Culture
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