AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Patrick Reumaux (Traducteur)André Dhôtel (Préfacier, etc.)
EAN : 9782752901422
506 pages
Phébus (19/01/2006)
4.12/5   164 notes
Résumé :
Au château de Gormenghast règne une famille farfelue : les d'Enfer. Lord Tombal lit toute la journée. Son épouse Gertrude ne vit que pour ses chats et ses oiseaux. Leur fille Fuchsia est d'une nature sauvage et rêveuse. Autour d'eux s'agite une société hétéroclite dont le quotidien est figé dans l'exécution de rites ancestraux. La naissance d'un fils, Titus, va rompre la monotonie du château.
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
4,12

sur 164 notes
5
19 avis
4
10 avis
3
4 avis
2
2 avis
1
0 avis

LaBiblidOnee
  02 avril 2022
Eh bien quelle visite les amis ! Voici un château dont la plume me hantera longtemps : Celui de Gormenghast avec sa lignée d'aristocrates d'Enfer… tout feu tout flamme ! Ne vous attendez pourtant pas à un château plein de fantasy ni d'horreur. C'est un roman d'ambiance gothique, à découvrir pour sa plume ensorceleuse, qui donne vie à ces 400 pages… d'Enfer ! le cycle de Ghormenghast raconte son histoire en 3 tomes (1100 pages). Ce tome 1 est consacré à Titus d'Enfer, du nom de l'héritier qui y naît enfin.

Sous peine, comme ses habitants, de se laisser engloutir par ses ténèbres, Gormenghast est un château que le lecteur doit activement explorer. La plume de Mervin Peake est le meilleur guide : animiste, espiègle, qui fait à elle seule tout le charme de l'histoire et des personnages. Ceux-ci, pour la plupart, n'ont rien d'autre à faire que de comploter les uns contre les autres. Car sous ses faux airs immuables, imperturbables et placides des grandes lignées, une rude bataille de pouvoir est livrée au fin fond de ce château, personnage principal d'une famille entièrement régie par les rituels, et au sein de laquelle chacun a sa place bien déterminée ; Mais ce n'est pas toujours celle qu'il ou elle voudrait… Des gens de sang aux domestiques, tous désirent ce qu'ils n'ont pas : la liberté des uns, le pouvoir des autres, la jeunesse ou l'expérience… l'amour.

« Ce n'était pas souvent que Craclosse contemplait d'un oeil indulgent le bonheur des autres. Il voyait dans le bonheur les germes de l'indépendance, et, dans l'indépendance, ceux de la révolte. »

Et si l'équilibre est bousculé dans le château ancestral du Comte d'Enfer, de son épouse qui parle aux oiseaux (!) et de sa fille évaporée qui nous le fait visiter, c'est que l'héritier tant attendu, Titus d'Enfer, naît le jour de notre arrivée au château. Branle-bas de combat aux cuisines, si goulument décrites, pour le valet personnel du comte bientôt menacé, pour la vieille nounou qui doit trouver une femme au village pour allaiter l'enfant en restant indispensable, pour le canonique maître du rituel et son fils encore plus momifié, pour les tantes jumelles jalouses de l'héritier qui sont prête à tout pour prendre sa place, bref : bienvenue au musée des horreurs, où chaque portrait est dépeint comme les bocaux de ces savants fous, faisant naître en nous la vision d'un secret cabinet de curiosités, que la plume virtuose de Mervin Peake chatouille et anime sous nos yeux ébahis. Oui, décidément, l'atout majeur de ce livre est cette plume qui dessine chaque personne et chaque objet, animant chaque détail grâce à ses descriptions quasi-vivantes.

« Nannie Glu tourna ses yeux bordés de rouge vers l'homme imberbe, à la tignasse en bataille et dont les prunelles nageaient comme deux méduses derrière les verres de ses lunettes ».

L'auteur a un don sans pareil pour décrire cet univers gothique de la manière la plus imagée possible. C'est peut-être que, comme Maryam Petrosyan lorsqu'elle a écrit sa sublime et labyrinthique « Maison Dans Laquelle », l'auteur a d'abord dessiné son univers avant de nous le livrer, ce que l'on ressent véritablement à la lecture. Il faut dire que le dessin est autant son univers que l'écriture, puisque ce sont très certainement les illustrations de Mervyn Peake que vous avez à l'esprit lorsque vous pensez à Alice Au Pays Des Merveilles !

Pour autant, comme dans toute maison où l'extraordinaire devient l'ordinaire, on pourrait s'ennuyer si l'auteur ne nous dispensait pas quelques menues aventures, des explorations insolites de ce château qui fait rêver, d'innocentes magouilles ou de plus machiavéliques intrigues, certaines luttes de pouvoir, quelques tentatives de meurtre et, comme dans tout catacombe d'un château de cet envergure… quelques cadavres ! Ajoutez à l'ambiance les noms des personnages qui correspondent à leurs porteurs, et vous aurez un aperçu de cet univers truculent : Glu (la nounou pot de colle), Lenflure (l'enfoiré de cuisto qui pimente l'histoire), Finelame (le commis de cuisine arriviste qui fera l'histoire en manipulant tout le monde), Salprune (le docteur qui lève le coude mais a beaucoup de finesse), Craclosse (le vieux valet sur la sellette) et j'en passe, sans compter le comte d'Enfer lui-même — qui en vit un, dans la prison dorée de sa maudite lignée.

« Nannie Glu entra, portant dans ses bras l'héritier de millier d'hectares de pierres croulantes et de vieux ciment, l'héritier de la tour des Silex et des douves stagnantes, des monts déchiquetés et du fleuve glauque où, douze ans plus tard, il irait pêcher les poissons hideux de son héritage. »

Où en sera-t-on douze ans plus tard ? A nous de le découvrir, en lisant la suite !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6524
Arakasi
  10 septembre 2013
Gormenghast est un immense château dressé au coeur des montagnes. C'est un lieu étrange et labyrinthique sur lequel règne l'antique famille des comtes d'Enfer dans les membres semblent vivre ensemble dans une sereine indifférence. Lord Tombal, le chef de famille, passe ses journées enfermé dans sa bibliothèque et cloitré dans sa morne mélancolie, tandis que son épouse communique uniquement avec sa horde de chats et d'oiseaux, dédaignant la compagnie des humains. Leur fille Fuchsia est une adolescente rebelle et fantasque que son imagination trop vive isole du reste du monde. Autour de cette famille peu ordinaire, gravite une nuée de domestiques tous plus excentriques les uns que les autres : le squelettique Cracloss valet de chambre du comte, l'énorme Lenflure le chef-cuisinier, le docteur Salprune, etc. Tout ce petit monde règle son existence sur une suite de rites aussi anciens qu'abscons et les jours s'écoulent ainsi à Gormenghast, monotones, répétitifs, sans surprise… Jusqu'au jour où un héritier mâle voit le jour au château : le petit Titus d'Enfer ! Conjuguée aux ambitions d'un jeune cuistot brillant et malveillant, le rusé Finelame, sa naissance va déclencher une foule d'événements inattendus qui mettront sens dessus dessous les vies bien ordonnées des habitants de Gormenghast.
Premier tome de la trilogie de Gormenghast, « Titus d'Enfer » est un roman des plus troublants, si troublant que j'ai eu un peu de peine à m'y immerger. Tout d'étrangeté, de poésie vaguement cauchemardesque, de folie douce et de mystère, l'univers mis en place par Mervyn Peake ne ressemble à nul autre. Cette bizarrerie omniprésente peut séduire, mais également s'avérer difficile d'accès, selon les lecteurs et leurs affinités. En ce qui me concerne, il m'est arrivé à plusieurs reprises de décrocher légèrement du récit : l'intrigue me paraissait trop immatérielle, les personnages intéressants mais trop archétypaux pour susciter vraiment la sympathie, leurs sentiments trop outrés… En clair, tout ceci était fort beau et magnifiquement écrit, mais un peu trop abstrait pour que je puisse totalement y adhérer. Malgré cette impression de rester un peu à la surface des choses, j'ai pris beaucoup de plaisir à ma lecture et je ne manquerai pas de me plonger dans le tome suivant – d'autant que j'ai bon espoir de trouver dans le jeune Titus (qui pour l'instant manque un peu de présence ; faut dire qu'il n'a qu'un an, le pauvre chou) un personnage auquel m'attacher davantage.
En conclusion, « Titus d'Enfer » est un roman doté d'évidentes qualités et qui n'a pas volé sa place de classique de la littérature fantastique, mais peut-être légèrement hermétique pour qui aime les intrigues plus concrètes et les personnages moins évaporés. Affaire à suivre, tout de même !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          335
Lutopie
  12 mars 2019
Est-ce que la littérature de l'imaginaire est considérée comme un genre si peu noble ? Pourquoi Mervyn Peake est-il si peu lu en France ? Il y a des amoureux de Tolkien, pourtant. Il y a des amoureux de Lovecraft, aussi. Et Mervyn Peake ? On en parle ?
C'est l'un des auteurs cultes de la fantasy, de ce genre qui concilie le merveilleux et le fantastique. «Le texte de fantasy doit provoquer chez le lecteur, selon J. R. R. Tolkien lui-même, awe and wonder, effroi et émerveillement». (La Fantasy, Jacques Baudou) . Aux sources de la fantasy, il y a le mythe mais aussi le conte populaire, la tradition orale, les contes de fées ou les histoires pour faire peur. La littérature médiévale mêle la mythologie celtique à la tradition chrétienne. William Shakespeare nous fait rêver avec certaines de ses pièces féériques. « Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil. » Avant Tolkien, il y a Lewis Carroll ( et Mervyn Peake, cet amoureux du nonsense, illustre Alice au pays des Merveilles). Il y a encore le fameux Neverland de Peter Pan. Et Mervyn Peake alors ?
Mervyn Peake, auteur- illustrateur, a une vision. Il est fantasque, familier, drôle, capricieux , étrange, effrayant. "D'un côté, des lignes pures, comme tracées de bout en bout à la main levée, et de l'autre le sens de l'absurde et de la dérision, la poésie baroque et la drôlerie, les détournements de la culture populaire." "Toute l'ambiguïté fascinante de M. Peake se trouve dans cette confrontation parallèle de deux types de trait : d'un côté, des lignes ténues, fragiles, qui oscillent entre beauté et laideur, vérité et caricature, préfigurant de manière saisissante les tracés à main levée de Moebius, et de l'autre, plus complexe, plus méticuleux, tissant des réseaux de hachures, structurant à l'encre de Chine les volumes alors que le pourtour des objets ou des personnages disparaissent progressivement, comme dans Alice au pays des merveilles". (Gyger Patrick et Jaccaud Frédéric, « Lignes de fuite, Mervyn Peake ») Après son expérience de la guerre, il fait des dessins plus sombres, plus effrayants, les symboliques sont sensiblement différentes, comme ses illustrations de Coleridge, terribles. Chez Peake, il y a un style personnel, original, propre au mythe des origines, qui préserve l'imaginaire de l'enfance mais qui me rappelle un peu, aussi, le grotesque des figures de Goya. C'est un créateur burlesque, ambivalent, protéiforme, polyvalent, qui préserve l'innocence du regard, qui prépare à l'expérience, un peu comme William Blake qui était à la fois graveur et poète. C'est dire à quel point l'oeuvre est un véritable petit bijou, que je recommande à tout amateur de fantasy. Intéressez-vous à la littérature jeunesse de Mervyn Peake si vous manquez du temps nécessaire pour dévorer les trois tomes de sa trilogie, son oeuvre la plus célébrée.
On parle à propos de Gormenghast de roman gothique, et je suis d'accord parce que ce château est en effet un personnage à part entière, une véritable forteresse, moyenâgeuse, avec ses tours, ses meurtrières, ses recoins inexplorés, ses zones d'ombres, inquiétantes. Le Château d'Otrante d'Horace Walpole se trouve dans ma liste de livres que je meurs d'envie de lire. Je me demande si j'y retrouverai cette fascination pour l'architecture. Gormenghast reste jusqu'à présent le château le plus fantasmagorique à mes yeux, on dirait « La Maison des Morts » d'Apollinaire.
Depuis la naissance de l'héritier du comte d'Enfer, le temps est suspendu. On nous annonce quelque chose, une menace qui plane. Il y a une sacrée tension entre l'évènement et l'éternité, inhérente au château qui n'a pas d'âge. On entend le silence, cependant. Tout est savamment orchestré par le Maître du Rituel mais le sens des rites ancestraux nous échappe. Rien ne bouge mais ça grouille, ça fourmille, depuis les cuisines jusque sur les toits du château, et au-delà.
Il y a du grotesque chez Peake, un peu comme chez Rabelais, avec ces personnages énormes, comme Lady Gertrude, Lenflure, ou ces personnages tout en articulations qui craquent comme Craclosse ou ces petits êtres qu'on ne remarque qu'à peine, insignifiants jusqu'à ce qu'on mette la lumière sur eux, comme Titus. J'avoue avoir un faible pour Lord Tombal (Lord Sepulchrave dans la version originale), le père, l'absent, l'amoureux des livres. J'admire aussi celui qui surveille les statues, celles qui restent figées pour l'éternité, et ils prennent tous la poussière, les statues comme les hommes.. Ils sont tous incroyables, vraiment, c'est une galerie à découvrir, comme dans un musée de curiosités hétéroclite.
N.B : J'ai puisé dans des vieilles fiches de lecture retrouvées au fond d'un carton pour rédiger cette critique, à propos de la fantasy surtout, et je dis merci à M. Baudou pour toutes ces références sur ce genre si difficile à saisir, parce que les définitions diffèrent indéfiniment. L'oeuvre de Mervyn Peake ne se limite pas à la fantasy ; et le troisième tome de la trilogie relève d'un genre à part, parce que c'est plus sombre et plus flou et plus fou.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          235
Patsales
  14 septembre 2020
Trouverons nous un jour la clé de ce mystère insondable : mais qui donc écrit les quatrièmes de couverture ? Quel esprit pervers balade les lecteurs entre Charybde « Fallait pas lire, je spoile » et Scylla « Achète toujours, je raconte n'importe quoi »?
En l'occurrence, c'est sur l'écueil Scylla que j'ai failli échouer, partie joyeusement à la découverte d'une « famille farfelue » dans la matrice de la fantasy anglo-saxonne. Sauf que « farfelu » invite à la légèreté et à l'espièglerie, tandis que la famille d'Enfer navigue plutôt entre neurasthénie et tragédie, promenant son ennui (et parfois le nôtre, avouons-le) dans le lugubre et merveilleux château de Gormenghast qui fait irrésistiblement penser au palais de Xanadu dans le poème de Coleridge.
Oui, car ce livre est un long poème stupéfiant, à tous les sens du mot, qui à la fois étonne et engourdit comme une suite d'arrêts sur images qu'un pouce languissant fait défiler dans un flip-book. « Une lune gibbeuse se levait. La terre et les arbres étaient marbrés de taches noires et blanches dont les reflets nacrés se déplaçaient lentement. Une brume impalpable et brillante comme une huître passait au-dessus de sa tête. »
Bon, alors ça raconte quoi? Euh... Laissez-moi réfléchir. Une famille corsetée par une étiquette absurde et immuable glisse dédaigneusement au milieu de serviteurs grotesques et énigmatiques dans un château dédaléen. À moins qu'il ne s'agisse de LA famille, forcément conservatrice et névrosée (« névrosante » me plairait bien, mais ça ne doit pas exister). Ou de notre société à la dérive. On ne sait pas. Et on s'en fiche. La lune est gibbeuse. Craclosse part affronter Lenflure. le lecteur commence à se dire qu'en presque 600 pages un combat à mort, alors qu'un incendie a déjà eu lieu, c'est un peu trépidant comme rythme. Ça y est, il est pris. Il se retient de tourner la page et savoure l'instant étiré. Il n'en veut plus à l'auteur inconnu du « farfelue ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          304
LiliGalipette
  13 juillet 2016
Un héritier vient de naître à Gormenghast. Il est le soixante-dix-septième comte de la lignée d'Enfer. « La comtesse venait d'avoir un fils. Était-ce le moment de se montrer raisonnable ? » (p. 33) Pourtant, cette grande nouvelle agite bien peu le château dont rien ne semble pouvoir briser l'éternelle routine. Lord Tombal n'est pas un père comblé et lève à peine le nez de ses livres et de sa profonde mélancolie. Lady Gertrude ne pense qu'à retourner à ses chats blancs et à ses oiseaux. La jeune Lady Fuchsia est bien un peu furieuse de ne plus être fille unique, mais elle oublie vite cette contrariété pour retourner dans son monde imaginaire et son grenier plein de bric-à-brac. Ils ne sont pas nombreux, ceux que cette naissance émeut. Il y a Craclosse, le fidèle et dévoué valet de Lord Tombal. « Craclosse fut saisi d'épouvante par quelque chose dont il ne pouvait encore saisir toute la signification, mais qui le submergeait d'horreur. » (p. 248) Il y a Nannie Glu, vieille femme minuscule qui ne cesse de s'affairer dans le château et qui semble le tenir à bout de bras. Et il y a Finelame, employé ambitieux échappé de l'enfer des cuisines et bien décidé à prendre la place du nouveau-né sur le trône de Gormenghast. En coulisse, l'énorme et écoeurant Lenflure, chef cuisinier, semble ourdir un terrible plan. Les vieilles jumelles Cora et Clarice ruminent de poussiéreux rêves de pouvoir. Grisamer, maître du rituel, veille que tout se déroule comme cela s'est toujours déroulé. Car elle est là, la grande malédiction de Gormenghast : la lignée des comtes et le vieux château décrépi sont figés dans un cérémonial sans cesse répété. « On ne savait plus ce que signifiait ce rite, car les archives avaient disparu, mais quoique inintelligible la cérémonie n'en était pas moins sacrée. » (p. 346) Et voilà que Titus, à peine âgé de quelques jours, commet son premier sacrilège envers Gormenghast. le jeune héritier sera-t-il le sauveur ou le destructeur de la lignée d'Enfer ?
Quelle délicieuse étrangeté dans l'atmosphère de ce roman qui oscille entre gothique et baroque ! Les couloirs sombres et labyrinthiques semblent abriter à la fois la pire des menaces ou la plus folle des extravagances. Les pièces dissimulent des arbres, des bibliothèques gigantesques et des prisons dont on ne peut pas s'échapper, sauf par la fenêtre. le lierre et la mousse montent à l'assaut des pierres depuis des siècles et personne ne s'étonne de la vieillesse des lieux. Serré dans l'ombre du château, le village abrite des silhouettes informes qui n'existent que par la grâce de Gormenghast et qui participent chaque année à la grande cérémonie des sculptures, autre rite insensé qui perdure depuis le premier comte d'Enfer. Il est donc temps que les choses changent. Nourrisson encore innocent, Titus porte en lui les germes de la nouveauté, pour le pire et le meilleur. « le cycle de douze mois était achevé, et Titus venait d'entrer dans sa seconde année – une année qui, à peine entamée, allait être le théâtre d'un déchaînement de violence dans l'air empoisonné de Gormenghast. » (p. 480)
J'ai été subjuguée par ce roman étrange et irréel. Et je suis convaincue qu'il doit être savoureux de le lire en anglais pour profiter des noms originaux des personnages qui, traduits, correspondent déjà parfaitement au caractère des protagonistes. La suite, très vite !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180

Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
gorjussgorjuss   07 décembre 2012
- Par la voix des pierres et le gouvernail des oiseaux, la colère des épines et les cœurs blessés, les andouillers du cerf et la courbure des côtes, le pain, les larmes et les aiguilles ! Par la voix errante des galets et le froid silence des marais, les nuages insurgés, le jeune coq et le ver !

Grisamer se pencha sur le volume, repéra le paragraphe du bout des doigts, puis tourna la page.

- Par les voix qui s'éraillent la nuit dans les poumons du granit, les poumons de l'air bleu et les poumons blancs des rivières ! Toutes les voix qui hantent tous les instants de tous les jours. Toutes les voix qui résonnent dans le crâne de toutes les régions. Les voix qu'il entendra quand il tendra l'oreille, écoutant sans fin la voix sans fin de Gormenghast, le murmure des pierres dans les tours grises, l'antique mélodie qui le bercera jusqu'à sa mort, quand les bannières sur les créneaux seront en berne et qu'on transportera son corps dans la tour des tours, le mausolée d'Enfer où il reposera parmi ses pères, dont les os sont depuis longtemps tombés en poussière.

- Ça va durer encore longtemps ? demanda la comtesse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
liratouva2liratouva2   30 août 2010
Gormenghast, du moins la masse centrale de la pierre d'origine, aurait eu dans l'ensemble une architecture assez majestueuse, si les murs extérieurs n'avaient été cernés par une lèpre de demeures minables. Ces masures grimpaient le long de la pente, empiétant l'une sur l'autre jusqu'aux remparts du château, où les plus secrètes s'incrustaient dans les épaisses murailles comme des arapèdes sur un rocher
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
UnityUnity   22 janvier 2013
Mais pendant qu'il se pavanait, les genoux fléchis, les pieds tournés vers l'extérieur, le corps et la tête bien droits, les coudes repliés et les poings fermés, il avait savouré la nouveauté de ce qu'il faisait. Il était amusé par cet étrange besoin de son corps - taper du pied, se pavaner, se hausser sur la pointe des pieds puis se laisser tomber sur les talons - tout cela parce qu'il était un assassin - ne laissait pas de l'intriguer et titillait son cerveau à tel point que, maintenant qu'il avait cessé de faire le paon et s'était laissé tomber sur une chaise poussiéreuse, les muscles de sa gorge se contractèrent comme pour éclater de rire - mais aucun son ne sortit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
YanouneYanoune   11 mars 2019
- Finelame. Je m'appelle Finelame, monsieur.
- Finelame aux multiples problèmes, dit le docteur. Au fait, quels sont-ils ? Ma mémoire est un gruyère, une vraie tête de linotte. Demandez-moi le nom des vaisseaux sanguins qui irriguent d'est en ouest le bout de mon index quand je m'allonge face au soleil couchant ou bien le pourcentage de calcaire dans les articulations d'une vieille fille modèle à partir de cinquante-sept ans, ha ha ha ! Ou même, mon cher garçon, demandez-moi de vous faire un graphique des pulsations du cœur des grenouilles deux minutes avant qu'elles meurent, et je vous répondrais immédiatement, ha ha ha ! Mais si vous me demandez de me souvenir exactement de vos problèmes, tels que vous me les avez exposés il y a un instant, c'est le trou. Et pourquoi, maître Finelame, je vous le demande un peu, pourquoi ?
- Parce que je ne vous en ai pas parlé.
- C'est un argument, admit Salprune. Aucun doute, c'est un argument.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
WictorianeWictoriane   27 septembre 2008
Le regard n’a pas de recul. S’y reflète une mouche, une demoiselle ou un cheval avec une immédiateté violente qui exclut tout jugement. Et la mouche, le cheval ou la demoiselle sont reflétés avec un essaim de rêves et de hantises, car ce qui obsède le cœur flambe et transforme la vision, rejetant dans l’ombre l’essentiel de la vie.
Commenter  J’apprécie          100

Video de Mervyn Peake (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mervyn Peake
Interview, sur UK Entertainment Channel (www.ukentertainmentchannel.com) de Sebastian Peake, fils de Mervyn Peake, à propos de son père.
(en anglais, pour les fans !)
autres livres classés : littérature gothiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

La fantasy pour les nuls

Tolkien, le seigneur des ....

anneaux
agneaux
mouches

9 questions
2021 lecteurs ont répondu
Thèmes : fantasy , sfff , heroic fantasyCréer un quiz sur ce livre