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Claude Porcell (Traducteur)
ISBN : 2080712977
Éditeur : Flammarion (18/08/2006)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 57 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture : En 1903, Rainer Maria Rilke entame une correspondance avec un jeune homme de vingt ans, Franz Kappus, élève d'un établissement militaire, qui lui a envoyé ses premiers essais poétiques.
Plusieurs lettres suivront, que Kappus publiera en 1929, trois ans après la mort de Rilke. Ces textes sont devenus immédiatement célèbres et comptent parmi les plus beaux de Rilke ; au fil du temps et des réponses, ils composent une superbe méditation... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  29 mars 2016
J'ai entendu beaucoup de bien des Lettres À Un Jeune Poète de Rilke. Beaucoup. Alors je m'y suis attardée — un peu — et j'ai trouvé dix lettres, dont quatre au moins sont très courtes. Si l'on en expurge les formules rituelles de politesse et la relation d'une actualité à peu près dénuée d'intérêt à présent, on s'aperçoit que ce qu'il en reste d'exploitable littérairement ou philosophiquement parlant, ou encore à titre de ce que l'on pourrait considérer comme un essai est assez bref.
Toutes les lettres, sauf une, datent de 1903 et 1904 (la dernière étant de 1908), c'est-à-dire, à peu de choses près que ce sont les pensées d'un poète, autour de 28 ans destinées à son correspondant qui avait, lui, autour de 20 ans.
Comme il s'agit d'une correspondance, Rainer Maria Rilke utilise un style très direct ; il y expose sa pensée sans détour, sans trop de précaution, avec un certain nombre de généralisations probablement abusives mais qui passent très bien, et d'autant mieux que l'on est jeune, avec une âme flambante et des désirs d'absolu.
Je pense que j'aurais adoré découvrir ces lettres alors que j'étais lycéenne ; cela m'aurait transportée. Malheureusement, maintenant que je suis devenue un peu vieille et rabat-joie, je les trouve esthétiquement belles et exaltantes, mais, dans le fond, assez creuses et pas très fouillées.
Ce n'est pas désagréable à lire. L'auteur y exprime sa vision de la vie de l'époque, avec un petit côté rassurant pour son interlocuteur. Très bien, mais outre cela, qu'y trouve-t-on ? La vision de Rilke sur la création artistique et poétique, son avis sur la critique, sa profession de foi sur la solitude puis sa théorie sur l'amour véritable.
Sur la création artistique : n'essaie pas de te plier aux modes ni à ce que l'on attend d'un auteur, ferme tes écoutilles et n'écoute que ce qui vient de toi. Tu dois sentir que l'écriture est la seule chose qui compte dans ta vie sinon tu n'es pas fait pour devenir écrivain.
Sur la critique : c'est de la merde, n'écoute pas les critiques, n'aie aucun dogme, ne vénère pas ce qu'on te dit de vénérer, mais vénère quand même Jens Peter Jacobsen. (Tiens ? Y aurait-il comme une forme de contradiction sur ce point précis ?)
Sur la solitude : de toute façon, quoiqu'on fasse, quoiqu'on se leurre, on est toujours et éternellement seul. Mais il ne faut pas s'en affliger, bien au contraire, car c'est cette solitude et cette acceptation qui permettent d'atteindre l'accomplissement de soi et la grandeur maximale qu'il nous est possible d'atteindre. Il faut être serein, laisser du temps au temps, se laisser croître soi-même et tout ira bien.
Sur l'amour véritable : nous sommes démunis et mal préparés. On nous fait miroiter le côté grandiose et extatique — le plaisir, pour faire simple — or, l'amour véritable, c'est bien autre chose que ça. C'est un long travail de domestication de soi-même et de l'autre afin d'arriver à une vie harmonieuse, équilibrée et réciproque, d'ailleurs non dénuée de solitude.
Bon, c'est vrai, c'est très joli tout ça. En première approximation, en première lecture, à chaud cela paraît super mais quand j'essaie de creuser (excusez-moi, c'est une sale habitude que j'ai contractée avec le temps de toujours vouloir creuser, à l'instar de certains chiens mal appris qui maltraitent les belles pelouses), quand j'essaie de creuser, donc, je ne trouve pas grand-chose au bout de ma bêche.
C'est probablement normal, car Rilke lui-même, à l'époque est encore un jeune poète et je pense qu'il ne faudrait probablement pas l'inscrire à un concours de bras de fer cérébral avec son compatriote et contemporain Robert Musil quant aux thèmes abordés dans ces lettres. Rainer Maria Rilke s'avèrerait sans doute assez vite être un poids plume, un très agréable et très élégant poids plume, mais un poids plume tout de même.
En somme, je trouve ces lettres très sympathiques, très plaisantes à découvrir autour de l'âge qu'avait le destinataire, soit une vingtaine d'années, mais peut-être plus autant par la suite, notamment pour les vieilles chamelles méfiantes, retorses et racornies de mon espèce. Mais ce n'est bien entendu que l'expression d'un avis singulier et d'une ampleur limitée, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Tandarica
  09 mai 2016
Bien entendu, tout a déjà été dit sur le précieux art de Rilke, à quel point il peut aider à vivre. J'ai étudié ce livre dans une classe préparatoire française et éprouvé un embarras mal dissimulé de mon ignorance, lorsqu'un proche m'a indiqué, en songeant à mes origines, que Franz Xaver Kappus, celui à qui Rilke a écrit les Lettres à un jeune poète, celui qui les a publiées et y a ajouté une introduction, était un écrivain roumain. C'était une exagération mais pas tant que ça: Kappus était germanophone, né à Timișoara, à l'époque dans l'empire austro-hongrois. Il s'est installé à Berlin en 1923. Ceci étant de 1918 à 1923, il était pour ainsi dire roumain. Pas le genre de choses à constater en classe prépa, où l'on est censé former l'élite de la France…
Cependant, poursuivons. Non seulement publication et introduction, mais en plus Rilke recopie un sonnet de Kappus dans ses lettres, le seul, à ma connaissance, traduit en français. Dans son introduction, essentiellement il se tait "comme les petits le doivent devant quelqu'un de grand". Entre "petit" et négligeable, toutefois la différence est grande, surtout qu'on a toujours besoin d'un plus petit que soi. Les problèmes de taille m'intéressant peu, je relève d'une part qu'un simple coup d'oeil sur un site bien connu fait ressortir que Kappus jouit en Allemagne d'une postérité loin d'être triomphante, mais réelle cependant. D'autre part, l'art précieux, incomparable même, de Rilke, n'aurait pas existé de la même manière s'il n'y avait eu ce qu'au cinéma on appelle le hors-champ, que le temps d'un sonnet le réalisateur a voulu mettre en lumière, ce qu'il a aiguillonné, intrigué, touché: l'oeuvre de Franz Xaver Kappus.
J'ai cru, moi aussi, qu'il existait une élite (en art par exemple, des génies et des salauds, i.e. des Mozart et des Salieri selon la définition de Peter Shaffer, qui s'inspire à son tour de Mozart et Salieri d'Alexandre Pouchkine), avant et après prépa: proposition qui, en dehors de l'école et des discours politiques (dans les halls des immeubles de banlieue, on a compris depuis longtemps) ne résiste guère à la réflexion.
Je préfère toujours les poèmes de Rilke à ceux de Kappus. Mais, finalement, en me disant qu'il était bien roumain après tout, j'ai acheté un roman (il a aussi écrit des succès de librairie) de Franz Xaver Kappus, histoire d'enrichir ma bibliothèque.
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vincentf
  24 février 2012
Un poète qui écrit à un autre poète, et encore un autre qui le lit. Et pourtant, comme dans la chanson de Léo Ferré, la solitude. Rilke revendique sa solitude, il l'assume, il l'aime et il la partage à d'autres solitudes, d'autres plongées en soi-même pour y trouver, par un travail assidu, acharné, nécessaire, l'art, l'art de dire les choses, l'art d'écrire vrai, l'art d'écrire soi-même. Qu'est-ce qu'un poète? Un être qui vit dans l'impossibilité de ne pas écrire. Suis-je poète? Je ne suis pas assez seul, et trop fainéant. Les mots, pourtant, les traductions du réel qui passe en silence, remontent à la surfance, demandent à dire. Dire une rose, dire un regard, dire une motte de terre, dire un goût passager dans la bouche seraient le travail d'une vie, la recherche illusoire d'une vérité fuyante, la pierre sans cesse retombant qui rend Sisyphe heureux.
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Eve-Yeshe
  06 avril 2013
ce livre est étrange. un poète échange des lettres avec un ami, poète également. au début, j'ai été enthousiaste puis peu à peu je me suis ennuyée, j'attendais autre chose... j'aime mieux lire des poèmes qu'un texte sur la poèsie, son rôle dans la société, comment l'écrire.... bref je suis restée sur ma faim....
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maylibel
  03 avril 2016
Comment écrire ? Qu'est-ce qu'être poète ? Comment le devenir ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles le poète Rainer Maria Rilke réfléchit dans ces lettres adressées à un auteur de poèmes qui lui demande conseil, Frantz Kappus, mais aussi à son épouse Clara, son beau-frère Friedrich Westhoff, et à son amie Lou Andreas-Salomé.
Ces quelques pages de la correspondance de Rilke constituent un très bel essai sur la création, la solitude et au-delà, sur la vie en général. Chacun des extraits choisis est à la fois une méditation philosophique agrémentée de remarques pratiques et un texte merveilleusement écrit.
Difficile cependant d'en dire beaucoup plus sans faire injure à l'auteur qui explique dès les premières lignes : « Rien n'est moins capable d'atteindre une oeuvre de l'art [a fortiori la sienne] que des propos critiques. »
Ne me lisez donc pas plus longtemps, mais précipitez-vous sur ce très beau classique à découvrir à tout prix !
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   07 avril 2015
Être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir tel un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui, confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l'été puisse ne pas venir.
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JcequejelisJcequejelis   02 juillet 2014
Rome, 23 décembre 1903

Il ne sera pas dit que vous n’aurez pas eu un salut de ma part au moment où Noël approche et où votre solitude, au beau milieu des fêtes, sera plus lourde à porter que d’ordinaire. Mais si vous vous apercevez alors qu’elle est grande, réjouissez-vous ; car que serait (c’est la question qu’il faut vous poser) une solitude qui n’aurait rien de grand : il n’y a qu’une solitude : elle est grande et n’est pas légère à porter, et presque tous connaissent un jour ces heures où ils l'échangeraient volontiers contre la plus quelconque, la plus banale, la plus facile des communautés, contre l’apparence d’une harmonie, aussi infime soit-elle, avec le premier venu, le plus indigne… Mais peut-être sont-ce là précisément les heures où la solitude grandit ; car la croissance des jeunes garçons et triste comme le début du printemps. Mais cela ne doit pas vous égarer. Ce qui est nécessaire se résume à ceci : la solitude, grande solitude intérieure. Rentrer en soi-même et ne rencontrer personne pendant des heures – voilà ce à quoi il faut parvenir. Etre solitaire comme on était solitaire, enfant, quand les adultes allaient et venaient dans les entrelacs de choses qui semblaient importantes et grandes parce que les grands paraissaient plongés dans un grand affairement et que l’on ne comprenait rien à ce qu’ils faisaient.

1855 - [GF n° 1297, p. 67]
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JcequejelisJcequejelis   02 juillet 2014
Vous ne devez pas vous laisser tromper, dans votre solitude, par le fait qu’il y a quelque chose en vous qui voudrait la quitter. C’est précisément ce souhait, si vous en usez calmement, de manière réfléchie, comme d’un instrument, qui vous aidera à étendre votre solitude sur une vaste contrée. Les gens ont l’habitude grâce aux conventions de chercher à tout des solutions faciles en choisissant, dans la facilité, ce qui coûte le moins de peine ; or il est clair que nous devons nous en tenir à ce qui est difficile. Tout ce qui vit s’y tient, tout ce qui est dans la nature se développe, se protège, selon son espèce, par ses propres moyens, cherche à l’être à tout prix et contre tout obstacle. Nous savons peu de chose, mais que nous devions nous en tenir à ce qui est difficile c’est une certitude qui ne nous quittera pas. Il est bon d’être seul quelquefois, car la solitude est difficile, et le fait que quelque chose soit difficile doit nous être une raison supplémentaire de le faire. Aimer est aussi une bonne chose, car l’amour est difficile. Que deux êtres s’aiment, c’est sans doute la chose la plus difficile qui nous incombe, c’est une limite, l’épreuve ultime, la tâche en vue de laquelle toutes les autres ne sont que préparation. De tout leur être, de toutes leurs forces concentrées dans leur cœur solitaire, inquiet, dont les battements résonnent, il faut qu’ils apprennent à aimer ; et à ce difficile apprentissage des vies humaines suffisent à peine.

1854 - [GF n° 1297, p. 76]
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carodenormandiecarodenormandie   19 mars 2016
Les oeuvres de l'art sont d'une solitude infinie, et rien ne permet moins de les atteindre que la critique.Seul l'amour permet à les saisir, à les soutenir, et peut leur rendre justice.Donnez toujours raison à vous-même et à votre sentiment, contre toute sorte de semblable discussion,commentaire ou introduction; (...)
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berym_berym_   02 septembre 2018
Je crois que toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie parce que nous n'entendons plus vivre nos sentiments frappés de stupeur par cet étranger. Parce que nous sommes seuls avec l'étranger qui est entré en nous ; parce que tout ce qui nous est familier, habituel, nous est pour un instant enlevé ; parce que nous sommes au beau milieu d'un gué où nous ne pouvons pas faire halte. C'est pourquoi la tristesse passe aussi: le Nouveau en nous, ce qui et venu nous rejoindre, est entré dans notre coeur, a pénétré dans sa chambre la plus intérieure et n'y est du reste déjà plus - il est déjà dans notre sang. Et nous n'avons pas eu le temps de savoir de quoi il s'agissait. On n'aurait aucune peine à nous faire croire qu'il ne s'est rien passé, et pourtant nous nous sommes métamorphosés, comme une maison se métamorphose lorsqu'un hôte y a pénétré. Nous ne pouvons pas dire qui est venu, nous le saurons peut-être jamais, mais bien des signes laissent penser que c'est ainsi que l'avenir entre en nous, pour se métamorphoser en nous bien avant de se produire.
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Videos de Rainer Maria Rilke (42) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rainer Maria Rilke
L'écrivain Colum McCann donne, à travers son livre "Lettres à un jeune auteur" une sorte de guide pour tout aspirant auteur et, plus généralement, pour tout lecteur intéressé par l?écriture : 52 conseils, encouragements ou mises en garde, s?inscrivant ouvertement ainsi dans la tradition des "Lettres à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke.
En savoir plus sur "Lettres à un jeune auteur" : https://bit.ly/2L0rMZW
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