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EAN : 9782021476736
144 pages
Seuil (11/03/2021)
3.86/5   71 notes
Résumé :
" Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison ", disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d'ombres où le débat est souvent remplacé par l'invective : chacun, craignant d'y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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DianaAuzou
  13 mars 2022
Le courage de la nuanceJean Birnbaum, Éditions du Seuil mars 2021 *****
Le livre qu'il nous faut, constamment, il nous réapprend ou nous réveille la mémoire sur l'amitié, l'honnêteté, l'humour et la nuance, « dans le brouhaha des évidences il n'y a pas plus radical que la nuance. »
Dans l'introduction, l'auteur révèle la « bravoure » de ce qui est souvent pris pour une faiblesse : « la puissance de la nuance s'épanouit au mieux dans ce type de livre inclassable, à la charnière de la littérature et de la pensée, qu'on appelle l'essai. Autrement dit qui, au sens propre, essaie, tâtonne, tente quelque chose, et dont la force n'est pas de trancher mais d'arpenter ces territoires contrastés où la reconnaissance de nos incertitudes nourrit la recherche du vrai . »
Oui, la force n'est pas de couper sec, mais dans la recherche, dans le doute même, dans l'interrogation, dans l'ouverture d'esprit qui bannit les certitudes lourdes et paralysantes.
Pour illustrer cet « héroïsme de la mesure », Jean Birnbaum appelle « à la rescousse » quelques intellectuels comme Albert Camus, Hannah Arendt, Germaine Tillion, Raymond Aron, Georges Bernanos, Roland Barthes, tous des « figures aimées qui pourraient nous aider « à nous tenir bien. »
Nos limites, les connaissons-nous ? Avons-nous le courage de les accepter ? Une réponse affirmative peut aller de soi et pourtant il y a souci et Camus se révolte contre certaines certitudes et des emballements revanchards. La voix de l'écrivain résistant se lève contre les âmes tièdes : »Notre monde a besoin de coeurs brûlants qui sachent faire de la modération sa juste place… parfois, l'éthique de la mesure est une éthique du silence. » et la nuance est pour Georges Bernanos « un aveuglement surmonté ». L'écrivain fore d'une manière implacable notre « nuit intérieure », scrute « la part honteuse, boueuse, vénéneuse de nous-mêmes… les eaux dormantes et pourries de l'âme... » « on ne se méfie jamais assez de soi-même… l'inconnu c'est encore et toujours notre âme » note-t-il.
Et Jean Birnbaum revient sur cet exercice de la nuance qui nous aiderait à mieux vivre ensemble : « nous ne sommes pas transparents à nous-mêmes, nous sommes mus par des élans innommables, des pulsions abjectes : le reconnaître oblige à une forme d'humilité, ou… vigilance critique ».
Germaine Tillion, ethnologue et grande résistante a fait de l'humour sa bouée de sauvetage et son chemin a toujours été une quête de vérité. Nuance : de vérité et non de la vérité !
Pour Hannah Arendt l'héroïsme de la pensée se confond avec « le génie de l'amitié » : « C'est seulement parce que je peux parler avec les autres que je peux également parler avec moi-même, c'est à dire penser. » Pour elle, et elle n'est pas la seule à l'exprimer, l'amitié est le seul lieu où peut s'épanouir la pluralité qui nous définit, où il y a le désir d'une confrontation sincère. Aux certitudes arrogantes Hannah Arendt préfère « la lumière incertaine, vacillante et souvent faible des êtres chers ». Nuance radicale !
L'humour a le pouvoir de nous sauver la vie, car cette indépendance du jugement, le courage de rire nous aide à demeurer en mouvement, à nous délester pour pouvoir danser « dans un éclat ironique ».
L'imagination, la nuance joyeuse, le combat pour la nuance nous disent aussi Mathias Malzieu dans son « Guerrier de porcelaine », et Lydie Salvayre dans « Rêver debout ». Il faut du mouvement, sinon tout pourrit.
Un passage de cet essai, rappelant un moment vécu par George Orwell sur le front de la guerre d'Espagne, a tout l'humour et la bouleversante émotion de la nuance. Je le partage avec vous : « Après avoir bondi des tranchés ennemies, un messager s'est retrouvé là, en ligne de mire, totalement à découvert. le voici maintenant qui se met à courir… en retenant des deux mains son pantalon. Orwell baisse son arme. « J'étais venu ici pour tirer « sur des fascistes », mais un homme en train d'empêcher son pantalon de tomber n'est pas un « fasciste » ». Orwell est connu pour son franc-parler et aussi pour le doute qui l'accompagne pour assumer ses propres failles « car la meilleure façon d'être honnête, c'est de renoncer à une illusoire « objectivité » et d'assumer pleinement son propre point de vue ». Chez Orwell la nuance est « comme franchise obstinée… jamais un désaccord ne devrait être tu, jamais une vérité ne devrait être occultée... ».
La littérature « maîtresse des nuances » fait place à la réflexion, à l'émotion à la compréhension et surtout empêche l'enfermement la rigidité et l'intolérance. « essayer de vivre selon les nuances que nous apprend la littérature », nous conseille Roland Barthes qui « nous transmet une certaine manière de se tenir dans le monde, une façon d'articuler le texte et la vie. » A la lecture de Barthes nos forces reviennent. « La science est grossière, la vie est subtile et c'est pour corriger cette distance que la littérature nous importe… Elle permet de se soustraire aux partis pris de ceux qui ont hâte de conclure, aux fausses alternatives des mauvaises polémiques, aux manichéismes qui voient le monde en noir et blanc... »
La poésie, nous sauverait-elle ? Oui si elle sait faire plus que mettre les mots en rime, si elle vient du coeur pour nous faire vibrer, si elle est honnête. La poésie, « le meilleur moyen de se connaître soi-même  et d'aller à la rencontre d'autrui », disait Hannah Arendt.
Pour finir, je laisse à nouveau la plume à l'auteur, Jean Birnbaum qui clôt son essai par un dernier et non moins émouvant hommage « Ici, j'ai voulu donner voix à cette marginalité, au moment où elle peut nous être d'un grand secours. Il s'agissait de faire entendre cette petite troupe d'esprits hardis, délivrés de tout fanatisme , qui ont accepté de vivre dans la contradiction, et préféré réfléchir que haïr. Avec à l'horizon, cet espoir : relancer un héritage fragile, lui donner la force d'être fort ou du moins assez solide pour qu'il fasse rayonner parmi nous, comme à travers ces pages, le désir obstiné de faire face, de se tenir bien. »
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Litteraflure
  17 mai 2021
Alerte : cet ouvrage est d'utilité publique. Veillez à vous le procurer d'urgence, surtout si vous passez du temps sur les réseaux sociaux.
Il est désormais impossible de débattre sereinement. Parce qu'aux interlocuteurs trois choses font défaut : le temps, la politesse et la culture générale. Nous vivons à l'heure du manque de recul, de la polémique et du vite mâché-retweeté. Quiconque ose formuler un point de vue nuancé est taxé de laxisme, accusé de « faire le jeu de ». C'est le triomphe de « langue de bois et coeur en toc », dixit l'auteur.
Pour parler de nuance, Jean Birnbaum convoque des grandes figures de la pensée (mes idoles…) : Georges Bernanos (et ses aveuglements surmontés), Hannah Arendt (et son goût de l'ironie), Georges Orwell (et sa franchise assumée, son refus de la complaisance), Raymond Aron (et l'incertitude comme vertu héroïque), Germaine Tillion (et la mesure, telle une bravoure sacrée), Roland Barthes (et le mépris des stéréotypes) et enfin Albert Camus, le plus grand, dont il reprend cette citation célèbre : « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison ». le « absolument » a, ici, toute son importance.
Où est passé le doute ? Qu'est-il advenu du plaisir de converser, de confronter les points de vue ? Pourquoi faut-il prendre parti à tout prix ? Ou pourquoi a-t-on peur de donner une mauvaise opinion d'un livre, par crainte de quoi, de qui ? J'ai évidemment apprécié cette dernière question que Jean Birnbaum aborde aux pages 47-49. La « clanisation » du débat tétanise les penseurs et fait de la franchise une qualité désuète, l'attribut des idiots.
Ce magnifique éloge de l'argumentation et de la mesure appelle un autre livre auquel, j'espère, Jean Birnbaum s'attellera un jour : le courage de dire non, l'audace de nager à contre-courant.
Bilan : 🌹🌹🌹
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DLN
  31 mars 2021
Tout est bon dans le dernier livre de Jean Birnbaum, le courage de la nuance ; tout, sauf peut-être le titre : non pas l'appel au courage, bien sûr, mais la célébration de la nuance qui donne le sentiment d'un entre-deux, d'un « en même temps », d'un clair-obscur sans consistance ; certes il s'agit pour lui de dénoncer les méfaits des débats manichéens, des dualismes simplificateurs qui décrivent la réalité en blanc et en noir ; mais qu'on ne s'y méprenne pas l'auteur ne leur substitue pas les innombrables nuances de gris que peuvent produire le mélange de ces deux couleurs extrêmes. En fait ce que recouvre pour lui le mot nuance, c'est ce que je préfère appeler la complexité des choses, et qui peut conduire à ce que des interprétations contradictoires soient également vraies. La nuance pour l'auteur ce n'est pas le gris, c'est la coexistence du blanc et du noir. Alors va pour la nuance, si c'est ce qu'elle veut dire. Et, de Raymond Aron à Roland Barthes en passant par Germaine Tillon, d'Hannah Arendt à Georges Orwell, en passant par Georges Bernanos, ce sont, en commençant bien sûr par Albert Camus, sept auteurs qu'il convoque pour explorer les différentes facettes de cette nuance dont il nous fait l'éloge : des spectateurs engagés, selon la belle formule de Raymond Aron, et pour qui la nuance c'était d'abord de penser contre soi même pour ne pas être prisonnier de son camp.
En interlude à chacun de ces sept chapitres, il tire une sorte d'ordonnance énonçant ainsi la liste des remèdes à l'hystérisation des débats, que je reformule à ma façon en puisant dans la pharmacopée de l'esprit :
D'abord bien nommer les choses, pour éviter « d'ajouter aux malheurs du monde », et donc fuir comme la peste toutes les formes de novlangue ou d'euphémisation
Pratiquer l'humour, cette forme d'hygiène de l'esprit, un exercice intellectuel mais aussi spirituel nécessaire, une forme d'assouplissement des neurones et de la pensée.
Se sevrer de la dépendance à la crainte de « faire le jeu de l'adversaire », qui conduit à la cécité intellectuelle et au déni des réalités, de ces « méchants faits qui viennent détruire les belles théories ».
Avoir conscience de la part d'inconscient qui nous anime, cette part d'ombre inatteignable qui structure nos émotions et nos réactions, et qui a « ses raisons que la raison ignore ».
Complémenter par la littérature et la poésie les potions de l'argumentatif, car elle disent des choses de l'humanité qui seront toujours inaccessibles à la raison, ce « supplément d'âme » qui « donne son sens à la vie ».
http://www.daniel-lenoir.fr/le-courage-de-la-nuance-ou-de-la-complexite/
Lien : http://www.daniel-lenoir.fr/..
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Hardiviller
  30 mai 2021

Comment ne pas partager le point de vue de l'auteur quand , des pointures intellectuelles lui servent de support pour le goût de la nuance , l'éloge du doute contre le crétinisme des certitudes .

Rarissimement nos dirigeants s'ouvrent d'un doute quant à leurs actes et c'est bien décevant .
Camus qui ne s'autorisa jamais à défendre ni le communisme ni le capitalisme libéral disait plutôt choisir les objecteurs de conscience , ne prit parti pour les colons ou les algériens mais pour l'humanisme . Il est vrai que cela l'orienta vers ses " affinités libertaires " .
D'autres auteurs ont suivi la même voie : Arendt , Orwell , Barthes , Aron , Bernanos etc .... que nos dirigeants gagneraient à s'imprégner de ce genre de réflexion plutôt que de médiatiquement répandre leurs certitudes . Mais un ego surdimensionné , caractéristique commune à presque tous les " puissants " ne favorise guère l'humilité .
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Michel69004
  21 mai 2021
Une sorte de charte.
Il faudrait sans doute une sorte de charte qui conseille à quiconque s'inscrit sur un réseau social de lire ce livre indispensable.
Ami(e)s de Babelio feriez figure d'exemples tant il est rare ,sur ce réseau ,de se faire vilipender.
Quoique je me souviens de réponses très hostiles à un petit billet concernant un livre que j'avais eu le malheur de ne pas aimé....
Mais pour l'essentiel le débat reste ici courtois même s'il est parfois vif. Et les arguments des uns et des autres sont souvent francs et étayés.
« Il s'agit de trouver le bon tempo, celui qui permet de se laisser bousculer par les «bouffées » afin de contourner les «briques ». » Jean Birnbaum cite ainsi Roland Barthes, pour en finir avec l'arrogance.
Alors oui le courage de la nuance, ce n'est bien sûr pas le gris, ni le brun et le rouge en même temps. Non je ne crois pas. Ce serait plutôt une palette infinie faite de complexité et de poésie.
Camus,Aron,Arendt,Bernanos,Orwell, Tillion et Barthes serait donc reliés par « une liberté intraitable, une éthique de la vérité, la conscience de nos limites,le sens de l'humour, un rapport conscient avec son inconscient, une morale du langage, le goût de la franchise, un art de l'amitié ».
J'espère que Babelio restera longtemps un espace de relations sincères, de remise en question, quitte à adopter le point de vue de l'autre et à s'interroger sur sa propre parole, sur son propre billet !!!
Mais je n'y suis que depuis quelques mois...
Un immense merci à Jean Birnbaum.
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critiques presse (4)
LeDevoir   06 août 2021
Contre la pensée dogmatique et l’esprit de meute, le journaliste et essayiste propose «Le courage de la nuance».
Lire la critique sur le site : LeDevoir
NonFiction   12 juillet 2021
Le journaliste et critique littéraire Jean Birnbaum nous invite à renouer avec la nuance à l’heure des oppositions binaires et sans issues.
Lire la critique sur le site : NonFiction
NonFiction   12 juillet 2021
Le journaliste et critique littéraire Jean Birnbaum nous invite à renouer avec la nuance à l’heure des oppositions binaires et sans issues.
Lire la critique sur le site : NonFiction
LesInrocks   07 avril 2021
Al’heure où les réseaux sociaux et les débats audiovisuels véhiculent haine et crispations identitaires, le journaliste au Monde prône un retour au “Courage de la nuance”.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
LeBretonRefractaireLeBretonRefractaire   15 mai 2022
Il n'y a pas plus radical que la nuance.
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HardivillerHardiviller   27 mai 2021
Horrifié par la cruauté qui s'abat sur les républicains , ou présumés tels , l'écrivain ( Bernanos ) décrit ce qu'il a sous les yeux : " Ah ! l'atmosphère de terreur n'est pas ce que vous pensez ! l'impression est d'abord d'un énorme malentendu , qui confond toutes choses , mêle inextricablement le bien et le mal , les coupables et les innocents , l'enthousiasme et la cruauté . Ai-je bien vu ? Ai-je bien compris ? .......Des prêtres , des soldats , ce drapeau rouge et or -- ni or pour l'acheter , ni sang pour le vendre ... Il est dur de regarder s'avilir sous ses yeux ce qu'on est né pour aimer ."

Ainsi , Bernanos refuse de ne pas voir . Mieux , il tient à décrire les " équipes d'épuration à domicile " qui sèment la mort de village en village , livrant chaque jour aux cimetières leur quota de " mal-pensants " : " évidement , cela vous coûte à lire . Il m'en coûte aussi de l'écrire . Il m'en a plus coûté encore de voir ." Voilà donc ce catholique fervent , auteur du célèbre " Journal d'un curé de campagne " contraint de dépeindre des curés distribuant les absolutions entre deux rafales de mitraillettes , " les souliers dans le sang " . On écrit " contraint " et on a tort . car Bernanos n'était guère obligé de nommer ce qu'il observait . Son geste fut si minoritaire qu'il relève de l'héroïsme .
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HardivillerHardiviller   29 mai 2021
Orwell a vu , en Espagne les anarchistes , les trotskistes et tous les militants qui critiquaient la ligne officielle du gouvernement républicain se faire traiter d'agents à la solde des fascistes . Evoquant les journaux de gauche qui occultaient ces débats internes , en Espagne mais également en Grande- Bretagne , Orwell note : " Leur excuse était que la république se battait pour sa survie et que rapporter ses querelles intestines avec trop de franchise revenait à donner des armes à la presse pro-fasciste " .

Ici , la formule clé , celle dont la puissance d'intimidation n'a rien perdu de nos jours , tient en quatre mots : " faire le jeu de " . Sur la scène intellectuelle comme dans l'arène partisane , elle réduit toute opposition à une trahison . ...... C'est une sorte de formule magique ou d'incantation , destinée à cacher les vérités dérangeantes . Quand on vous dit qu'en affirmant telle ou telle chose vous " faites le jeu " de quelque sinistre ennemi , vous comprenez qu'il est de votre devoir de la boucler immédiatement .
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HardivillerHardiviller   29 mai 2021
A chaque génération sa guerre d'Espagne . A chaque génération le carnage qui la fait naître à elle-même en la jetant dans une mobilisation sans frontières . Pour la génération dite " 68 " , ce fut la guerre d'Algérie . De la même manière , les combats qui ont récemment ensanglanté la Syrie pourraient bien tenir lieu de " front espagnol " à toute une cohorte . A chaque génération , donc l'événement universel qui produit un effet de cisaille sur les consciences de l'époque , parce qu'il engage tout ce à quoi l'on tient et annonce l'abjection qui vient . " Certains crimes ne sont dans la vie des hommes rien de plus q u'une simple conjoncture tragique dont le caractère irréparable masque à peine l'insignifiance .... Mais il est des crimes essentiels , marqués du signe de la fatalité . La guerre d'Espagne est de ceux-là " Notait Bernanos en 1937 . " Voici 9 ans que les gens de ma génération ont l'Espagne sur le cœur " témoignera , quant à lui , Albert Camus , à la libération . " L'histoire s'est arrêtée en 1936 " avait tranché Georges Orwell .
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HardivillerHardiviller   24 mai 2021
Le 26 avril 1955 , Albert Camus arrive à Athènes . Deux jours plus tard , après une balade à l'Acropole , il participe à une grande " conférence controverse " organisée par l'Union culturelle gréco-française et consacrée à l'avenir de la civilisation européenne . Devant un public nombreux , qui le presse de définir cette civilisation , l'écrivain , alors âgé de 42 ans , commence par affirmer qu'il en est incapable . " Je voudrais d'abord parler de mon empêchement à dire des choses définitives sur ce sujet " , prévient-il .

Il y aurait tant à évoquer , des aspects tellement divers , parfois contradictoires ! Si Camus accepte ensuite d'apporter à ses hôtes une réponse , c'est pour placer ce scrupule au cœur de la dynamique européenne : " La civilisation européenne (observe-t-il ) est d'abord une civilisation pluraliste , où la multiplicité vivante des opinions doit rendre impossible la domination d'une vérité unique . La dialectique vivante en Europe est celle qui n'aboutit pas à une sorte d'idéologie à la fois totalitaire et orthodoxe . ce pluralisme qui a toujours été le fondement de la notion de liberté européenne me semble l'apport le plus important de notre civilisation . C'est lui qui justement est en danger aujourd'hui et c'est lui qu'il faut essayer de préserver " .
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