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ISBN : 2072793254
Éditeur : Gallimard (06/09/2018)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 399 notes)
Résumé :
«– Mes amis, s'écria Benjamin Franklin, permettez-moi de dire que, pour le moment, votre affaire est strictement incompréhensible.
– Nous ne demandons qu'à vous l'expliquer, dit Auguste. Et d'ailleurs nous avons traversé l'Atlantique pour cela.
– Eh bien, allez-y.
– C'est que c'est une longue histoire.
– Une très longue histoire, renchérit Aphanasie, sa jeune épouse que Franklin ne quittait plus des yeux.
– Elle traverse de no... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (96) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  30 décembre 2017
Il était une fois, dans les années 1770, un jeune comte hongrois, Auguste Benjowski, qui, après avoir été fait prisonnier par les Russes, se retrouva banni avec ses infortunés camarades au Kamtchatka, terre peu hospitalière peuplée de Cosaques.
Ainsi pourrait commencer la grande aventure que nous conte Jean-Christophe Rufin avec son roi Zibeline, aventure basée sur les Mémoires dudit comte qui, bien malgré lui, se transforme en navigateur averti comme tant d'autres au XVIIIe siècle, tels La Pérouse, Bougainville, Kerguelen et autre James Cook. En tout cas bien avant eux dans le Pacifique Nord.
Instruit par un précepteur français fervent adepte de Rousseau et de Diderot, Benjowski baigne autant dans les idéaux des philosophes que dans le métier des armes. Lorsqu'il est déporté en Sibérie, il enseigne le français et l'allemand aux enfants du gouverneur, chasse les bêtes à fourrure, commerce avec les marchands, s'informe auprès des marins et prend un maximum de points de repères.
Après bien des complots, des trahisons et même l'assassinat du gouverneur Nilov, Benjowski parvient à prendre le large avec quelques exilés et beaucoup de complicités extérieures. Il emmène avec lui Aphanasie, fille de son geôlier, tombée en amour de cet homme singulier.
« En voyant défiler l'interminable étendue de landes déserte et de steppes arides qui nous avaient emprisonnés, nous n'avions plus aucun doute sur la nécessité de fuir un tel destin ».
Commence alors une navigation difficile en eaux inconnues malgré les quelques relevés et cartes dérobés et c'est ainsi que Benjowski met à profit « l'usage du monde » tel que le lui a enseigné son précepteur. Subissant vents et tempêtes, déviations de route et insubordination à bord, avaries du bateau et hostilité pour faire provision d'eau et de nourriture, le hardi Benjowski traverse le détroit de Béring, longe l'Alaska, suit les côtes du Japon où il reçoit une lettre patente du roi. Arrivé à Macao, l'audacieux navigateur doit affronter le doute et la suspicion de toutes les compagnies maritimes et commerciales d'Europe qui se font une folle concurrence. Sollicité par les Anglais et les Hollandais, courtisé par les Portugais qui, tous, veulent tirer parti de ses découvertes et de ces terres du Pacifique Nord qui n'appartiennent encore à personne, Benjowski finit par céder de précieuses informations aux Français afin de pouvoir gagner Paris et obtenir les moyens de retourner à Formose où il rêve d'installer une colonie.
Méfiants et soupçonneux, jaloux de leurs prérogatives, les Français l'envoient à Madagascar, base avancée de la Compagne française des Indes mais aussi des esclavagistes, où règnent des dissidences tribales à répétition. Benjowski finit par y mettre bon ordre, construit un fort, une ville, des hôpitaux et, par une supercherie involontaire, est sacré roi par les Malgaches, sous le nom de Zibeline en souvenir des fourrures préférées d'Aphanasie. Pourtant, ce que souhaite le nouveau roi, c'est que les indigènes se gèrent eux-mêmes.
C'est pour l'appuyer auprès du roi de France que Benjowski et Aphanasie viennent trouver Benjamin Franklin à Paris, lui qui est l'un des pères fondateurs de la déclaration d'indépendances des Etats-Unis.
Jean-Christophe Rufin fait de cette histoire authentique un conte plein de péripéties et de rebondissements, une histoire d'amour entre Auguste et Aphanasie qui, à tour de rôle racontent leurs aventures trépidantes à Benjamin Franklin.
Merci Kielosa pour ces heures de lecture plaisante et dépaysante à souhait.
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latina
  08 mars 2019
Pourquoi cet aristocrate hongrois, Benjowski, n'a-t-il jamais cessé d'être diffamé par les mémorialistes français ?
Peut-être parce qu'il professait un respect des Noirs de Madagascar, dont il est devenu le roi durant une courte période, mais durant laquelle il oeuvra si bien pour leur progrès, leur confort et leur liberté que les Malgaches le célèbrent encore maintenant.
Les Français aisés du temps de Louis XV se targuaient de vivre selon l'esprit des philosophes, mais les ministres, eux, ne pensaient qu'au profit et à ce commerce des esclaves dont Madagascar fournissait une bonne partie.

Rufin signe ici un roman ou plutôt une biographie romancée de cet homme sage qui, depuis son exil aux confins de la Sibérie, le Kamtchatka, où il a rencontré la femme de sa vie (fille du gouverneur), à la toute jeune Amérique indépendante de Benjamin Franklin, a connu une infinité d'expériences de toutes sortes.
Orphelin de mère très tôt, perdu dans ce froid château aux confins de la plaine hongroise, il vécut une enfance « d'une grande tristesse ». Puis vint Bachelet, un Français admirateur des philosophes, qui pendant trois ans lui enseigna la langue française, la bienveillance, l'égalité et la liberté. Cette leçon de vie le guidera jusqu'à sa mort.
Arrêté par les Russes et exilé en Sibérie, il s'échappa donc, et parcourut les mers, du détroit de Bering à Formose, en passant par Macao. La France, finalement, lui confia une mission : s'occuper de Madagascar et y faire fructifier le commerce, mais un lourd malentendu envenima ces relations, malentendu enraciné dans le mépris des indigènes de la part des hommes politiques français. Il alla même trouver Benjamin Franklin pour lui conter ses aventures et lui demander de l'aide.

Et nous voilà au propos de ce roman, un long monologue ou plutôt deux longs monologues alternés relatant la vie de Benjowski par lui-même, Auguste, et par sa compagne, Aphanasie. A vrai dire, ce procédé d'une « conversation » entre ce couple et Benjamin Franklin m'a paru très artificiel ; je trouve dommage que Rufin, qui écrit très bien, ait choisi ce type de narration ; mais très vite, je suis passée outre car l'esprit De Voltaire et de Diderot hante ces pages pleines d'aventures et de rencontres enrichissantes, stupéfiantes ou navrantes.

Je recommande la lecture de cette histoire vraie construite à partir des notes de Benjowski lui-même. Bien sûr, c'est romancé, bien sûr, Rufin y a mis beaucoup de lui-même, mais quel plaisir de faire le tour du monde en compagnie de cet homme empli des idées des Lumières et de cette femme audacieuse, préfiguratrice du féminisme !
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motspourmots
  11 avril 2017
Ceux qui me suivent savent qu'entre Jean-Christophe Rufin et moi, c'est du sérieux. Alors son nouveau roman, j'ai certainement été la première à l'acheter et je l'ai croqué tout cru sans même lui laisser le temps de s'habituer à sa nouvelle demeure. Il faut dire qu'on est dans la veine que je préfère chez lui, le roman historique assaisonné d'une dose d'aventures et du regard à la fois curieux, admiratif et bienveillant que l'auteur porte sur les explorateurs, les défricheurs, ceux qui n'hésitent pas à faire du monde entier un terrain de découverte et d'enrichissement culturel.
On retrouve ici les thèmes déjà mis en avant avec bonheur dans Rouge Brésil, L'Abyssin et même le Grand Coeur. L'ouverture sur le monde, l'opposition entre volonté d'asservir ou de coloniser et celle de comprendre et respecter l'autre, tout ceci porté par un personnage fort et une figure féminine bien décidée à casser les codes et dépasser le rôle que l'on voudrait lui assigner. Car la mondialisation vue par Jean-Christophe Rufin est synonyme de promesses, d'apprentissages, d'enrichissement intellectuel et d'émancipation. A condition d'être curieux de l'autre et de ne pas le mépriser ou vouloir l'asservir.
A partir de la biographie d'Auguste Benjowski, le voyageur le plus célèbre du 18ème siècle, l'auteur bâtit un roman d'aventures à la langue délicieusement classique et aux ressorts narratifs qui tiennent de la grande tradition des conteurs dont la plus célèbre d'entre eux demeure Shéhérazade. Il imagine la rencontre entre Benjamin Franklin alors vieillissant et condamné à voir défiler chaque jour nombre de solliciteurs dans sa demeure de Philadelphie, et Auguste accompagné de sa femme Aphanasie. le vieil homme, auréolé de sa contribution à la rédaction de la constitution des jeunes Etats-Unis est intrigué par ce couple dont le parcours est pour le moins inhabituel. Auguste est né en Hongrie, a rencontré sa femme en Sibérie, parcouru les mers et les terres australes avant d'être nommé roi de Madagascar. Subjugué, Franklin écoute pendant plusieurs jours les voix d'Aphanasie et d'Auguste alterner le récit de leur vie mouvementée avant d'en venir au motif de leur visite.
Et forcément, le lecteur est tout autant subjugué, passant d'une région du monde à une autre en plusieurs années (pas d'avion au 18ème siècle, et encore moins de moteurs sur les bateaux...) et revisitant une époque où le monde était encore à découvrir. Fort de l'enseignement de son précepteur français, riche des idées de Voltaire, Diderot et Rousseau, Auguste développe ses contacts et pose des jalons dans de nombreux endroits du monde avec l'espoir de créer des relations commerciales et diplomatiques. Mais c'est oublier un peu vite que les desseins des Etats qui pilotent ces expéditions ne sont ni pacifiques ni dénués d'arrière-pensées.
"Cette ignorance lettrée me fit faire en moi-même maintes réflexions : je pensais à Bachelet qui insistait sur la relativité de notre savoir et la nécessité, pour parler du monde, de le connaître. Ce roi si assuré sans doute dans ses jugements ne commettait-il pas les mêmes erreurs que nombre de nos philosophes qui dissertent sur le monde sans avoir vu autre chose que leur voisinage ?"
Des attitudes et des questionnements qui font écho à ceux qui persistent de nos jours et mettent en avant des approches éminemment différentes sur nos façons d'appartenir au monde.
Mais ce roman est aussi une très belle histoire d'amour (il est vrai que Jean-Christophe Rufin conçoit rarement ses histoires sans apporter à son héros les ressources d'une femme hors du commun) entre Auguste et Aphanasie qui bravent toutes les convenances pour être en accord avec leurs valeurs et la façon dont ils conçoivent leur amour.
Encore une fois, le cocktail est bien dosé et convaincant. A partir d'une base documentaire solide, les ingrédients romanesques emportent le morceau et font du couple formé par Aphanasie et Auguste des héros aussi attachants qu'inspirants, portés par le souffle de l'aventure.
Alors ? Vous embarquez ?
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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FredMartineau
  17 février 2019
J'aime le roman historique, depuis la lecture des mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, il y a une vingtaine d'années maintenant. Ce goût ne se démentira pas avec le tour du monde du roi Zibeline de Jean-Christophe Rufin. J'y ai retrouvé la puissance narrative, qui m'a complètement transporté sur les traces d'Auguste Benjowski, cet aventurier totalement absent de ma carte personnelle des grands explorateurs. Je la croyais pourtant pleine des principales épopées. La postface livre la part d'imaginaire de l'auteur et celle de l'Histoire, l'occasion de comprendre la construction des personnages. Le choix du récit à deux voix, d'un couple résolument moderne nourri par la philosophie des lumières, en avance malgré tout sur son époque participe à l'alimentation de la veine romanesque ...
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tynn
  17 juin 2017
Fin 18ème siècle: Récit rocambolesque de combats, secrets, trahisons et amours entre un comte hongrois et une belle russe.
Jean Christophe Rufin renoue avec le roman d'aventures sur fond historique en s'inspirant de la biographie d'Auguste Beniowski, voyageur et explorateur connu pour ses mémoires.
Du fond du Kamtchatka aux rives américaines, passant par la Chine, la France et Madagascar, les tribulations d'Auguste et d'Aphanasie forment une suite ininterrompue de découvertes géographiques et de cultures diverses, dans le tumulte de la mitraille et l'exploration de terres inconnues.
Je referme le dernier livre d'un auteur que j'apprécie fidèlement, avec un sentiment neutre, partagée à parts égales entre plaisir agréable de lecture (la plume, toujours parfaite) et manque d'enthousiasme pour la thématique. C'est un livre d'aventures de belle facture pour qui les affectionne, complété par une réflexion sur la diversité des sociétés et des croyances, sur l'idée de liberté, la nécessité des connaissances, comme le développe le mouvement intellectuel du siècle des Lumières.
Autre bémol: Je n'ai pas été convaincue par le procédé narratif qui consiste à raconter les faits par la personne qui les a vécus. Ça donne un livre un brin désuet, même si cela participe de l'immersion dans une autre époque, au même titre que le langage un peu ampoulé.
Ceci dit, l'auteur est un merveilleux conteur et l'élégance de son écriture est un atout indéniable pour suivre les pas de ces aventuriers voyageurs. La lecture en est fluide et agréable et le charme finit par opérer.
( À noter que les cartes, bienvenues, se cachent en fin d'ouvrage. )
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critiques presse (3)
LeJournaldeQuebec   07 juin 2017
Raconteur hors pair, l’auteur de L’Abyssin, de Rouge Brésil ou du Grand Cœur a trouvé le moyen de faire revivre Auguste Benjowski, le plus brillant voyageur du Siècle des Lumières.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint   11 mai 2017
Renouant avec la veine historique, Jean-Christophe Rufin ressuscite l'aventurier Auguste Benjowski, philosophe devenu roi de Madagascar. Brillant.
Lire la critique sur le site : LePoint
Lexpress   18 avril 2017
Le roi Zibeline entre Barry Lyndon et Paul et Virginie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
ScopaScopa   08 avril 2019
À son âge, que pouvait il désirer sinon des surprises et des histoires bien racontées ? ...
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PiatkaPiatka   14 avril 2017
Il y a deux manières opposées et cependant comparables de punir un homme : le condamner à l'enfermement ou le jeter dans l'infini. J'avais jusque-là fait l'expérience des geôles et goûté de leur cruauté. J'avais crié dans des cachots et frappé des poings sur leurs murs. Il me semblait que j'avais éprouvé le pire. C'est que je n'avais pas connu la Sibérie.
En y entrant, on sent se tendre jour après jour puis se rompre le fil qu'on croyait solide et qui nous reliait à l'humanité. On ne vit pas seulement séparé de ce que l'on aime, comme dans une prison, on lui devient étranger.
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PiatkaPiatka   16 avril 2017
Nous naviguions aux basses voiles et le gréement consolidé ne menaçait plus de se briser davantage. Toute la compagnie se tenait debout, les femmes dans les hardes délavées qu'elles n'avaient pas quittées depuis la Sibérie ; les hommes torse nu, ruisselants de pluie tiède, le corps hâlé par des journées de soleil et le visage toujours tanné par l'air glacé des confins polaires. Aphanasie et moi, sur la dunette, enlacés et les larmes aux yeux, remerciant la Providence qui nous faisait le cadeau merveilleux d'un destin que nul sur cette terre n'avait jamais partagé.
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PiatkaPiatka   18 avril 2017
Il ne m'avait pas emmenée avec lui pour faire de moi le compagnon de ses aventures. Il entendait me protéger et, ce faisant, me réduire au rôle passif d'une épouse aimante et soumise. Aimante, je l'étais, et oserai-je avouer que je le suis toujours ? Mais soumise, il n'en était pas question.
Rien ne servait d'en parler de manière abstraite. Et, de toute façon, il y a quelque contradiction à solliciter la liberté. Dès notre arrivée en France, il me faudrait tout simplement la prendre.
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ClaireGClaireG   30 décembre 2017
A vrai dire, en approfondissant les réflexions que la découverte du monde avait fait naître en moi, je penchais pour un déisme anticlérical plus proche de celui de Voltaire que de Hume. J’avais eu maintes occasions de constater à quel point les dogmes et les croyances varient, servis par des prêtres qui, malgré les différences de leurs liturgies, contribuent tous à entraver la liberté des hommes et à faire naître entre eux des haines inutiles.

p. 207
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Videos de Jean-Christophe Rufin (72) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Christophe Rufin
Dans « Je me souviens », accompagné au piano par Richard Lornac, nous faisons un tour dans les souvenirs de Jean-Christophe Rufin. L'auteur aux mille vies a tout d'abord été médecin, puis diplomate au Sénégal et enfin il nous raconte ses quatre mariages qui ont inspiré son dernier roman « Les Sept Mariages d'Edgar et Ludmilla ».
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