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René de Ceccatty (Traducteur)
ISBN : 2070420736
Éditeur : Gallimard (28/11/2001)
Résumé :
« Ce sont les premières heures de ma présence en Inde, et je ne sais pas dominer la bête assoiffée, en moi emprisonnée, comme en cage. Je persuade Moravia de faire du moins quelques pas près de l'hôtel et de respirer quelques bouffées de cet air, d'une première nuit en Inde... » En 1961, Pasolini fit un voyage avec Alberto Moravia et Elsa Morante. Le livre intensément lyrique qu'il en rapporta n'est pas vraiment un récit, mais une « odeur » respirée au cours de ses ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
finitysend
  02 octobre 2017
1962 Pasolini en Inde …..
Personnellement , je pense que c'est un texte court à lire absolument .
Le style est incroyable , c'est une immersion multi-sensorielle de chaque instant.
Je connais bien l'Hindoustan et j'ai un rapport intime avec ce pays .Je suis familier des bidonvilles coquets , des temples bondés , des rivières sacrées qui sont de véritables cloaques certains jours .
Et aussi des quartiers riches ou pauvres et les odeurs , les bonnes et les mauvaises , très mauvaises ou très bonnes .
Les trains bondés où l'on voyage 10 heures debout en n'allant pas aux toilettes , car faire 5 mètres est impossible … je connais bien
La gentillesse intense des gens qui n'a pour limite que le mépris unanime pour celui qui perd son calme .
Les foules omniprésentes où l'on se sent bien , portés par le courant . Les foules inquiétantes aussi car on sait qu'elles peuvent se transformer en un être collectif vengeur et diabolique.
L'inde terrible et attachante décrite par Pasolini n'est pas encore défunte , si vous aimez l'inde et que vous n'êtes pas nés avec une cuillère en argent , vous le savez .
Vous le savez , et partout si vous avez des yeux , vous voyez cette Inde tragique , souriante , épuisée mais d'une force redoutable .
L'inde a changé certes , les tours de Mumbai , la majesté grandiose de New Delhi , les supermarchés de Pune …..
Mais bon , si vous trainez dans les gares bondées , les banlieues , les campagnes et les villes moyennes ou les gros bourgs , vous verrez des gens sans jambes ou sans bras trainer des sacs gros comme eux ( avec leurs moignons et leur dents ) pour gagner leur pitance.
Vous verrez des enfants qui mendient toujours pour se payer des bonbons ou pour courir apporter un chappatti à leurs parents . Si vous êtes généreux vous savourerez aussi le sourire attendrit des témoins de votre générosité .
Il y des vaches dans les gares assez souvent , elles aiment les plages aussi et le farnienté , un peu partout …
La densité humaine ressentie est toujours la même . Et les rivières sont pour les plus petites , souvent constituées d'ordures autant que d'eau . le Gange à Bénarès m'a une fois empoisonné les narines et raclé la gorge et je me suis assis dans la rue épuisé et assailli par un capharnaüm sidérant et affable .
Les temples fourmillent de questions et accueillent ceux qui sont curieux et patients , la cuisine de rue est toujours aussi savoureuse que dangereuse , la culture est d'une richesse inépuisable .
L'inde est avide de contacts mais elle ne se donne pas facilement , elle est même souvent indifférente à vous si elle ignore que vous l'aimez .
Pasolini a senti le coeur de l'Hindoustan pulser , l'inde a vibré pour lui car il est allé à sa rencontre . Il s'en est trouvé un peu hagard et courtoisement révulsé , indigné et révolté .
Ce n'est pour autant que son texte qui est d'une « immersivité « hallucinante de présence , serrait faux , animé par un tropisme volontaire et une démarche vindicative ou malhonnête .
Il n'a pas tout compris , certainement , parce que l'on trouve d'abord en inde , plus que partout ailleurs , ce que l'on y amène .
Un texte , dur , abrasif même , mais jamais méchant .
Depuis quand l'Inde est simple ? et depuis quand les gens ne la quitte plus en étant persuadé qu'ils ont tout compris ?
La vérité , c'est que beaucoup de gens y font soit un stage de « Mogolisation » , soit ils se persuadent qu'ils ont annihilés leur ego à Rishikesh , alors qu'ils le trainent encore , comme de grosses valoches , derrière eux , jusque leur pénates …
Ceux-là possiblement , ne retrouveront pas l'inde ( leur vraie Inde ) dans ce texte . Personnellement , cette Inde de Pasolini , je la connais . je la fréquente et je l'aime et c'est vrai qu'elle est vicieuse , dangereuse et effrayante de milles manières .
Elle est tout cela l'Inde , jusque le moment magique où elle vous adopte , et là encore , il faut rester sur ses gardes , car il vaut mieux qu'elle vous aime et qu'elle éprouve du respect pour vous .
L'inde est fabuleuse non pas seulement de par ses richesses multiples et foisonnantes . Elle l'est parce que elle exige de vous d'être courageux et humble .
Ne venez pas me dire ceci ou cela , sinon je vous demanderais de faire avec moi une ballade dans la nuit en plein Bombay , pour couler un bronze (eh bien oui ont n'a souvent pas les toilettes ) et si vraiment vous n'êtes pas sage , alors là , on ira couler notre bronze sur les vois ferrées de Bombay en compagnie de nombreuses autres personnes affables , sous les regards désabusés , des passagers des trains constamment bondés aux heures de pointe , enfin bondé , c'est un euphémisme pour dire , plein au-delàs de tout entendement .
Je vous promet pas un seul touriste à la ronde ….
Mais ne vous y trompez pas l'Inde est merveilleuse .
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Macabea
  03 octobre 2019
En 1961, Moravia et Pasolini font ensemble un voyage: l'expérience de l'Inde. Deux sensibilités, un voyage, deux récits. Moravia publie chez Bompiani, L'idée de l'Inde, un livre admirable, récit dépassionné, écrit à froid, désabusé, mais pas insensible. L'Inde le bouleverse, l'afflige: le laisse perplexe, sans voix. Nos outils épistémiques habituels deviennent soudain futiles, inopérants. le filet sécurisant de nos théories explicatives est rompu, on n'est plus soutenu par rien. Rien ne nous protège contre la laideur et la misère, contre l'arbitraire de la souffrance. Nous sommes face à face avec nos propres frayeurs et nos fragilités. Bannis de notre réconfortante zone de confort, nous sommes nus et désarmés - lâchés dans l'arène aux lions - dans l'effroi confondant et inexprimable de la misère sociale. le récit de Moravia exprime ce malaise. Il fait un effort soutenu, parfois inutile, de trouver un sens, cherchant à reconstituer le contexte, qui le permettra de surmonter, d'amoindrir l'impact de ce voyage, épreuve, qui sans doute est aussi pour lui une remise en question de ses principes, de son mode de vie et de son métier. On ne revient pas indemne de l'Inde, où le réel est tout sauf rationnel et où, la rationalité est peu de chose face à la réalité. L'effort de penser est peut-être une ultime tentative de contrôle. Pasolini dépasse ce dilemme, ne se laisse pas prendre au jeu desséchant de l'intellect. Chez lui, l'empathie a le dernier mot. Il sait que la compassion et la tendresse seuls peuvent faire des miracles. Mais au-delà des différences, les récits se croisent et se complètent: les deux amis ne sont pas indifférents à ces cohues de gueux et de quémandeurs, d'enfants et de femmes, qui ne leur tendent même pas la main et, que même en ignorant la langue, ils comprennent. Mais des deux, Pasolini est encore le plus touchant, parce qu'il se laisse toucher. Plus vulnérable et plus affectueux aussi. Il s'expose plus, se protège moins, tout en gardant une candeur et une confiance indéfectibles. "Rien n'est plus violent que la douceur", écrivait Nicolas de Staël. Il en est question justement dans L'odeur de l'Inde: d'une douceur, qui se laisse contaminer par la pitié et qui vite devient insoutenable. Un grand livre.
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miriam
  14 décembre 2011
C'est le livre jumeau de celui de Moravia.
Invités à une commémorataion du poète Tagore en 1961, Pasolini, Moravia font une traversée de l'Inde. de Bombay à Calcutta, Cochin à Delhi et Bénarès.
Récit lyrique, carnet de voyage. "L'Odeur de l'Inde" diffère d'Une certaine idée de L'Inde" de Moravia.
Moravia analyse, presque froidement, tandis que Pasolini se laisse emporter par son humeur vagabonde, Pasolini est un piéton des villes. Il déambule dans les quartiers mal famés du port de Bombay, dans les rues de Delhi et de Bénarès, accueillant chaque rencontre de hasard.
Pour Pasolini, chaque passant, chaque mendiant, ou enfant est une personne dont il nous livre le nom et l'histoire. Il s'attache à un enfant Revi à qui il procure un abri, nous fait connaître la douceur de Sardar et Sundar qu'il compare aux jeunes calabrais venus chercher fortune à Milan, Et Mutil Lal, un brahmane, un "bourgeois" éduqué mais qui dort comme ses camarades sur le trottoir.....
C'est plus qu'un recueil d'anecdotes. Pasolini nous livre aussi des reflexions plus sociologiques, il s'oppose à Moravia qui voit de la religion partout en Inde. Plus critique vis à vis de Nehru aussi. Mais tous deux sont révoltés par le système des castes inacceptable pour un Européen. ,
Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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SophiePatchouli
  09 mai 2015
L'Inde est sans conteste le pays des paradoxes, les vaches sacrées y mangent du carton, les montagnes et fleuves sacrés y sont extrêmement pollués, la nourriture y est infiniment sucrée ou infiniment pimentée, les gens chatoient de couleurs ou bien revêtent la grisaille de la misère... Il en va de même des odeurs qui peuvent être dans le même temps enchanteresses ou nauséabondes. J'ai pourtant senti que Pasolini n'a vu l'Inde que d'un œil, ou senti l'Inde que d'une narine tant il focalise son récit sur la puanteur et la noirceur d'un pays pourtant si riche... Sans doute a-t-il été trop bouleversé et n'a-t-il pas suffisamment pris le temps de découvrir une terre pleine de surprise...
Son style demeure néanmoins puissant, et si je ne partage pas son ressenti, Pasolini nous livre un texte savamment écrit... qui nous plonge dans "son" Inde
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zorazur
  21 janvier 2012
Pasolini a signé là sur l'Inde un de ses écrits les plus durs. Nous sommes en 1961, certes, et l'Inde a changé... mais il y a ce qui change, et les choses qui restent les mêmes. Ce récit, c'est des tranches de vie, des anecdotes, des aperçus furtifs, des rencontres de hasard, des personnages que l'on croise et dont on ne saura plus jamais rien. Et c'est ce dégoût qui monte, car rien de tout cela n'est supportable, ni la misère, ni la saleté, ni ce décalage invraisemblable entre notre mode de vie et de pensée et ce que l'auteur a sous les yeux. Et comme rien n'est supportable, on a mal pour lui et on a l'impression qu'il veut fuir, et ne plus jamais revenir, et ne plus jamais entendre parler de l'Inde, ne plus jamais voir cette saleté et cette misère ni respirer cette odeur de pourriture, de pauvreté et de cendres.
Mais c'est l'Inde, et c'est fascinant et magique sans qu'on puisse l'expliquer. Et ce qui explose à la fin de ce récit, c'est l'amour de l'Inde, et le sentiment que ce pays ne lâchera jamais ceux qu'il attrape dans sa magie.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   18 août 2013
La vie, en Inde, a toutes les caractéristiques de l'insupportable : on ne sait pas comment on fait pour résister, en mangeant une poignée de riz sale, en buvant une eau immonde, sous la menace continuelle du choléra, du typhus, de la variole, et même de la peste, en dormant par terre, ou dans des habitations atroces. Tous les réveils, le matin, doivent être des cauchemars. Et pourtant, les Indiens se lèvent, avec le soleil, résignés, et, avec résignation, ils se trouvent une occupation : c'est une errance, à vide, durant tout le jour, un peu comme on en voit à Naples, mais ici, avec des effets incomparablement plus misérables. Il est vrai que les indiens ne sont jamais joyeux : ils sourient souvent, c'est vrai, mais ce sont des sourires de douceur, non de gaieté.
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nadejdanadejda   18 août 2013
On aurait dit le visage de saint Sébastien : incliné un peu sur une épaule, les lèvres gonflées et presque blanches, les yeux comme enduits de larmes sèches et une paupière étirée et rouge. Il marchait sur l'accotement d'une route bordée d'arbres, dans la banlieue de Gwalior et, s'étant rendu compte que je l'avais pendant un instant observé, il nous suivait maintenant avec un sourire douloureux. p 79
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polarjazzpolarjazz   11 août 2018
Une heure de voiture, le long d'une périphérie sans limites, composée entièrement de petits baraquements, de boutiques entassées, d'ombres de banians sur des maisonnettes indiennes aux arêtes émoussées et vermoulues comme de vieux meubles, suintantes de lumière, carrefours encombrés de passants aux pieds nus, habillés comme dans la Bible, tramways rouge et jaune à galerie ; petits immeubles modernes, immédiatement vieillis par l'humidité des tropiques, au milieu de jardins fangeux et de bâtisses de bois, bleu clair, vert d'eau ou simplement attaqués par le climat humide ou le soleil, avec des allées et venues continuelles et un océan de lumière, comme si partout, dans cette ville de six millions d'habitants, on célébrait une fête ; et puis le centre, sinistre et neuf, la Malabar Hill, avec ses petits immeubles résidentiels, dignes du quartier des Parioli, entre les vieux bungalows et le quai interminable, avec une série de cercles de lumière qui s'infiltrait à perte de vue dans l'eau...
(P. 17)
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enkidu_enkidu_   12 janvier 2018
En Inde l’atmosphère est favorable à la religiosité, comme le confirment les rapports les plus banals. Mais, à mes yeux, cela n’implique pas que les Indiens soient vraiment préoccupés par de sérieux problèmes religieux. Certaines de leurs formes de religiosité sont forcées, typiquement médiévales : aliénations dues à l’épouvantable situation économique et hygiénique du pays, véritables névroses mystiques, qui rappellent celles qui eurent lie en Europe, au Moyen Âge, précisément, et qui peuvent frapper des individus ou des communautés entières. Mais plus qu’une religiosité spécifique (celle qui produit les phénomènes mystiques ou la puissance cléricale), j’ai observé, chez les Indiens, une religiosité générale et diffuse : un produit moyen de la religion. La non-violence, en quelque sorte, la douceur, la bonté des hindous. Ils ont peut-être perdu contact avec les sources directes de leur religion (qui est évidemment une religion dégénérée), mais ils continuent à en être des fruits vivants. Ainsi, leur religion, qui est la plus abstraite et la plus philosophique du monde, en théorie, est, en fait, en réalité, une religion totalement pratique : une manière de vivre.

On en arrive même à une espèce de paradoxe : les Indiens, abstraits et philosophiques à l’origine, sont actuellement un peuple pragmatique (fût-ce d’un pragmatisme qui permet de vivre dans une situation humaine absurde), tandis que les Chinois, pragmatiques et empiriques à l’origine, sont actuellement un peuple extrêmement idéologique et dogmatique (bien qu’ils résolvent pratiquement une situation humaine qui semblait sans solution).

Ainsi, en Inde, maintenant, plus qu’à l’entretien d’une religion, l’atmosphère est propice à tout esprit religieux pragmatique, quel qu’il soit. (pp. 54-56)
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WyomingWyoming   19 mai 2019
Qu'est-ce qu'il y a, après, sur la route? Les villages. A un moment, entre les arbres merveilleux et l'étendue sordide des clairières, apparaît, entre des talus blancs, des marécages desséchés, un étang. Il y a des femmes ou des garçons, tout autour, qui se lavent ou nettoient leurs tissus. Cette fois, il n' y a personne. Aussitôt après, surgit le village : un amas de murettes blanches, elles aussi faite de boue et de bouses de vache, et par-dessus des toits de chaume. Au milieu, des terre-pleins poudreux, envahis de chèvres, de vaches et de buffles. Tout de suite commence le fourmillement, comme d'innombrables vermisseaux colorés. C'est le bazar, la rue centrale du village, l'éternelle enfilade de boutiques, soutenues par des pattes de bois, avec, à l'intérieur, des marchandises et le vendeur accroupi, et, devant, le tourbillon des vieux, des garçons, des femmes, avec leurs guenilles colorées et leur très doux sourire au milieu des bosses répugnantes des vaches errantes.
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