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EAN : 9782266297769
960 pages
Pocket (01/10/2020)
3.7/5   261 notes
Résumé :
En 1924, la course pour parvenir au plus haut sommet du monde s’interrompt brutalement suite à la terrible disparition des célèbres alpinistes George Mallory et Sandy Irvine. L’année suivante, trois hommes – un poète britannique vétéran de la Grande Guerre, un guide de montagne français et un jeune idéaliste américain – tentent à leur tour leur chance. Mais quelqu’un, ou quelque chose, les poursuit, et, à 8 500 mètres d’altitude, alors que l’oxygène vient à manquer,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 261 notes
Dan Simmons m'a soufflée ! « L'abominable » est un roman magistral qui vient une nouvelle fois prouver le talent de conteur de Simmons.
Le titre est trompeur, enfin l'est-il vraiment ?, « l'abominable » n'est pas ce qu'on s'imagine lorsqu'on s'y attaque. Il s'agit avant tout d'un formidable récit d'aventure mais c'est aussi bien plus que ça.

Le roman se place dans le monde de l'alpinisme dans les années 30. Cet aspect est très documenté, Simmons a dû lire des tonnes d'ouvrages sur le sujet, la véracité est totale. Si les aspects techniques sont très présents, on parle crampons, cordes, équipement…, ces éléments sont rendus passionnants par l'auteur et n'amoindrissent jamais le souffle du récit. Au contraire, ces considérations techniques montrent à quel point l'alpinisme à l'époque était une véritable aventure pleine de risques et de dangers. Ces périls, Simmons les fait ressentir pleinement au lecteur. On est dans les pas des personnages, on peine avec eux, on a froid avec eux…
Le roman d'aventure se double d'un thriller de haute volée. La tension est permanente, le suspense parfaitement maîtrisé. Simmons emmène son récit dans une direction inattendue. le côté thriller du roman a une dimension historique qui tient presque du roman d'espionnage sans que jamais l'aventure ne perde de son souffle. Ce changement de cap de l'intrigue m'a vraiment surprise mais le tour de force c'est que ça parait naturel, on n'a jamais le sentiment que l'auteur a recours à un truc, ça glisse tout seul.

Ajoutez à cette construction imparable des personnages vivants et bien campés et des descriptions immersives… Voilà un roman qui atteint des sommets. J'ai adoré.

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Pour les amoureux de la montagne ou encore mieux pour les alpinistes, je pense que ce roman doit être un régal. Pour moi qui ne suis ni l'un ni l'autre, j'y ai trouvé des longueurs. Les descriptions parfois techniques, toujours très documentées ont été parfois un peu fastidieuses et je dois avouer que certaines pages ont été lues en diagonale. L'intrigue est tout à fait secondaire. L'intérêt de ce roman est bien plus la vision très réaliste (enfin je pense) de l'ascension, par nos 3 alpinistes, des montagnes dans des conditions extrêmes. On arrive à s'imaginer les difficultés, le froid, la dangerosité sans aucune difficulté, les descriptions sont de grandes qualités et hyper documentées. (mais un peu trop pour moi). Je ne fais sans doute pas partie du public visé par l'auteur qui, à mon avis cible des lecteurs plus avertis ! J'ai tout de même apprécié et ne vais pas bouder cet auteur !
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8 juin 1924. George Mallory et Sandy Irvine, deux alpinistes anglais, délaissent les membres de leur expédition pour entreprendre, seuls, la dernière étape de l'ascension de l'arête nord de l'Everest. On ne les reverra jamais et, aujourd'hui encore, on ignore comment ils ont disparu et s'ils sont parvenus à atteindre le sommet avant de périr. Voilà un mystère à même d'enflammer l'imagination d'un auteur comme Dan Simmons, qui s'est justement penché sur le sort de cette tragique expédition dans un roman paru en 2013 et traduit il y a peu par les éditions Robert Laffont. Ce n'est pas la première fois que l'écrivain s'inspire d'un fait-divers historique de ce type pour en tirer un roman fantastique : je garde pour ma part un vif souvenir de ma lecture de « Terreur » consacré à l'expédition du capitaine John Franklin, disparue dans l'Arctique sans laisser de traces. Hélas ! Hélas quelle déception que cet « Abominable » qui, en dépit d'un début plein de promesses, retombe comme un soufflet ! Tout commençait pourtant bien. Après un prologue alléchant dans lequel l'auteur se met lui-même en scène et affirme avoir mis la main sur un témoignage exceptionnel rédigé par un certain Jake Perry, on se plonge avec délice dans les carnets de ce vieil alpiniste qui, sentant la fin venir, décide de revenir sur un épisode déterminant de sa vie : sa tentative clandestine d'ascension de l'Everst en 1925 en compagnie d'un petit groupe d'aventuriers. Ils sont trois, dans un premier temps, à entreprendre cette expédition périlleuse : le jeune Perry, un vétéran de la Première Guerre mondiale et ancien compagnon de cordée de George Mallory, et un talentueux guide de Chamonix. Si chacun d'entre eux entend bien réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué, ce n'est toutefois pas le but officiel de leur voyage. En effet, au même moment de la disparition de Mallory et Irvine, un jeune alpiniste anglais suivant l'expédition principale est lui aussi porté disparu. Un témoin, un homologue allemand, prétend avoir vu Lord Percy se faire emporter par une avalanche, mais personne ne semble croire à cette théorie qui comporte de sérieuses lacunes. Certains racontent que le jeune homme paraissait être pris en chasse par des hommes armés qui l'auraient poursuivit jusque sur les pentes de l'Everest. D'autres mentionnent l'existence de mystérieuses créatures qui hanteraient la montagne et s'attaqueraient occasionnellement aux aventuriers trop téméraires. A nos trois héros de démêler le vrai du faux et, si possible, de retrouver le corps du jeune homme, ainsi que, avec un peu de chance, ceux de Mallory et Irvine.

Comme pour tous ses romans s'inspirant d'une période historique, Dan Simmons a pris soin d'accumuler une montagne d'informations. « L'Abominable » ne déroge pas à la règle et, à ce titre, s'avère passionnant, surtout dans la première partie. le contexte historique, d'abord, est remarquablement détaillé. Nous sommes en plein dans l'entre deux-guerres, et les stigmates de la première sont toujours bien visibles, que ce soit chez les anciens combattants, toujours hantés par les souvenirs des tranchées, ou chez les civils qui ont tous perdus au moins un proche dans le carnage. L'auteur nous donne également un aperçu du contexte de l'Allemagne de l'époque, humiliée par les vainqueurs, en grande difficulté économique et dans laquelle émerge une nouvelle force politique incarnée par Adolf Hitler (qui s'attelle alors en prison à l'écriture de « Mein Kampf »). Mais là où l'auteur se fait le plus minutieux, c'est en ce qui concerne l'alpinisme, sujet à propos duquel il a réuni dans ce roman une documentation colossale. On en apprend ainsi beaucoup sur les nombreuses expéditions lancées dans les années 1920 afin de « conquérir » les plus hauts sommets du monde, ainsi que sur les tragédies qu'une telle ambition n'a pas manqué de provoquer. le roman se révèle aussi très instructif concernant les techniques d'escalade ainsi que sur le matériel mis à disposition à l'époque, celui-ci nous étant présenté dans les moindres détails. La géographie de l'Everest n'aura également bientôt plus de secret pour le lecteur tant l'auteur se révèle précis dans sa description du terrain et des dangers que comporte telle ou telle partie de l'ascension. Enfin, il est extrêmement intéressant de se faire raconter de manière aussi minutieuse le fonctionnement d'une expédition de ce type, dont on peine à imaginer l'organisation et les ressources extraordinaires qu'elle nécessite. Recrutement des sherpas, installation des camps à différents niveaux d'altitude, montée du matériel, exploration du terrain… : Dan Simmons n'est, encore une fois, pas avare en détail et c'est dans ces moments que le roman se révèle vraiment passionnant car il permet une immersion totale du lecteur dans cet environnement hostile où la moindre erreur peut devenir mortelle.

Malheureusement, en dépit d'une documentation impressionnante, le roman déçoit par son intrigue bâclée. Une fois passée l'excitation de la première partie consacrée au récit de la disparition de Mallory et Irvine et à la préparation de l'expédition des trois héros, il faut bien avouer qu'on finit par s'ennuyer ferme tant l'histoire met du temps à démarrer. Les alpinistes rassemblent leur matériel, discutent de ce qui les attend là haut, évoquent les différentes routes qu'ils pourront emprunter… et c'est tout pendant un long moment. Ce n'est que lorsque les personnages finissent par parvenir sur l'Everest que le lecteur est pris d'un regain d'intérêt. Enfin, on va découvrir ce qu'il est arrivé à Mallory et Irvine et basculer dans le fantastique ! Il faut dire que l'auteur nous avait mis l'eau à la bouche avec ses histoires de yétis dont les précédentes expéditions auraient relevées des traces et que les moines des environs disent avoir aperçus dans la montagne. On attend donc, sur nos gardes, que les choses sérieuses commencent. On attend. On attend… Et puis rien ne vient. Alors certes, la montée est émaillée de péripéties liées à la météo, au froid, au manque de matériel ou de préparation, mais la menace tant attendue n'arrive jamais. En effet, en dépit de ce que sous-entend la quatrième de couverture et de ce à quoi l'auteur nous avait jusque là habitué, il ne s'agit pas là d'un roman fantastique. Pas l'ombre d'un élément surnaturel ou possiblement interprétable comme tel en vu, donc. le récit pourrait malgré tout valoir le coup : après tout, le mystère de la disparition du jeune lord anglais recherché pourrait tout à fait avoir une explication rationnelle aussi passionnante que si un élément fantastique avait été en cause. Sauf que l'explication qui nous est finalement donnée (après de très très longues digressions) est vraiment très légère et, comble de la déception, carrément prévisible. Car ce qu'on pensait depuis le début être une fausse piste cherchant à égarer le lecteur un peu trop crédule se révèle finalement être... la véritable explication. Circulez, il n'y a rien à voir !

En dépit d'une vaste biographie composée d'ouvrages de grande qualité (« Hypérion », « Terreur », « L'échiquier du mal » et tant d'autres), Dan Simmons n'a pas écrit que des chefs d'oeuvre, et ce roman en est malheureusement la preuve. En dépit d'une documentation impeccable qui nous immerge complètement dans l'ambiance de l'époque et nous fait découvrir les spécificités de l'alpinisme sur l'Everest, le roman souffre malheureusement d'une intrigue bancale et prévisible, ainsi que d'un manque de rythme qui donne l'impression que l'auteur cherche à délayer au maximum son récit. Dommage...
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Après « Terreur » (2008) (l'expédition polaire arctique Franklin de 1845 et le mythique passage du nord-ouest le long duquel elle disparut), Drood (2011) (un retour crépusculaire sur certaines zones d'ombre de Charles Dickens et de Wilkie Collins) et « Collines noires » (2014) (de Little Big Horn au Mont Rushmore : la Grande Histoire US revue et corrigée par un Peau-Rouge), Dan Simmons nous propose une fois de plus, avec « L'Abominable », un pavé documentaire camouflé en roman Fantastique (quoi que ... voir plus loin). L'auteur nous raconte le monde encore rudimentaire de l'alpinisme des années 20's au service de l'Everest. Il régurgite tous les renseignements qu'il a trouvé de ci de là: les techniques de grimpe d'alors en haute altitude, les particularités météorologiques, géographiques, géologiques, géopolitiques et ethniques de l'espace himalayen, certains faits historiques de l'époque (agitant le monde et par ricochets la région) ... etc; le tout déversé en vases communicants des faits réels (à maxima) vers la fiction pure (à minima); le mix est crédible, c'est la force première de l'auteur.

L'Himalaya donc, celui des années 20's, à qui gravira enfin le plus haut sommet du monde, l'Everest (8849m).

La réalité historique fait état du premier pied vainqueur en 1953. Mais en 1925 déjà, ainsi du moins l'affirme Simmons, une autre expédition n'a-t-elle pas accompli l'exploit sans qu'on n'entende parler d'elle pour des raisons appartenant au « secret d'état » ?

Quatre de couverture : « Juin 1924. La disparition inexpliquée des alpinistes Mallory et Irvine, au cours de leur ascension de l'Everest, fait la une de la presse. Mais qui se souvient de Lord Bromley, dit « Percy », autre concurrent à la course au sommet, évaporé dans les mêmes conditions la même année ? Manque d'oxygène ? Avalanche mortelle ? Autour du camp de base, la rumeur fait état d'une mystérieuse créature des neiges alors qu'une nouvelle expédition s'élance en 1925 à la recherche des disparus... voire d'une vérité bien plus abominable encore... »

Deux anglais, un américain, un français et un indien ; cinq alpinistes chevronnés sur les flancs glacés de l'Everest ; tous (ou presque) en mission de rapatriement des corps et accessoirement d'ascension enfin réussie. Une équipe resserrée et efficace, discrète, très mobile, réactive, porteuse des dernières technologies en matière d'alpinisme, aidée d'une poignée de sherpas. Simmons nous sert la version officieuse de quelques-uns sur la piste perdue d'aventuriers disparus. Comme dans « Terreur », il use du scénario archétypal de l'expédition évaporée dans la nature hostile et ayant engendré les rumeurs les plus folles sur ce qui lui est advenu. le passage mythique du nord-ouest arctique de « Terreur » renait dans la voie inlassablement recherchée vers le sommet de l'Everest encore invaincu. Simmons brasse la réalité historique (majoritairement) à celle de son imaginaire, comblant les lacunes et les mystères laissés inexpliqués au-delà des faits connus.

« L'Abominable » est sorti en 2013 (version US), en 2019 (grand format made in France), en 2020 (année de parution poche chez Presses Pocket). 6 ans, donc, avant d'enfin débarquer chez nous ? Robert Laffont en avait de loin en loin reculé la parution. Lenteur de traduction (tu m'étonnes) ou crainte d'un accueil mitigé ? Problème autre (« Flashback », J.D. Brèque) ? le temps s'était, semble t'il, mystérieusement étiré d'un bord à l'autre de l'Atlantique pour qui guettait la VF de ce best-seller potentiel, l'enfin nouvel opus teinté de Fantastique d'un écrivain de renom qui, au-delà de certains « mauvais genres », s'était trouvé un créneau juteux dans le blanc du mainstream, cachant son Fantastique sous des habits de littérature générale. Que s'est t'il passé ? Basta si ce n'est qu'il convient peut-être de trouver l'explication dans les faiblesses et défauts de l'ouvrage.

Le pavé (cette obésité de pages était attendue, le format dodu étant devenu marque de fabrique de l'auteur) est enfin là sous mes yeux ; 957 pages bien gonflées en poche, menue police typo et rares renvois à la ligne d'un paragraphe à l'autre. Une avalanche de signes déferle dès l'introduction comme autant de cailloux rendus à la gravité, il va falloir résister pour aller jusqu'au mot « fin », là-haut, tout là-haut. Il va falloir y consacrer du temps, beaucoup de temps le lecteur tourne lentement les pages, une à une, comme l'alpiniste gravit les presque verticalités de l'Everest au ralenti, en manque d'oxygène. Près d'un millier de pages en attente ; un sacré poids en bout de bras, le demi-kilo frôlé ; pas de lest, pas de condensé, de reader's digest usant de raccourcis. La lecture s'amollit quand le détail pullule et overdose, il faut se soumettre à la lenteur qu'il impose quand, lecture en diagonales rapides inévitablement engagée, taillant dans le gras pour éliminer le superflu, on confond les versants, les arêtes, les pics, les pénitents, les moraines, les glaciers, les ressauts et les à-pics, les faces, les altitudes, les camps … On sait que l'approche sera longue et lente, que le vif du sujet enfin sous les yeux prendra du temps à s'affirmer (les deux tiers sinon même les trois quarts en lents préparatifs), qu'il y faudra de l'abnégation et de la patience. A l'égal de « Terreur » et de « Drood » ce sera une interminable attente d'hors-d'oeuvres documentaires. On va bouffer du crampon ; du mousqueton ; de la chaussure de montagne ; de la crevasse ; de corde au mètre, de ses qualités et défauts au regard de ses millimètres de diamètre ; de noeuds compliqués, de la façon de les faire et défaire ; d'avalanches meurtrières ; de piolets ; de précipices insondables ; de bouteilles et de masques à oxygène ; de rappels en à-pics ; de règles de cordée ; du bric-à-brac tout cliquetant et tintinnabulant que l'alpiniste pro des années 20's trimballait sur lui ; de l'anorak à duvet d'oie récemment breveté vs les lainages en pelures d'oignon superposées ; du sherpa vs le sahib ; du yak vs le mulet ou le cheval ; de la toile de tente battue par des vents d'outre-ciel ; de chaussettes mouillées et d'orteils gelés intégrés ; de lunettes noires contre la réverbération aveuglante du soleil sur la neige. Simmons nous avait fait le coup avec Terreur mais çà matchait, là çà coince par overdose ; Simmons s'est posé en équilibriste entre le trop et le pas assez et clairement à mon sens s'est flanqué à l'à-pic du premier.

Mais Simmons, versant Fantastique, est un conteur ; il sait y faire ; je suis allé au bout de son propos, heureux non pas tant d'en avoir enfin fini avec lui que de l'avoir lu comme un obstacle à franchir, d'avoir pris plaisir à ce qu'il m'a appris sur la très haute montagne. J'ai refermé l'épais volume avec la certitude de revenir vers les parutions ultérieures de l'auteur au gré des mêmes mécanismes de narration. On a dit de Stephen King qu'il aurait été capable de décrire le contenu de sa poubelle sans ennuyer son lecteur ; je reformulerai en précisant que ses longues digressions m'intéressent plus que ses brefs instants de frissons, on y suit avec passion cet American Way Of Life qui est le coeur de son propos d'écrivain. Simmons est du même tonneau mais d'une finalité différente et peut-être inférieure en qualité, il s'overclocke sous le poids de la documentation d'amont qu'il régurgite en aval. le bonus de le lire est dans ce qu'il apprend sur un sujet que l'on n'aurait pas chercher à approfondir autrement. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait avec Hyperion, me remettant en mémoire ce que la SF a pu inventer avant lui. Simmons, en ce sens bon faiseur ? Oui ; sans cette qualité, comment boucler sans abandonner une aussi longue lecture gonflée (jusqu'à l'overdose) d'autant de détails techniques (à priori réservés aux spécialistes de la verticalité rocheuse et glaciaire) ? Etrange paradoxe que celui d'un auteur qui fait ronronner ce qu'il écrit au rythme ce qu'il prend ailleurs, lénifie ce qu'il raconte et qui, bon an mal an, conduit son lecteur à terme, le rendant fier d'en avoir fini et d'avoir tant appris.

Restent cependant deux gros grains de sable dans la machine :

La montagne accouche d'une souris : le(s) yéti(s) attendu(s), promis au générique d'ouverture manque(nt) à l'appel. Tout petits riquiqui les bestioles terrifiantes, à tel point qu'il n'y en a pas la moindre grosse patte griffue d'une seule. Pourtant, rien que le titre du roman déjà, « L'abominable » : quoi de plus explicite, quoi de plus attendue que leur présence ? On en trouve mention dans la 4 de couv. Simmons, lui-même, dans le corps du récit, en parle de loin en loin. Titre racoleur et 4 de couv trompeuse donc. Il me manque mes yétis (smiley boudeur). Bref, les yétis hibernent pendant les courtes périodes favorables à l'alpinisme himalayen, j'aurais au moins appris çà.

En outre le Fantastique promis s'évapore sous le roman d'aventures et d'espionnage qui longtemps se cache et peu à peu, hélas, s'impose : les armes à feu remplacent les cris de terreur dans la nuit face à la bête immonde et le tout se fait "chasse au trésor" d'un secret d'état. « L'Abominable », au final, prend goût de thriller d'altitude et s'ampute de ce que son lecteur attendait de lui en priorité: sa part fantastique. La fin est inattendue (ce qui est une qualité) mais grotesque (ce qui est un énorme défaut). La mise en abime principale (il y en a plusieurs en strates d'inégales importances) émerge des neiges éternelles comme un cheveu à la surface d'une soupe, elle m'a laissé pantois et désabusé : tout çà pour çà me suis-je dit.. !

Alors, « L'abominable », pavé pour remplacer un pied cassé d'armoire (normande) bancale ? Comment dire… ? Oui, un peu. N'empêche : le long voyage vaut peut-être le détour si la passion montagne vous anime, si les bases techniques de l'alpinisme ne vous sont pas des artéfacts lointains (presque E.T.) à l'usage de celles et ceux qui rêvent de verticalité sur fond de ciel tourmenté.
Lien : https://laconvergenceparalle..
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Dan Simmons est un de mes auteurs préférés, mais j'ai souvent du mal à entrer dans ses romans.
J'ai dû m'y reprendre à deux fois pour la série des « Cantos d'Hypérion », mais je me félicite d'avoir persévéré car ce cycle est un de mes meilleurs souvenirs de lecture.
« L'Abominable » m'a aussi demandé des efforts, les premières pages ont été laborieuses, puis petit à petit, le récit s'est mis en place et j'ai pris du plaisir à suivre le trio d'alpinistes dans son ascension de l'Everest.
*
La raison principale de mes difficultés à entrer dans le livre est que je ne m'attendais pas à un récit d'aventure, mais plutôt à un thriller fantastique, avec une petite pointe d'horreur. Je pensais que l'histoire se rapprocherait de « Terreur » du même auteur dont le scénario évolue autour d'une créature des glaces mystérieuse qui attaque des marins et s'évapore dans le froid glacé.
On suit ici trois alpinistes dans leur tentative de vaincre le plus haut sommet du monde et le yéti n'est mentionné que tardivement dans le roman et de manière très sporadique.
Alors, le titre est-il bien choisi ou est-ce un titre aguicheur ? La dernière partie du roman permet de comprendre le choix judicieux de l'auteur.
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J'aime beaucoup cet auteur qui sait se renouveler en proposant des récits d'aventure, de science-fiction, de fantastique, d'horreur ou de policier. Dan Simmons aime s'emparer de faits divers pour construire son récit, les zones d'ombre laissant l'auteur libre d'orienter son récit vers le fantastique.
« Terreur » revient sur l'expédition maritime dans l'Arctique du capitaine Franklin en vue de découvrir le passage Nord-Ouest. L'Erebus et le Terror quitteront l'Angleterre en 1845 avant de disparaître.
« L'abominable » quant à lui, revient sur la mystérieuse disparition du célèbre alpiniste George Mallory et de son compagnon de cordée Sandy Irvine dans l'ascension de l'Everest le 8 juin 1924.

Cette affaire a créé une vive émotion dans le monde de l'alpinisme. Un témoin aurait aperçu les deux alpinistes gravissant l'arête nord-est de l'Everest en direction du sommet, avant que la brume ne s'élève et ne les dissimule au regard. Les maigres indices retrouvés sur les lieux à l'époque ne permettront pas de retrouver la trace des deux hommes, ni de savoir s'ils sont parvenus ce jour-là au sommet tant convoité. Cette énigme continue à obséder les nombreux passionnés d'alpinisme.
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En marge de l'accident qui a coûté la vie de Mallory et Irvine, Dan Simmons nous relate, sous la forme d'un journal de bord, un autre accident, fictif celui-ci, du jeune Lord Percival Bromley et de son compagnon de cordée, un dénommé Kurt Meyer.
Un trio inattendu composé trois alpinistes passionnés monte alors une expédition ayant pour but de retrouver le corps du jeune lord : Jacob Perry, un jeune étudiant américain arrogant et narrateur de l'histoire, Richard Deacon, un ancien colonel anglais vétéran de la première guerre mondiale, et Jean-Claude Clairoux un guide français de Chamonix.
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Ce roman est incroyablement bien documenté sur le monde de l'alpinisme. Il aurait pu ne pas me plaire, car très loin de mes goûts : je n'aime pas le froid, la neige, la glace, les pentes abruptes, j'ai le vertige, bref, la montagne, c'est un endroit magnifique et merveilleux, mais de très loin. Et bien, cette ambiance glacée, rude, vertigineuse, mortelle, bien au chaud emmitouflée dans ma couette toute douce, m'a conquise.
Pour entreprendre une aventure aussi audacieuse et périlleuse, il fallait être très courageux, totalement inconscient, voire suicidaire.
Le récit est tellement ponctué de renseignements, d'anecdotes et de détails sur l'alpinisme, le matériel et les techniques d'escalade, véritablement passionnant même pour un néophyte, que le lecteur est totalement absorbé par cette atmosphère. On vit l'expédition comme si on y était. On ressent le froid tranchant, le mal des montagnes, les difficultés pour respirer, la lumière aveuglante et impitoyable.
Une véritable immersion.
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Si cette première partie est très intéressante, le scénario est très long à se mettre en place et peut décourager certains lecteurs qui pensaient lire un récit surnaturel sur le yéti, ce démon des montagnes. Il faut attendre le troisième quart du roman pour que l'histoire s'accélère vraiment et monte en puissance pour devenir un vrai thriller. En effet, l'expédition va être attaquée par … Je vous laisse le découvrir !
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« L'abominable » allie plusieurs genres : roman historique, thriller, récit de voyage, fantastique. Il met du temps à se mettre en place, mais il est passionnant du début à la fin. Si vous recherchez un roman au rythme trépidant, je vous le déconseille. « L'abominable », comme « Terreur » par ailleurs, est un roman qui se vit au ralenti, qui s'apprivoise doucement. Je l'ai lu, en prenant tout mon temps, en suivant les pas de ces intrépides aventuriers. Un presque coup de coeur, à lire.
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"Atteindre son but... Est-il dans la vie pire désenchantement ?"
Stevenson
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Une chute de plus d'un kilomètre dure longtemps. Par chance – si c'est bien le mot – les victimes sont presque toujours mortes et en grande partie démembrées bien avant de terminer leur course.
Combien de fois n'ai-je entendu des alpinistes, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, décrire l'horrible épreuve que constituent les heures de descente après la chute d'un ou de plusieurs camarades ? Ce n'était pas beau à voir. Tous racontaient avoir suivi, sur la roche, la neige ou la glace, une piste jonchée de sang – tellement de sang –, de piolets fracassés, de lambeaux de vêtements et de bottes ensanglantés et, toujours, de morceaux de corps arrachés.
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Au sommet du Cervin le choix est clair : un faux pas à gauche et on meurt en Italie ; un écart à droite et on meurt en Suisse.

Nous sommes tous les trois en train de déjeuner au sommet du Cervin, quand nous apprenons la disparition de Mallory et d'Irvine dans l'Everest.
C'est une journée splendide de la fin du mois de juin 1924, et l'information se trouve dans les pages d'un journal anglais vieux de trois jours avec lequel une employée de la petite auberge du Breuil, en Italie, a emballé nos sandwichs de bon pain frais au rosbif et raifort. Sans le savoir, j'ai porté cette nouvelle encore immatérielle – mais qui va bientôt nous peser lourdement – jusqu'en haut du Cervin dans mon sac à dos, à côté d'une outre de vin, de deux bouteilles d'eau, de trois oranges, de trente mètres de corde d'escalade et d'un gros salami. Nous ne remarquons pas tout de suite le journal, ni ne lisons la nouvelle qui va changer notre journée, absorbés comme nous le sommes par le sommet et la vue qu'il nous offre.

Incipit du roman
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(...) au sommet du Cervin, le choix est clair : un faux pas à gauche et on meurt en Italie; un écart à droite et on meurt en Suisse.
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« C’est une beauté différente, monsieur le… monsieur Churchill. Là-bas, il n’y a que de la roche, de la glace et une lumière impitoyable. Presque tout, même l’air, est si froid qu’il en devient tranchant. Il n’y a pas la moindre verdure au-dessus du camp de base, pas même de lichen. Rien de vivant, à part les alpinistes et quelques corbeaux. Pas d’arbres, pas de feuilles, pas d’herbe… presque rien de doux. Que du roc, de la glace, de la neige et le ciel. Ici, tout est infiniment plus… délicat. Plus… humain. » p. 631-632.
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Le Cervin est un amas d'éboulis, mais ses faces et ses arêtes sont belles à contempler de loin. Cette montagne ressemble à une comédienne vieillissante qui, sous son maquillage tristement apparent, garde encore les pommettes saillantes de sa jeunesse et laisse entrevoir par instants la beauté presque parfaite qu'elle était autrefois. La forme même du pic - qui se dresse seul, sans être relié à ses voisins - est peut-être la plus mémorable de toutes les Alpes. Demandez à un enfant qui n'a jamais vu de montagne d'en dessiner une, et c'est le Cervin qui apparaîtra sous son crayon. Telle est sa force symbolique. Et avec le haut de sa face nord légèrement incliné vers l'extérieur, comme une vague qui se brise, la montagne paraît toujours en mouvement. Cette abrupte face en saillie crée son propre microclimat, produit ses propres masses nuageuses. Telle est sa puissance.
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Série TV - The Terror (2018) La première saison est l’adaptation du roman "Terreur" de Dan Simmons.
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