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Michel Pétris (Traducteur)
EAN : 9782264030344
260 pages
10-18 (07/12/2000)
4.18/5   91 notes
Résumé :
Peu avant d'aller prendre part à la guerre civile espagnole, George Orwell fait un reportage au coeur du pays minier anglais, où se trouve Wigan. Ce décor de terrils, de montagnes de boue, de cendres et de suie symbolisant la laideur de la grande industrie, va lui inspirer ce récit. L'expérience humaine qu'il a vécu est très intense et très riche. S'il ne prend pas, à proprement parler, la place d'un mineur anglais, il découvre, et nous fait découvrir son quotidien.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
En 1936, George Orwell se rend dans le Nord de l'Angleterre pour étudier les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il dort dans les dortoirs des pensions avec les chômeurs et les ouvriers, descend dans les galeries des mines de charbon et témoigne, sans jamais oublier qu'issu des classes moyennes, il ne pourra jamais franchir toutes les barrières culturelles et sociales.
(...)
Relevant autant du journalisme que de la littérature, du reportage que de l'enquête sociologique, le Quai de Wigan demeure un texte majeure et exemplaire dans l'histoire de la critique sociale.

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Que dire de cette oeuvre du grand George O ?
Que cette fois, il ne nous entraîne pas dans de l'hyper fiction comme dans La Ferme ... ou dans 1984, qui sont finalement des contes (majeurs évidemment)...
Ici, on a à faire au militant socialiste dans un pamphlet tout aussi visionnaire que ses deux grandes oeuvres de référence. Et tout aussi percutant, que l'on soit soi-même socialiste ou non. Mais en même temps, il se contente de démontrer. Mais les vérités qu'il énonce n'ont pas besoin de davantage de puissance de conviction. Ce qu'il démontre se suffit à lui seul...
En 1937, peu avant d'aller combattre en Espagne aux côtés des forces républicaines, Orwell se rend à Wigan, petite ville coincée entre Manchester et Liverpool. Il s'immerge dans la vie des mineurs de fond locaux, afin de réaliser un un reportage sur leur existence, sans toutefois travailler à leurs côtés.
Il découvre leur quotidien et nous en fait part, de brillante façon. Cette population n'est pas à la fête tous les jours, c'est le moins que l'on puisse dire. Quand on a la chance de ne pas être chômeur, des journées entières accroupis ou le dos courbé, à extraire du charbon à quatre cent mètres sous terre, dans des veines horizontales parfois éloignées de un ou deux kilomètres des ascenseurs (enfin, des cages à bestiaux défiant les lois de l'inertie et de la gravité ...).
Tous cela en espérant ne pas être blessé par ce travail dangereux, de contracter une maladie. Car évidemment, les assurances ne sont pas là pour faire le moindre cadeau.
Leurs maisons accolées aux puits ou aux terrils, noires et misérables, où les enfants doivent souvent partager les même lits, où il n'y a pas toujours d'eau courante et qui bougent au gré des exploitations sous terraines, les portes ne fermant plus au bout de quelques années...
Malgré ces conditions très compliquées, les ouvriers ne se plaignent jamais et ne voudraient échanger leur vie contre aucune autre. C'est une des forces du livre: Orwell expose, juge à peine et n'exige aucune commisération, ne pousse pas les mineurs à la révolte, ni le lecteur à construire des barricades.
Ceci couvre la première partie du livre. Dans la seconde, il fait présente le socialisme comme seule alternative salutaire, sans exalter le modèle soviétique, dont en ‘37, le monde n'a pas encore découvert les inepties et les atrocités...
Dans cette deuxième partie, il nous entraîne dans un incontournable essai politique. ....Devant lequel j'étais sceptique, car la littérature ne peut pas devenir du prosélytisme ou de la propagande. Mais encore une fois, la maestra et la lucidité éclairante de George Orwell évitent ce piège et nous ouvrent les yeux, comme s'il le fallait encore, sur le socle ignominieux qui a servi à la construction de notre monde actuel.
Il expose aussi les différentes strates de cette société anglaise encore fière de son Empire et qui ne s'imagine pas encore que dix ans plus tard, l'Inde et toutes les possessions de l'Orient deviendront indépendantes. Orwell se penche particulièrement sur cette classe moyenne, à cette époque déjà subdivisée entre inférieure et supérieure et des propensions supposées de passer de l'une à l'autre. Il n'a cependant pas prévu que cette classe ouvrière disparaîtrait avec celle qui sera son fossoyeur, cinquante ans plus tard: Miss Maggie Thatcher et ses émules. Hygiène, éducation et richesse empêcheront toujours à la classe ouvrière d'accéder au niveau de la classe moyenne. Et cette classe ouvrière y a d'ailleurs renoncé à jamais. Il taille aussi en pièces, de manière jouissive, ces intellectuels de gauche qui exaltent les ouvriers, mais qui ont peur de s'avilir dans les pubs le samedi soir, car ça y gueule un peu et ça se bouscule à l'occasion. C'est une manière subtile de faire la différence entre le socialisme et ceux prétendent le promouvoir à partir de leurs écrits pompeux produits dans leur salon. C'est d'ailleurs ce que l'on reproche aux mêmes cuistres d'aujourd'hui.
Quant à moi, déjà pétri de doutes en lisant les méfaits du colonialisme, et avec lequel je n'ai pas fini, me voilà définitivement dégoûté de notre civilisation, dont je suis pourtant un rouage et dont ma classe sociale est une pierre angulaire vénéneuse... mais je n'y changerai rien, hélas. Au moins, il me fait prendre conscience des dérives et me place, définitivement je pense, au bon endroit (selon moi) sur l'échiquier des idées sociales et politiques.
C'est un livre brillant, éclairant, nous ouvrant l'esprit, taillant en bois à brûler toute idée d'un libéralisme vertueux. Et cette fois en revanche, Orwell a prévu cette déliquescence que nous sommes en train de vivre.
Orwell lui-même est issu de la classe moyenne et il refuse le moindre regard condescendant sur un monde ouvrier dont les activités sous terraines ou dans les usines sont les garantes de nos vies bien au chaud, à l'abri du moindre inconfort.
Bref, il règle les comptes avec cette société de consommation, qu'au même titre que Aldous Huxley, il a vu arriver de loin.
Si vous voulez comprendre quelques pans de notre monde contemporain, lisez le Quai de Wigan.
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Dans la première partie, Orwell s'intéresse à la vie des mineurs dans la région de Sheffield et du Lancashire dans les années 1930. Il décrit d'une façon méthodique les conditions de vie à cette époque des ouvriers, le ravage du chômage. Un reportage touchant et captivant, une immersion totale dont Orwell s'attache à décrire les moindres détails.
La seconde partie est une réflexion sociale et politique de l'époque.
Un récit sociologique passionnant, j'ai beaucoup aimé cet ouvrage criant de vérité sur le monde contemporain.

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Il y a des livres qui vous marquent plus que d'autres, des livres dont la lucidité et l'intelligence vous sautent au visage. Ces livres dont on sait qu'ils nous plaisent parce qu'à chaque page tournée, on est triste de constater que ce qui reste à lire diminue irrémédiablement. le Quai de Wigan de George Orwell en fait clairement partie.

La première partie relate la vie de la classe ouvrière du nord de l'Angleterre, sous une forme de reportage immersif. La Révolution industrielle a arraché les paysans anglais à leurs campagnes pour créer une nouvelle race d'homme : les mineurs de charbon. Décrivant leur misère et leur travail exténuant, Orwell se plonge dans cet autre monde, tantôt terrifié, tantôt admiratif. Orwell décrit les taudis, les maladies, la nourriture infame et les bassesses subies par les ouvriers et les chômeurs. Mais il retient aussi de cette classe ouvrière, franchise, amicalité et un foyer apaisé lorsque la famille prend un bon thé chaud près de la cheminée. Il appellera et conceptualisera ces traits de la classe ouvrière sous le nom de "common decency", traduit en français par "commune décence" (Jean-Claude Michéa préfère parler de "décence ordinaire").

La deuxième partie est un essai ​sur le socialisme. Orwell réaffirme le but du socialisme qui n'est autre que "justice et liberté" et s'émeut que le socialisme ne gagne pas plus de succès auprès de ceux qui auraient objectivement intérêt à combattre ensemble : "Le socialisme est si conforme au bon sens le plus élémentaire que je m'étonne parfois qu'il n'ait pas déjà triomphé" (Chap XI). Il s'étonne mais en donne pourtant des explications très convaincantes. Elles vont du mépris de classe, d'une vision économiciste de la vie (incapable de concevoir l'attachement à la patrie ou à la religion), d'un culte du progrès technique et industriel qui ne peut que conduire à une collectivisation privant les individus d'une conduite autonome de leur vie, à un déphasage entre les théoriciens bourgeois et les classes populaires pourtant naïvement célébrées et à un goût pour le progrès lifestyle des végétariens amateurs de yoga. Orwell déplore que la colère ne soit pas captée par les socialistes mais par les fascistes, et constate que ce n'est pas tant le socialisme que les socialistes qui sont rejetés. Ce livre a été écrit en 1937 pourtant il résonne magnifiquement en 2022.

Dans la seconde partie comme dans la première, Orwell cherche à mettre à nu la réalité et conserve une exigence pour la vérité. Cette même vérité objective, c'est celle de Winston Smith qui refuse de dire 2+2=5. Orwell se méfie des logomachies du Daily Worker et des partis de gauche, de ceux qui s'accommodent des approximations, parlent d'un prolétariat qu'ils ne connaissent pas et ne poussent pas leurs raisonnements jusqu'au bout. C'est ça qui frappe avant tout le lecteur du Quai de Wigan, c'est l'extrême acuité des remarques d'Orwell, comme s'il était scandaleux qu'elles ne soient pas énoncées haut et fort plus souvent.
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Dès les premières pages de cet essai, on comprend comment Orwell en est arrivé à écrire La Ferme des animaux puis 1984 une dizaine d'années plus tard.

Dans la première partie, il nous raconte la vie quotidienne des mineurs du nord de l'Angleterre. A ses côtés, on visite une mine et jamais aucun autre auteur n'en a mieux décrit les souffrances physiques et les dangers qu'on y trouve. On visite également beaucoup de maisons, une chambre « chez l'habitant » où s'entassent vendeurs de journaux, chômeurs et journaliers. On dissèque le budget des travailleurs pauvres et aussi celui des chômeurs. Car en ce milieu des années trente, le chômage prolifère et les aides sociales ne suffisent pas. On voit fleurir la misère, sous forme de roulottes, de carcasses de bus transformées en abris de fortune ou de logements dont l'insalubrité n'a rien de commun avec ce qu'on nomme de la même façon de nos jours : Orwell effectue un travail journalistique d'une épouvantable précision.
(La suite sur mon blog)
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Derrière une de ces maisons, une femme, jeune, était à quatre pattes sur la pierre, enfonçant un bâton dans le tuyau de vidange de cuivre partant de l'évier. Celui-ci devait être bouché . J'eus la temps de détailler cette femme-son tablier informe, ses grosses galoches, ses bras rougis par le froid. Elle leva la tête au passage du train et je pus presque croiser son regard. Elle avait un visage rond et pâle, le visage las de la fille des taudis ouvriers, qui a vingt-cinq ans et qui en paraît quarante, après une série de fausses couches et de travaux harassants. Et, à la seconde où je l'aperçus, ce visage était empreint de l'expression la plus désolée, la plus désespérée qu'il m'ait jamais été donné de voir. Je compris soudainement l'erreur que nous faisons en disant que "pour eux ce n'est pas la même chose que pour nous", sous-entendant que ceux qui sont nés dans les taudis ne peuvent rien imaginer au delà des taudis. Car ce que j'avais reconnu sur ce visage n'était pas la souffrance inconsciente d'un animal. Cette femme ne savait que trop ce qu'était son sort, comprenait aussi bien que moi , l'atrocité qu'il y avait à se trouver là , à genoux dans le froid mordant sur les pierres glissantes d'une arrière-cour de taudis, à fouiller avec un bâton un tuyau de vidange nauséabond.
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La démocratisation des produits de luxe dans l'après-guerre a été une aubaine pour nos gouvernants. Certainement que le fish and chips, les bas en viscose, le saumon en boîte, le chocolat à bas prix (cinq barres de soixante grammes pour 6 cents), le cinéma, la radio, le thé noir et les paris sportifs ont à eux tous évité une révolution.
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Il serait sans doute très facile de découvrir, comme l’a fait Arnold Bennett, la beauté cachée derrière les façades noircies des villes industrielles. On imagine très bien un Baudelaire, par exemple, consacrant un poème à un terril. Mais la beauté ou la laideur, ce n’est pas là ce qui importe dans la société industrielle. Le mal véritable à des racines beaucoup plus profondes et insidieuses. Il faut toujours garder cette idée présente à l’esprit, car la tentation reste grande de croire que l’industrialisme est inoffensif du moment qu’il présente un visage pimpant et soigné. (Page 123) 
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Vous, moi, le rédacteur en chef du Times Literary Supplément, les poètes et l'archevêque de Canterbury et le camarade X, auteur du Marxisme à l'intention des nourrissons, nous devons tous, qu'au bout du compte, le confort relatif de notre existence à de pauvres hères qui triment sous terre, noircis jusqu'aux yeux, la gorge emplie de poussière de charbon, poussant leur pelle à la force de leur bras et de leurs abdominaux d’acier. 
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Les opinions du sentimentalisme se muent en leur contraire dès qu'elles sont mises à l'épreuve de la réalité.
Grattez le pacifiste moyen et vous trouverez un patriotard à tout crin. Le petit-bourgeois inscrit au parti travailliste indépendant et le barbu buveurs de jus de fruit sont tous deux pour une société sans classes, tant qu'il leur est loisible d'observer le prolétariat par le petit bout de la lorgnette. Offrez-leur l'occasion d'un contact réel avec un prolétaire - par exemple une empoignade avec un porteur de poissons ivre, un samedi soir -, et vous les verrez se retrancher dans le snobisme de classe moyenne le plus conventionnel.
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