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ISBN : 9791025603796
Éditeur : Editions Thélème (11/10/2018)
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Note moyenne : 3.8/5 (sur 52 notes)
Résumé :
Pour la première fois, Christian Bobin livre un texte entièrement composé de lettres. Rares et précieuses, elles sont adressées tour à tour à sa mère, à un bol, à un nuage, à un ami, à une sonate. Sous l’ombre de Ryokan, moine japonais du XIXe siècle, l’auteur compose une célébration du simple et du quotidien. La lettre est ici le lieu de l’intime, l’écrin des choses vues et aimées. Elle célèbre le miracle d’exister. Et d’une page à l’autre, nous invite au recueille... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  04 septembre 2017
Inconditionnelle depuis longtemps de l'univers et du style de Christian Bobin...
Contrairement à un grand nombre de lecteurs qui ont été "captifs" de cet auteur, avec "Le Très-bas", j'ai débuté la connaissance de cet écrivain,
avec un texte qui m'avait bouleversée: " Autobiographie au radiateur"...
depuis j'ai poursuivi avec ténacité "mon addiction" !!!
Je me suis ainsi précipitée une nouvelle fois sur ce tout dernier opus...dont la maquette est très réussie, et des plus lumineuses!
Couverture des plus sobres, blanche avec , en creux , une phrase de l'auteur, manuscrite (en gris argenté-bleu...occupant le centre du premier plat...) ,s'ensuivent toujours de la main de C. Bobin, sur papier de couleur, quelques pages expliquant le noyau de ce nouvel ouvrage...et le but recherché quant à l'écriture, .qui au-delà de ce texte entièrement constitué de lettres [ Lettres à sa mère, à l'ami, à un nuage, à un pauvre bol...à son âme, à la poétesse, Marina Tsvetaeva, etc.] m'a fait rencontrer avec bonheur, le moine-poète-calligraphe, Ryokan...
Ensuite, je me suis laissée porter par la petite musique de l'auteur. Comme
toujours la POESIE est omniprésente, poésie infinie des choses
paraissant insignifiantes , au commun des mortels... mais transfigurées, sublimées par la plume de l'écrivain... Je n'ai pas envie d'ajouter plus de bavardages à ce moment de lecture, très particulier, et très décalé...Je laisse la parole à Christian Bobin, qui signifie mieux que quiconque ce qu'il souhaite transmettre et atteindre , dans son écriture !
" Je rêve d'une écriture qui ne ferait pas plus de bruit qu'un rayon de soleil heurtant un verre d'eau fraîche. Ils ont ça , au Japon. Un de leurs maîtres du dix-neuvième siècle, Ryôkan, est venu me voir. Vous verrez : il n'a qu'une présence discrète dans le manuscrit. Il se cache derrière le feuillage de l'encre comme le coucou dans la forêt.
C'est que je crois qu'il est vital aujourd'hui de prendre le contrepied des tambours modernes : désenchantement, raillerie, nihilisme. (...)
Ryôkan, je ne le connaissais pas il y a deux ans. Et puis je le découvre et je
revois des pans de ma vie : moi aussi j'avais trente ans, aucune place dans
le monde (...)
Je n'ai pas écrit un livre sur Ryôkan mais un livre avec lui. C'est simple: je ne crois qu'au concret, au singulier. Aux maladresses de l'humain- pas au prestige des machines. Les livres sont des âmes, les librairies des points d'eau dans le désert du monde.
Les Lettres manuscrites sont comme les feuilles d'automne: parfois un enfant ramasse l'une d'elles, y déchiffre l'ampleur d'une vie en feu, à venir. Ce qui parle à notre coeur-enfant est ce qu'il y a de plus profond. J'essaie d'aller par là. J'essaie seulement. "
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ninachevalier
  02 septembre 2017
Christian Bobin Un bruit de balançoire l'Iconoclaste
( 97 pages – 19€ ) 30 Août 2017
Le nouveau Bobin, comme l'annonce le bandeau, les fidèles lecteurs de l'auteur l'attendent comme les hirondelles le printemps, pour y découvrir «  le nid bâti sous la poutre du langage » !
Christian Bobin nous happe dès la couverture avec son texte manuscrit, fragment de l'introït sur pages bleues qui ouvre ce recueil. L'auteur nous y expose sa philosophie de vie, du minuscule ( pétales d'églantine, fleurs de cerisier, des mandarines), les motifs traités. Il s'insurge contre «  les tambours modernes » qui ne véhiculent que «  désenchantement, raillerie, nihilismes » et prône « la simplicité inouïe d'une parole ».
Il nous signale l'influence et «  la présence discrète » du poète japonais Ryokan avec qui il a tissé des affinités électives depuis peu. Ce n'est pas un fil rouge mais un fil d'or, un fil lumineux qui se déroule dans ce recueil épistolaire.
L'écrivain souligne combien les livres ont été déterminants, pétri de gratitude pour «  leur prévenance ». Comment ne pas partager les propos de l'amoureux des livres, qui les met à l'honneur dans chacun de ses recueils : «  Les livres sont des âmes, les librairies des points d'eau dans le désert du monde » ?
En avant-propos, l'auteur montre combien se séparer de son manuscrit équivaut à en faire son deuil. Dans Noireclaire,l'écrivain veut «  tuer l'homme ».
Ici, il revisite son enfance, sa rue natale, à la recherche de «  son coeur - enfant », de «  L'enfant-moi ». On le croise à différentes périodes de sa vie : nouveau né, à quatre ans émerveillé par «  l'explosion lente et silencieuse d'un pissenlit », à huit ans sur «  cette vilaine place du Creusot », avec le pull jaune de ses 30 ans.
Parmi les récipiendaires des lettres on trouve des femmes, des hommes, mais aussi des objets du quotidien ( le bol) , des oiseaux, et même un lieu : le vieil escalier.
En adressant la première lettre à une «  chère inconnue », il permet à chaque lectrice de s'identifier à elle.
Parfois parisien, Christian Bobin s'arrête près des bouquinistes et sauve de l'oubli «  quelques poètes au fond d'un bac », en repêchant «  trois carpes géantes », tout en écoutant «  La Seine qui éclate de rire ».
On sait combien le poète aime les arbres, vit entouré d'arbres. Dans sa lettre au forestier, on devine son désarroi de voir « des branches abattues, empilées ». Toutefois, respectant le travail du forestier, il en vient à positiver et le remercie « pour la soûlante odeur du bois coupé », pour « le parfum multiplié ».
Comme Vassilis Alexakis, qui poursuit avec sa mère ses conversations d'autrefois dans je t'oublierai tous les jours,l'écrivain relate à sa mère un instantané de vie. Ainsi, au lieu de se consacrer à sa correspondance, il relit Nerval et s'égare dans la forêt de Compiègne, lui confie-t-il.
Christian Bobin entremêle souvenirs familiaux, odeurs, paysages,musique, sourires. Ainsi il égrène des notes de Bach,d'un concerto de Mozart. Il nous fait entendre le piano de «  ce cher Messager », le compositeur estonien Arvo Pârt, «  qui sonnait comme une horloge comtoise- quelque chose de lancinant ».
Il se remémore les jeux d' Hélène avec ses amis, leurs rires et s'y être immiscé.
Il évoque l'histoire en nous conduisant en Pologne, à Lotz, et recourt à une formule choc : l'oxymore : «  le bonheur est un meurtre. », pour décrire son état d'âme : «  gai, insouciant » dans ce lieu martyre dont il ignorait le passé.
Dans sa lettre à Nadjeda, il rend hommage à celle qui a mémorisé l'oeuvre de son époux Ossip Mandelstam, le poète qui ne savait « qu'extraire des diamants de la gangue du langage ». Ne l'invite-t-il pas à se livrer, assise à ses côtés ?
Dieu lui apparaît au contact de son bol, dans les livres, dans un brin d'herbe, dans une fleur d'églantine, «  même s'il ne sait définitivement pas ce qu'est Dieu » et «  s'en moque ». Pas facile de donner à une interlocutrice une définition des anges !
Christian Bobin, le contemplatif, ne cache pas sa passion pour les fleurs. Ne sont-elles pas comme Michael Lonsdale les qualifie «  des anges qui nous transmettent un message de beauté et de transcendance » ou «  des messagères de Dieu » ? le lecteur n'a plus qu'à s'émerveiller devant «  l'avalanche d'une glycine ».
Le poète adhère à la cause animale, «  les bêtes sont des anges » pour lui. Il peut voyager «  dans les yeux d'un chat », il se délecte du chant des oiseaux. Si dans La grande vie,Christian Bobin s'adresse à un merle, ici il se confie à Monsieur le coucou et nous fait partager son chant. «  C'est sentir mon coeur tapissé d'or », concède-t-il.
L'auteur laisse deviner son côté spirituel et mystique quand il écrit aux invisibles : à son cher fantôme, à sa chère âme. Il n'a pas son pareil pour filmer en mots le ballet de gouttes de pluie sur la vitre «  insensible d'un train ». Il sait s'émerveiller devant leur «  bombement argenté et bordure laiteuse ». Éphémères leur vie, ramenant à la fragilité et la finitude de l'humain. Et Christian Bobin de conclure : «  Vivre n'est rien d'autre que donner sa lumière, traverser la voie lactée des épreuves.. », «  aucune lumière donnée ne se perd ».
On termine la lecture par la lettre à Lydie où il est question de Bach, de mousse et d'où nous parviennent les grelots de ses rires. On peut deviner en boomerang le rire franc de Christian Bobin que l'on garde en mémoire lors d'interviews.
Lydie, un prénom qui renvoie aux entretiens que Lydie Dattas a consignés dans La lumière du monde, dans lesquels la quête de la LUMIÈRE intérieure reste essentielle.
Christian Bobin décline un hymne à la poésie, omniprésente, convoque des figures tutélaires comme Ryokan et son maître Dogen, qu'il confesse avoir découvert récemment. Il rend hommage à à ceux qui, imprégnés de poésie, ont traversé sa vie :comme la poétesse russe Marina Tsvetaeva ou le regretté et ami Jean Grosjean. Il encourage au partage, et à l' « émietter » comme du pain.Il livre une définition éblouissante et imagée de la poésie : «  La poésie est un instrument d'optique autrement plus fin que les télescopes qui grattent le nombril du ciel. »
L'écrivain s'interroge sur l'usage de l'écriture manuscrite, constatant la domination du numérique. Les mails remplaçant l'intimité, la proximité des lettres, ne redoute-t-il pas la disparition d'une main «  qui danse », calligraphie ? Cette résistance au tout numérique était déjà présent dans La grande vie.
Christian Bobin valorise le geste de l'écriture, geste d'ouverture à l'autre, comme le faisait Mallarmé.Il voit dans l'écriture « la souplesse » de s'adapter à la vie, d'être en phase avec la nature.
Tout le long du recueil, l'auteur glisse des métaphores somptueuses relatives à l'écriture ( « L'écriture s'enfonce dans le coeur du lecteur comme une aiguille de couturière.C'est pour y faire entrer un jour miraculeux. »), la vie ( cette «  fugueuse aux yeux verts de prairie » et à la mort, ces «  fins dernières de la vie dont il ne sait rien ». N'a-t-il pas imaginé inventer «  une tapette à anges » pour conjurer le sort ?
Christian Bobin signe un ouvrage à la présentation soignée, dans lequel il distille, comme des becquées de lumière, son rapport à l'écriture, à la nature, à la croyance, aux livres. La lecture n'est-elle pas sa «  prison bienheureuse » ?
Quel florilège rassérénant ces vingt lettres servies par une plume poétique, tour à tour émouvantes, bucoliques, champêtres, nostalgiques, en phase avec la nature !
A nouveau le visage du lecteur «  s'éclaire comme si le livre sur lequel il se penche » était une bougie ». «  Aimer quelqu'un, c'est le lire » pour Christian Bobin.
Remercions le pour sa sollicitude et le rôle salvateur de son écriture, lui qui a «  toujours écrit pour sauver quelque chose ou quelqu'un » ou «  faire sourire »..Un mission altruiste admirable.

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saphoo
  30 novembre 2017
Comme toujours c'est un pur bonheur de lire cet auteur, c'est comme ouvrir une parenthèse sur le fil du temps, lire, simplement, et se laisser bercer par le son des mots, ressentir la caresse des phrases, entendre le silence d'une virgule posée, le tic d'un point à peine noirci. C'est un délice, un instant précieux dans notre journée, une bulle d'oxygène, qui s'élève vers des sphères lointaines, d'un pays qu'on appelle poésie. le livre se referme, la parenthèse aussi, mais on est encore un peu blotti entre ses bras, on peine à s'extirper de ce moment de bonheur.
Je ne peux pas faire une critique d'un livre qui se lit mais ne se raconte pas, c'est personnel, c'est un ressenti plus qu'une histoire à vous conter. Je vous partage juste cet instant, et je vous invite vous aussi à ouvrir les parenthèses… Offrez-vous un moment de grâce
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laurent35
  20 janvier 2019
le temps s'arrête nous sommes dans l'ici et maintenant et nous flottons au milieu de la prose la poésie et le rêve
merci
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marjorieanne6344a18
  15 octobre 2018
Je considère que mes structures mentales étaient préparées à accueillir un texte comme celui-ci. de plus, comme j'avais déjà lu des livres de Christian Bobin, je savais à quoi m'attendre avec son style d'écriture rempli de métaphores. Par contre, certaines références m'ont échappé, comme lorsqu'il s'adresse au poète et moine japonais Ryokan. Je ne connaissais pas ce personnage, ce qui ne m'a pas empêché de faire des recherches pour comprendre qui il était. Outre quelques références ou vocabulaire qui m'étaient inconnus, j'étais capable de saisir l'essence du roman, parce que mes structures mentales, ma vision de la société et du monde ressemble à celle de Bobin. Par exemple, les cultes qu'il voue à la nature, aux animaux, à la musique, à l'écriture, aux amis, à la légèreté de l'existence, et j'en passe, me confortent dans mes convictions et me font adhérer complètement aux propos de l'auteur. L'effet de croyance est ici total.
Mes structures mentales étaient déjà préparées et j'avais un très grand intérêt à lire le livre, parce que j'avais l'intime conviction que l'auteur peindrait la réalité (ou plutôt l'illusion que je me fais de la réalité, arguerait Bourdieu) comme je la vois, «mais dissimulées sous les dehors d'aventures contingentes, d'accidents anecdotiques, d'évènements particuliers» (Bourdieu, 1998, p.541). En effet, sous des dehors poétiques et d'innombrables métaphores, Bobin cachait certaines structures du monde social qui me permettaient de me situer à travers ses propos. Par exemple, tout ce qu'il affirme dans le roman vise à ramener le lecteur aux émotions habitant son coeur d'enfant, aux petits plaisirs simples de la vie. Ainsi, tout ce qu'il raconte sous forme de poème va dans ce sens-là : «La vie est un jeu où il s'agit d'approcher au plus près de soi sans s'en apercevoir», «La plus long voyage que j'ai fait, c'était dans les yeux d'un chat […] leur silence est proche de celui des livres», ou encore «J'ai aimé les livres pour ce qu'ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu'on les entend à peine» (Bobin, 2017). On voit bien que, sous ses airs poétiques, Bobin veut passer un message, sa propre vision de la réalité. Je crois qu'un conditionnement social est à la base de mon intérêt envers ce livre, et envers tout livre que je choisis de lire. J'ai toujours écrit, que ce soit sous forme de chansons ou de poèmes, ce qui fait que les dires de l'auteur sur l'importance de l'écriture et de la lecture me touchent. Je fais de la musique depuis mon enfance et j'en compose aussi, ce qui fait que je comprends les odes à la musique que Bobin fait. En somme, je peux affirmer sans contredit que mes structures mentales étaient en parfaite adéquation avec les structures du monde social qui sous-tendaient le roman et que c'est en particulier ce qui m'a permis de l'apprécier à sa juste valeur.
Références :
Bourdieu, P. (1998). L'illusion et l'illusio. Dans Les règles de l'art : genèse et structure du champ littéraire. Paris, France : Seuil.
Bobin, C. (2017). Un bruit de balançoire. Paris, France : L'iconoclaste

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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
laurent35laurent35   20 janvier 2019
les plus beaux opéras se donnent en secret
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fanfanouche24fanfanouche24   03 septembre 2017
Je rêve d'une écriture qui ne ferait pas plus de bruit qu'un rayon de soleil heurtant un verre d'eau fraîche. Ils ont ça , au Japon. Un de leurs maîtres du dix-neuvième siècle, Ryôkan, est venu me voir. Vous verrez : il n'a qu'une présence discrète dans le manuscrit. Il se cache derrière le feuillage de l'encre comme le coucou dans la forêt.
C'est que je crois qu'il est vital aujourd'hui de prendre le contrepied des tambours modernes : désenchantement, raillerie, nihilisme. (...)
Ryôkan, je ne le connaissais pas il y a deux ans. Et puis je le découvre et je
revois des pans de ma vie : moi aussi j'avais trente ans, aucune place dans
le monde (...)
Je n'ai pas écrit un livre sur Ryôkan mais un livre avec lui. C'est simple: je ne crois qu'au concret, au singulier. Aux maladresses de l'humain- pas au prestige des machines. Les livres sont des âmes, les librairies des points d'eau dans le désert du monde.
Les Lettres manuscrites sont comme les feuilles d'automne: parfois un enfant ramasse l'une d'elles, y déchiffre l'ampleur d'une vie en feu, à venir. Ce qui parle à notre coeur-enfant est ce qu'il y a de plus profond. J'essaie d'aller par là. J'essaie seulement. "
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fanfanouche24fanfanouche24   03 septembre 2017
Chère Inconnue,

L'été est intolérant. Le soleil casse les vitres. (...)
J'ignore qui vous êtes. Je sais seulement que vous avez toujours été là, dès que j'ai donné ma main à l'écriture. Vous êtes ma vie absente qui vient manger dans ma main droite.
Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L'écriture est ce geste. (p. 14)
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DanieljeanDanieljean   15 juin 2017
Je suivais le cortège funéraire de mon dernier manuscrit. Le chemin était en pente, les cailloux rissolaient. Nous allions de l'été à l'automne comme on passe sans s'en rendre compte une frontière. Non : plutôt comme on marche sans les connaître sur d'anciennes tranchées. Le sol était rempli de guerres et mon coeur était en paix. Je suivais le corbillard invisible de mon manuscrit. Je l'avais relu la veille et, comment dire : c'était comme si j'avais regardé passer sur le fleuve de papier des troncs d'arbres flottant, s'entassant et ne bougeant plus. Mes mots ne donnaient qu'une lumière morte. J'ai ramassé les feuillets, tout jeté. C'est ce cortège que je suivais le lendemain. Les funérailles de mes trouvailles. L'enterrement se terminait au bout du chemin, près de la voiture qui mangeait son foin. Je suis rentré dans la maison où mon enfance m'attendait. Je me suis trouvé devant moi-même à huit ans. Je me suis donné un feutre. Tiens, écris, moi je vais me promener. Je reviendrai te voir quand tu auras fini. L'enfant-moi a souri puis il a plongé la tête, sa grosse tête butée, granitique, picorée de flammes, dans le papier blanc. Je suis sorti. Il m'a semblé qu'il écrivait des lettres. Il ne sait écrire que ça. Sa vie n'est rien qu'écrire. Le panda mange de l'eucalyptus, et lui de l'encre.
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baaab894baaab894   16 juin 2017
J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine.
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Rencontre avec Christian Bobin à la librairie la Galerne le Havre, pour la parution de "La nuit du c?ur".
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