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EAN : 9782130545460
1434 pages
Éditeur : Presses Universitaires de France (08/09/2004)
4.36/5   115 notes
Résumé :
" Pour Schopenhauer tout est, rien ne devient ; même la mort est une sorte d'illusion, de non-événement...
Précurseur, Schopenhauer l'est aussi de l'existentialisme et de son concept de " facticité " de l'existence... L'intervention de Schopenhauer dans le champ philosophique, tout comme celle de Spinoza, vise à essayer de faire de son lecteur, et de se rendre lui-même, un homme désabusé mais libre, libéré des illusions et des tourments qui les accompagnent. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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colimasson
  20 octobre 2014
Le secret du Monde comme volonté et comme représentation est révélé dans son dernier paragraphe ; auparavant, il aura fallu parcourir un millier de pages qui laissent songeur… reflets de la modification d'un paradigme ou apports véritablement originaux ? Arthur Schopenhauer considérait son travail de réflexion à la manière d'une conciliation des antiques dualismes représentés d'un côté par Spinoza, de l'autre par Descartes :
« Toute philosophie jusqu'à ce jour a pris l'une ou l'autre de ces deux voies [union ou négation du dualisme de l'esprit et de la matière]. Je suis le premier à m'en être écarté, en posant l'existence réelle de ce tertium : l'acte de volonté, d'où naît le monde, est l'acte de notre volonté propre. »

Tertium d'originalité, Schopenhauer a sans doute concilié les prémisses d'une nouvelle mode intellectuelle passionnée de contestation classique et une personnalité innovante. Arthur Schopenhauer, en faisant la synthèse fortuite de toutes les idées marginales ou émergentes de son époque, semble d'abord n'être qu'un répétiteur avide de grotesque. le temps passe, on connaît la suite : Schopenhauer fait oublier ses influences et devient le maître à penser d'un nombre toujours plus croissant de rejetons spirituels, qui voient en lui le représentant du pessimisme.

N'est-ce pas aller un peu trop vite en besogne ? Arthur Schopenhauer prend un plaisir malin à souligner les caractéristiques de la décrépitude de nos existences individuelles. En vrac : « Il n'y a qu'une erreur innée : celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux » ; ou bien :
« L'existence humaine tout entière nous dit assez nettement que la souffrance est la véritable destination de la vie » ; ou encore : « La mort doit être considérée sans aucun doute comme le but véritable de la vie : au moment où elle se produit, se décide tout ce dont le cours entier de la vie n'était que la préparation et la préface ». Et si l'on se morfondait autant parce que nous faisions fausse route ? Avec l'habitude que nous avons prise de considérer l'existence de nos points de vue personnels, parce que nous croyons que nous sommes le centre du monde, son objet de gloire et d'intérêt, parce que nous privilégions nos réussites personnelles plus que nous veillons à assurer la cohésion de l'ensemble, nous avons toutes les raisons d'être malheureux. Belle voie de conciliation que la suivante : en termes matérialistes, privilégiant la physiologie, l'anatomie et la raison au détriment de tout le reste, Schopenhauer nous ouvre les yeux sur l'existence du principe absolu de la Volonté. L'exemple le plus connu des malversations de cette puissance est représenté dans son chapitre de la « Métaphysique de l'amour sexuel ». Pourquoi l'amour nous transporte-t-il sur des sommets d'ébriété si brièvement ? Pourquoi le bonheur cède-t-il ensuite sa place au dégoût, à l'ennui puis à la haine ? Parce qu'il n'est qu'une ruse que la Volonté déploie vis-à-vis de l'individu pour le faire participer à l'effort de régénération continuelle de l'espèce au détriment de ses intérêts personnels :

« le but dernier de toute intrigue d'amour, qu'elle se joue en brodequins ou en cothurnes, est, en réalité, supérieur à tous les autres buts de la vie humaine et mérite bien le sérieux profond avec lequel on le poursuit. C'est que ce n'est rien moins que la composition de la génération future qui se décide là. »

Une fois que la Volonté a obtenu ce qu'elle désirait (la naissance de nouveaux individus), l'amour n'a donc plus de raisons d'exister. Frédéric Beigbeder l'a cyniquement bien compris lorsqu'il publiait L'amour dure trois ans.

Et pourtant, les conceptions de Schopenhauer peuvent conduire à la libération du lecteur vacciné contre le pessimisme. D'une conception quasi-religieuse de la Volonté, considérée comme principe absolu et indétrônable, raison de vivre et instrument d'asservissement des hommes, Schopenhauer fait émerger une nouvelle forme de liberté plus puissante que celle qui ne connaissait pas le pessimisme.

« [L'acte de volonté] est libre ; car le principe de raison, qui donne seul un sens à une nécessité quelconque, n'est que la forme de son phénomène. »

Non pas contre, mais en face du monde comme volonté, se propose le monde comme représentation. Lorsque le premier nous conduit au pessimisme, ne jamais oublier la force du second :

« le monde est ma représentation. –Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l'homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu'il est capable de l'amener à cet état, on peut dire que l'esprit philosophique est né en lui. Il possède alors l'entière certitude de ne connaître ni un soleil ni une terre, mais seulement un oeil qui voit ce soleil, une main qui touche cette terre ; il sait, en un mot, que le monde dont il est entouré n'existe que comme représentation dans son rapport avec un être percevant, qui est l'homme lui-même. »

Le monde comme volonté ne peut jamais aller à contre-sens de l'humanité. Si ses conséquences me blessent, si je n'arrive pas à les accepter sereinement, il me reste heureusement la possibilité de réviser le monde comme représentation. La vision organique et biologique devient une nouvelle forme d'illumination mystique : rappelle-toi que tu n'es jamais qu'un peu de chair et d'os, et que les autres ne valent rien de plus. Que sont une humiliation ou une déception en face de cette incroyable farce ?

On se doutera bien que sur plus d'un millier de pages, Arthur Schopenhauer se livre et délivre dans toute la multitude de ses contradictions, de ses interrogations et de ses (étonnantes) certitudes. En vrac, il nous parle de la nature du temps, s'interroge sur la particularité de la raison humaine par rapport à la raison animale, dénigre le nouveau mythe de la science (ce qui inspira certainement Nietzsche lorsqu'il écrivit Par-delà le bien et le mal : « […] la science, en effet, ne saurait pénétrer jusqu'à l'essence intime du monde ; jamais elle ne dépasse la simple représentation, et, au fond, elle ne donne que le rapport entre deux représentations »), s'interroge sur la portée du langage (Wittgenstein s'en est-il inspiré : « Je l'avoue, je tombe ici dans un langage figuré et mystique ; mais c'est le seul qui permette encore de s'exprimer en quelque façon sur ce sujet totalement transcendant »), analyse l'humour, dissèque le bonheur, tourne autour de l'esthétique en y rattachant différentes formes artistiques au sommet desquelles il couronne la musique, redéfinit le concept d'Idée platonicienne, cerne la raison d'être de l'Etat, vénère et détruit son prédécesseur Kant, se moque de ses contemporains et des allemands, lorsqu'il se fait le porte-parole des dernières découvertes physionomiques de son temps. Cela pourrait être long et fastidieux, mais Schopenhauer écrit agilement, avec un ton parfois précieux qui oscille pourtant entre légèreté et cynisme, et nous donne l'occasion de découvrir un cabinet des curiosités composé des plus incroyables idésoïdes germés de son esprit trublion. de là à se passionner d'un bout à l'autre de son traité, reste une étape que la frêle constitution de notre individualité ne saura pas franchir, peut-être parce que nous ne sommes pas encore ce « sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps » qui constitue l'horizon de Schopenhauer et la source d'inspiration du surhomme.

Arthur Schopenhauer n'a pas permis seulement aux vieux Nietzsche, Wittgenstein, Huysmans, Zola, Proust, Bergson… que nous connaissons de faire du sang neuf avec de vieilles idées. Il reste encore un vivier dense de théories à pêcher au hasard de ses inclinations pour revivifier notre pensée toute gargarisée de cosmologie et de science-fiction.. Quant à savoir ce que la Volonté peut gagner à nous faire patauger dans tout ce marasme d'idées parfois géniales, parfois démentes, nous ne sommes pas habilités à le deviner. Schopenhauer est immanent, non transcendant. C'est à la fois son principal défaut et sa plus grande qualité.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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peloignon
  23 janvier 2013
Bien que je sois souvent en désaccord avec Schopenhauer, je l'apprécie énormément et ce livre fait partie des meilleures choses sur lesquels je sois tombé pour philosopher.
On trouve ici une philosophie qui se tisse en entrecroisant les fil des traditions indienne et occidentale pour nous enjoindre à dire un grand NON à la Volonté qui s'imposerait à nous. Schopenhauer assume en effet avec fierté, le fait d'être un réactionnaire radical, aussi le voit-on souvent grogner, déverser sa haine de Hegel, chasser, dès la première préface tout lecteur qui ne lui convient pas, en lui proposant ironiquement un usage alternatif de son livre, etc. Mais il en ressort tout de même plusieurs idées générales toutes à fait propres à entraîner à la pensée.
Alors, même si ses critiques sont parfois plutôt mal fondées dans la pensées, elles le sont toujours par l'érudition et je préfère de loin ses ronchonnements parfois trop fielleux à l'apathie contemplative.
J'ai donc grandement apprécié l'étonnante expérience de longue haleine que constitue ce bouquin.
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enkidu_
  03 avril 2015
Pour un individu abonné - même de manière timorée - à la lecture des différents systèmes de la métaphysique orientale (Vedanta hindou, bouddhisme mahayana, wahdat-al-wujud en soufisme ou encore la mystique rhénane), cette longue élaboration n'est pas "originale", si ce n'est le but avoué de l'auteur de (re)formuler ces vérités qu'il admet principielles dans un langage "purement" philosophique, ou, du moins, déconnecté de toute transcendance (et ce que les "abonnés" pourraient regretter...).
Pour Schopenhauer, il existe la Volonté, le nouméne (le ding an sich, que Kant n'aurait pas correctement défini), et la multiplicité du monde phénoménal, soumis à l'espace et le temps, n'est que son "miroir" ; pour paraphraser dans les termes du soufisme, Dieu dit, dans un hadîth qudsî, "J'étais un Trésor caché ; j'ai voulu à Me faire connaître - et j'ai existencié les étants".
Cette Volonté étant "toute-puissante" et indéfinie dans son expansion - l'auteur prend l'exemple de la pesanteur -, elle est reflétée de la sorte dans tous les étants (même si il fait le lien avec les Idées platoniciennes, il critique le fait qu'elles ne s'extrapolent nullement au non-vivant) ; tout ce qui existe est soumis à cette loi cosmique, celle du théâtre des actions, mais Schopenhauer considère que l'homme est doté d'une "dignité" qui lui est propre, et qu'en possédant la possibilité de dépasser son mental, il peut, contrairement aux autres êtres, accéder à la connaissance de l'unicité du noumène, derrière la multiplicité du contingent - un Indien dirait de voir Atman par-delà le voile de Maya.
Pour se faire, Schopenhauer élabore une esthétique : celle-ci, à divers degrés de l'art (de l'architecture jusqu'à la musique, en passant par la tragédie), n'a pour téléologie que d'amener l'individu à se dépasser dans la contemplation, c'est-à-dire à devenir sujet pur, dépassant la dualité sujet-objet, qui participe du principe d'individuation (soumission à l'espace, temps et causalité, qui ne "touche" pas la Volonté, étant nouménale.)
Cela entraîne de fait une éthique, et c'est celle qui a sonne le plus "bouddhique" (même si, en définitif, elle est "universelle", car, en réalité, une) : l'homme qui atteint le degré de l'unicité, c'est-à-dire qui se défait de ses agrégats égotiques (ahamkara) et de son propre vouloir-vivre, voit la souffrance, joie, ... (tout cela est relatif) d'autrui comme les "siennes" (partant déjà du fait que lui "n'existe" plus en tant que "moi"). Il oeuvre alors pour la compassion cosmique (même là on a quelques gradations, la "justice" étant subordonnée à la "générosité" pure), envers tout étant, contrairement à celui qui "affirme" son vouloir-vivre, et devient une caricature de la Volonté nouménale dans son extension "oppressive", et l'individu ne fait que "renforcer" son individualité, son égoïsme. Toujours dans l'édification morale, ce n'est que tout naturellement que le philosophe nous demande de méditer sur les biographies des saints chrétiens et, plus encore, les sages d'Inde (dont il juge des actes, et non pas des raisons religieuses, qui ne l'intéressent pas - par exemple, il dit que la métempsychose, même si elle est "irrationnelle", revêt d'un caractère pratique assez exigeant, puisque certains pourraient dire qu'il n'est nul besoin de ne pas être mauvais - pour ne pas dire être bon ! -, si notre monde n'a pas de "valeur ontologique".)
Pour finir, ce n'est pas tellement un "pessimisme", et Schopenhauer réfute l'idée de suicide, en passant, même si l'Allemand a introduit un "sentimentalisme", que découvriront des Friedrich Nietzsche ou René Guénon ; on a aussi accusé les bouddhistes de "pessimisme", mais ce serait plutôt un "réalisme", en ce que dukkha, qu'on traduit malencontreusement par "souffrance" mais qui serait plutôt le désir-de-désir ou l'alternance causale et sans fin (samsara) du bon et du mauvais (comme le dit Michel Hulin), ou, plus caricaturalement, qu'on vieillit, tombe malade, ... est tout simplement la "réalité" du monde phénoménal (précisons que seul le noumène est "réel"...). Pour défricher cette légende du "pessimisme" (pour ne pas dire "nihilisme" !) bouddhique, se référer à Julius Evola dans "La doctrine de l'éveil" ou Alexandra David-Néel et son "Le bouddhisme du Bouddha".
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gauthier_nathalie
  10 juin 2013
Ma bible philosophique. Rien de moins. Alors que d'aucuns le considèrent comme le plus noir des philosophes, je le considère, moi, comme le plus lucide, le plus efficace. Il brosse un portrait du monde tel qu'il est, un monde porté par ces deux seuls mots: "volonté" et "représentation". Tout est là. Concentré dans ce titre qui embrasse la condition humaine dans toute sa complexité. Je soupçonne ses détracteurs d'être eux-mêmes des négativistes extrêmes, car ce monde, tel qu'il nous le décrit objectivement, prend la couleur que notre propre volonté veut bien lui donner...
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Jipi
  26 juin 2021
"Il faut savoir se convaincre que le monde n'est là qu'à l'état de connaissance et du même coup dépendant du sujet connaissant que chacun est pour lui-même. "
Selon Schopenhauer le monde qui nous entoure n'est qu'un objet uniquement viable que par la conscience que nous en avons dont tous les composants formatés par notre pensée alimente par leurs phénoménologies notre volonté d'être.
Un monde empirique dont les différentes connexions ne se produisent que dans nos représentations mentales.
Ne serions-nous pas tous sous l'emprise d'un champ d'énergie que nous avons-nous-mêmes crées suite à la perception émotionnelle d'un monde n'appartenant qu'à nos sens.
Nous ne connaissons pas la véritable essence des objets mais uniquement leur action que nous avons pour la plupart générées.
Existe-t'il quelque chose en dehors de nos représentations ?
Nos vies ne seraient elles qu'absurdes, un leurre ne festoyant qu'en compagnie de toutes ses définitions et ressentis n'étant que le nomadisme de son ignorance ?
Des apparences factices mais que nous pouvons néanmoins contrôler et maitriser en considérant le tout comme la trame de notre existence.
Sisyphe en accomplissant l'absurdité de sa tache consistant à déplacer sa pierre de bas en haut de la montagne sachant qu'une fois arrivée en haut la dite pierre retournera en bas de la montagne ceci le forçant à recommencer la même action à jamais ne progresse pas intellectuellement mais ne semble pas en souffrir.
La rotation annuelle de la terre autour du soleil ne change pas son quotidien. le notre non plus d'ailleurs.
Sisyphe est l'égal du plus grand des savants dans la mesure ou l'ignorance ou la connaissance la plus haute ne protège ni l'un ni l'autre de la difficulté de découvrir la véritable chose en soi.
"Selon Camus, en renonçant à tout ce qui dépasse l'expérience immédiate, en abandonnant la recherche d'un sens profond à toute chose, Sisyphe triomphe. "
Brian Greene La magie du cosmos.
Sisyphe semble heureux dans la récurrence de son quotidien loin d'une révélation sans déterminisme comme nous le sommes certainement nous-mêmes sans le percevoir dans sa profondeur.
Ceci en acceptant le bonheur et le malheur comme notre feuille de route, une invention de notre esprit ne pouvant perdurer que par notre perception des choses et la volonté de les entériner comme n'étant que nos vérités émotionnelles dont nous ne pouvons pas nous passer.
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Citations et extraits (182) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   17 septembre 2015
[…] le but de la science n’est pas une plus grande certitude ; car la plus mince des connaissances particulières est aussi certaine. Son vrai but est de faciliter le savoir, en lui imposant une forme, et par là la possibilité pour le savoir d’être complet. De là l’opinion courante, mais erronée, que le caractère scientifique de la connaissance consiste dans une plus grande certitude ; de là aussi l’opinion, non moins fausse, qui en résulte, que les mathématiques seules et la logique sont des sciences proprement dites, parce que c’est en elles que réside la certitude inébranlable de toute connaissance, par suite de leur complète apriorité. Sans doute on ne peut leur refuser ce dernier privilège ; mais ce n’est pas en cela que consiste le caractère scientifique, lequel n’est pas la certitude, mais une forme systématique de la connaissance, qui est une marche graduelle du général au particulier.
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colimassoncolimasson   09 août 2015
Lorsque s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de la façon vulgaire ; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison, les seules relations des objets entre eux, relations qui se réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi, ni l’à-quoi-bon des choses, mais purement et simplement leur nature ; lorsqu’en outre on ne permet plus ni à la pensée abstraite, ni aux principes de la raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition ; lorsqu’on s’y plonge tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice ou tout autre ; du moment qu’on s’abîme dans cet objet, qu’on s’y perd, comme disent avec profondeur les Allemands, c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur, comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet existait seul, sans personne qui le perçoive, qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive ; lorsque enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté ; alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectité immédiate de la volonté ; à ce degré, par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps.
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colimassoncolimasson   11 octobre 2015
[…] toute belle et vraiment riche intelligence s’exprimera toujours de la manière la plus naturelle, la plus directe et la plus simple, et elle s’efforcera, si cela est possible, d’exprimer ses pensées aux autres et par là même de s’adoucir la solitude que l’on doit ressentir dans un monde comme celui-ci ; au contraire, l’esprit pauvre, confus et mal fait va se revêtir de l’expression la plus cherchée, de la rhétorique la plus obscure ; il essaiera ainsi d’envelopper dans une phraséologie lourde et pompeuse la petitesse, la niaiserie, l’insignifiance, la banalité de ses idées ; c’est comme celui qui manque de prestance et de beauté et qui prétend compenser ce défaut par la splendeur de ses habits ; il cherche à dissimuler à force d’ornements barbares, d’oripeaux, de plumes, de collerettes, de falbalas et de manteaux la laideur et la petitesse de sa personne. Cet homme serait bien embarrassé s’il devait aller nu ; notre auteur ne le serait pas moins, si on le forçait à traduire en langage clair le mince contenu de son ouvrage obscur et pompeux.
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colimassoncolimasson   04 novembre 2014
Chaque instant de la durée, par exemple, n’existe qu’à la condition de détruire le précédent qui l’a engendré, pour être aussi vite anéanti à son tour ; le passé et l’avenir, l’abstraction faite des suites possibles de ce qu’ils contiennent, sont choses aussi vaines que le plus vain des songes, et il en est de même du présent, limite sans étendue et sans durée entre les deux. Or, nous retrouvons ce même néant dans toutes les autres formes du principe de raison ; nous reconnaîtrons que l’espace aussi bien que le temps, et tout ce qui existe à la fois dans l’espace et dans le temps, bref tout ce qui a une cause ou une fin, tout cela ne possède qu’une réalité purement relative ; la chose, en effet, n’existe qu’en vertu ou en vue d’une autre de même nature qu’elle et soumise ensuite à la même relativité. Cette pensée, dans ce qu’elle a d’essentielle, n’est pas neuve ; c’est en ce sens qu’Héraclite constatait avec mélancolie le flux éternel des choses ; que Platon en rabaissait la réalité au simple devenir, qui n’arrive jamais jusqu’à l’être ; que Spinoza ne voyait en elles que les accidents de la substance unique existant seule éternellement ; que Kant opposait à la chose en soi nos objets de connaissance comme de purs phénomènes.
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colimassoncolimasson   23 juin 2015
Le langage, comme objet d’expérience externe, n’est, à proprement parler, qu’un télégraphe très perfectionné, qui transmet avec une rapidité et une délicatesse infinies des signes conventionnels. Mais quelle est la valeur exacte de ces signes ? Et comment arrivons-nous à les interpréter ? Serait-ce que nous traduisons instantanément les paroles de l’interlocuteur en images, qui se succèdent dans l’imagination avec la vitesse de l’éclair, qui s’enchaînent, se transforment et se colorent diversement, à mesure que les mots avec leurs flexions grammaticales arrivent à la pensée ? Mais alors quel tumulte dans notre tête à l’audition d’un discours ou à la lecture d’un livre !
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"J'ai une très jolie bibliothèque anglaise [...] J'y mettrai des livres que je jugerai inattaquable... Enfin inattaquables, à mon sens."

Serge Gainsbourg évoque son rapport à la lecture et sa bibliothèque de jeunesse, entre Schopenhauer et les séries noires.
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