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Gilberte Lambrichs (Traducteur)
EAN : 9782070383900
253 pages
Gallimard (13/06/1991)
4.17/5   115 notes
Résumé :
Dans le Kunsthistorisches Museum, à Vienne, Atzbacher, le narrateur, a rendez-vous avec Reger, le vieux critique musical. Atzbacher est arrivé une heure à l'avance pour observer Reger, déjà installé dans la salle Bordone, assis sur la banquette qu'il occupe chaque matin depuis dix ans, face à L'Homme à la barbe blanche du Tintoret. Pendant une heure, le narrateur se rappelle les citations de Reger ou des conversations portant ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Gepeoh
  06 août 2021
Komödie
Thomas Bernhard, victime permanente des verdicts ratés. On l'a décrit pessimiste (il l'est), sinistre (il ne l'est pas), haïsseur de la Terre entière et en particulier de l'Autriche ; Il aime peut-être trop l'amour pour aimer les choses terrestres.
En 1984, sa compagne ("La Tante", de trente-cinq ans son ainée) vient de mourir. Il écrit Maitres anciens, qu'il sous-titre "Comédie". Mais Bernhard n'est pas un écrivain. Il déteste la littérature. Il ne se dit pas romancier, metteur en scène, faiseur de théâtre, ni même narrateur. Il écrit. Quand on lui demande ce qu'il est, il dit qu'il écrit, voilà ce que disait Bernhard.
Poseur de bombes, personne n'échappe à son ire sardonique. Ni le Greco, ni Beethoven, ni Klimt, ni Stifter. On se les gâche tous quoi qu'il arrive. On les kitschifie, quand ils ne sont pas kitsch par eux-même, et c'est notre faute.
Seulement, Bernhard, même quand il est narrateur, n'est que passif. Dans Maîtres anciens, c'est un monologue de Reger, dans la salle Bordonne du Musée des Arts anciens de Vienne. Qui observe L'Homme à la barbe blanche du Tintoret. le personnage, veuf depuis peu (ja) tire à boulets rouges sur tout l'art de ces maîtres anciens. Atzbacher (le narrateur, très peu nommé) relate l'enfer personnel de Reger, qui exprime son obsession pour son fauteuil de la salle Bordonne du Musée des Arts anciens de Vienne, et pour ce qu'il déteste chez le Tintoret, chez les amateurs d'art, les artistes, et globalement chez tous les habitants de ce monde.
Malgré ce qu'on pourrait bien imaginer, ou mal lire, Reger / Bernhard propose des solutions. Sur l'intelligence de l'observation. Ne pas regarder les tableaux de trop près, ne pas lire trop fort, ne pas écouter trop profondément, ne pas aimer trop fort, au risque de tout se gâcher.
C'est tout un art. L'admiration étant le propre de l'imbécile, la frontière est ténue entre le critique d'art moribond et l'amant abstrayant.
C'est donc purement un objet livresque intellectuel. Mais cérébral. Mais sensoriel. Donc jamais quoi que ce soit de tangible. Ce serait du gâchis. D'où la Comédie. le rire point dans l'exagération, dans l'extrêmisme de Eger, dans le dynamitage de toutes les institutions.
Il se trouve que tantôt nous sommes des artistes de la parole, tantôt des artistes du silence, et nous perfectionnons cet art au plus haut point, c'est ce qu'a dit Eger.
Quant au style de Bernhard, ça ne ressemble à rien d'autre. C'est un flux ininterrompu et répétitif de désamorçages d'intrigues, d'idées esthétiques et de paradigmes possibles, tout en n'apportant aucune réponse définitive. A la rigueur, on peut rapprocher Bernhard de la tradition très autrichienne des écrivains qui méprisent leur pays (la Cacanie - comme le caca, oui - de Musil ; la Ronde obscène de Schnitzler ; le Monde d'hier de Zweig).
Thomas Bernhard est un écrivain à points d'ancrage. On voit apparaitre des motifs en permanence, et quand vient une idée, elle est prolongée, enfoncée dans la gorge jusqu'à la nausée, puis annihilée, explosée.
Thomas Bernhard répète à l'envie les mêmes motifs, c'est cela qu'a dit Gepeoh ce jour-là, assis dans son canapé de la rue R******. La philosophie, l'art et l'autrichien est dégoûtant, c'est un pays apathique, pire que tous les pires pays d'Europe, un pays catholico-national-socialiste en décrépitude, a dit Eger dans le fauteuil de la salle Bordonne du Musée des Arts anciens de Vienne, a écrit Artzbacher, arrêtant Eger dans son flux de parole, c'est cela qu'a écrit Bernhard, veuf, installé tristement dans sa ferme de haute-Autriche, or il n'est pas un temps à être lyrique, a relaté Gepeoh depuis son canapé, tout en ignorant que ce flux inexistant en la forme n'est probablement qu'un amusement de plus pour l'humour si singulier et trompeur de Bernhard.
Il n'y a rien, strictement rien qui nous sauvera. La musique, l'amour, la mesure. le jeu peut-être. La comédie. C'est cela qu'a voulu dire Bernhard. Pas négativiste. Désespéré. Dans l'attente de sa mort, la mort d'un tubard.
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Moglug
  14 janvier 2016
Thomas Bernhard et son légendaire cynisme. Je ne sais pas si ce choix était le plus judicieux pour passer le cap de la Saint-Sylvestre mais il est certain qu'il en valait le détour. Pour vous resituer le contexte, ce récit rapporte le long monologue d'un critique d'art, Reger, du point de vue de son interlocuteur, Atzbacher, le narrateur. Assis devant le tableau de L'homme à la barbe blanche du Tintoret, Reger déverse sans discontinuer son aigreur et sa déception des grands maîtres du Musée d'art ancien de Vienne, où se déroule la rencontre, mais aussi d'un grand nombre de penseurs, écrivains, philosophes, etc. Il s'épanche aussi sur le gardien de musée et sa famille, les professeurs d'histoire de l'art, le musée, sa propre femme, les hôtels où il aime se rendre, les toilettes de Vienne, son appartement, et tout ce qui fait son quotidien. Il s'exprime dans un incessant va-et-vient de répétitions et de rabâchements qui ennuiera probablement certains lecteurs mais qui pour ma part, m'a invité à poursuivre la lecture, à creuser encore et encore la rancune du protagoniste.
J'ai lu ce roman en trois temps qui n'ont rien à voir avec sa structure. La première phase a été pour moi jubilatoire : cette mauvaise foi ridicule et assumée de Reger envers tous les grands philosophes que je n'ai pas lu, cette déconstruction des grands penseurs européens sur lesquels je n'ai finalement aucun avis, est tellement saugrenue qu'elle m'a bien fait rire. Ensuite, les vacances de Noël et l'effervescence familiale aidant j'ai eu beaucoup de mal à reprendre ma lecture. Je n'ai pas pu y consacrer les longues plages horaires et la concentration que le style de l'auteur nécessite, j'ai partiellement décroché. J'ai repris le livre début janvier, plus au calme, j'ai pu retrouver le fil de la narration et comprendre l'origine du cynisme de Reger qui s'avère ne pas être gratuit. Une tristesse et un désespoir sans fond ont laissé place à la jubilation première. Ce texte est magnifique et sans réponse. Mais était-ce bien nécessaire de débuter 2016 par tant de vanité avouée ?
Lien : https://synchroniciteetseren..
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terrystad
  14 avril 2021
On fait connaissance du protagoniste à travers le gardien du Musée des arts anciens qui narre à sa place, qui utilise ses mots pour raconter son histoire et ses perceptions. Ce qui a pour effet de se sentir en face d'un être, d'un état, tout à fait impersonnel.
« Mes parents ont empêché tout ce qui était moi et faisait partie de moi. Dans un mécanisme d'oppression constante, ils ont manqué me tuer à force de protection. Il fallait que mes parents fussent morts pour que je pusse vivre, quand mes parents sont morts, j'ai revécu. »
Un personnage central (une société ?) bourru, sclérosé et qui ne voit que les morceaux manquants.
Pas étonnants que ce dernier, cet homme devenu vieux avant le temps, se fige pendant des heures devant le portrait statique "un homme à la barbe blanche" du peintre Titien. Pour moi c'est clair comme eau de fontaine, il s'agit de son propre miroir. Un homme empli de colère et de violence aveugle contre lui-même.
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ileana
  23 mai 2014
Une diatribe, un pamphlet. le style répétitif et le propos qui tourne en rond - je n'ai pas accroché. « Un comique né de l'exagération, une exagération qui fait surgir les vérités qui ne sont pas bonnes à dire, font ici la joie du lecteur » - dixit la quatrième de couverture. Oui, mais qu'est-ce que c'est long…
Tout y passe, les toilettes de Vienne, le Prater, Mahler, Heidegger, les maîtres anciens et les maîtres modernes, le Jugendstil, l'Etat, l'Eglise, le gouvernement, le parlement, la femme de ménage, les soi-disant classes inférieures, l'Autrichien, l'Allemand. Cependant Schopenhauer et Novalis trouvent grâce à ses yeux.
« Peindre ne serait-ce qu'un menton remarquable ou un genou effectivement réussi, aucun de ces soi-disant maîtres anciens n'y est arrivé non plus. Le Greco n'a jamais su peindre ne serait-ce qu'une seule main, les mains du Greco ont toujours l'air de lavettes sales et mouillées [ ] Et en plus, c'est déprimant de ne jamais voir ici, dans ce Musée d'art ancien, qu'un art qu'il faut bien qualifier d'art étatique, d'art étatique habsbourgeois-catholique, ennemi de l'esprit ». P215
Moi j'ai une petite pensée pour Alain Soral.
Sur un réseau germanophone, Maîtres anciens bénéficie d'une très bonne note. Pour ma part, je suis passé à côté.
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Valnoise
  04 septembre 2022

DERNIER VIRAGE
Présenté comme une comédie (pour rire), mais avec en épigraphe une citation de Kierkegaard (ça ne rigole pas), ce texte magistral paru en 1985, quatre ans avant la mort de Thomas Bernhard, pourrait à juste titre être considéré comme un livre-testament.
Sous couvert d'un personnage demi-fou — vieil habitué du Kunsthistorisches Museum et du Musikverein de Vienne —, dont un narrateur nous rapporte les propos, subtilement entremêlés aux siens, sur le mode « a-t-il dit, je me souviens », l'auteur lâche la bride à sa détestation quasi délirante de l'Autriche et des Autrichiens, et se livre à un jeu de massacre dont font les frais un certain nombre de vieux maîtres (Heidegger est particulièrement visé, le cantor de Leipzig qualifié de gros puant, Dürer de « précurseur du nazisme »), tout en énonçant des jugements esthétiques par ailleurs parfaitement recevables (on peut effectivement préférer Schubert à Beethoven, Schiele à Klimt ou Schönberg à Bruckner, et vouer un culte à Gogol ou Goya).
Misanthrope antimoderne, pour qui l'invasion musicale, comme accompagnement de toutes les sphères de l'existence, au niveau mondial, est à devenir fou, Bernhard nous convie, dans ce livre d'un seul bloc (219 pages sans paragraphes), scandé par d'inlassables répétitions, à une exploration intellectuelle absolument unique, abordant toutes les grandes questions de la vie, de l'éducation et de la culture, avec in fine le sentiment que face à la disparition de l'être aimé, ou à l'imminence de notre propre perte, l'art est ce qui nous sauve, même si prévaut, comme ultime vérité, un effroyable vide.
Noir c'est noir :
« L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide. »
« Faire un enfant et donner la vie, comme on dit si hypocritement, ce n‘est tout de même rien d'autre que mettre au monde et mettre dans le monde un malheur accablant. »
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critiques presse (1)
Du9   07 avril 2015
Maîtres anciens est d’une richesse inépuisable.
Lire la critique sur le site : Du9
Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
ay_guadalquiviray_guadalquivir   15 octobre 2014
Mieux vaut lire douze lignes d'un livre avec la plus grande intensité, donc de les pénétrer entièrement, comme on peut le dire, que de lire tout le livre, comme le lecteur ordinaire qui, à la fin, connaît aussi peu le livre qu'il a lu que le passager d'avion le paysage qu'il survole. (P31)
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moklosmoklos   17 septembre 2007
Nous haïssons les gens et nous voulons tout de même vivre avec eux, parce que c’est seulement avec les gens et parmi eux que nous avons une chance de continuer à vivre et de ne pas devenir fous.
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   23 mars 2015
Il serait d'ailleurs impensable que de ce trou de province petit-bourgeois qu'est Linz, qui depuis l'époque de Kepler, est en vérité resté un révoltant trou de province, qui a un opéra où les gens ne savent pas chanter, un théâtre où les gens ne savent pas jouer, des peintres qui ne savent pas peindre et des écrivains qui ne savent pas écrire, soit tout d'un coup sorti un génie, comme Stifter est cependant réputé unanimement. (P55)
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JacobBenayouneJacobBenayoune   12 décembre 2013
L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide. Mais la plupart des gens n'arrivent pas à sortir de ce trou qu'est l'enfance, toute leur vie ils y sont, n'en sortent pas et sont amers.
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   16 mars 2015
C'est en vérité l'Etat qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'Etat, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'Etat, dont l'Etat peut faire ce qu'il veut, l'Etat met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'Etat que sortent les enfants, voilà la vérité. (p42)
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Videos de Thomas Bernhard (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Thomas Bernhard
Le 17 mars 2021 a disparu le comédien Jacques Frantz.
Sa voix de basse, puissante, vibrante et expressive, était particulièrement appréciée dans l'art du doublage. C'est tout naturellement que, en 2007, il a rejoint les grandes voix de « La Bibliothèque des voix » pour immortaliser dans un livre audio l'ancien acteur shakespearien désabusé dans la pièce de Thomas Bernhard « Simplement compliqué ».
Nous partageons cet extrait pour lui rendre un dernier hommage et adressons nos pensées émues à sa famille.
- - - Le texte imprimé de « Simplement compliqué » de Thomas Bernhard a paru chez L'Arche Éditeur, en 1988. Direction artistique : Michelle Muller.
+ Lire la suite
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