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ISBN : 2234081351
Éditeur : Stock (31/08/2016)

Note moyenne : 3.21/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Paris, 1897. Le poète grec Constantin Cavafy a 33 ans et c'est son frère aîné qui, à cette époque, est considéré comme l'artiste de la famille. Il mûrit son oeuvre mais il se sent entravé par sa poésie encore incertaine, le carcan de la rime, son homosexualité refoulée et l'affection tyrannique de sa mère. Ces trois jours à Paris se révèlent être un catalyseur décisif pour sa vie.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  14 juin 2016
Constantin Cavafy et son frère John ont quitté Alexandrie et leur famille pour faire un tour d'Europe. Alors que l'affaire Dreyfus secoue encore Paris, Constantin essaie de faire publier ses poèmes par Jean Moréas. Mais ce dernier, en trois mots, prononce une sentence douloureuse que le poète ressasse jusqu'à la nausée. Ses efforts et son acharnement ne semblent pas porter de fruits. « Ça faisait si longtemps qu'il travaillait sur ce poème et voilà qu'il lui fallait de nouveau se pencher dessus. Non, il ne pouvait pas le jeter. Il y avait de la force là-dedans. Il était remarquablement conçu. » (p. 33) Pendant des nuits entières, dans sa petite chambre et à la lueur des bougies, il reprend les mêmes vers, les mêmes mots et travaille avec obsession. « Il aspirait plus que tout à s'affranchir du lyrisme et des fioritures, à extirper le superflu, à trancher dans le gras pour aller droit à l'os. » (p. 63)
Autre chose l'obsède et le tourmente, la beauté des hommes. de cet homme surtout, si jeune, si lumineux, aperçu un soir et jamais oublié. L'évocation de ce souvenir est alors puissamment érotique et sensuelle. « On pourrait les mordre ces lèvres et elles pourraient vous le rendre passionnément, et ensuite comme on se retirerait pour les contempler, repérer un infime soupçon de débauche se dessiner aux commissures, les marques invisibles d'un probable vice. » (p. 128) Constantin passe d'un extrême à l'autre, entre morosité trouble et exaltation dangereuse, à la fois poussé et freiné par ses désirs. « Qui sait s'il ne se promenait pas dans le même quartier. Si leurs trajectoires ne les rapprochaient pas l'un de l'autre à chaque instant. Une si douce nuit. Les poèmes pouvaient attendre. » (p. 159) Mais le beau garçon a été avalé par Paris et le poète reste seul avec son désir qui est tellement lié au souvenir de sa mère, image horrifique de femme vieillissante en quête d'affection.
Constantin maudit les maîtres qui l'écrasent par leur talent, comme si leur présence tutélaire bloquait son inspiration. Mais il ne cesse jamais de chercher, même quand le désespoir guette et s'insinue dans chaque instant. « Et cependant il y avait des poèmes qui se concentraient simplement sur un infime détail, songea-t-il. Ils attrapaient un fil, une petite trame du cycle de la vie. Une chose presque inexistante dans le fatras général des passions et des évènements. Ils l'attrapaient et le décortiquaient. Et ces compositions qui s'inspiraient d'un rien s'avéraient être parfois des chefs-d'oeuvre. Ils l'attiraient, ces poèmes-là. » (p. 155) Il est souvent pris d'une envie de tout détruire, de faire table rase et d'annihiler son oeuvre. Éternellement insatisfait, Constantin est près de céder la tentation du néant pour ne pas subir la douleur du rejet, aujourd'hui ou demain. « Que l'oeil de quelqu'un tombât sur un vers inachevé, un poème en cours d'écriture, l'eût fait bondir hors du tombeau. » (p. 230) Finalement, que retiendra l'histoire de Constantin Cavafy ?
Je ne connaissais pas ce poète largement reconnu en Egypte. le portrait qu'en fait Ersi Sotiropoulos est tourmenté, flamboyant, digne des poètes maudits français. Je regrette un peu qu'il n'y ait pas plus de ses poèmes dans le roman. Les quelques vers qui sont présentés montrent une inspiration familiale profonde, une sorte de mythologie des origines. Tant que ça ne tombe pas dans l'autofiction qui me déplaît tant, ce substrat littéraire m'intéresse beaucoup. Je vais chercher à en savoir un peu plus sur ce poète et ses écrits.
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miriam
  15 novembre 2016
Il y a si longtemps, fascinée par le Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durell, j'ai rencontré Cavafy, le poète d'Alexandrie. Et quand j'ai visité la ville, j'ai cherché à marcher sur les traces de Justine, visité de Cecil hôtel, traîné devant les cafés, cherché les terrasses de cafés, cherché des traces grecques sur les vieux murs délavés...

Plus tard, au cours de nos voyages dans les Iles grecques, souvent avec Durrell pour guide, j'ai retrouvé Cavafy. Éblouissement que son Ithaque que j'aime entendre en Grec, que j'ai écouté en boucle. Puis découverte En attendant les Barbares....
Cavafy me fascine.
Et voici que, par les hasards de Facebook, je trouve sur le blog de L'ivresse Litteraire le titre Ce qui reste de la nuit, sur les pas de Cavafy à Paris. Je l'ai téléchargé en négligeant l'avis très mitigé de Sandrine qui ne l'a pas beaucoup apprécié.
Certains livres, même si ce ne sont pas des chef d'oeuvres littéraires, tombent à pic dans l'humeur du moment. Constantin Cavafy et son frère John passent quelques temps dans le Paris de l'Affaire Dreyfus, en 1897. Autre sujet qui m'intéresse. Encore une coïncidence, je suis en train de suivre le MOOC Oscar Wilde. Ce dernier sorti de prison est justement venu en France, est ce que Cavafy le rencontrera dans le roman? Il aurait pu. En tout cas, les considérations esthétiques du jeune poète rencontrent celles de l'auteur du Portrait de Dorian Gray.
"Wilde avait été le précurseur de l'anti-mimesis[...]l'archiprêtre de l'anti-mimésis"

Dans ce Paris de la Belle époque, la vie artistique est brillante et les deux Alexandrins, pilotés par un compatriote, Mardaras, secrétaire du poète symboliste Jean Moreas, vont traîner du Boulevard des Italiens, à Montmartre, des Tuileries à la Place Clichy, à la recherche des endroits où il faut être où dînent ou soupent les célébrités.
"C'est ici-même, au rat mort que Rimbaud avait poignardé Verlaine en présence du poète Charles Cros..."
Quelles émotions pour un poète!
Baudelaire, Rimbaud, Hugo, vous me broyez. "Votre stature m'écrase"
"Et la merveilleuse métaphore de Baudelaire allant de l'oiseau marin au Poète" [....] "Tout homme, et pas seulement le Poète, ne se voyait-il pas condamné à vivre cloué au sol." inspire le jeune Constantin qui a hâte de rentrer dans a chambre d'hôtel pour écrire des vers qu'il déchire, le matin venu.
Promenades dans Paris, allusions à Alexandrie, bien présent. Recherches poétiques. Mais aussi déchirures dans la société causées par l'Affaire Dreyfus, curieusement comparées aux querelles byzantines :
"Iconomachie. Iconolâtres et iconoclaste. Une fumée épaisse montait de l'atrium de Sainte-Sophie"[...] "vois-là une preuve supplémentaire de ce fanatisme qui animait l'Empire byzantin"

L'amour des garçons sous-tend le récit, amour coupable, inavoué et inassouvi. Tension insoutenable après la rencontre avec un jeune danseur russe. Scène très pénible (pour la lectrice dans une pissotière). Un aspect interlope comme cette visite dans une Arche, lieu de perdition mondain où les hommes de la bonne société s'encanaillent après avoir traversé la zone.
Une lecture très riche, qui tombe au bon moment!







Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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shmileblik
  12 août 2016
Constantin et John sont deux Egyptiens en escale à Paris à la fin du XIXeme siècle. Ils s'adonnent tous deux à l'écriture de poèmes. Mais si John semble être en mesure de se détacher du poids de la création, Constantin est quant à lui obnubilé par le processus créatif et ne tend qu'à être reconnu. Lorsqu'il prend connaissance des trois mots "sentences" écrits par Jean Moreas au sujet de ses travaux, Constantin s'enfonce d'autant plus dans les méandres de la création. le monde semble alors l'envahir et les rendez-vous qu'il honore avec Madaras en compagnie de son frère ne sont que prétextes à l'observation, la contemplation: des pigeons, une enfant, une vieille mendiante...Et il en est de même des évènements politiques puisque c'est ainsi qu'il appréhende l'affaire Dreyfus : "C'était le mécanisme qui l'intéressait, la trame du complot, si complot il y avait. Non pas le rôle joué par les protagonistes mais par ceux qui agissaient en coulisse. Combien de figurants dans cette histoire. Et bien sûr cet aspect du « seul contre tous » ou du « tous contre un seul » au moment où le scandale avait éclaté, se révélait passionnant. Si l'innocence de Dreyfus était démontrée en fin de compte, songea-t-il, l'affaire risquait de perdre son charme. du moins d'un point de vue littéraire."
Même les frustrations de Constantin, notamment son désir pour les hommes qu'il semble vouloir occulter sont sources de création.C'est d'ailleurs dans ces moments de tensions sexuelles que ses pensées seront les plus lyriques et qu'il trouvera un élément clé à sa création.

L'auteur retranscrit à merveille les idéations de Constantin, rien ne nous échappe de son ressenti. Pourtant, au fil des pages cette accumulation m'a gênée, je me suis parfois sentie oppressée par les phrases, sans aucune distance avec les mots du poète qui m'envahissaient. J'aurais souhaité pouvoir reprendre mon souffle pour mieux replonger dans ses tourments.
(SP)
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meslinoulautre
  21 août 2016
"Que se passe-t-il lorsque quelqu'un a rendu son dernier souffle, étendu sur son lit de mort, que tout le monde est sorti, qu'ils sont partis se préparer pour les funérailles et que la chambre est déserte ? Dans un coin se dresse le porte-manteau auquel sont suspendus les vêtements que le défunt portrait la dernière fois. La fenêtre est entrouverte, le vent du sud souffle. le rideau frisonne, les habits ondulent gentiment. L'insouciance des vêtements à côté du lit de mort." Deux frères fuyant la Grèce pour rejoindre la France, menacée en son coeur par l'affaire Dreyfus. Constantin Cavavy, poète hyper exigeant en quête d'un idéal lyrique inaccessible oscillant entre antiquité et mythologie. Personnage troublé, exalté et plombé, en constante mutation, essayant tant bien que mal de publier ses écrits malgré le désintérêt général de ses proches et des critiques. Révélé par quelques uns de ses vers semés à travers la trame historique, on aborde un homme divisé, en constante remémoration de son passé et de ses actes. Une mère trop possessive, une jeunesse envolée près d'Alexandrie, ses premiers émois masculins. Durant 3 jours, en pleine canicule et rodant dans les ruelles parisiennes, Constantin fait table rase de son existence et tente de capter l'inspiration vitale à travers les réponses à ses vielles questions.
Poète populaire en Grèce très peu reconnu en France, Constantin Cavary se voit ici s'offrir la passion et les recherches fructueuses de Ersi Sotiropoulos, lesquelles lui ont permis de construire un roman biographie fort intéressant.
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DesLivresEtMoi7
  01 septembre 2016
Une invitation à la poésie : "Ce qui reste de la nuit", d'Ersi Sotiropoulos, aux éditions Stock.
Le pitch : Voyageant depuis un mois et demi à travers l'Europe, Constantin Cavafy et son frère John font escale à Paris, en pleine affaire Dreyfus. D'origine grecque mais ayant vécu entre Liverpool et Constantinople avant de rejoindre Alexandrie, ayant souffert de la faillite de sa famille qui l'a conduit à vivre dans la précarité durant son enfance, ce jeune homme ambitionne ardemment de devenir un poète reconnu par ses pairs. Profitant d'une rencontre avec Nicos Mardaras pour tenter d'approcher l'influent Jean Moréas à qui il a envoyé deux de ses poèmes, trois mots de ce dernier ne manqueront cependant de remettre en cause ses espoirs, résonnant telle une sentence lapidaire aux oreilles et au coeur du jeune poète qui, déjà tourmenté, va dès lors les ressasser jusqu'à l'obsession…
Membre du Cercle des Lecteurs du Furet du Nord, c'est dans ce cadre que j'ai eu l'immense privilège de recevoir ce roman dont le titre comme la couverture se révèlent intrigants.
Ce roman m'a permis de faire la connaissance de Constantin Cavafy, poète d'origine grecque qui a réellement existé. Très peu connu de son vivant, il semble désormais avoir acquis une certaine notoriété dans la littérature grecque du XXème siècle.
Avec un talent remarquable, l'auteur nous permet ici de découvrir cet auteur et plonger dans les affres de sa création. Soutenu par une écriture particulièrement soignée et soulignant à merveille la poésie évoquée, je n'ai cependant jamais réussi à pénétrer ce roman tant j'ai ici manqué d'empathie pour ce personnage pourtant intéressant.
Tel un de nos poètes maudits, cet homme, déjà tourmenté par une enfance douloureuse, une mère envahissante et une sexualité qu'il semble difficilement assumer, vit pleinement sa poésie, obsédé qu'il est d'atteindre la perfection et le niveau de ses maîtres. Jamais satisfait et particulièrement soupe au lait, il n'aura dès lors de cesse de créer en s'inspirant de tout ce qui l'entoure, de remanier ses textes jusqu'à l'excès, et d'en détruire un bon nombre sur un coup de tête tant il doute de lui-même.
En bref, un rendez-vous que je regrette d'avoir manqué mais qui fera sûrement le bonheur des amoureux de la poésie.
Lien : http://deslivresetmoi7.blogs..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
BibaliceBibalice   02 juin 2016
Vous n’êtes pas dans le même ordre de grandeur ou plutôt vous vous situez sur deux plans différents de la nature humaine, mais le point de vue de Constantin, je le sais car nous en avons causé ensemble un nombre incalculable de fois, a beau sembler rude à entendre, il n’en est pas moins solidement fondé sur les bases de l’Histoire. En réalité d’ailleurs vous êtes mus par des idéaux qui sont comparables. C’est l’amour pour la Grèce qui l’anime lui aussi.
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BibaliceBibalice   01 juin 2016
La Terre semblait encore plate alors et la nuit tombait d'un coup jusqu'aux confins du monde, là où quelqu'un de penché vers la lumière de la lampe pourrait voir des siècles plus tard le soleil rouge s'éteindre sur des ruines, pourrait voir, au-delà des mers et des ports dévastés, ces pays qui vivent oubliés du temps dans l'éclat du triomphe, dans la lente agonie de la défaite.
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LiliGalipetteLiliGalipette   14 juin 2016
« Et cependant il y avait des poèmes qui se concentraient simplement sur un infime détail, songea-t-il. Ils attrapaient un fil, une petite trame du cycle de la vie. Une chose presque inexistante dans le fatras général des passions et des évènements. Ils l’attrapaient et le décortiquaient. Et ces compositions qui s’inspiraient d’un rien s’avéraient être parfois des chefs-d’œuvre. Ils l’attiraient, ces poèmes-là. » (p. 155)
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LiliGalipetteLiliGalipette   14 juin 2016
« On pourrait les mordre ces lèvres et elles pourraient vous le rendre passionnément, et ensuite comme on se retirerait pour les contempler, repérer un infime soupçon de débauche se dessiner aux commissures, les marques invisibles d’un probable vice. » (p. 128)
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LiliGalipetteLiliGalipette   14 juin 2016
« Ça faisait si longtemps qu’il travaillait sur ce poème et voilà qu’il lui fallait de nouveau se pencher dessus. Non, il ne pouvait pas le jeter. Il y avait de la force là-dedans. Il était remarquablement conçu. » (p. 33)
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Video de Ersi Sotiropoulos (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ersi Sotiropoulos
Ersi Sotiropoulos - Eva .Ersi Sotiropoulos vous présente son ouvrage "Eva" aux éditions Stock. Rentrée littéraire 2015. Traduit du grec par Marie-Madeleine Rigopoulos. http://www.mollat.com/livres/sotiropoulos-ersi-eva-9782234076198.html Notes de Musique : ?Athena feat. André Coelho & DJ X-Acto? (by M-PeX). Free Music Archive.
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