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EAN : 9782707303141
164 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/09/1980)
  Existe en édition audio
3.44/5   959 notes
Résumé :
" Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
- Je ne sais pas. "

Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province.

Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final.

" Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (101) Voir plus Ajouter une critique
3,44

sur 959 notes

marina53
  27 septembre 2015
Un après-midi de printemps. Une ville côtière. Les usines qui fument à l'autre bout de la ville. Une sonatine qui s'échappe de la fenêtre d'un immeuble. le petit garçon rechigne à jouer la sonatine de Diabelli. Tous les vendredis, sa maman, Anne Desbaresdes, l'épouse du directeur des Fonderies, l'emmène chez Melle Giraud. Elle, reste un peu à l'écart. Or, ce vendredi, un terrible cri provenant de la rue surgit. A la porte du café d'en face, des hommes et des femmes s'agglutinent. Une fois la leçon finie, Anne s'approche de l'établissement. Une femme aurait été assassinée par son amant. le lendemain, accompagnée de son fils, elle retourne sur les lieux du drame pour en savoir plus...
Une intrigue minimaliste, peu de personnages, un mystère qui reste entier et des non-dits chargés de sens et d'émotions... Voilà un roman aux tonalités particulières. Marguerite Duras orchestre parfaitement la rencontre entre ces deux âmes esseulées que sont Anne et Chauvin, ces deux coeurs qui battent la chamade en discordance. L'auteur chuchote les mots plus qu'elle ne les clame. L'on devine, l'on suppose, l'on attend ce qui va se jouer entre eux dans ce bar. On étouffe et on se débat. Ce court roman, troublant et passionnel, porté par une écriture précise et sans fioritures, est empreint d'une certaine mélancolie.
À noter que ce roman a été adapté au cinéma, deux ans après sa parution, avec Jeanne Moreau et Jean-Paul Belmondo.
Semplice ... Moderato cantabile...
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Kittiwake
  02 septembre 2017
Moderato cantabile c'est comme souvent avec Marguerite Duras une ambiance très particulière, une incursion dans un décor qu'imaginaire très cinématographique, avec le charme des films des années cinquante, un peu désuet dans le jeu des acteurs ou du cadrage, mais terriblement envoutant.
Peu de personnages : une jeune femme et son fils, une prof de piano, la tenancière d'un bistrot et un client intrusif : c'est autour d'une mort violente survenue dans le bar alors que les ouvriers de la fonderie voisine viennent trinquer à la fin d'une journée de labeur que des liens se nouent.
L'intrigue est mince et n'aboutit pas. Beaucoup de questions sans réponse, questions amenées par les personnages, sur le crime passionnel, sur les relations troubles entre Anne et Chauvin.
Peu importe, ce n'est pas ça qui compte. Les situations successives sont terriblement banales, et c'est leur répétition , qui crée cette impression d'épaisseur, de force. C'est ce qui subsistera à distance : une répétition de piano, l'ambiance d'un café à la sortie du travail, les échanges troubles entre une jeune femme bourgeoise et un des employés de son mari qui semble connaitre beaucoup d'elle.

La fascination du crime dont elle a été quasiment témoin agit comme un détonateur dans la vie d'Anne. Un événement extérieur et fortuit bouleverse l'édifice fragile sur lequel sa vie est construite. C'est une femme peu consistante, qui réagit peu aux leçons d'éducation de la prof de musique. Les leçons de piano deviennent un prétexte à une relation trouble avec un quasi-inconnu, avec qui elle n'hésite pas à s'enivrer. Les verrous s'ouvrent les uns après les autres.
Une femme, un enfant, un homme, de l'alcool, le décor durassien est planté. Reste au lecteur à se laisser emporter au fil des pages.
Belmondo et Jeanne Moreau ont-ils su mettre leur art au service de ce monument de la littérature?
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Roggy
  16 novembre 2020
Dans Moderato Cantabile, malgré leur simplicité chaque phrase est limpide, il n'y a aucune obscurité, les moyens utilisés sont stricts et rigoureux.
Pourtant cette brièveté et même les répétitions sont chargées de foudre et de plomb.
La présence des êtres et la fugacité de leurs échanges sont amplifiées par une grande intensité. Ces personnages étrangers, anodins au départ sont poussés dans leurs retranchements, aimantés par une banalité et chauffés à blanc.
Les descriptions bien que concises sont remplies d'images qui forcent le lecteur à se pencher pour écouter les blancs laissés. Il n'y a pas de filtres, les scènes se déroulent comme dans le réel, comme si ce théâtre se jouait sur l'estrade du monde.
Il y a de l'espoir, du désespoir, de la désolation et du combat.
Dérangeant, insaisissable, Moderato Cantabile en déroutera sans doute certains. Mais il y a dans cet objet atypique une folle audace et une grande originalité tout à fait maîtrisée.
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Ziliz
  04 mai 2014
Anne Desbaresdes est la jeune épouse du directeur des Fonderies de cette ville côtière. Pendant la leçon de piano de son petit garçon, elle entend un cri, celui d'une femme mourant dans une dernière étreinte de son amant.
Anne est fascinée par ce crime passionnel.
Au point de retourner sur les lieux du drame, de réécrire inlassablement cette histoire avec un jeune ouvrier.
Au point de s'y noyer, jour après jour, le vin aidant.
Au point de s'identifier avec lui à ce couple.
'Moderato Cantabile' est un des livres fétiches de mes seize ans, je l'ai lu et relu.
Je la trouvais tellement classe, cette femme douce et paumée qui sort timidement de sa cage dorée et se met en danger. Tellement scandaleuse, cette épouse de patron qui s'enivre avec un ouvrier, attendant qu'il la brusque avec des mots.
Se perdre dans l'alcool et parler de passion dévastatrice avec un inconnu, ignorer le regard des autres et les convenances, frôler l'adultère... So chic !
Mais j'ai grandi et mûri, je vois l'alcoolisme différemment, non plus comme de l'élégance, de l'esthétisme, mais comme un symptôme. Cette jeune mère souffre, en effet : immature, fragile, effacée, étouffant d'ennui et perdue dans un milieu social qui ne lui convient pas.
Quoi qu'il en soit, trente ans plus tard, j'ai replongé dans ce texte avec le même plaisir et le même émerveillement que les premières fois.
De bien jolies choses malgré tout ce désespoir : la plume délicieuse, le nom de cette femme, sa douceur, sa réserve, sa "main dans le désordre blond de ses cheveux", la fleur de magnolia entre ses seins. Sa façon d'aimer son enfant, avec passion et désinvolture. Sa sensualité d'autant plus éclatante qu'elle n'est pas calculée, le désir qu'elle fait naître chez cet homme. Le trouble croissant entre eux, les errances nocturnes de l'homme devant son jardin, sous ses fenêtres, le parfum entêtant des magnolias... Et puis l'innocence, le pragmatisme et la sagesse, à travers la présence d'un enfant.
Somptueux. ♥
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kuroineko
  12 octobre 2019
Je me sens, littérairement parlant, plus à l'aise avec le foisonnement romanesque qu'avec l'épure objective du nouveau roman. Pourtant, comme je suis aussi curieuse, j'aime à sortir de ma zone de confort.
C'est le cas avec Marguerite Duras. Son Amant avait fait forte impression sur la lycéenne que j'étais, même s'il me fallut deux lectures pour "apprivoiser" ce style différent.
Moderato Cantabile est un ouvrage très court, elliptique et où silences et non-dits occupent plus de place que ce qui est écrit.
Peu de personnages, quelques lieux bien définis - le salon de la professeur de piano, le bar, la maison où vivent Anne Desbarèdes et son fils. le roman a des allures de pièce de théâtre aux décors minimalistes. Ou de film en noir et blanc, avec un grain suranné, qui rendrait palpable le silence pendant les échanges erratiques d'Anne et de Chauvin.
Cette jeune femme, épouse du directeur d'une fonderie de la ville et mère d'un garçonnet contraint d'apprendre le piano, et cet homme dont on ne sait rien si ce n'est qu'il a travaillé dans une fonderie se retrouvent quotidiennement dans ce bar situé à côté de chez la professeur. Une femme y a été assassinée par son compagnon. Anne a assisté non à l'acte mais aux lamentations du coupable sur le corps de sa victime.
Anne ne peut s'ôter cette mort de la tête et retourne dès le lendemain au bar. Femme de la classe aisée de la ville, elle détonne dans ce bistrot où viennent descendre leurs ballons les ouvriers des usines du port sitôt la journée finie. Pourtant elle y revient, chaque jour, buvant du vin avec Chauvin, à essayer de comprendre les raisons du crime passionnel. Et à comprendre pourquoi elle revient vers cet homme.
Le sang versé, le vin des libations et même le rouge du tricot de la patronne du bar emplissent la tête et le corps d'Anne, tandis que son fils joue sur le trottoir en attendant.
Les mots échangés offrent une communication syncopée où se mêlent le meurtre et des morceaux de vie d'Anne. On sait somme toute peu de choses d'elle même si l'on sent un grand vide en elle. Il y a de la solitude chez elle comme chez Chauvin, qui semble inventer les raisons de l'assassinat et chercher à retenir Anne par le vin et des injonctions à parler d'elle.
Marguerite Duras emprunte un ton froid et objectif pour écrire son roman. Les émotions que l'on prête aux personnages proviennent plutôt du lecteur qui les insère dans les blancs laissés par l'auteur. L'enfant récalcitrant devant sa sonatine à jouer, dans les toutes premières pages, m'a beaucoup plu. Dans cette scène se jouent les trois verbes devoir, pouvoir et vouloir : le garçon doit apprendre le piano, il peut jouer gammes et sonatine mais ne veut pas de cet instrument et le fait savoir. Aux interventions sèches et réprobatrices de la professeur répondent des phrases floues, vagues, creuses et contradictoires de la mère. le portrait d'Anne se dessine déjà dans cette scène. La sévère professeur a d'ailleurs pris la mesure de cette mère et ne manque pas de le lui dire sans détour. Cette dame qu'on suppose d'un certain âge et doté d'un physique fin comme une lame, m'est apparue comme le seul personnage à la construction nette et précise, sans flou autour d'elle.
La lecture de Moderato Cantabile m'a paru intrigante par son minimalisme et ses impressions de voies sans issue. Je reste sur ma préférence pour une littérature romanesque "plus en chair". Pourtant l'oeuvre de Duras ne laisse de me surprendre et de bousculer mes habitudes. C'est pourquoi j'y reviens de temps à autre et y reviendrai, d'autres romans d'elle patientant sur mes étagères.
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Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
oranoran   02 août 2017
« A bout de souffle » sortira à Paris au mois de janvier. A cette date, le premier tour de manivelle sera donné d’un autre film qui risque d’être intéressant : « MODERATO CANTABILE » que Marguerite Duras a elle-même adapté d’après son livre. Le metteur en scène sera Peter Brook, qui débutera ainsi au cinéma. Jeanne Moreau en sera l’interprète avec un partenaire qui n’est pas encore définitivement choisi. Albert Camus, pressenti, a réservé sa réponse. Ce serait la première fois qu’un Prix Nobel figurerait comme acteur à un générique, mais il hésite encore. Peter Brook a également pensé à Laurence Olivier pour ce film ultra-intellectuel.
Bien qu’il soit sorti de la projection d’ « Hiroshima » à Cannes en disant que « c’était le plus mauvais film qu’il avait vu », Raoul Lévy semble très content de produire « Moderato ». L’homme qui a lancé B.B. change de goût. Après « Moderato », il produira sans doute le prochain film d’Antonioni : « La Nuit » également interprété par Jeanne Moreau.
L’express XII 59.
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hupomnematahupomnemata   03 juin 2014
- Je voudrais que vous me disiez maintenant comment ils en sont arrivés à ne plus même se parler.
L'enfant arriva dans l'encadrement de la porte, s'assura qu'elle était encore là, s'en alla de nouveau.
- Je ne sais rien. Peut-être par de longs silences qui s'installaient entre eux, la nuit, un peu n'importe quand ensuite, et qu'ils étaient de moins en moins capables de surmonter par rien, rien.
Le même trouble que la veille ferma les yeux d'Anne Desbaresde, lui fit, de même, courber les épaules d'accablement.
- Une certaine nuit, ils tournent et retournent dans la chambre, ils deviennent comme des bêtes enfermées, ils ne savent pas ce qui leur arrive. Ils commencent à s'en douter, ils ont peur.
- Rien ne les satisfait plus.
- Ce qui est en train de se passer, ils en sont débordés, ils ne savent pas le dire tout de suite. Peut-être qu'il leur faudra des mois. Des mois, pour le savoir.
Il attendit un instant avant de lui parler de nouveau. Il but un verre entier de vin. Pendant qu'il buvait, dans ses yeux levés le couchant passa avec la précision du hasard. Elle le vit.
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araucariaaraucaria   12 avril 2019
- Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit au-dessus de ta partition? demanda la dame.
- Moderato cantabile, dit l'enfant.
La dame ponctua cette réponse d'un coup de crayon sur le clavier. L'enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition.
- Et qu'est-ce-que ça veut dire, moderato cantabile?
- Je ne sais pas.
Une femme, assise à trois mètres de là, soupira.
- Tu es sûr de ne pas savoir ce que ça veut dire, moderato cantabile? reprit la dame.
L'enfant ne répondit pas. La dame poussa un cri d'impuissance étouffé, tout en frappant de nouveau le clavier de son crayon. Pas un cil de l'enfant ne bougea. La dame se retourna.
- Madame Desbaresdes, quelle tête vous avez là, dit-elle.
Anne Desbaresdes soupira une nouvelle fois.
- A qui le dites-vous, dit-elle.
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liratouva2liratouva2   13 mai 2010
Moderato cantabile, dit l'enfant.
La dame ponctua cette réponse d'un coup de crayon sur le clavier. L'enfant
resta immobile, la tête tournée vers sa partition.
-Et qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
-Je ne sais pas.
Une femme, assise à trois mètres de là, soupira.
Tu es sûr de ne pas savoir ce que ça veut dire, moderato cantabile ? reprit la dame.
L'enfant ne répondit pas. La dame poussa un cri d'impuissance étouffé, tout
en frappant de nouveau le clavier de son crayon. Pas un cil de l'enfant ne
bougea. La dame se retourna.
-Madame Desbaresdes, quelle tête vous avez là, dit-elle.
Anne Desbaresdes soupira une nouvelle fois.
-A qui le dites-vous, dit-elle.
L'enfant, immobile, les yeux baissés, fut seul à se souvenir que le soir venait
d'éclater. Il en frémit.
-Je te l'ai dit la dernière fois, je te l'ai dit l'avant-dernière fois, je te l'ai dit cent fois, tu es sûr de ne pas le savoir?"
+ Lire la suite
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RoggyRoggy   17 novembre 2020
Dehors, dans le parc, les magnolias élaborent leur floraison funèbre dans la nuit noire du printemps naissant. Avec le ressac du vent qui va, vient, se cogne aux obstacles de la ville, et repart, le parfum atteint l’homme et le lâche, alternativement
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Lecture par Anna Mouglalis & Laurent Poitrenaux accompagnés par Dominique Mahut (musique)
Illuminé par le souvenir de son enfance, amoureux du spectacle de la nature, passionné par les cartes et les atlas, érudit, précis mais non dénué de fantaisie… C'est un François Mitterrand intime, souvent inattendu et infiniment littéraire que nous dévoile ce voyage à travers ses livres (La Paille et le grain, L'abeille et l'architecte) et ses entretiens avec Marguerite Duras ou Elie Wiesel.
Soirée présentée dans le cadre de la célébration des 40 ans du 10 mai 1981 organisée par Génération Demain, avec le soutien de l'Institut François Mitterrand.
À lire – François Mitterrand, La paille et le grain et L'abeille et l'architecte, éd. Les Belles lettres ; Lettres à Anne, Gallimard – Marguerite Duras et François Mitterrand, le Bureau de poste de la rue Dupin, Gallimard – François Mitterrand & Elie Wiesel, Mémoire à deux voix, éd. Odile Jacob.
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