AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9782264080103
192 pages
10-18 (07/04/2022)
3.3/5   156 notes
Résumé :
Le roman noir sur l'épuration : traîtres et héros mêlés dans les cendres de la Libération.
10 septembre 1944. Le commissaire Georges Duroy roule vers Saint-Julien-en-Vercors, dans la Drôme.
Ancien résistant, sa première mission est d'enquêter sur un crime commis dans le Vercors : une jeune fille se prénommant Marie est retrouvée violée et égorgée dans la forêt. Un meurtre barbare qui secoue tout le plateau. Marie est la fille cadette d'une famille de r... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
3,3

sur 156 notes

Fandol
  23 avril 2021
Le Vercors, superbe massif des Préalpes, se profile souvent à l'horizon. Je l'aperçois, le détaille, l'admire par temps clair, dès que je m'élève un peu au-dessus de chez moi. Je l'ai parcouru, escaladé ses cols, pas faciles, à vélo, y ai randonné à pied et j'ai skié souvent sur le plateau des Coulmes, à Presles, au-dessus de Pont-en-Royans, justement là où François Médéline a écrit ce terrible et passionnant roman noir historique : La sacrifiée du Vercors.
L'auteur mène intrigue et suspense de remarquable façon, respectant une unité de lieu, d'action et de temps, comme Boileau le préconisait. D'ailleurs, il cite celui qui définit tout cela dans L'Art poétique en fin d'ouvrage, après avoir poussé le luxe de gratifier ses lecteurs de titres de chapitres empruntés à divers poètes comme René Char, René-Guy Cadou, Benjamin Phélisse, Robert Desnos, Édith Thomas, Paul Éluard… ou encore Louis Aragon.
Tous les événements qui m'ont fait trembler, espérer, qui m'ont permis de revoir ces villages martyrs, se déroulent le lundi 10 septembre 1944 mais, comme le précise justement l'auteur en préambule, la date et les faits sont fictifs.
François Médéline a pris aussi beaucoup de libertés avec ses personnages. Par contre, j'ai beaucoup apprécié la « péroraison » finale qui remet chacun à sa place et tire des conclusions éloquentes que l'auteur fait bien de rappeler.
C'est donc au matin de ce 10 septembre 1944 qu'arrive, au volant de sa Peugeot 402, un certain Georges Duroy, commissaire de police près le délégué général à l'épuration. Il vient de Lyon par la route de Villard-de-Lans et il est bloqué par un barrage de maquisards FFI, tous très jeunes. Leur chef a tout juste dix-sept ans. le laissez-passer du commissaire indique qu'il vient pour le transfert d'une prisonnière, Sarah Ehrlich, dite la baronne.
Juste après, je fais connaissance avec l'autre personnage central de ce roman, la journaliste Judith Ashton, une étasunienne travaillant pour Life. Elle n'a qu'un vélo pour se déplacer mais, depuis qu'elle séjourne à Saint-Julien-en-Vercors, elle connaît pas mal de monde. Pourtant, l'armée nazie repoussée vers l'est, elle s'apprête à partir avec tout son matériel photo car elle développe elle-même ses clichés et effectue les tirages sur papier.
C'est au QG du Saint-Martin-en-Vercors où la République libre du Vercors a été proclamée le 3 juillet 1944, que Duroy rencontre celui qui se fait appeler Choranche, nom d'une fameuse grotte située pas très loin de Pont-en-Royans. Choranche, commandant du Vercors, lieutenant-colonel FFI, se nomme Ulysse Anselme Wesser d'Alphonse, monte à cheval et porte un sabre au côté.
Quand tout aurait pu se passer normalement, voilà qu'on apprend que la fille Valette, Marie de son prénom, a été trouvée assassinée, tondue et violée, dans les bois. François Valette, son père, a déjà perdu son fils, André, tué à dix-sept ans par la Milice, alors qu'il avait aidé le premier camp de maquisards, constitué de réfugiés polonais et de réfractaires au STO à s'installer à la ferme d'Ambel, sous le col de la Bataille.
Voilà, le décor montagnard est planté avec, dans toutes les mémoires des survivants l'énorme traumatisme de l'attaque allemande et des miliciens français, en juillet, avec massacres et destructions. La baronne Ehrlich que je pensais être l'essentiel du roman, ne sera plus qu'évoquée épisodiquement car tout va s'enchaîner avec règlements de compte, chasse à l'homme, haine des Italiens venus se réfugier dans le Vercors pour fuir la dictature et la misère, avec un rôle essentiel pour Duroy et Judith Ashton.
Rythme haletant, style précis et vivant, François Médéline m'a happé complètement, me tenant en haleine jusqu'au bout. Si La sacrifiée du Vercors n'était que cela, ce serait déjà un livre passionnant mais, au fil des pages, l'auteur ne manque pas une occasion de préciser, d'informer son lecteur pour sortir de l'oubli qui s'installe peu à peu, les événements dramatiques qui ont endeuillé ces montagnes, ce plateau. Vassieux est un village-martyr mais tout le Vercors et ses habitants ont payé très cher leur combat contre l'occupant nazi.
Avec La sacrifiée du Vercors, François Médéline qui révèle une information très personnelle en fin d'ouvrage, a réussi une oeuvre romanesque, un thriller historique qui m'a beaucoup impressionné, ému, tout en remettant en mémoire ces heures graves et terribles de l'année 1944. J'en remercie bien sincèrement Babelio pour la très intéressante rencontre virtuelle avec l'auteur ainsi que les éditions 10/18.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          15213
Cancie
  15 juillet 2021
Un roman noir sur l'épuration, où Histoire et fiction sont intimement mêlées, tel peut être défini La sacrifiée du Vercors de François Médéline.
L'idée est originale de situer ce polar dans le Vercors, haut-lieu de la résistance française, juste à la fin de la guerre, après cet été 44 qui a ensanglanté le massif et ce, pendant la période de l'épuration.
L'histoire se déroule sur la seule journée du 10 septembre 1944 et commence par une découverte macabre dans une clairière, celle d'une jeune femme sauvagement tondue et violée. Il s'agit de Marie Valette, 24 ans, institutrice à Grenoble, fille et soeur de résistants, son frère André ayant été tué d'une balle dans la nuque par la milice.
Le commissaire Duroy, délégué général à l'épuration vient d'arriver à St Martin-en-Vercors. Il est là pour rencontrer Choranche, lieutenant-colonel FFI pour une signature car il doit récupérer une prisonnière, Sarah Ehrlich et la transférer à Lyon. Il remet sa mission en question à l'annonce de cette nouvelle et se rend sur les lieux de l'assassinat aussitôt. Sur les lieux du crime se trouve Judith Ashton, jeune photographe et correspondante de guerre américaine pour Life qui elle, a suivi les gendarmes.
La question va être de savoir qui a pu s'en prendre d'une façon aussi violente à la fille d'une famille de résistants ?
Sur le plateau, à cette date, les maquisards ne sont plus là, ne restent que des villageois endeuillés et quelques FFI très jeunes qui, rapidement vont trouver un coupable idéal en la personne d'un Italien Simeone Fucilla.
Sous une chaleur accablante Georges Duroy et Judith Ashton vont tenter d'y voir clair, mais il est difficile, au sortir de cinq années de guerre, et après cet été au cours duquel plus de 600 combattants pour la libération du Vercors et plus de 200 civils sont morts de soupçonner des résistants, véritables héros.
Il faut à la fois enquêter sur la vie de cette jeune femme, sur celle de cet Italien soupçonné, mais aussi sur ces jeunes qui semblent intouchables et qu'il est très difficile de mettre en cause.
On sent que Duroy n'apprécie guère ce droit que se donnent ces justiciers en tondant les femmes et cela renforce son désir de trouver qui a commis ce crime.
Ce roman pose aussi la question de savoir comment, dans cette période spéciale, la justice, peut faire son travail correctement ?
François Médéline réussit à dresser un portrait réaliste de ces hommes et de ces femmes avec leurs contradictions, leurs traumatismes, leur complexité, leurs motivations pas toujours nobles, de ces êtres pris dans la tourmente à une période où les cicatrices sont loin d'être refermées et où c'est l'heure des règlements de compte, de la chasse aux collabos et le temps de la rancoeur.
J'ai particulièrement été marquée par cette haine vis-à-vis de l'Autre, en l'occurrence, ce réfugié Italien et tétanisée par cette chasse à l'homme puis ce lynchage initiés par les jeunes FFI soutenus par les villageois. La haine vis-à-vis des communistes est également présente même si elle l'est à moindre mesure.
La vision de mêmes événements racontée par des témoins différents est, je trouve, une initiative intéressante.
C'est un récit qui soulève beaucoup d'émotions et qui ne peut laisser impassible. J'ai aimé la rencontre entre ces deux êtres qui ont peu de temps pour se connaître et l'évolution de leur relation.
Impossible de reposer le bouquin avant de l'avoir fini tant j'ai été tenue en haleine par ce polar historique, un récit fictif certes, mais dont l'intrigue se situe dans un cadre historique bien réel et qui en restitue particulièrement bien l'atmosphère.
À noter que les titres de chapitre sont empruntés à des poèmes célèbres de résistants, pour exemple, le premier « Alors commença l'épreuve », à Fragments 128 de René Char.

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1166
Kirzy
  12 mai 2021
J'ai retrouvé avec bonheur la plume de François Médéline, découverte il y a quelques mois avec son thriller sombre et furieux L'Ange rouge. Des mots qui claquent, secs, des phrases courtes, cinglantes qui composent un texte nerveux à la Ellroy, presque épileptique. Ce style très singulier est renforcé par un parti pris de narration toute en focalisation externe. Avec cette écriture behavioriste clairement assumée, jamais on ne rentre dans la tête des personnages, les phrases décomposent les gestes et actions, comme la caméra dans un western. Il faut quelques pages pour s'y habituer, après on aime ou on déteste ce type de procédé... pour ma part, j'ai trouvé que cela enrichissait le suspense et j'ai lu d'une traite.
J'applaudis le style, mais je reste malheureusement sur ma faim à cause d'un décalage entre mes attentes, visiblement disproportionnées, et la proposition de François Médéline. Pas tant concernant l'enquête en elle-même, bien que très basique et aisée à élucider. Mais par rapport à toute l'arrière-plan historique : Marie Valette, jeune institutrice, fille d'une famille de résistants patentés, a été retrouvée assassinée dans la forêt du Vercors, violée et tondue, le 10 septembre 1944.
Unité de temps, le récit se déroule sur cette seule journée d. Passionnant contexte, peu évoqué en littérature, que cette courte période de quelques mois qui court de la Libération du pays jusqu'à la restauration d'un régime politique démocratique par le biais du GPRF ( Gouvernement provisoire de la République française ) dirigé par le général De Gaulle, quelques semaines de désordre où les héros, ici adolescents mal dégrossis des FFI, dépassés par les événements, dispose d'un pouvoir éphémère sur de micro-territoires. La vengeance pousse en attendant l'installation des tribunaux d'épuration, entre lynchages et exactions.
L'auteur va à l'essentiel en restituant toute la confusion de cette période, les ressentiments, la nervosité qui saisit les habitants de la région martyre du Vercors, l'assaut donné par la Wehrmacht aidée de la Milice française est encore frais, plus de 600 résistants tués, des civils massacrés notamment à Vassieux et La-Chapelle. Les plaies sont béantes dans cet fin d'été caniculaire. Les esprits s'échauffent.
Mais il m'a sans doute manqué au moins le double de pages pour que la fin de cette lecture ne m'emplisse pas de frustration. J'avais envie d'autre chose que de lire cul sec, j'avais envie de perspectives ouvertes plutôt que de resserrer l'intrigue. L'épuration méritait d'être bien plus décrite pour approfondir la juste réflexion initiée en interrogeant sur l'héroïsme : la vérité doit-elle l'emporter, quitte à écorner des mythes ? Comment concilier justice et mémoire des martyrs ?
A noter une superbe idée, chaque titre de chapitre provient d'un poème écrit par un résistant, parmi eux : « Des imbéciles font justice de nos rêves » ( Maurice Hervent ), « Avec des parfums de vanille, de terre mouillée et de sang » ( Robert Desnos ), « Avec toute la vie derrière eux » ( René Guy Cadou )
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1097
Kittiwake
  02 avril 2021
La fin d'une guerre ne signifie pas, loin de là, un retour immédiat à des jours apaisés. Les règlements de compte, les erreurs de jugement qui entraînent des réajustements de dernière minute troublent ces périodes. le commissaire Duroy, missionné dans le Vercors pour transférer une espionne, s'attarde finalement sur le secteur : une femme a été violée, tondue et tuée, et un italien tatoué risque fort d'être désigné comme le coupable idéal, et subir les conséquences d'une épuration extra-judiciaire brutale et aveugle. Et ce d'autant plus que la vengeance ainsi assouvie est une aubaine pour protéger les vrais coupables.
L'histoire est romancée, mais s'appuie sur des éléments autobiographiques, comme l'explique l'auteur en exergue.
Le récit rend bien compte de l'ambiance trouble et malsaine de cette période. de l'occasion unique pour des invisibles de se retrouver dans la lumière en tant que héros auto-proclamés, aussi dangereux que dérisoires.
Mené comme une enquête policière, le roman reste cependant un témoignage historique. Si la lumière est faite sur le crime rapporté, combien d'autres sont resté impunis?
Intéressante lecture, belle écriture.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          750
berni_29
  02 mai 2021
La sacrifiée du Vercors est un roman noir de François Médéline, qui nous plonge d'emblée dans les heures les plus sombres de notre Histoire de France.
Nous sommes le 10 septembre 1944 dans le Vercors.
Le hasard de cette fin de guerre et des traumatismes qui déjà s'exacerbèrent à l'intérieur du pays amènent à une scène de crime deux personnes qui ne se connaissaient pas : Judith Ashton jeune photographe américaine et Georges Duroy, commissaire de police chargé de transférer une collaboratrice notoire.
Ce sont deux trajectoires qui se rencontrent, les événements les happent sur une scène de crime qui vient d'être découverte et voilà qui remet en question l'itinéraire de chacun.
Il s'agit d'une jeune femme du pays, Valérie Valette. On découvrira peu après qu'elle est originaire d'ici, les parents habitant dans un hameau tout proche, mais elle enseigne à Grenoble. Son corps vient d'être découvert au détour d'un fourré, elle a été tondue, violée et assassinée. Elle est issue d'une famille de résistants, son fiancé, qu'on surnomme Petit Louis, est membre des FFI (Les Forces françaises de l'intérieur). Et puis il y a aussi ce personnage d'une stature puissante, charismatique, Chorange, lieutenant-colonel FFI.
On arrête un certain Simeone Fucilla, appartenant à une communauté italienne installée dans les parages depuis plusieurs années, l'homme a eu maille à partir avec la justice dans le passé, ce qui en fait un suspect idéal.
L'intérêt de ce roman ne réside pas trop dans l'intrigue, celle-ci est rapidement dessinée et attendue. Non, c'est ailleurs... C'est plus loin...
Tout d'abord, sur le plan narratif, j'y ai vu une sorte de tragédie antique : unité de temps, de lieu, d'action... J'avoue qu'ici l'édifice est plutôt bien construit et porte le récit, transcende les personnages pour les situer comme sur une scène théâtrale que j'ai pu visionner dans ma lecture. La rencontre de Judith Ashton et de Georges Duroy donne une force et une intensité à la dramaturgie. La scène de vertige dans les falaises du Vercors est d'une tension palpable, d'un érotisme insoupçonné...
Et puis, le mythe du résistant en prend un sacré coup. En effet, l'autre sujet, peut-être moins majeur, pour autant il vient enrichir ce que je viens d'indiquer précédemment, c'est une opposition forte entre deux mondes qui pourraient coopérer, auraient tout avantage à coopérer, mais ne le veulent pas ou ne peuvent pas : d'une part il y a les résistants FFI et d'autre part les policiers comme Duroy, lui-même délégué général à l'épuration. Sur l'événement qui est au coeur du roman, nous observons que l'intérêt de la nation et celui de la justice divergent à ce moment de l'Histoire.
Ici, dans cette journée du 10 septembre 1944, se retrouvent la France qui a collaboré et les résistants de la dernière heure. Pour beaucoup ce sont les mêmes. Joli peuple !
L'écriture du récit est sèche, nerveuse, cherche à tenir à distance toute émotion. C'est la force du texte.
Le récit traite avec habileté de la complexité de l'époque, à hauteur d'homme, sans lyrisme, sans émotion. Il nous confronte à un dilemme. Qu'aurions-nous fait à leur place ?
Je pense que c'est tout un art de faire entrer la complexité de l'Histoire dans si peu de pages. Mais, nous dit François Médéline, cette histoire nationale qui recèle des tas de zones d'ombre est aussi le fondement de notre histoire contemporaine.
Je pense que, rares sont les livres qui traitent de l'épuration, des femmes tondues... En général les livres sur la seconde guerre mondiale sont principalement sur les déportations, ou traitant des « héros », de la libération. Ici nous entrons dans l'envers du décor de la libération...
C'est une terre sacrifiée décrite ici, un sentiment d'abandon évoqué dans le roman. Il n'y a pas de vérité dans l'instant. Chacun a sa propre vérité.
Ici l'idéal héroïque est bousculé. Si vous avez dans votre famille quelques vieux grincheux qui se revendiquent le qualificatif de résistant, je vous invite à les passer au crible pour voir ce qu'ils ont vraiment dans le ventre... Ici François Médéline désosse l'histoire. Vu leur âge, il s'agira peut-être d'interpeler leur descendance...
Je remercie Babelio et les Éditions 10/18 d'une part pour l'envoi de cet ouvrage et d'autre part pour ce webinaire qui m'a permis de rencontrer l'auteur et d'échanger avec lui.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4815


critiques presse (1)
LaProvence   07 avril 2021
François Médéline nous fait découvrir une période charnière de notre histoire, avec ses beautés et ses laideurs. Difficile de poser ce roman avant de l’avoir fini.
Lire la critique sur le site : LaProvence
Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   10 avril 2021
Le conducteur de la Peugeot 402 Légère a trente-trois ans. Il porte une veste grise, une chemise humide, une cravate courte, bordeaux. Sa veste en lin est chiffonnée. Il monte de Lyon. C’est la canicule en bas, 37 °C. Il a fait trois heures de route et passé huit barrages. Il a sué.
Le conducteur immobilise le quatre-cylindres route de Villard-de-Lans, devant les deux charrettes qui barrent l’accès nord du village. Il présente son laissez-passer à l’un des cinq maquisards en poste. Le maquisard s’avance et le pointe avec son Sten, une arme britannique qui a plus à voir avec les machines à dénoyauter les pruneaux qu’avec un P-M. Il arbore un brassard tricolore aux couleurs délavées par-dessus la manche de sa chemise bleu foncé, avec la croix de Lorraine et trois lettres en noir, c’est brodé : « F.F.I. » Il sonde l’habitacle, repère le jerrycan sur la banquette arrière et le journal sous le paquet de cigarettes à l’avant. C’est l’édition des Allobroges , une page de papier pliée en huit. Il y a une photo sépia : trois tondues devant la prison de Grenoble. Le maquisard ne sait pas lire. Il est pourtant écrit : « En représentation hier après-midi devant la prison Saint-Joseph, on fit admirer aux Grenoblois l’esthétique de la nouvelle ondulation en faveur dans le haut état-major de la Wehrmacht, au service de laquelle elles avaient mis leurs charmes et leurs activités. »
Le conducteur, lui, a lu l’article. À l’aube, il s’est arrêté à La Côte-Saint-André pour y boire un café, dans les Terres froides exsangues de chaleur. Il a acheté le journal et lu toute la feuille, recto et verso. Les Alliés libèrent les villes et les villages un à un depuis le débarquement de juin en Normandie et celui du 15 août en Provence. Les bombardements redoublent. Caen est une cité maudite, fatras de pierres et amoncellements de cadavres pour l’éternité, une ville fantôme. La Royal Air Force s’occupe maintenant du Havre, y verse des tonnes de métal hurlant du ventre de ses bombardiers.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
FandolFandol   05 mai 2021
- C’était une période heureuse. Les Allemands montaient à peine, quelques virées mais rien. Les parachutages étaient massifs. Tout le monde attendait les troupes, le débarquement aéroporté. Et puis il y a eu l’euphorie du 14 Juillet. Les Allemands faisaient les morts. En fait, ils se préparaient. Ils sont montés par tous les accès possibles. Vassieux n’existe plus. La Chapelle a morflé comme jamais, le centre est par terre. C’était préparé. Brutal, rapide. Et cuit au bout d’une nuit. Après il a plu, et ça a été le bourbier. Sans compter les supplétifs français… (page 107)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
FandolFandol   07 mai 2021
Après le froissement des tôles et le silence, le souffle de l’explosion remonte les déclivités de calcaire plus vite que les flammes. L’écho est assourdissant. Le bruit se lève comme une boule de billard entre ses bandes. Il cogne la pierre et s’éteint trois secondes après, dans le ciel. (page 179)
Commenter  J’apprécie          370
FandolFandol   01 mai 2021
Il y avait deux mille habitants pour cinq communes. La 157e division du général Karl Pflaum est peut-être une division de réserve, mais ses troupes montagnardes ont tout massacré, sans compter l’appui aérien des planeurs de la Luftwaffe. Ils ont attaqué à dix mille et ça ressemblait à des soldats d’élite. Les habitants, il en reste mille huit cents, maintenant. Deux cents viennent de mourir, des civils. (pages 63-64)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250
FandolFandol   10 mai 2021
Comme compensation, on leur accorde l’invention de la raviole, la spécialité de la région. On raconte que les femmes des bûcherons transalpins ont farci leurs raviolis avec ce qu’elles avaient sous la main, c’est-à-dire de la tomme, du fromage blanc et du persil. La recette a fait son chemin et la tomme a depuis été remplacée par du comté. Ces femmes étaient peut-être celles des ouvriers qui ont percé les Grands Goulets et y sont morts. (page 190)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          212

Videos de François Médéline (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Médéline
À l'occasion de Quais du Polar 2022 François Médéline vous présente son ouvrage "Les larmes du Reich" aux éditions 10/18.
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Linkedin : https://www.linkedin.com/in/votre-libraire-mollat/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Vimeo : https://vimeo.com/mollat
+ Lire la suite
autres livres classés : épurationVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
2637 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre