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EAN : 9782070105571
272 pages
Éditeur : Gallimard (01/04/2016)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 206 notes)
Résumé :
Patti Smith a qualifié ce livre de «carte de mon existence». En dix-huit «stations», elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu'elle a visités de par le globe.
M Train débute au 'Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu'il est ou tel qu'il fut, et écrire dans son carnet.
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Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  27 avril 2016
"M Train"est dédié à Sam Shepard qui ressemble fort au cow-boy que l'on croise plusieurs fois au détour des 18 textes, illustrés de photos prises par Patti Smith. Ils composent ce recueil où reviennent aussi le café (14 tasses par jour ne l'empêche pas de trouver le sommeil) et les cafés, les objets talisman habités par la présence de ceux qui les ont possédés ou les lieux où ils ont été trouvés, les êtres chers disparus, les écrivains passionnément aimés...
Au moyen-âge elle aurait pu être brûlée comme sorcière car pour elle, présent et passé ne font qu'un, les vivants et les morts se rejoignent, elles les invoquent, les fait revenir et les relient par la magie de son écriture.
Les nombreux objets auxquels elle tient, qu'ils soient juste photographiés comme la chaise de l'écrivain chilien Robert Bolaño ou celle de son père sur laquelle elle se refuse à s'asseoir, son vieux manteau noir, offert par un poète pour son 57ème anniversaire, qu'elle perd, vivent de la vie de ceux auxquels ils ont appartenu, qui, s'ils se manifestent par leur intermédiaire, nous restent souvent inaudibles.
p 168 "Choses disparues. Elles griffent à travers les membranes, tentent de capter notre attention par d'indéchiffrables SOS. Les mots dégringolent désespérément dans le désordre. Les morts parlent. Nous ne savons plus écouter. Avez-vous vu mon manteau ? Il est noir, sans véritable signe distinctif, ses manches sont effilochées et l'ourlet est tout abîmé. Avez-vous vu mon manteau ? C'est le manteau parle-mort."
Elle garde au fond d'elle la présence des êtres chers, Fred son mari, son frère, ses parents et les nombreux écrivains et artistes qui ont croisé sa route. Elle va à leur rencontre dans ses vagabondages : en Guyane, Jean Genet, au Mexique, Artaud, Frida Khalo et Diego Rivera, à Heptonstall proche de Leeds, Silvia Plath, au Japon, Dazai, Ozu, Kurozawa, Mishima, Akutagawa et beaucoup d'autres... Certains nous accompagnent déjà depuis longtemps, pour d'autres elle nous les fait découvrir et aimer et elle nous offre de belles nuits blanches en perspective.
Il y a aussi toutes les rencontres inattendues dans les cafés, la rue ou simplement celles qui glissent fugaces derrière une vitre, pas moins importantes que les autres. Toutes nous la rendent proche et ces êtres connus ou pas, dont ses lecteurs font partie, elle les serre tous dans ses bras avec douceur, elle les enveloppe de ses mots, des mots qu'elle alignent dans des carnets mais aussi sur des bouts de papiers, sur les serviettes des cafés où elle a ses habitudes : cafés Dante et Ino à New-York son point d'ancrage où elle commande régulièrement son café accompagné d'un toast de pain complet et d'huile d'olive, le café Pasternak à Berlin avec sa variante plus luxueuse, café, caviar et petit verre de vodka et bien d'autres...
Au Japon elle a beaucoup de mal à se procurer un café. Elle finit par le trouver dans un coffee-shop express et, et.....
p 196 "Assis à la table face à la mienne se trouvait un homme, la trentaine passée, en costume, chemise blanche, cravate, qui travaillait sur son ordinateur portable. J'ai remarqué une rayure subtile dans son costume, à peine visible et qui cependant marquait sa différence comme une sorte de défi. Il avait un comportement qui le distinguait de l'homme d'affaires habituel.(...) J'ai été émue par la concentration sereine et pourtant complexe qui se manifestait dans les rides irisées de lumière sur son doux front. Il était bel homme, un peu à la Mishima jeune, laissant présager une certaine bienséance, des infidélités discrètes et une dévotion morale. J'ai regardé les passants. le temps aussi passait. J'avais envisagé de prendre un train pour Kyoto et d'y rester la journée, mais j'ai préféré boire du café face à cet inconnu silencieux."
Sachant que je ne pourrais pas rendre toute la richesse et la beauté poétique de ce livre, à mes yeux au-dessus de Just kids, j'arrête sur cette belle rencontre japonaise qui, je l'espère vous donnera envie de découvrir toutes les multiples facettes de ce livre qui me rend encore plus proche cette vieille amie magicienne.
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nadiouchka
  11 mai 2019
Une fois n'est pas coutume, je débute ma chronique de « M Train » de Patti Smith, par la photo de couverture : une photo en noir et blanc bien mélancolique – une femme seule devant une tasse – une femme songeuse. A quoi pense-t-elle ?
Patti Smith, la célèbre chanteuse bohème de rock, a de nombreuses cordes à son arc : écrivaine, poétesse de talent, auteure, musicienne, peintre, photographe.
Sa notoriété a été acquise pendant les années 70 pour sa « fusion révolutionnaire entre poésie et rock. » Elle a été classée parmi les cent meilleurs par le magazine Rolling Stones.
J'avais beaucoup apprécié « Just Kids » et ici, l'une des icônes du rock, nous fait faire un voyage (à travers divers pays) – un voyage initiatique comportant de la poésie en continuant ainsi son autobiographie.
Avec sa phrase : « Il est bien plus facile de ne parler de rien » (p.11), elle nous fait visiter les dix-huit « stations » les plus importantes de sa vie. Elle nous parle aussi des autres, des oeuvres qui lui sont chères, des artistes comme les musiciens Lenny Kaye et Tony Shanahan.. - des auteurs qu'elle aime, (Kurozawa, Mishima, Akutagawa Bolaño, Rimbaud, Murakami avec son livre « Chroniques de l'oiseau à ressort ») - des siens - de son bungalow de Rockaway Beach, ainsi que du quotidien – de son mari, le guitariste Fred - un livre qui parle d'un cow-boy ressemblant à Sam Shepard (à qui elle a dédié son récit) – elle évoque des pays lointains tels que le Japon, le Mexique, la Guyane (parmi bien d'autres) – elle évoque des anecdotes où on trouve de l'humour…. L'ouvrage est parsemé de multiples photos prises par elle-même « sauf lorsque c'est précisé. »
Elle s'installe chaque matin dans le Café ‘Ino situé sur Bedford Street, dans Greenwich Village (New York) et on suit ses déambulations à travers le monde où elle honore un poète disparu – elle erre dan les rues de New York, ou encore elle s'occupe de ses chats dans un petit appartement. D'ailleurs, « Mon chez-moi est un bureau. L'amalgame d'un rêve. Mon chez-moi, ce sont les chats, mes livres, et mon travail jamais fait. »
On ne trouve pas de chronologie dans son récit, c'est du brut retrouvé dans ses précieux carnets de moleskine où elle a tout noté.
Si elle dit ne parler de rien, elle parle plutôt de tout. Quant à chroniquer ce livre par ma modeste situation de lectrice passionnée, il m'est bien difficile de parler de ce livre plus qu'intéressant où l'écriture de Patti Smith est tellement fluide que l'on se laisse entraîner par cette grande chanteuse – narratrice. de sa vie si dynamique et riche, on ressent tout l'amour qu'elle met au service de l'écriture et on parcourt ces dix-huit « stations »/« chapitres » avec elle comme guide.
Un livre plein de sensibilité, d'intelligence, de poésie – c'est un voyage étonnant que l'on fait avec ce personnage important de la scène underground des années 70. Patti nous offre ainsi un ouvrage qui a la règle de ne pas en avoir et c'est également une réflexion sur le deuil et l'espoir.
Bravo #Patti Smith et chapeau bas ! Pour #Mtrain publié en 2018 aux #Editions Gallimard.
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Valleerie
  18 mai 2016
Un livre solitaire à l'image de la vie de Patti Smith aujourd'hui. Sans trame narrative, sans destination particulière, entre vagabondages et déambulations parfois mélancoliques.
Quelque chose de délicieux dans ce livre qui donne envie de s'imprégner de cet art de vivre un peu à rebours. Et de réécouter... People have the power !!!
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lucia-lilas
  24 décembre 2016
Lorsque j'ai tourné la dernière page, j'ai crié : « Oh ! C'est fini ! » Je m'étais habituée à cette rencontre quotidienne avec une personnalité hors du commun et si attachante : Patti Smith.
En fait, je ne connaissais rien d'elle sinon quelques chansons que j'écoutais autrefois, il y a bien longtemps...
Tout d'abord, ce qui m'a fascinée dans ce livre, c'est la photo de couverture : elle est assise dans un café, une tasse blanche devant elle. Elle porte un bonnet de laine, une veste d'homme et un jean. Elle tient son visage dans sa main droite et regarde sur le côté. Présente et absente. Sa main gauche est posée sur la table. Je crois que je n'ai jamais autant regardé une couverture de livre. Patti Smith raconte en quelles circonstances cette photo a été prise : tous les matins, elle se rend au café Ino, situé sur Bedford Street, dans Greenwich Village, commande du café noir, un toast de pain complet et un ramequin d'huile d'olive.
Or, ce jour-là, elle apprend que l'établissement ferme. C'est un choc pour elle. On lui sert tout de même un dernier café lorsqu'une jeune fille qu'elle connaît passe. Elle lui demande d'immortaliser ce moment difficile, « l'image de l'affliction » dira-t-elle. C'est vrai, elle a l'air profondément triste. Je crois que c'est cette grande mélancolie que j'ai ressentie et qui m'a touchée.
« Ce n'est pas si facile d'écrire sur rien. » dit le cow-boy de son rêve, « Il est bien plus facile de ne parler de rien », ajoute-t-elle…
Écrire sur rien, parler de rien … en réalité, Patti Smith nous emmène avec elle, dans son train, à son rythme, sans horaires, ici et là. Elle nous embarque et on la suit dans son « vagabondage », un peu partout sur la planète et dans ses rêves aussi, aujourd'hui et hier, autrefois et demain.
Vie quotidienne peuplée de chats, de cafés et de livres, rencontres d'auteurs, voyages dans les rues de New-York et ailleurs, au Japon, au Maroc, à Londres, méditations sur le passé, sur ceux qui l'ont quittée et qu'elle a aimés, sur le temps, tout se mêle, se lie, se correspond et s'enchaîne, à l'image de la vie, décousue, fragmentée, surprenante, insensée parfois. Les horloges ont perdu leurs aiguilles et le monde sa boussole...
Elle aime le café et les cafés, aurait aimé ouvrir un petit établissement mais son ange, l'amour de sa vie, le musicien Fred « SONIC » Smith, l'a appelée à Détroit : elle est partie.
Ils sont allés à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane française pour voir les vestiges de la colonie pénitentiaire où l'on envoyait les pires criminels. Genet évoquait ce lieu pour lui sacré dans Journal du voleur mais ne l'aura jamais vu. Elle ramassera quelques cailloux et les portera sur la tombe de l'écrivain, au cimetière chrétien de Larache, au Maroc. de même, à Charleville, Rimbaud aura droit à des perles de verre bleu de Harar...
Les auteurs sont sacrés, elle leur fait des offrandes, nettoie leur tombe, vit avec leurs livres dispersés çà et là, dans sa maison, un sac, une chambre d'hôtel. Elle les aime, toujours et encore, leur parle, écoute leur voix même s'ils ne sont plus. Plus présents parfois que les vivants, ils partagent le quotidien de la chanteuse, Bolaño, Rimbaud, Michima, Kurosawa, Dazai, Akutagawa, Plath, Kahlo… Elle aime aussi Sarah Linden, l'enquêtrice de The Killing et n'imagine pas un seul instant ne plus la revoir quand la série sera finie.
Ses êtres chers, ses frères …
Elle a aussi d'autres compagnons de route : ce sont les choses, les objets : sa cafetière, un dessus de lit, son lacet. Elle leur parle, ils lui répondent. Parfois, elle les perd et elle a remarqué d'ailleurs que plus elle les aime, plus elle les perd : son vieux manteau noir, son livre de Murakami Chroniques de l'oiseau à ressort, son vieil appareil photo… C'est comme les gens finalement, ceux qu'elle a aimés ont disparu, elle les a perdus eux aussi… Elle reste là, seule ou presque.
Et puis, comment ne pas parler de ses photos : la chaise de Roberto Bolaño, la table de Schiller à Iéna, le lit et les béquilles de Frida Kahlo, la canne de Virginia Woolf, la machine à écrire de Hermann Hesse, les tombes, les cafés … Quel que soit le sujet, l'image en noir et blanc, floue parfois, fascine, me fascine. Je la regarde plusieurs fois comme pour en percer le mystère. Il s'en dégage une force que j'ai rarement vue ailleurs…
Patti Smith parle d'elle, des autres, de la vie, des oeuvres qui lui sont chères, des auteurs qu'elle porte en elle, des siens, de son ange, de son bungalow de Rockaway Beach, du quotidien. Je ne la connaissais pas, il me semble avoir fait une belle rencontre, une de celles que l'on n'oublie pas, une femme dont l'univers poétique est riche et profondément mélancolique, quelqu'un avec qui j'aurais aimé partager un coin de table, là-bas ou ailleurs. Pas forcément pour parler. Pour être là, sentir ce que le soir a à nous dire et écouter le temps qui passe...
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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LiliGalipette
  27 juillet 2016
J'avais lu et apprécié Just Kids, récit de la jeunesse de l'auteure et de ses amours avec Robert Mapplethorpe. J'ai ici retrouvé avec plaisir la plume sensible et vagabonde de Patti Smith. « Nos pensées ne sont-elles rien d'autre que des trains qui passent, sans arrêt, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent. » (p. 66) de sa table attitrée dans un petit café de Bedford Street à New York en passant par le Mexique, l'Angleterre, le Japon et beaucoup d'autres pays, elle donne à voir ce qui constitue la carte de son monde intérieur. À 66 ans, avec plusieurs chats, un appartement à New York, une passion pour les séries policières et les livres, l'auteure ne s'impose rien. « Je suis certaine que je pourrais écrire indéfiniment sur rien. Si seulement je n'avais rien à dire. » (p. 8) Ses déambulations physiques ou mentales ne sont ni vaines ni précises, mais autant d'errances poétiques et délicates en elle-même. « J'ai vécu dans mon propre livre. Un livre que je n'avais jamais eu l'intention d'écrire, enregistrer le temps écoulé et le temps à venir. » (p. 156) Entre rêve et réalité, passé et présent, Patti Smith évoque des souvenirs et chante la fuite du temps, avec élégance et nostalgie.
Illustré de clichés pris par Patti Smith elle-même, cet ouvrage est un peu un inventaire à la Prévert, une carte aux trésors. On suit l'auteure sur le chemin de ses maîtres, à la rencontre des références qui ont forgé son univers artistique : livres, films, séries télévisées et musiques, nombreuses sont les oeuvres qui composent son panthéon personnel. En montrant ce qu'elle aime, Patti Smith se dévoile, forces et fêlures indistinctement mêlées. « le lecture souhaite-t-il seulement me connaître ? Je ne peux que l'espérer, tandis que j'offre mon monde sur un plateau rempli d'allusions. » (p. 54) Dans son monde intime, il y a un cow-boy qui hante ses rêves, le souvenir toujours douloureux de son mari Fred trop tôt disparu, des artistes croisés et aimés, une maison presque en ruines près d'une plage. Sans vraiment s'expliquer comment ni pourquoi, Patti perd des choses : livres, manteau et appareil photo sont autant de cailloux blancs laissés derrière elle. « Nos possessions pleurent-elles de nous avoir perdu ? » (p. 183)
Inclassable, tout comme son auteur, ce texte se savoure comme un carnet de voyage intime. Il n'y a rien à apprendre, rien à découvrir au bout du chemin, mais une multitude d'émerveillements à saisir tout au long du parcours, jusqu'au moment de revenir à la maison, dans une bienheureuse quiétude bâtie sur des certitudes simples. « Mon chez-moi est un bureau. L'amalgame d'un rêve. Mon chez-moi, ce sont les chats, mes livres, et mon travail jamais fait. Toutes les choses disparues qui, un jour peut-être, m'appelleront. » (p. 188) M Train est un charmant ouvrage, délicat et émouvant, à l'image de son auteure, poétesse maudite bénie des muses.
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critiques presse (4)
LePoint   24 mai 2016
En dix-huit chapitres et autant de voyages, la chanteuse poétesse revisite ses errances sur la planète comme autant d'images dans un album polymorphe.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeDevoir   12 mai 2016
Par une étrange alchimie, par effet d’osmose ou de résonance, cette touchante lecture déverrouille l’inventivité du lecteur, l’invite à la rêverie, lui rappelle des auteurs qui lui sont chers.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeFigaro   14 avril 2016
Six ans après le succès planétaire de Just Kids, la chanteuse dessine «la carte de son existence» à travers ses voyages, ses rêves, ses lectures et ses rencontres. Sincère et touchant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   30 mars 2016
Un voyage initiatique, méditatif et poétique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   24 avril 2016
p 91 J'ai refermé mon carnet et suis restée assise dans le café en réfléchissant au temps réel. S'agit-il d'un temps ininterrompu ? Juste le présent ? Nos pensées ne sont-elles rien d'autre que des trains qui passent, sans arrêts, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent ? On saisit un fragment depuis son siège près de la vitre, puis un autre fragment du cadre suivant strictement identique. Si j'écris au présent, mais que je digresse, est-ce encore du temps réel ? Le temps réel, me disais-je, ne peut être divisé en sections, comme les chiffres sur une horloge. Si j'écris à propos du passé tout en demeurant simultanément dans le présent, suis-je encore dans le temps réel ? Peut-être n'y a-t-il ni passé ni futur, mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir. J'ai regardé dans la rue et remarqué le changement de lumière. Le soleil était peut-être passé derrière un nuage. Peut-être le temps s'était-il enfui ?
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nadejdanadejda   26 avril 2016
p 189 Sur la tombe de Osamu Dazai
Le lendemain matin, le ciel était couvert, les ombres oppressantes. J'ai passé le balai autour de la tombe de Dazai et lavé sa pierre tombale, comme s'il s'agissait de son corps. Après avoir rincé les vases, j'ai remis un bouquet frais dans chacun. Une orchidée rouge pour symboliser le sang de sa tuberculose et des petites branches de forsythia blanc. Les fruits contenaient de nombreuses graines ailées. Le forsythia dégageait une légère odeur d'amande. Les minuscules fleurs qui produisent le lactose représentaient le lait blanc qui lui avait procuré du plaisir au cours de la phtisie qui l'avait miné. J'ai ajouté des bouts de gypsophile -- une panicule en nuage de minuscule fleurs blanches -- pour rafraîchir ses poumons infectés. Les fleurs formaient un petit pont, comme des mains se touchant. J'ai ramassé quelques cailloux que j'ai glissés dans ma poche. Puis j'ai mis l'encens dans le porte-encens circulaire, que j'ai posé à plat. L'odeur douceâtre a enveloppé son nom. Nous étions sur le point de partir quand le soleil a soudain fait irruption, éclairant tout. La gypsophile avait sans doute fait son effet, et, les poumons fortifiés, Dazai avait peut-être soufflé les nuages qui obstruait le soleil.
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nadejdanadejda   25 avril 2016
p 101-102 J'ai ouvert un livre intitulé "La course au mouton sauvage", choisi pour son titre intriguant. Une phrase a attiré mon œil -- "un dédale de rues étroites et de canaux de drainage". Je l'ai acheté immédiatement, un biscuit en forme de mouton à tremper dans mon chocolat chaud. Puis je suis allée au restaurant Soba-ya, j'ai commandé des nouilles de blé noir froides avec des patates douces et je me suis mise à lire. J'ai été tellement prise dans "La course au mouton sauvage" que je suis restée sur place plus de deux heures, à lire devant une tasse de saké. Je sentais que mon blues commençait à fondre sur les bords.
Dans les semaines qui suivirent, je m'installais à ma table en coin et lisais exclusivement Murakami. Je ne levais la tête que pour aller aux toilettes et commander un autre café. "Danse, danse, danse" et "Kafka sur le rivage" ont vite suivi "La course au mouton". Et puis, fatalement, j'ai commencé "Chroniques de l'oiseau à ressort". C'est celui qui m'a conquise, m'a lancée sur une trajectoire impossible, irrésistible, comme un météore fonçant à vive allure vers un secteur terrestre aride et parfaitement innocent.
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AgatheDAgatheD   15 août 2016
A l'école primaire, je me faisais souvent gronder parce que je n'écoutais pas. J'imagine que J'étais occupée à réfléchir à de tels sujets ou bien je tentais d'élucider le mystère d'un réseau de questions apparemment insolubles. L'équation "il a un grain ", par exemple, à occupé une bonne partie de ma classe de CE1 . Je me trouvais face à une formule problématique dans l'histoire de Davy Crockett d'Enid Meadowcroft . Je n'étais pas censée lire cela car il était dans la bibliothèque des CE2. Mais le livre m'avait attirée, aussi l'avais-je glissé dans mon cartable et lu en douce. Je me suis instantanément identifiée au jeune Davy, qui était grand et dégingandé, racontait des histoires grandioses s'attirait des ennuis et oubliait ses corvées . Son paternel disait toujours que Davy avait un grain . Je n'avais que sept ans et ces mots m'ont stoppée dans mon élan. Qu'est-ce que son paternel avait bien pu vouloir dire par là ? Je restais éveillée la nuit à y réfléchir. De quel grain s' agissait-il ? Comment un garçon comme Davy Crockett pouvait-il avoir un grain?
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AgatheDAgatheD   04 septembre 2016
Je me suis assise sur mon porche de guingois et j'ai contemplé avec une joie de gamine mon jardin piqueté de pissenlits résistants. Le vent s'est levé et j'ai senti les effluves de la mer. J'ai verrouillé ma porte et refermé le portail tandis qu'un chat errant se glissait par une latte flottante.
Désolée, pas de lait aujourd'hui, uniquement de la joie. Je suis restée devant la palissade délabrée. Mon Alamo, ai-je dit. Ma maison avait désormais un nom.
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Reading Wild est une communauté de 25 000 booklovers sur les réseaux sociaux. le projet voit le jour en 2013. Sylvia Minne a l'idée de collecter sur la toile des photos de lecteurs iconiques : James Dean, Marilyn Monroe, Joaquin Phoenix, Janis Joplin, ou encore Patti Smith … Elle constitue un fil instagram résolument moderne, rock. Dans le même temps, Sylvia propose à la photographe Francesca Mantovani de créer l'exposition « Lecture, Mon Amour » avec des portraits d'artistes booklovers d'aujourd'hui. Elle lance dès 2015 son site readingwild.fr qui décline des interviews écrites de ces grands lecteurs, mais aussi des podcasts et des vidéos qui célèbrent la lecture.

À voir – L'exposition « Lecture, Mon Amour® », proposée par READING WILD, revient à la Maison de la Poésie. Découvrez de nouveaux portraits de personnalités qui partagent leur amour de la lecture sous l'objectif de Francesca Mantovani.
Dans le cadre de la Nuit de la lecture. Le samedi 18 janvier 2020 - 20H00
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