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Alain Lance (Traducteur)Renate Lance-Otterbein (Traducteur)
ISBN : 2234053595
Éditeur : Stock (01/03/2001)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Les rumeurs vont bon train à Corinthe : Médée a-t-elle tué son frère en Colchide, son pays natal, après avoir dérobé à son père la Toison d'or ? A-t-elle aussi tué les deux fils qu'elle a eus de Jason ? Ou bien, le peuple n'en veut-il pas simplement à cette femme, cette barbare, de l'avoir sauvé de la famine ?
Six voix nous donnent en plusieurs récits les clés de ce roman qui, au travers d'une réécriture de l'histoire antique, fustige l'establishment allemand... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
chapochapi
  28 juillet 2017
Superbe réécriture du mythe qui donne figure humaine au monstre. Médée, Jason, quelques argonautes et des Colchidiennes ont trouvé refuge à Corinthe, qui les a accueillis mais pas intégrés. Les femmes de Colchide sont trop libres, trop sûres d'elles pour la société corinthienne, leurs moeurs trop barbares. Jason est bien accepté dans la haute société et souvent sollicité par Créon qui cherche à l'éloigner de sa femme, Médée. Elle est une femme libre à tous points de vue : elle ne se refuse pas à Oistros qui lui a redonné goût à la vie, elle prend distance avec les cultes et croyances qu'elle écoute et respecte sans les partager. Elle est aussi une femme savante, experte en médecine, pleine de bon sens, de bienveillance et de curiosité, autant de qualités qui lui coûteront.
Médée, en effet, gêne. Elle est plus savante que les médecins officiels qu'on n'appelle plus en ville lorsqu'il y a un malade ; elle sait adoucir les crises de Glaucé, fille de Créon et de Mérope, traumatisée dans son enfance et entretenue volontairement dans un état de faiblesse avancé pour ne pas mettre en péril le trône ; elle sait s'en faire aimer comme d'une fille ; elle sait lire dans les coeurs de ses interlocuteurs ; elle sait aussi, après presque dix ans à Corinthe, découvrir le terrible secret de Créon . Cette découverte, qu'elle garde pour elle, cause sa perte, car le secret est bien protégé. Les autorités décident de la faire disparaître mais il leur faut des raisons.
C'est l'avidité de Presbon et la haine jalouse d'Agaméda pour Médée qui fournissent le prétexte.
Dans ce roman, pas de surnaturel ni de sorcière mais une femme, étrangère, intelligente et hors norme pour la société patriarcale et ethnocentrée de Corinthe, qu'il faut abattre en inventant un mythe autour de sa personne pour la discréditer. C'est aussi l'histoire d'une ville qui se croit meilleure que les autres, refuse l'altérité et le changement, et engendre sa propre perte par son aveuglement.
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Owly
  01 février 2011
Médée, selon le mythe, c'est la femme cruelle et sanguinaire qui n'a pas hésité à tuer son frère et trahir son père pour les beaux yeux de l'étranger Jason. Nièce de la terrible sorcière Circé, Médée est redoutable. Gare à celui qui la trahirait ! Assoiffée de sang, elle devient, à jamais dans nos mémoires, la mère infanticide afin de se venger de l'infidélité de Jason.
Ce mythe n'a-t-il pas été écrit par des hommes, Euripide et Sénèque ?
Christa Wolf nous donne dans son livre une toute nouvelle vision de cette femme.
Et si Médée avait été la victime de l'incompréhension et de la misogynie corinthienne?
Reprenons depuis le début: Médée, belle princesse de Colchide, instruite et indépendante s'enfuit avec l'homme qu'elle aime. Arrivée à Corinthe, elle n'est plus qu'une étrangère, avec son air hautain, celle qui n'est pas comme les Corinthiennes. Elle ne fait rien comme les autres, avec ses croyances, ses allures de grande dame, sa beauté dérangeante et ses cheveux trop longs...
Dans cette réécriture du mythe de Médée particulièrement bien ficelée, les hommes ne sont pas les tragiques victimes des dieux, mais bien les proies de leurs jalousies, de leur irrémédiable ignorance et de leur absence de tolérance. Cette histoire de Médée devient une tragédie moderne dont la catharsis ne suffira sans doute pas à purger celle que nous vivons aujourd'hui :
La haine de l'étranger, de celui qui ne nous ressemble pas...
Médée, réhabilitée, devient sous la plume de l'auteure allemande la victime et non le bourreau…
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Anassete
  03 mai 2010
Une belle interprétation du mythe de Médée : même si au final on préfère peut-être la version dite officielle de Médée (plus proche de la violence et de la cruauté des mythes grecs), Christa Wolf nous présente une Médée humaine. Ce roman polyphonique nous amène les différents pensées (classées par chapitre) de plusieurs personnages pour nous faire comprendre que nous avons une vision faussée de Médée.
Si Christa Wolf exploite des failles du mythe -comme le rejet de la faute du meurtre des enfants sur Jason, la tradition des peaux de mouton qui recueillaient l'or en Colchide par exemple-, ce n'est pas que pour servir le mythe. C'est aussi une réflexion sur soi et sur la RDA.
J'ai pu remarquer quelques fautes d'accord, d'expression et de syntaxe. Néanmoins, ce livre est à lire.
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nathalie_MarketMarcel
  17 septembre 2013
D'Euripide, Wolf récupère deux choses : l'insistance sur l'exil et l'étrangeté des gens de Colchide aux yeux des Corinthiens, gens si raisonnables, et le rôle des femmes, leur place dans la société et dans la politique. Mais Wolf ne raconte pas seulement une histoire d'étrangers rejetés et de femmes qu'il faut soumettre. La peste envahit Corinthe. Peu à peu, c'est toute la ville qui s'en prend à Médée, accusée de tous les maux. En faisant parler les uns et les autres, le récit met en scène ceux qui sont victimes de cette folie, ceux qui l'instrumentalisent, qui y participent sans comprendre, qui laissent faire, qui se bouchent les oreilles… une histoire collective.
Les événements sont glissants et se précipitent, incontrôlés, chacun essayant vainement de reprendre pied. Elle met face à face le monde de Colchide et celui de Corinthe, avec dans les deux cas, deux vieux rois craintifs et accrochés à leur pouvoir, ayant peur des femmes.
Une lecture très prenante.
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Lprieur
  01 février 2016
Absolument génial ! C'est une Médée foncièrement différente que l'on découvre avec Christa Wolf. Je ne peux m'empêcher, quelque part, de la trouver plus"profonde" que celles qui l'ont précédée ; je sais bien que mon regard est biaisé. Déjà parce que sans elles, elle n'aurait jamais existé ; ensuite parce petit à petit, Médée a été transformée sous diverse plumes, quoique jamais aussi radicalement à mon sens ; enfin, ce qui donne l'impression de profondeur, c'est la narration. L'enchaînement des voix m'a particulièrement plu, ainsi que la manière d'écrire - même si je n'ai accès qu'à la traduction.
A lire et à relire !
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
InaiaInaia   25 septembre 2007
Je n'aurais pas dû quitter la Colchide. Aider Jason à s'emparer de la toison. Convaincre les miens de me suivre. Me lancer dans cette longue et terrible traversée, vivre toutes ces années à Corinthe comme une Barbare que l'on craint tout autant que l'on méprise. Les enfants, oui. Mais qu'est-ce qui les attend. Sur ce disque que nous appelons la Terre, il n'y a plus rien d'autre, mon cher frère, que des vainqueurs et des victimes. Et maintenant j'aimerais savoir ce que je vais trouver en franchissant ses bords.
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lilianelafondlilianelafond   02 juin 2017
« Je suis partie avec Jason parce que je ne pouvais plus rester dans cette Colchide perdue, corrompue. C’était une fuite. Et voilà que j’ai vu sur le visage du roi Créon de Corinthe la même expression de présomption et de crainte qu’on repérait vers la fin sur les traits de notre père Aiétès. Il ne pouvait pas soutenir mon regard pendant les rites funèbres célébrés pour toi, son fils sacrifié. Le roi d’ici ne connaît nul remords quand il fonde son pouvoir sur un sacrilège, il soutient sans sourciller le regard de quiconque. Depuis qu’Akamas m’a emmenée, traversant le fleuve dans la ville des morts où les Corinthiens riches et célèbres sont enterrés dans de pompeuses chambres funéraires. Depuis que j’ai vu ce qu’ils leur donnent pour qu’ils puissent accomplir leur chemin jusqu’au royaume des morts, et aussi pour qu’ils s’en paient l’accès, de l’argent, des bijoux, de la nourriture, des chevaux même, parfois des serviteurs, depuis lors je ne puis voir cette superbe Corinthe que comme le miroir périssable de cette cité éternelle des morts et il me semble que ce sont eux qui règnent également ici, les morts. Ou bien c’est la peur de la mort qui règne. Et je me demande si je n’aurais pas dû rester en Colchide.
Mais voilà que la Colchide me rattrape. Tes ossements, frère, je les ai jetés à la mer. Dans notre mer Noire que nous aimions et que tu aurais désiré avoir comme tombeau, j’en suis sûre. Face aux navires de la Colchide lancés à notre poursuite et sous le regard de notre père Aiétès, moi, debout sur l’Argo, j’ai jeté un à un tes ossements à la mer. C’est alors qu’Aiétès fit faire demi-tour à la flotte colchidienne, pour la dernière fois je vis ce visage familier, pétrifié de terreur. Mes Argonautes eux aussi ont été saisis par cette image : celle d’une femme qui, en poussant des cris sauvages, jette à la mer, contre le vent, les os d’un mort qu’elle avait emportés. Tu ne devrais pas t’étonner, me dit Jason, si cette image leur revient maintenant à l’esprit et s’ils ne savent plus ce qu’ils doivent penser, au point de ne pas vouloir témoigner en ta faveur. Vous me croyez donc capable, lui ai-je demandé, d’avoir tué mon propre frère, de l’avoir déchiré pour le mettre en morceaux pour l’emporter dans un sac de peau pendant ce voyage ? Il s’est tortillé, mon bon Jason. J’attends encore sa réponse. »
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SachenkaSachenka   27 juin 2017
Cette histoire m'a beaucoup appris. Elle m'a appris qu'il n'est de mensonge, aussi grossier soit-il, que les gens ne croient pourvu qu'il réponde à leur secret désir d'y croire.
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AnasseteAnassete   04 mai 2010
Alors cette femme, venant à notre rencontre dans la cour du roi Aiétès toute recouverte de vigne, était l'image opposée de ces horribles fruits macabres, peut-être est-ce pour cela qu'elle nous fit une aussi forte impression. Elle était là, dans sa jupe rouge et blanche à volants comme elles en portent toutes, et le buste moulé dans ce corsage noir, inclinée, recueillant dans ses mains l'eau de la fontaine et la buvant. Cette façon qu'elle eut de se redresser en apercevant, de secouer les mains et de venir calmement à notre rencontre d'une démarche rapide et vigoureuse, svelte mais la silhouette bien dessinée, mettant en valeur tout ses avantages, de sorte que Télamon, qui ne peut jamais se maîtriser, émit un sifflement et me chuchota : Voilà quelque chose pour toi.
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eirene62eirene62   12 septembre 2015
Il vit caché dans des échafaudages intellectuels soigneusement fabriqués qu'il prend pour la réalité mais n'ont d'autre fin que d'étayer la conscience, légèrement branlante, qu'il a de lui-même. Il ne supporte pas la contradiction, plein d'arrogance il déverse en cachette ou ouvertement des sarcasmes sur les esprits inférieurs, sur chacun, donc, puisqu'il ne saurait être qu'au-dessus de tous. Je me souviens de l'instant où j'ai compris cela : sa connaissance de l'âme humaine étant limitée, il est bien obligé de vivre dans un cadre de principes que personne n'a le droit de remettre en question, sinon il se sent menacé d'une façon intolérable.
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Videos de Christa Wolf (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christa Wolf
Christa Wolf speaks on Alexanderplatz Berlin, November 4, 1989 : On 4 November, 500,000 people gather at a rally on Alexanderplatz in East Berlin. It is the biggest non-state-organised demonstration in the history of the GDR.
Writer Christa Wolf also speaks the rally. This film shows her speech.
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Christa Wolf auf dem Alexanderplatz, 4. November 1989
Auszuüge aus der Rede Christa Wolfs, gehalten auf der größten Demonstration, die es jemals in der DDR gegeben hat.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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