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EAN : 9782848768861
448 pages
Philippe Rey (19/08/2021)
3.91/5   664 notes
Résumé :
En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938 : Le labyrinthe de l’inhumain. On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de « Rimbaud nègre », depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s’engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l’Argenti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (187) Voir plus Ajouter une critique
3,91

sur 664 notes

Kirzy
  29 octobre 2021
Rentrée littéraire 2021 #38
Chaque page de ce roman ruisselle de littérature, il l'expire et l'inspire sans jamais la présenter comme séparée de la vie, mais à l'intérieur de la vie. Dans La plus secrète mémoire des hommes, il n'est question que de livres, d'écrivains, de notre rapport intime à la littérature, de notre façon de lire les textes et de les recevoir. Ainsi présentée, on peut se dire que ce texte va être un peu poseur, sûrement pédant, assurément ennuyeux. Que nenni ! J'ai été complètement emportée par le souffle puissamment romanesque de cet éblouissant roman, envoutée même par une sorte de magie qu' infuse une prose inventive et flamboyante, en perpétuel mouvement.
C'est l'histoire d'une quête, celle d'un livre maudit. Dès qu'il le découvre, le jeune écrivain sénégalais Diégane, monté à Paris plein d'ambition, en est possédé. Il décide d'enquêter sur son mystérieux auteur devenu paria : T.C. Elimane, lui aussi Africain francophone, a connu la gloire en 1938 avant d'être balayé par une accusation de plagiat et de disparaître. Etait-il " un écrivain absolu ? un plagiaire honteux ? un mystificateur génial ? un assassin mystique ? un dévoreur d'âmes , un nomade éternel ? un libertin distingué ? un enfant qui cherchait son père ? un simple exilé malheureux qui a perdu ses repères et s'est perdu ? " Cette quête, au départ littéraire, se double très rapidement d'une quête existentielle : Diégane veut trouver l'Homme en lui, un sens à sa vie, une direction comme pour se ressusciter.
Le roman se déploie à travers un siècle d'histoire France / Sénégal, déambule à travers les fléaux du XXème siècle ( les tranchées de la Première guerre mondiale, la Shoah, la colonisation ), révélant à Diégane vérités et illusions. La construction très borgésienne de ce livre-monde est vertigineuse, multipliant les mises en abyme. Un jeu de pistes entre enquête policière, témoignages de ceux qui ont croisé Elimane et sont toujours hantés par lui, et roman initiatique, le tout saupoudré d'une touche de magie inquiétante et de fantastique étrange. Les légendes se fracassent les unes aux autres, les récits s'enchâssent, se mêlent pour tenter de cerner le fantôme de l'écrivain disparu, échafaudant très progressivement un portrait ambigu et parcellaire. La vérité est toujours plurielle dans cette structure polyphonique qui n'assène jamais mais laisse toute sa place au lecteur pour imaginer et douter sans pour autant jamais le perdre d'une époque à l'autre et d'un narrateur à l'autre, de France à Sénégal en passant par l'Argentine.
Cette narration labyrinthique rend parfaitement compte de l'histoire complexe des liens franco-africains, toujours avec subtilité, sans manichéisme mais fermeté lorsque est convoquée par exemple la mémoire des tirailleurs sénégalais. Surtout, le récit dépasse brillamment l'étouffante question de ce face à face Occident / Afrique pour ne parler que de littérature et de la condition de l'écrivain, à la fois magnifique et misérable. le roman rend hommage à cette littérature africaine d'expression française et redirige le regard vers Yambo Ouologem, écrivain malien qui a inspiré le personnage fictif d'Elimane. Il a été le premier romancier africain à recevoir le Prix Renaudot en 1968 pour le Devoir de violence qui suscite nombreuses polémiques car il remet en cause l'Afrique mythifiée célébrée par la poésie senghorienne et la Négritude. Accusé d'avoir plagié Graham Greene et André Schwartz-Bart, il choisit de vivre en reclus.
Un thriller littéraire palpitant, stimulant et malicieux d'une impressionnante maitrise. Sans déguisement ni futilité ( mais sans être dénué d'humour ), tout y est dense et fait sens pour construire un chant d'amour dédié au pouvoir intemporel de la littérature. Formidable !
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Christophe_bj
  10 novembre 2021
De nos jours, Diégane Latyr Faye, un jeune écrivain sénégalais, est totalement fasciné par un ouvrage de 1938, le Labyrinthe de l'inhumain, de T.C. Elimane. Il mène alors l'enquête sur ce mystérieux écrivain à la fois qualifié de génie et accusé de plagiat, qui fut surnommé le « Rimbaud nègre ». ● Alors que ce livre qui ne parle que de littérature aurait dû me plaire, j'ai réellement détesté son extrême confusion narrative qui perd et exténue le lecteur. D'autant que cette confusion n'est pas au service d'une intrigue, inexistante. ● La complexité bouffie de ce roman, les multiples références littéraires, les mots savants, tout cela ne sert que soi-même dans un mouvement autotélique d'où ne ressortent que la pose et la prétention de l'auteur. ● Mais peut-être justement est-ce une réussite dans la mesure où celui-ci fait explicitement sienne la fameuse aporie de Flaubert de faire un livre « sur rien ». Malheureusement, il y parvient. Sans pour autant, comme c'était la pensée de Flaubert, que le livre ne tienne que par le style, ici outrancièrement alambiqué, contourné, le contraire même de la prose flaubertienne (avec en prime quelques mots grossiers pour faire jeune et moderne). ● du moins les jurés Goncourt, une presse délirante dans le dithyrambe et une écrasante majorité de lecteurs, notamment de Babelio, ont-ils jugé que la réussite était patente (panurgisme ?). ● Pour ma part je me demande comment un même jury a pu couronner l'Anomalie l'année dernière et ce livre-ci cette année. Cela va faire bien des déçus parmi les lecteurs achetant les yeux fermés « le Goncourt ». ● Deux mois après avoir écrit ce billet, j'ajoute que je trouve assez amusant de voir certains lecteurs attribuer trois étoiles, voire davantage, à ce roman, tout en avouant n'y avoir rien compris et/ou s'y être mortellement ennuyé : si tout le monde l'a tellement aimé, et qu'en plus il a eu le Goncourt, alors c'est moi qui suis dans l'erreur en ne l'aimant pas ! se disent-ils peut-être.
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migdal
  05 novembre 2021
Edité par Philippe Rey, à qui nous devons déjà l'incontournable « American Dirt », « La plus secrète mémoire des hommes » est une bombe qui m'a bouleversé et marquera irrémédiablement la vie de ses lecteurs.
Ouvrage difficile, cet hapax est constitué de trois livres, formés de quatre biographèmes et huit parties rédigées avec des phrases occupant jusqu'à dix pages (rappelant « Zone » de Mathias Enard) qui m'ont sorti de ma zone de confort et enrichi de nombreuses consultations de dictionnaires. Mohamed Mbougar Sarr jongle avec les mots, dont il maitrise les moindres facettes, qu'il aligne avec aisance et musicalité en exigeant du lecteur une attention soutenue et un effort notable.
Dédié à Yambo Ouologuem, ce roman évoque « Le labyrinthe de l'inhumain », publié en 1938, accueilli diversement par la critique parisienne, puis accusé par la suite de plagiat, dont l'auteur T.C.Elimane disparut aussi mystérieusement que son oeuvre et ses critiques, tous « suicidés ».
Enquête sur trois continents et un siècle, l'intrigue parcourt les guerres mondiales, la colonisation, la faillite consécutive à la décolonisation, et croise des auteurs, des éditeurs, des musiciens, une famille sénégalaise, personnages aux patronymes multiples, dotés parfois de pouvoirs relevant de la magie, qui ensorcellent le lecteur en lui dévoilant les mystères africains.
Mais ce chef d'oeuvre est avant tout une réflexion de haute volée sur la littérature, la liberté (et les interdits) de l'écrivain, le regard de la critique (et ses liens mercantiles) et « l'alternative devant laquelle hésite le coeur de toute personne hantée par la littérature : écrire, ne pas écrire ».
Honoré du prix Goncourt 2021, ce jeune écrivain apparait très prometteur, et mérite un lectorat moins confidentiel que celui de T.C.Elimane, son désormais illustre "prédécesseur".
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Yvan_T
  20 novembre 2021
Ce quatrième ouvrage de Mohamed Mbougar Sarr, couronné du Prix Goncourt 2021, invite à suivre les pas de Diégane Latyr Faye, jeune écrivain qui tombe sous le charme d'un livre mythique intitulé « le labyrinthe de l'inhumain ». Tout d'abord salué par la critique, ce roman paru en 1938 sera retiré des ventes après des accusations de plagiat et son mystérieux auteur d'origine sénégalaise, T.C. Elimane, qualifié de « Rimbaud nègre », disparaîtra dans la nature…
___« Mais peut-on croire aux disparitions sans héritage ? Aux évanouissements absolus ? Je n'y croyais pas. Je n'y crois toujours pas. Il y a une présence qui demeure après tout départ. Peut-être même la vraie présence des êtres et des choses commence-t-elle seulement après leur disparition. »
Si le point de départ de ce roman s'inspire de l'histoire vraie du Malien Yambo Ouologuem, premier romancier africain à recevoir le Prix Renaudot en 1968 pour « le Devoir de violence » et ayant vécu reclus jusqu'à la mort suite à des accusations de plagiat, cette quête littéraire qui invite à partir à la recherche de l'auteur d'un roman culte introuvable, propose surtout une réflexion profonde sur la littérature.
J'ai été totalement subjugué par la première partie de cette enquête et par la prose magnifique de Mohamed Mbougar Sarr. Mais, malgré le souffle romanesque incroyable du roman, sa construction labyrinthique a fini par m'essouffler. de Dakar à Paris, en passant par Buenos Aires et Amsterdam, l'auteur multiplie les points de vue, sautant d'un narrateur à l'autre, multipliant les styles d'écriture, les références littéraires et les temporalités, abordant de nombreux thèmes, allant de la colonisation au nazisme, traversant un siècle d'histoire, certes en ensorcelant le lecteur grâce à la magie de ses mots, mais en l'exténuant au fil de phrases parfois interminables, l'abandonnant sur le cul, car oui c'est un beau Goncourt…mais ce n'est pas le plus accessible !
Servi par une plume prodigieuse, « La plus secrète mémoire des hommes » vous invite donc à partir sur les traces d'un chef-d'oeuvre…mais pas forcément celui-ci.
___« Un temps la Critique accompagne l'Oeuvre, ensuite la Critique s'évanouit et ce sont les Lecteurs qui l'accompagnent. le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l'Oeuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d'autres Lecteurs peu à peu s'adaptent à l'allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d'ossements l'Oeuvre poursuit son voyage vers la solitude. S'approcher d'elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d'autres Lecteurs s'en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l'Oeuvre voyage irrémédiablement seule dans l'Immensité. Et un jour l'Oeuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s'éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie, et la plus secrète mémoire des hommes. »
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Fandol
  18 décembre 2021
Trois livres composent ce grand livre. Chaque livre se divise en plusieurs parties complétées par ce que Mohamed Mbouga Sarr, l'auteur, appelle des biographèmes, le tout étant un formidable hommage à Yambo Ouologuem, écrivain malien (1940 – 2017), lauréat du Prix Renaudot en 1968 avec le Devoir de violence. Premier romancier africain à recevoir une telle récompense, il fut accusé ensuite de plagiat, meurtrissure qu'il ne surmontera jamais vraiment.
La plus secrète mémoire des hommes tourne autour du dilemme qui hante tous les gens passionnés de littérature : écrire ou ne pas écrire.
T.C. Elimane, le héros du livre l'a fait. Il a publié le Labyrinthe de l'inhumain, oeuvre unique, magnifique, qui a suscité une grande admiration avant de déchaîner la haine de certains critiques l'accusant de plagiats. le jeune écrivain originaire du Sénégal, brillant étudiant qui avait tout sacrifié pour ce livre, ne s'en remettra jamais au travers d'une période de notre Histoire marquée par la Seconde guerre mondiale, les révoltes contre les dictatures sud-américaines et les tentatives de révolution en Afrique sub-saharienne.
C'est un jeune écrivain sénégalais, Diégane Laty Faye, qui découvre ce fameux Labyrinthe de l'inhumain, en août 2018. Si c'est autour de sa quête que s'articule le livre, je vais rencontrer beaucoup de personnages au cours de ma lecture, me perdre un peu, pour finalement retrouver mes repères grâce à un final bien mené.
Diégane commence sa quête avec Siga D. qui possède le livre et connaît bien les origines de son auteur. Elle est elle-même écrivaine, vit à Amsterdam, ses seins fascinent Diégane qui la nomme L'Araignée-mère.
En cours de lecture, je rencontre plusieurs écrivains francophones originaires d'Afrique, écrivains talentueux qui tentent de faire leur place et souffrent beaucoup d'un racisme qui, s'il ne s'affiche pas ouvertement, est bien présent.
Musimbwa en fait partie. Il est congolais. Comme il ne connaît pas le livre d'Elimane, Diégane le lui confie. Je rencontre alors une performance littéraire réussie bien que lassante : une phrase interminable s'étalant sur quatre pages et traitant des écrivains africains !
Au passage, je note des mots rares, signes d'un vocabulaire très riche comme les prolégomènes (notions préliminaires nécessaires à la compréhension), un schibboleth (mot venant de l'hébreu désignant ce qui ne peut être utilisé ou prononcé correctement que par les membres d'un groupe), un conseil consuétidunaire (synonyme de coutumier), ou encore des figures involucrées (corrompues), entre autres. Était-ce bien nécessaire, même s'il est toujours utile de découvrir des mots nouveaux de notre belle langue française ?
Le deuxième livre m'amène enfin au coeur du Sénégal où Ousseynou Koumakh (92 ans) est proche de la mort. Marène Siga raconte et commencent à se mêler passé lointain et présent. J'apprends beaucoup sur la vie d'un village sénégalais, ses rites, ses superstitions ou, tout simplement, le mode de vie de ses habitants. Beaucoup s'en contentent. Certains sont fascinés par la grande ville, Dakar, d'autres, brillants élèves, ne rêvent que de venir vivre à Paris, en France, ce pays colonisateur qui a tant bousculé et même détruit coutumes et traditions des différents peuples constituant ce pays.
C'est ainsi que le puzzle se met peu à peu en place, que je comprends un peu mieux pourquoi et comment Elimane est venu en France. le détail de ses origines familiales a beaucoup d'importance. Les nombreux retours en arrière, les récits qui se superposent et s'entrecroisent révèlent toute la diversité et la complexité d'une histoire ramenant toujours à la littérature et au besoin d'écrire.
J'avoue avoir eu du mal, souvent, pour savoir qui parlait, qui s'exprimait et j'ai pris cela un peu comme un jeu de piste, tentant de découvrir au plus vite, grâce aux indices donnés dans le texte, le nom de son narrateur. Mohamed Mbouga Sarr maîtrisant bien son sujet, réussit plusieurs fois à entremêler les époques et les narrateurs. Cela n'est pas facile pour le lecteur mais se révèle finalement passionnant.
Bien sûr, le lauréat du Prix Goncourt 2021, balade son lecteur aussi en Argentine après Amsterdam, l'essentiel se passant à Paris malgré une escapade dans le Lot puis en Normandie. Enfin, j'apprécie le retour aux sources, un final sénégalais dans ce village d'où tout est parti, où Diégane Latyr Faye retrouve vraiment la trace de celui qu'on appelait plus que Madag, le voyant. C'est beau, poignant et édifiant à la fois comme réflexion poussée sur la littérature et le métier – en est-il un ? – d'écrivain.

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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critiques presse (8)
Culturebox   10 janvier 2022
Un livre, délicieuse mise en abyme littéraire, qui joue avec humour sur tant de registres qu'il devrait ravir tout type de lecteur, qu'il soit friand de romans historiques (de la colonisation au nazisme), de faits divers, d'enquêtes, de récits d'aventure, ou encore de réflexions philosophico-littéraires (sur l'écriture, la transmission et le plagiat).
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   09 janvier 2022
Un livre, délicieuse mise en abyme littéraire, qui joue avec humour sur tant de registres qu'il devrait ravir tout type de lecteur, qu'il soit friand de romans historiques (de la colonisation au nazisme), de faits divers, d'enquêtes, de récits d'aventure, ou encore de réflexions philosophico-littéraires (sur l'écriture, la transmission et le plagiat), le tout sous la tutelle de Roberto Bolagno et de Milan Kundera.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaPresse   22 novembre 2021
La plus secrète mémoire des hommes est un récit ambitieux qui clame sans pudeur l’amour de son auteur pour la littérature et défend avec aplomb son universalité.
Lire la critique sur le site : LaPresse
MadmoizellePresse   15 novembre 2021
La plus secrète mémoire des hommes est un roman sur l’art même de l’écriture, sur la solitude que cela implique et sur celles et ceux qui mènent les auteurs, comme des muletiers, à travers les plaines de l’imaginaire.
Lire la critique sur le site : MadmoizellePresse
LeParisienPresse   04 novembre 2021
Comme dans tout voyage, il y a les moments d’exaltation. Forts, intenses. Et quelques longs faux plats. Certains décrocheront peut-être, ce serait erreur tant la lecture de cette « Mémoire » se révèle une expérience tout à la fois singulière et plurielle.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
LeDevoir   05 octobre 2021
À sa manière, Mohamed Mbougar Sarr parvient à résoudre l’étouffant face-à-face entre l’Afrique et l’Occident : il ouvre une fenêtre et s’enfuit pour rejoindre le continent de la littérature.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
RevueTransfuge   14 septembre 2021
La plus secrète mémoire des hommes nous lance sur les traces de superbes personnages d’écrivains africains, d’hier et d’aujourd’hui.
Lire la critique sur le site : RevueTransfuge
Lexpress   26 août 2021
La Plus Secrète Mémoire des hommes, une quête éblouissante, signée par un talentueux romancier de 31 ans.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (467) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   22 janvier 2022
27 août 2018
D’un écrivain et de son œuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude.
Je quitte Amsterdam. Malgré ce que j’y ai appris, j’ignore toujours si je connais mieux Elimane ou si son mystère s’est épaissi. Je pourrais convoquer ici le paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparaît l’immensité de l’inconnu et de notre ignorance ; mais cette équation ne traduirait encore qu’incomplètement mon sentiment devant cet homme. Son cas exige une formule plus radicale, c’est-à-dire plus pessimiste quant à la possibilité même de connaître une âme humaine. La sienne ressemble à un astre occlus ; elle magnétise et engloutit tout ce qui s’en rapproche. On se penche un temps sur sa vie et, s’en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré, on murmure : sur l’âme humaine, on ne peut rien savoir, il n’y a rien à savoir.
Elimane s’est enfoncé dans sa Nuit. La facilité de son adieu au soleil me fascine. L’assomption de son ombre me fascine. Le mystère de sa destination m’obsède. Je ne sais pas pourquoi il s’est tu quand il avait encore tant à dire. Surtout, je souffre de ne pouvoir l’imiter. Croiser un silencieux, un vrai silencieux, interroge toujours le sens – la nécessité – de sa propre parole, dont on se demande soudain si elle n’est pas un emmerdant babil, de la boue de langage.
Je vais fermer ma gueule et te suspendre ici, Journal. Les récits de l’Araignée-mère m’ont épuisé. Amsterdam m’a vidé. La route de solitude m’attend.
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Charybde2Charybde2   22 janvier 2022
Un soir que nous nous étions épuisés à examiner la réelle valeur de la poésie de Senghor, j’avais fait part à Musimbwa du sentiment de honte qui me poissait parfois le cœur lorsque je nous voyais parler littérature comme si notre vie en dépendait ou que ce fût la chose la plus importante sur terre. Mon camarade, après un petit moment de silence, m’avait alors dit : Je te comprends, Faye, et je ressens parfois la même chose. Le sentiment d’être indécent, un peu sale. Il s’était tu quelques seconds avant d’ajouter : Et puis on peut nous soupçonner de ne parler autant de littérature que parce qu’on ne sait pas en faire, ou que notre univers littéraire est vide. Il y a tant de soi-disant écrivains qui se révèlent plus doués pour commenter la littérature que pour écrire vraiment, tant de poètes qui cachent la pauvreté de leur création derrière des gloses littéraires savantes, des références, une citationnite aiguë, une érudition creuse… C’est vrai, Faye, c’est vrai : passer nos soirées à parler de livres, à discuter du milieu littéraire et de sa petite comédie humaine, peut paraître suspect, malsain, ennuyeux, voire triste. Mais si les écrivains ne parlent pas de littérature, je veux dire, s’ils n’en parlent pas de l’intérieur, en praticiens, en hantés et en habités, en amoureux, en fous, en folles furieuses, ceux et celles pour qui elle signifie l’essentiel, même si l’essentiel se déguise parfois en anecdote ou en futilité, qui le fera ? C’est peut-être une idée insupportable, dégueulasse et bourgeoise, mais il faut l’accepter. C’est ça notre vie : essayer de faire de la littérature, oui, mais aussi en parler, car en parler est aussi la maintenir en vie, et tant qu’elle sera en vie, la nôtre, même inutile, même tragiquement comique et insignifiante, ne sera pas tout à fait perdue. Il faut faire comme si la littérature était la chose la plus importante sur terre ; il se pourrait parfois, rarement mais tout de même, que ce soit le cas et que certains doivent en attester. Nous sommes ces témoins, Faye.
Ces mots ne suffisaient pas toujours à me consoler, mais je les gardais près de moi.
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Charybde2Charybde2   22 janvier 2022
Aux auteurs africains de ma génération, qu’on ne pourrait bientôt plus qualifier de jeune, T.C. Elimane permit de s’étriper dans des joutes littéraires pieuses et saignantes. Son livre tenait de la cathédrale et de l’arène ; nous y entrions comme au tombeau d’un dieu et y finissions agenouillés dans notre sang versé en libation au chef-d’œuvre. Une seule de ses pages suffisait à nous donner la certitude que nous lisions un écrivain, un hapax, un de ces astres qui n’apparaissaient qu’une fois dans le ciel d’une littérature.
Je me souviens d’un des nombreux dîners que nous avions passés en compagnie de son livre. Au milieu des débats, Béatrice, la sensuelle et énergique Béatrice Nanga dont j’espérais qu’elle m’asphyxie un jour entre ses seins, avait dit toutes griffes dehors que les œuvres des vrais écrivains seules méritaient qu’on débatte à couteaux tirés, qu’elles seules échauffaient les sangs comme un alcool de race et que si, pour complaire à la mollesse d’un consensus invertébré, nous fuyions l’affrontement passionné qu’elles appelaient, nous ferions le déshonneur de la littérature. Un vrai écrivain, avait-elle ajouté, suscite des débats mortels chez les vrais lecteurs, qui sont toujours en guerre ; si vous n’êtes pas prêts à caner dans l’arène pour remporter sa dépouille comme au jeu du bouzkachi, foutez-moi le camp et allez mourir dans votre pissat tiède que vous prenez pour de la bière supérieure : vous êtes tout sauf un lecteur, et encore moins un écrivain.
J’avais soutenu Béatrice Nanga dans sa charge flamboyante. T.C. Elimane n’était pas classique mais culte. Le mythe littéraire est une table de jeu. Elimane s’y était assis et avait abattu les trois plus puissants atouts dont on pût disposer : d’abord, il s’était choisi un nom à initiales mystérieuses ; ensuite, il n’avait écrit qu’un seul livre ; enfin, il avait disparu sans laisser de traces. Il valait, oui, qu’on mît son nez en jeu pour s’emparer de sa dépouille.
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Charybde2Charybde2   22 janvier 2022
Puis longtemps après, je compris : avoir une blessure n’implique pas qu’on doive l’écrire. Ça ne signifie même pas qu’on songe à l’écrire. Et je ne te parle pas de le pouvoir. Le temps est assassin ? Oui. Il crève en nous l’illusion que nos blessures sont uniques. Elles ne le sont pas. Aucune blessure n’est unique. Rien d’humain n’est unique. Tout devient affreusement commun dans le temps. Voilà l’impasse : mais c’est dans cette impasse que la littérature a une chance de naître.
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Charybde2Charybde2   22 janvier 2022
– Tu connais l’histoire de ce livre ?
– Le Précis disait que…
– Oublie le Précis. Tu as cherché toi-même ? Oui, tu as dû essayer. Mais tu n’as pas trouvé. Évidemment. Personne ne peut trouver. Moi j’ai failli trouver. Je m’en suis rapprochée. Mais la route est tortueuse. Longue. Parfois mortelle. On cherche T.C. Elimane et un précipice silencieux s’ouvre soudain sous nos pieds comme un ciel à l’envers. Comme une gueule sans fond. Devant moi aussi ce gouffre s’est ouvert. J’ai basculé. La chute a eu lieu… la chute…
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Videos de Mohamed Mbougar Sarr (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mohamed  Mbougar Sarr
Avec « La plus secrète mémoire des hommes » publié aux Éditions Philippe Rey, Mohamed Mbougar-Sarr livre un roman multiple, choral, qui nous parle de quête, de littérature, d'histoire et d'identité.
La narrateur, Diégane, est un jeune auteur sénégalais qui vise l'excellence dans l'écriture. Avec ses camarades de plumes, il cherche l'absolu, la Vérité, comme si la satiété se trouvait à portée de main… Mais Diégane cherche surtout un manuscrit disparu, considéré par la critique de l'Entre-Deux-Guerres comme le livre essentiel, le livre ultime : « le labyrinthe de l'inhumain » écrit par un certain T.C Elimane.
La plus secrète mémoire des homme est une épopée littéraire qui nous élève au-dessus des secrets et qui fait appel à notre humanité. Mohamed Mbougar-Sarr a reçu le Prix Goncourt pour son roman « La plus secrète mémoire des hommes » (Philippe Rey). Il a également été choisi par le CNL pour devenir l'un des ambassadeurs de la lecture, déclarée Grande cause nationale en 2022.
#mbougarsarr #goncourt #prixgoncourt #rentréelittéraire #laplussecrètemémoiredeshommes
Un podcast réalisé par Pauline Carayon du CNL et le musicien, auteur, compositeur et interprète Nicolas Lockhart, illustré par l'auteur de bandes dessinées et artiste plasticien Pierre LaPolice. Rendez-vous tous les jeudis pour un nouvel épisode de Son Livre, le podcast du CNL qui vole dans les plumes... des auteurs, et vous dévoile nos coups de coeur de la rentrée littéraire !
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