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EAN : 9782070125395
496 pages
Éditeur : Gallimard (01/01/2011)
3.55/5   38 notes
Résumé :
Job est l'un des personnages les plus fascinants et énigmatiques de la Bible. Couché nu sur un tas de cendres, couvert de blessures, privé des siens et dépossédé de ses biens, il est le symbole de l'homme arbitrairement condamné qui affronte seul la justice divine.

Depuis que le Livre de Job a été écrit, cette histoire a passionné et intrigué plus qu'aucune autre. Pourquoi ? C'est la question à laquelle Pierre Assouline a voulu répondre en partant sur... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
ivredelivres
  21 décembre 2011
Tout le monde connait Pierre Assouline, son blog, ses critiques, ses livres. Je ne suis pas une inconditionnelle, si j'aime ses biographies je n'apprécie pas vraiment ses romans, venant de terminer le livre de Meir Shalev j'ai enchainé avec Vies de Job c'est tout le plaisir des ricochets dans les lectures.

En choisissant la forme du roman Pierre Assouline s'offre la liberté totale, il ne fait ici ni oeuvre d'historien, ni de philosophe, mais oeuvre d'homme pour qui Job aujourd'hui est une figure obsédante et universelle. Partons sur les traces de Job, un peu partout dans le monde, dans la littérature, la peinture ou le théâtre.
Parlons d'abord du livre de Job lui-même, vous le trouverez dans toutes les bonnes Bibles, un livre assez court et qui hante énormément de lecteurs, croyants ou non : Julien Green le portait en permanence sur lui dans un petit exemplaire relié nous dit Pierre Assouline.
Job c'est l'homme dépossédé de tout : ses enfants, son troupeau et tous ses biens. Il est atteint dans sa chair même et se retrouve seul sur un tas de cendres. Il survit, il résiste et cherche à comprendre.
C'est un juste souffrant, "il est droit de coeur, intègre craignant-Dieu " et pourtant il se débat dans la nuit et la solitude, il ne comprend pas où est sa faute, il exige des explications !
Cette histoire, cette parabole qui hante l'auteur va entraîner celui-ci à la recherche de Job, pour s'en approcher au plus près car Pierre Assouline a la conviction que cet homme qui n'a jamais existé, cet homme est toujours vivant parce que son influence est toujours présente et qu'aujourd'hui encore il aide les gens à survivre.
La recherche est celle d'un journaliste, une véritable enquête qui le conduit auprès des exégètes, des chercheurs, des théologiens, chrétiens ou juifs. Il va comparer des textes, comparer les traductions et tirer patiemment le fil de ce livre qui est sans doute antérieur à la Bible car on en trouve trace dans des textes mésopotamiens et même indiens.
Il va faire un séjour dans un monastère, fouiller la bibliothèque de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem et interroger les érudits qui « lisent la Torah mieux que bien des juifs »
Son enquête autour de ce « un craignant-Dieu » le porte vers la philosophie et par exemple le thème de la souffrance développé par Marcel Conche dans Orientation philosophique. Mais il va aussi inviter à une promenade littéraire parmi ceux que le livre de Job a inspiré ou questionné : Kafka, Camus, Unamuno...
Roman ou bien sûr car Assouline s'accorde une grande liberté de cheminement qui laisse parfois la place à un livre très personnel qui le dévoile avec pudeur et émotion
« La mort de mon frère m'a éloigné de Dieu, celle de mon père m'en a rapproché »
Le témoignage de sa présence auprès de François Nourissier dans les dernières semaines de sa vie ou de ses échanges avec Carlos Fuentes qui a vu mourir ses deux enfants ou cette cette confidence qu'il livre : pendant un an et trois fois par jour Pierre Assouline a récité le kadish pour son père disparu.
C'est ce mélange qui m'a rendu ce livre très proche, je l'ai trouvé grave et intense, les digressions aidant à ne pas s'appesantir. Job fait déormais partie de la " famille de papier " de l'auteur et de la mienne.
C'est un livre auquel je reviendrai moi l'incroyante absolue, parce que c'est un livre qui touche tous les hommes bien au-delà de leurs croyances ou de leur appartenance à une religion.








































































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vibrelivre
  24 novembre 2016
Vies de Job, Pierre Assouline, roman, Gallimard
Pourquoi entrer ce livre dans le genre du roman, quand Assouline se présente comme biographe? Dès l'exergue, le romancier en appelle à Aragon: "Je l'ai appelé roman afin qu'on me le pardonne." En même temps, il s'agirait de la biographie d'un homme dont on ne sait pas s'il a existé, et qui n'est pas mort encore, puisqu'il vit en beaucoup d'hommes. On n'a pas de portrait de lui, mis à part les tableaux de Georges de la Tour, de Jean Rustin, le peintre mutique de l'humanité souffrante, on n'a pas entendu sa voix, très importante, la voix. Et c'est ainsi que cherchant Job, Assouline, et ses lecteurs à sa suite, découvre que Delacroix mesurait un m.42, peut-être cette petite taille change-t-elle la perception de ses tableaux, et que Nicolas de Staël avait une voix de bronze. Il est agréable aussi d'entendre la voix de Manitou, né Léon Eskénazi, sur Internet. La voix ajoute à l'écrit, est une grande part de la personne.
Job, sans voix, mais non sans paroles, qui est-il? La personne, le personnage, le mythe, le livre au sens inépuisable, le poème? C'est dire s'ils sont nombreux. le point d'accord et de départ, est que Job représente le Juste souffrant. Celui qui a enduré le supplice de Dieu sans jamais le renier, mais en lui demandant des comptes: qu'avait-il fait pour mériter cela? Il résiste, selon la traduction grecque, Il accepte avec grandeur l'épreuve, mais cherche à la comprendre. Et cette épreuve dure longtemps, même si cette durée n'est pas la même chez les différents commentateurs. Job a donc un caractère universel, ce qui fait que chaque homme voit son Job dans celui qui souffre, le Job sidéen, chômeur, mendiant dans le métro, résidant d'une maison de retraite, Anne-Lorraine Schmitt tuée par un prédateur dans un wagon de RER, l'autre de tous les lieux et de tous les temps (Le fantôme du chapelier) celui qui préférerait ne pas, Beckett pour Ionesco, le père de Georges Simenon, quelqu'un qui a perdu son frère quand il avait 16 ans (comme Assouline) le Juif de l'après-Auschwitz ... ce que confirme Vies au pluriel du titre.
Les Vies de Job sont la biographie d'une parabole. Autant dire qu'on avance sur un fil d'équilibriste. En tout cas, on est dans les hauteurs, c'est limpide, ça remue, ça élève. Assouline, précisons qu'il est séfarade, né à Casablanca d'une famille originaire d'un petit village à la frontière du Maroc et de l'Algérie, nommons-le, Figuig, et parent avec Job! (la biographie dans le roman mène à l'autobiographie) "travaille" Job, est hanté et habité par lui, rencontre des gens qui fréquentent Job, des gens intéressants, Françoise Mies qui ne veut pas qu'Assouline fasse de son Job un grincheux, Samuel Beckett, un Saint-Martin inconnu, Joseph Roth, dont il faut lire le poids de la grâce; des lieux d'esprit, L'Ecole biblique de Jérusalem; des témoignages héroïques, celui de Miguel de Unamuno disant courageusement non à la barbarie; des livres qu'on a envie de lire, le dernier des Justes, de Louis Schwarz-Bart, Poulpes, de Raymond Guérin. On en tire une sagesse de la vie, il s'agirait de hurler contre, se révolter sans renier ses convictions. Cependant l'énorme problème que soulève Job, c'est la question du Mal, et surtout la souffrance des enfants, problème qui laisse Saint Augustin lui-même dans l'aporie. Si Dieu est bon et omnipotent, pourquoi le Mal? Comment expliquer la Shoah, la mort d'un enfant innocent? On dira que Dieu distingue les Juifs par le malheur qu'il leur fait subir, ou que Dieu se retranche de sa création pour permettre à l'homme de régler les problèmes qu'il provoque, que la vraie vie est celle qui vient après la mort, et l'assistance gronde quand la voix de Manitou, ce Manitou de qui se tient à distance le poète Claude Vigée (Vie-j'ai) à cause de sa lucidité effrayante, explique que l'homme a un comportement infantile à vouloir que Dieu s'occupe de ses affaires; Celan condamne un Dieu qui permet une telle déshumanisation. Soit, mais Dieu fait ce qui lui plaît, et l'on songe à Pascal qui affirme que Dieu accorde sa grâce à l'homme vicieux. Job fait des reproches à Dieu, mais il L'aime de façon absolument gratuite. Il L'aime pour Lui, et non parce qu'il attend quelque chose de Lui. Comme Job, il faut accepter le sort avec simplicité, et tenter de comprendre ce qui arrive, interpréter, prendre en compte les différents points de vue.
le livre est construit en trois parties, distribuées en trois sous-parties, ce qui rappelle l'académisme français, avec un prologue et un épilogue (la partie la moins forte de l'ensemble admirable) C'est une suite de paragraphes numérotés, amenés par une relation avec Job, comme des commentaires d'une vie avec Job, et qui nous conduisent jusqu'à Bombay. On voit le biographe au travail, on le suit dans sa quête-enquête. L'écriture est très fluide, parsemée d'aphorismes souvent très bien trouvés ("Vanité de croire que l'on ne peut se reposer que sur soi-même", p.49) des formules aux lèvres riantes ("Autant demander à un huissier de justice de constater le battement d'ailes de l'éternité", p.217) le livre est traversé de passages de Job, comme si nous étions à l'étude, à l'écoute, parce que quand on étudie, c'est Dieu qui nous parle, p.69 (mais ne nous donnera pas la solution de l'énigme) et c'est ainsi que Leibniz pose la double question: Si Dieu existe, d'où vient le Mal? Si Dieu n'existe pas, d'où vient le Bien? On y converse avec Assouline et les commentateurs qu'il convoque, avec Job et donc avec nous-même, interrogé par Job.
J'ai vu Assouline au festival des Ecrivains du Sud. Il a dit haut et clair, après Patrick Grainville, que Montherlant avait le sens de l'autre. Il est évident que cet auteur et cet homme, qui parle si bien de l'amitié, et la pratique, entre autres, écrire une biographie, n'est-ce pas cheminer avec un ami?- n'a pas été appelé par Job par hasard. François Nourrissier, qu'il vient voir dans la maison de retraite où il termine sa vie, s'intéresse au travail en cours, et l'ayant appris, le condamne à réussir. Assouline craint de n'être pas à la hauteur du sujet. Que si, Pierre Assouline, le doublement rocailleux, vous avez hautement réussi. A nous maintenant de réussir notre humanité. Pour commencer, lisons le livre de Job, que Ionesco considérait avec L'Ecclésiaste comme des livres d'avant-garde.
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miriam
  06 décembre 2018
Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c'est l'auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.
« Telle est l'histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C'est l'histoire d'un livre et c'est l'histoire d'un homme. L'histoire d'un livre fait homme. »
Pour enquêter sur l'Histoire d'un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j'ai un peu de mal à suivre.
Erreur de ma part, j'ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D'ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l'histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m'indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.
La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l'imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l'Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l'Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d'esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l'ouverture d'esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s'adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!
Si Assouline a préféré l'Ecole Biblique à l'Université hébraïque, c'est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.

fresque de doura europos
Parmi toutes les sources, Assouline n'oublie pas que Job vut aussi en islam : Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».
Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m'emmène dans l'univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l'île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l'homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l'âne. On voyage dans le temps et dans l'espace.
Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d'Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l'endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l'hôpital psychiatrique où l'on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l'Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d'autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.

William Blake
Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de de la Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin que cette lecture m'ont fait découvrir. Depuis que j'ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .
La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L'auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d'où sa famille est originaire. de l'ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l'auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n'y a qu'un pas…Ecrire sur Job, c'est aussi évoquer cette douleur.

Jean rustin
Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. de la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. le dernier chapitre qui l'évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou, philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s'attachant au scandale de Job. J'ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j'ai du mal à terminer le livre.
Je quitte à regrets ce livre, j'y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j'ouvrirai avec une autre intention. J'aime les livres qui ouvrent des portes sur d'autres lectures.


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aranzueque-arrieta
  01 mai 2012
Vies de Job
Pierre Assouline
Gallimard

Vies de Job est un bien curieux livre, une oeuvre à part comme on en lit peu souvent.
Le biographe Pierre Assouline mène une enquête pointilleuse sur le personnage du Livre de Job.
Rappelons rapidement l'argument du livre de l'Ancien Testament pour ceux qui n'ont pas lu l'original.
Job, un riche patriarche pieux et vertueux à qui tout sourit, est le favori de Dieu. Satan demande l'autorisation au Très-Haut de mettre à l'épreuve son protégé pour lui prouver que Job se détournera de lui après avoir subi mille et une épreuves. le cobaye perd notamment ses enfants, devient pauvre, malade, souffrant. Dieu gagne son pari et Job récupère la santé et l'argent, mais non les morts causés par les caprices de ces célestes messieurs.
Comment écrire une biographie de Job? de qui parle-t-on d'ailleurs, du personnage, de la personne, de l'auteur du fameux livre ? A-t-il réellement existé ? Qu'écrire, la biographie d'une idée, d'un principe, d'un mythe, d'une absence ?
Entrer dans la vie de Job, c'est se perdre à jamais dans un labyrinthe borgien.
Quel Livre de Job faut-il choisir ? Quelle traduction ? Les spécialistes, les sémiologues, les traducteurs, les « excavateurs » (ainsi les appelle l'auteur) se contredisent et se disputent des mots ou des expressions à coup de sèmes qu'ils se lancent en hébreux ancien, en arabe ancien ou classique, en qumrânien, en latin, en grec, en araméen... la liste est longue, longue, longue.
Comment interpréter le texte ? D'un point du vue juif, chrétien, musulman, marxiste, psychanalytique ?
Assouline tente de ne pas rentrer dans ces polémiques, il se sert de ce qui existe déjà, le « Job universel », celui qui vit dans la Littérature (de l'Ancien Testament à Céline, en passant par Hugo, Célan ou Lévi), dans l'histoire de l'art (les représentations de la Tour, de Bonnat.. il est souvent peint sur un tas de fumier) et même dans la publicité; l'auteur fait référence à une campagne vantant les mérites du « Book of Jobs » en référence à l'i-Pad de Steve Jobs.
Assouline, à travers un incroyable travail de recherche, a traqué les différentes références faites au personnage biblique, en allant d'Israël en Inde, en passant par l'Italie ou l'Amérique. Tous les chemins qu'il emprunte, qu'ils soient physiques, intellectuels ou spirituels, le mènent à Job.
Il consacre aussi une partie de ce « roman », aux nouveaux Job, ceux qui ont vécu tout comme le patriarche des épreuves horribles. Fatalement, la Shoah est mentionnée. Que fait-on de ces millions de juifs (essentiellement) exterminés, sans rédemption possible.
A la fin du Livre de Job, Dieu lui redonne fortune et santé, mais qu'en est-il des six millions de juifs éradiqués ? Que leur a-t-on rendu ? Rien, à peine quelques cendres et un nom gravé sur les plaques des différents monuments dédiés à la Mémoire de Holocauste. Comment réparer l'irréparable ?
Et Dieu dans tout ça, nous interroge Assouline, qui se déclare croyant.
Est-il acceptable son pari avec Satan ? Quel est le sens de la souffrance et du mal dont est victime Job ?
Les chrétiens pensent que Dieu veut élever Job par la souffrance, posture purement masochiste, mais tellement chrétienne. Les juifs voient la présence de Dieu dans la souffrance. Qui dit mieux ?
Outre l'impressionnant tour d'horizon que propose Assouline (en plus d'un témoignage intéressant concernant certaines étapes de sa vie) quant au Livre de Job (la boîte de Pandore est ouverte, débrouillez-vous !) le roman est intéressant dans la mesure où l'on suit le minutieux travail du biographe. C'est avant tout un livre qui montre comment l'auteur s'approprie du personnage sur lequel il travaille, comment il vit avec lui, de quelle façon Job le hante, l'habite.
Le mot de la fin revient à Pierre Assouline: Job est des nôtres, car sa vraie misère est la nôtre. Voilà de quoi mettre d'accord tout le monde, ou presque...

FAA

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JMLire17
  22 août 2017
Malgré la désignation en couverture " Vies de Job ", n'est pas vraiment un roman, pas non plus à proprement parler une biographie, pas un récit non plus, mais par contre c'est un livre passionnant, riche de questions, qui pousse le lecteur à s'interroger, à relire la bible, à tenter de comprendre l'influence que Job et le livre de Job ont eu sur les hommes, sur les philosophes, sur les religions, et sur l'holocauste. Pierre Assouline nous fait partager ses interrogations, qui est Job? qui a écrit le livre? est-ce Moïse? Il remonte vingt cinq siècles en arrière, nous plonge dans son enquête, nous entraîne dans les lieux qui détiennent les textes, les manuscrits, il arpente les rues de Jérusalem, dans les bibliothèques, les musées il explore les écrits de ceux qui ont mis en lumière le Livre, il nous fait partager ses lectures des poètes, des philosophes, il rencontre des chercheurs. Il montre en quoi des penseurs sont devenus admirateurs du livre de Job, combien Job, symbole de l'homme juste, opprimé sans raison, condamné à souffrir par la volonté divine est présent dans la vie des hommes et notamment des juifs. Il revient sur ses origines, il rend un magnifique hommage à son frère et son père disparus, il nous montre en quoi ils sont des " Justes " qui ont souffert. Il analyse la notion d'injustice dans la souffrance notamment celle des enfants. Il finit en abordant son travail de biographe et celui plus spécifique concernant ce personnage..
Les 2 phrases que je porte en citation résument bien le livre, malgré son étude des questions que posent le livre de Job, il démontre qu'il n'y a pas de réponses absolues, et s'il ne se déprend pas tout à fait de son enquête, le lecteur non plus, ne quitte pas facilement des 500 pages qu'il vient de refermer.
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critiques presse (1)
LaPresse   20 juin 2011
Les Vies de Job dans ce journal d'un chercheur se lisent comme un roman et se digèrent lentement comme un long voyage agissant longtemps en nous.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
KanelbulleKanelbulle   21 juillet 2011
Si les académiciens suédois avaient été moins coincés du col amidon, ils auraient attribué le premier prix Nobel de littérature à l'équipe qui a écrit la Bible. Une récompense collective, cela aurait eu de la gueule, même avec un peu de retard, même en 1901. On en parlerait encore, alors que les Stances et poèmes de Sully Prudhomme... Dieu aurait été consacré comme l'un des plus beaux personnages de la littérature universelle.
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KanelbulleKanelbulle   21 juillet 2011
Il me fallait ce livre toutes affaires cessantes. La librairie Gallimard du boulevard Raspail me le commanda. Il m'attendait à mon retour. Je patientai quelque temps avant de l'ouvrir comme on le fait avec les livres dont on pressent qu'ils vont nous troubler durablement et qu'on veut mettre à l'abri de la vulgarité du monde. On s'en réserve la lecture pour lui épargner toute ambiance délétère.
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ivredelivresivredelivres   21 décembre 2011
Ce livre que l'on garde autant qu'il nous garde, les juifs l'ont judaïsé, les chrétiens l'ont christianisé, les musulmans l'ont islamisé, les poètes l'ont poétisé
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alzaiaalzaia   08 mai 2016
Comment sommes nous passés de l'évocation de Carlos Fuentes et du souvenir de Roger Caillois au "Livre de Job" , je l'ignore, l'ouzo aidant; mais je me souviens parfaitement que dès lors, nous parlions vraiment la même langue, au-delà du Français (...) Nous possédions le mot de passe qui permet à un inconnu d'accéder dans l'instant à un autre inconnu. Nul besoin d'être initié ou d'entrer dans une maçonnerie : il suffit juste de savoir qu'on en est parce qu'on l'a lu, et quelque chose passe.
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jeanmarcgjeanmarcg   10 juillet 2012
"La langue anglaise offre un mot délicieux truffé de notes de musique pour évoquer cette faculté de ne pas trouver ce que l'on cherche tout en trouvant ce que l'on ne cherchait pas : serendipity"
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Vidéo de Pierre Assouline
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À partir de leur rencontre en 1994, Pierre Assouline et Henri Cartier-Bresson n'ont pas cessé leur échange. le photographe qui refusait qu'on le photographie détestait les interviews, seule la conversation l'intéressait. Celle qu'il a eue avec le journaliste a été si féconde qu'il a accepté qu'elle devienne le matériau d'un travail biographique. Pierre Assouline raconte le travail qu'il a consacré « au plus grand photographe vivant, au dessinateur ressuscité, au reporter au long cours, à l'aventurier tranquille, au voyageur d'un autre temps, au contemporain capital, à l'évadé permanent, au géomètre obsessionnel, au bouddhiste agité, à l'anarchiste puritain, au surréaliste non repenti, au symbole du siècle de l'image, à l'oeil qui écoute ».
Cette rencontre, ponctuée de lectures par Nathalie Cohen, a été enregistrée le 5 juin 2021 à la BnF I François-Mitterrand dans le cadre de la Bibliothèque parlante, Festival de la BnF
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