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EAN : 9782070105571
272 pages
Gallimard (01/04/2016)
3.93/5   345 notes
Résumé :
Patti Smith a qualifié ce livre de «carte de mon existence». En dix-huit «stations», elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu'elle a visités de par le globe.
M Train débute au 'Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu'il est ou tel qu'il fut, et écrire dans son carnet.
En passant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (71) Voir plus Ajouter une critique
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"M Train"est dédié à Sam Shepard qui ressemble fort au cow-boy que l'on croise plusieurs fois au détour des 18 textes, illustrés de photos prises par Patti Smith. Ils composent ce recueil où reviennent aussi le café (14 tasses par jour ne l'empêche pas de trouver le sommeil) et les cafés, les objets talisman habités par la présence de ceux qui les ont possédés ou les lieux où ils ont été trouvés, les êtres chers disparus, les écrivains passionnément aimés...

Au moyen-âge elle aurait pu être brûlée comme sorcière car pour elle, présent et passé ne font qu'un, les vivants et les morts se rejoignent, elles les invoquent, les fait revenir et les relient par la magie de son écriture.
Les nombreux objets auxquels elle tient, qu'ils soient juste photographiés comme la chaise de l'écrivain chilien Robert Bolaño ou celle de son père sur laquelle elle se refuse à s'asseoir, son vieux manteau noir, offert par un poète pour son 57ème anniversaire, qu'elle perd, vivent de la vie de ceux auxquels ils ont appartenu, qui, s'ils se manifestent par leur intermédiaire, nous restent souvent inaudibles.
p 168 "Choses disparues. Elles griffent à travers les membranes, tentent de capter notre attention par d'indéchiffrables SOS. Les mots dégringolent désespérément dans le désordre. Les morts parlent. Nous ne savons plus écouter. Avez-vous vu mon manteau ? Il est noir, sans véritable signe distinctif, ses manches sont effilochées et l'ourlet est tout abîmé. Avez-vous vu mon manteau ? C'est le manteau parle-mort."

Elle garde au fond d'elle la présence des êtres chers, Fred son mari, son frère, ses parents et les nombreux écrivains et artistes qui ont croisé sa route. Elle va à leur rencontre dans ses vagabondages : en Guyane, Jean Genet, au Mexique, Artaud, Frida Khalo et Diego Rivera, à Heptonstall proche de Leeds, Silvia Plath, au Japon, Dazai, Ozu, Kurozawa, Mishima, Akutagawa et beaucoup d'autres... Certains nous accompagnent déjà depuis longtemps, pour d'autres elle nous les fait découvrir et aimer et elle nous offre de belles nuits blanches en perspective.
Il y a aussi toutes les rencontres inattendues dans les cafés, la rue ou simplement celles qui glissent fugaces derrière une vitre, pas moins importantes que les autres. Toutes nous la rendent proche et ces êtres connus ou pas, dont ses lecteurs font partie, elle les serre tous dans ses bras avec douceur, elle les enveloppe de ses mots, des mots qu'elle alignent dans des carnets mais aussi sur des bouts de papiers, sur les serviettes des cafés où elle a ses habitudes : cafés Dante et Ino à New-York son point d'ancrage où elle commande régulièrement son café accompagné d'un toast de pain complet et d'huile d'olive, le café Pasternak à Berlin avec sa variante plus luxueuse, café, caviar et petit verre de vodka et bien d'autres...
Au Japon elle a beaucoup de mal à se procurer un café. Elle finit par le trouver dans un coffee-shop express et, et.....
p 196 "Assis à la table face à la mienne se trouvait un homme, la trentaine passée, en costume, chemise blanche, cravate, qui travaillait sur son ordinateur portable. J'ai remarqué une rayure subtile dans son costume, à peine visible et qui cependant marquait sa différence comme une sorte de défi. Il avait un comportement qui le distinguait de l'homme d'affaires habituel.(...) J'ai été émue par la concentration sereine et pourtant complexe qui se manifestait dans les rides irisées de lumière sur son doux front. Il était bel homme, un peu à la Mishima jeune, laissant présager une certaine bienséance, des infidélités discrètes et une dévotion morale. J'ai regardé les passants. le temps aussi passait. J'avais envisagé de prendre un train pour Kyoto et d'y rester la journée, mais j'ai préféré boire du café face à cet inconnu silencieux."

Sachant que je ne pourrais pas rendre toute la richesse et la beauté poétique de ce livre, à mes yeux au-dessus de Just kids, j'arrête sur cette belle rencontre japonaise qui, je l'espère vous donnera envie de découvrir toutes les multiples facettes de ce livre qui me rend encore plus proche cette vieille amie magicienne.
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Patti Smith, c'est un fragment de ma jeunesse insouciante.
J'ai dansé, que dire... j'ai déployé mes ailes, tour à tour dépliées repliées, sur Because the night, celles et ceux qui sont de ma génération se reconnaitront dans l'imagination de quelques délires nocturnes.
Dans ce journal presque intime, un véritable blues littéraire, Patti Smith nous invite dans ses déambulations et nous partage ses voyages, ses rencontres, ses souvenirs aussi. C'est une envoûtante alchimie des mots et des sensations qui m'a emporté...
Elle parle aux objets, aux livres, aux maisons dont elle franchit les portes. Parfois avant de prendre la route, elle sort de son sac à main un jeu de tarot, tire une carte et cela lui indique le ton de la lumière qu'il y aura sur ce chemin. On devrait faire cela plus souvent, on aurait moins de mauvaises surprises...
Patti Smith aime les livres, la photographie, le café, les chats et les séries B à la télévision... Elle avoue qu'elle peut boire jusqu'à quatorze cafés par jour sans que cela ne vienne troubler son sommeil...
Elle fréquente assidument un lieu de New-York, le Café ‘Ino, et nous y invite avec allégresse, elle y a sa table attitrée où elle lit et écrit, parfois la table est déjà prise, et c'est une violence douloureuse, sourde, qui grogne en elle... Patti Smith rockeuse des seventies, mais le terme lui déplairait je le sais à présent, aime les rituels silencieux, presque chamaniques... Ramasser une pierre dans une montagne et vouloir la garder dans sa poche, l'étreindre avec les doigts comme un chapelet... Je l'ai découvert avec étonnement et éblouissement dans ses silences.
Au Café ‘Ino, elle n'est pas seule, elle vient avec sa bande d'amis : Mikhaïl Boulgakov, William Burroughs, Albert Camus, Jean Genet, Antonin Artaud, Vladimir Nabokov, Haruki Murakami, William Blake, Frida Kahlo, Hermann Hesse, Virginia Woolf... J'en oublie sans doute et c'est déjà beaucoup pour une bande d'amis...
M Train est un voyage autant intérieur qu'extérieur. Nous voici plongés dans les chemins de Patti Smith qui court avec son polaroïd et c'est un délice. Parfois le prétexte est de venir goûter le meilleur café de la planète, celui des hauts plateaux au-dessus de Vera Cruz. La prison de Cayenne en Guyane française, désormais vide, quoique... La chambre de Frida Kahlo...
Un roman lui tient à coeur, celui de Haruki Murakami, Chroniques de l'oiseau à ressort, et je m'en suis réjoui car ce fut aussi pour moi bien plus qu'un coup de coeur, une déflagration.
D'ailleurs, l'univers de Patti Smith ressemble étrangement à ce roman. La promesse d'un jardin presque inaccessible au départ, un puits presque sans fond où elle chute, et puis, à force de tâtonner, tout au bout d'un tunnel une porte s'ouvre sur l'horizon plus vaste qu'on ne l'imaginait.
Elle refuse d'être l'Alice au pays des merveilles, cependant qu'elle en prend, selon moi, parfois follement le chemin innocent et inconfortable.
M Train est un carnet de voyages magnifiquement écrit, - et donc magnifiquement traduit, épris de pudeur et de nostalgie, l'enfance n'est jamais loin et plus tard on y découvre la douleur de l'auteure d'avoir perdu son compagnon de route et de vie, Fred « Sonic » Smith, père de ses deux enfants, décédé brutalement d'une crise cardiaque en 1994, à quarante-cinq ans, évocation d'un souvenir qui vient comme des bulles qui remontent à la surface de l'eau d'un lac...
Il y a toujours comme une part de crépuscule qui s'éventre, le sommeil qu'on repousse à la lisière de la nuit et des mots.
M Train c'est aussi une bande-son. On entend au loin Riders on the Storm, des Doors... Mais musicalement c'est l'univers de Neil Young et du Crazy Horse, dont elle est le plus proche...
Pendant longtemps, c'est-à-dire 260 pages, j'avais oublié que Patti Smith était née en 1946. Je découvre qu'elle pourrait presque être ma mère... Pendant plus d'une décennie je l'ai prise pour une soeur et dans ce récit ici aussi... Longtemps j'ai pensé que Patti Smith avait vingt ans...
J'ai découvert ici qu'elle travailla dans une librairie avant son goût pour la chanson et la scène...
Les mots de Patti Smith semblent portés par le vent. Ce sont les mots d'une femme solitaire, peut-être seule qui vieillit avec rêverie, qui se souvient...
« Nous désirons des choses que nous ne pouvons pas avoir. Nous cherchons à retrouver tel moment, tel son, telle sensation. Je veux entendre la voix de ma mère. Je veux revoir mes enfants quand ils étaient petits. Petites mains, petits pas rapides. Tout change. le garçon a grandi, le père est mort, la fille est plus grande que moi, elle pleure après un mauvais rêve. de grâce, restez pour l'éternité, dis-je à ceux que je connais. Ne vous en allez pas. Ne grandissez pas. »
Ce récit de Patti Smith ramène aux heures des années soixante et soixante-dix, mais peut-être tout simplement à nos jours tout aussi effilochés que son récit et que nos existences, qui sont en attente de rencontres comme celle-ci.
Pour moi Patti Smith aura toujours vingt ans. Et quand je l'écoute ou je la lis, moi aussi...

Take me now, baby, here as I am
Pull me close, try and understand
Desire is hunger is the fire I breathe
Love is a banquet on which we feed

Come on now, try and understand
The way I feel when I'm in your hands
Take my hand, come undercover
They can't hurt you now
Can't hurt you now, can't hurt you now

Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us
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Un livre solitaire à l'image de la vie de Patti Smith aujourd'hui. Sans trame narrative, sans destination particulière, entre vagabondages et déambulations parfois mélancoliques.

Quelque chose de délicieux dans ce livre qui donne envie de s'imprégner de cet art de vivre un peu à rebours. Et de réécouter... People have the power !!!
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Lorsque j'ai tourné la dernière page, j'ai crié : « Oh ! C'est fini ! » Je m'étais habituée à cette rencontre quotidienne avec une personnalité hors du commun et si attachante : Patti Smith.
En fait, je ne connaissais rien d'elle sinon quelques chansons que j'écoutais autrefois, il y a bien longtemps...
Tout d'abord, ce qui m'a fascinée dans ce livre, c'est la photo de couverture : elle est assise dans un café, une tasse blanche devant elle. Elle porte un bonnet de laine, une veste d'homme et un jean. Elle tient son visage dans sa main droite et regarde sur le côté. Présente et absente. Sa main gauche est posée sur la table. Je crois que je n'ai jamais autant regardé une couverture de livre. Patti Smith raconte en quelles circonstances cette photo a été prise : tous les matins, elle se rend au café Ino, situé sur Bedford Street, dans Greenwich Village, commande du café noir, un toast de pain complet et un ramequin d'huile d'olive.
Or, ce jour-là, elle apprend que l'établissement ferme. C'est un choc pour elle. On lui sert tout de même un dernier café lorsqu'une jeune fille qu'elle connaît passe. Elle lui demande d'immortaliser ce moment difficile, « l'image de l'affliction » dira-t-elle. C'est vrai, elle a l'air profondément triste. Je crois que c'est cette grande mélancolie que j'ai ressentie et qui m'a touchée.
« Ce n'est pas si facile d'écrire sur rien. » dit le cow-boy de son rêve, « Il est bien plus facile de ne parler de rien », ajoute-t-elle…
Écrire sur rien, parler de rien … en réalité, Patti Smith nous emmène avec elle, dans son train, à son rythme, sans horaires, ici et là. Elle nous embarque et on la suit dans son « vagabondage », un peu partout sur la planète et dans ses rêves aussi, aujourd'hui et hier, autrefois et demain.
Vie quotidienne peuplée de chats, de cafés et de livres, rencontres d'auteurs, voyages dans les rues de New-York et ailleurs, au Japon, au Maroc, à Londres, méditations sur le passé, sur ceux qui l'ont quittée et qu'elle a aimés, sur le temps, tout se mêle, se lie, se correspond et s'enchaîne, à l'image de la vie, décousue, fragmentée, surprenante, insensée parfois. Les horloges ont perdu leurs aiguilles et le monde sa boussole...
Elle aime le café et les cafés, aurait aimé ouvrir un petit établissement mais son ange, l'amour de sa vie, le musicien Fred « SONIC » Smith, l'a appelée à Détroit : elle est partie.
Ils sont allés à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane française pour voir les vestiges de la colonie pénitentiaire où l'on envoyait les pires criminels. Genet évoquait ce lieu pour lui sacré dans Journal du voleur mais ne l'aura jamais vu. Elle ramassera quelques cailloux et les portera sur la tombe de l'écrivain, au cimetière chrétien de Larache, au Maroc. de même, à Charleville, Rimbaud aura droit à des perles de verre bleu de Harar...
Les auteurs sont sacrés, elle leur fait des offrandes, nettoie leur tombe, vit avec leurs livres dispersés çà et là, dans sa maison, un sac, une chambre d'hôtel. Elle les aime, toujours et encore, leur parle, écoute leur voix même s'ils ne sont plus. Plus présents parfois que les vivants, ils partagent le quotidien de la chanteuse, Bolaño, Rimbaud, Michima, Kurosawa, Dazai, Akutagawa, Plath, Kahlo… Elle aime aussi Sarah Linden, l'enquêtrice de The Killing et n'imagine pas un seul instant ne plus la revoir quand la série sera finie.
Ses êtres chers, ses frères …
Elle a aussi d'autres compagnons de route : ce sont les choses, les objets : sa cafetière, un dessus de lit, son lacet. Elle leur parle, ils lui répondent. Parfois, elle les perd et elle a remarqué d'ailleurs que plus elle les aime, plus elle les perd : son vieux manteau noir, son livre de Murakami Chroniques de l'oiseau à ressort, son vieil appareil photo… C'est comme les gens finalement, ceux qu'elle a aimés ont disparu, elle les a perdus eux aussi… Elle reste là, seule ou presque.
Et puis, comment ne pas parler de ses photos : la chaise de Roberto Bolaño, la table de Schiller à Iéna, le lit et les béquilles de Frida Kahlo, la canne de Virginia Woolf, la machine à écrire de Hermann Hesse, les tombes, les cafés … Quel que soit le sujet, l'image en noir et blanc, floue parfois, fascine, me fascine. Je la regarde plusieurs fois comme pour en percer le mystère. Il s'en dégage une force que j'ai rarement vue ailleurs…
Patti Smith parle d'elle, des autres, de la vie, des oeuvres qui lui sont chères, des auteurs qu'elle porte en elle, des siens, de son ange, de son bungalow de Rockaway Beach, du quotidien. Je ne la connaissais pas, il me semble avoir fait une belle rencontre, une de celles que l'on n'oublie pas, une femme dont l'univers poétique est riche et profondément mélancolique, quelqu'un avec qui j'aurais aimé partager un coin de table, là-bas ou ailleurs. Pas forcément pour parler. Pour être là, sentir ce que le soir a à nous dire et écouter le temps qui passe...
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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J'avais lu et apprécié Just Kids, récit de la jeunesse de l'auteure et de ses amours avec Robert Mapplethorpe. J'ai ici retrouvé avec plaisir la plume sensible et vagabonde de Patti Smith. « Nos pensées ne sont-elles rien d'autre que des trains qui passent, sans arrêt, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent. » (p. 66) de sa table attitrée dans un petit café de Bedford Street à New York en passant par le Mexique, l'Angleterre, le Japon et beaucoup d'autres pays, elle donne à voir ce qui constitue la carte de son monde intérieur. À 66 ans, avec plusieurs chats, un appartement à New York, une passion pour les séries policières et les livres, l'auteure ne s'impose rien. « Je suis certaine que je pourrais écrire indéfiniment sur rien. Si seulement je n'avais rien à dire. » (p. 8) Ses déambulations physiques ou mentales ne sont ni vaines ni précises, mais autant d'errances poétiques et délicates en elle-même. « J'ai vécu dans mon propre livre. Un livre que je n'avais jamais eu l'intention d'écrire, enregistrer le temps écoulé et le temps à venir. » (p. 156) Entre rêve et réalité, passé et présent, Patti Smith évoque des souvenirs et chante la fuite du temps, avec élégance et nostalgie.

Illustré de clichés pris par Patti Smith elle-même, cet ouvrage est un peu un inventaire à la Prévert, une carte aux trésors. On suit l'auteure sur le chemin de ses maîtres, à la rencontre des références qui ont forgé son univers artistique : livres, films, séries télévisées et musiques, nombreuses sont les oeuvres qui composent son panthéon personnel. En montrant ce qu'elle aime, Patti Smith se dévoile, forces et fêlures indistinctement mêlées. « le lecture souhaite-t-il seulement me connaître ? Je ne peux que l'espérer, tandis que j'offre mon monde sur un plateau rempli d'allusions. » (p. 54) Dans son monde intime, il y a un cow-boy qui hante ses rêves, le souvenir toujours douloureux de son mari Fred trop tôt disparu, des artistes croisés et aimés, une maison presque en ruines près d'une plage. Sans vraiment s'expliquer comment ni pourquoi, Patti perd des choses : livres, manteau et appareil photo sont autant de cailloux blancs laissés derrière elle. « Nos possessions pleurent-elles de nous avoir perdu ? » (p. 183)

Inclassable, tout comme son auteur, ce texte se savoure comme un carnet de voyage intime. Il n'y a rien à apprendre, rien à découvrir au bout du chemin, mais une multitude d'émerveillements à saisir tout au long du parcours, jusqu'au moment de revenir à la maison, dans une bienheureuse quiétude bâtie sur des certitudes simples. « Mon chez-moi est un bureau. L'amalgame d'un rêve. Mon chez-moi, ce sont les chats, mes livres, et mon travail jamais fait. Toutes les choses disparues qui, un jour peut-être, m'appelleront. » (p. 188) M Train est un charmant ouvrage, délicat et émouvant, à l'image de son auteure, poétesse maudite bénie des muses.
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critiques presse (4)
LePoint
24 mai 2016
En dix-huit chapitres et autant de voyages, la chanteuse poétesse revisite ses errances sur la planète comme autant d'images dans un album polymorphe.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeDevoir
12 mai 2016
Par une étrange alchimie, par effet d’osmose ou de résonance, cette touchante lecture déverrouille l’inventivité du lecteur, l’invite à la rêverie, lui rappelle des auteurs qui lui sont chers.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeFigaro
14 avril 2016
Six ans après le succès planétaire de Just Kids, la chanteuse dessine «la carte de son existence» à travers ses voyages, ses rêves, ses lectures et ses rencontres. Sincère et touchant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama
30 mars 2016
Un voyage initiatique, méditatif et poétique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
p 91 J'ai refermé mon carnet et suis restée assise dans le café en réfléchissant au temps réel. S'agit-il d'un temps ininterrompu ? Juste le présent ? Nos pensées ne sont-elles rien d'autre que des trains qui passent, sans arrêts, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent ? On saisit un fragment depuis son siège près de la vitre, puis un autre fragment du cadre suivant strictement identique. Si j'écris au présent, mais que je digresse, est-ce encore du temps réel ? Le temps réel, me disais-je, ne peut être divisé en sections, comme les chiffres sur une horloge. Si j'écris à propos du passé tout en demeurant simultanément dans le présent, suis-je encore dans le temps réel ? Peut-être n'y a-t-il ni passé ni futur, mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir. J'ai regardé dans la rue et remarqué le changement de lumière. Le soleil était peut-être passé derrière un nuage. Peut-être le temps s'était-il enfui ?
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p 189 Sur la tombe de Osamu Dazai
Le lendemain matin, le ciel était couvert, les ombres oppressantes. J'ai passé le balai autour de la tombe de Dazai et lavé sa pierre tombale, comme s'il s'agissait de son corps. Après avoir rincé les vases, j'ai remis un bouquet frais dans chacun. Une orchidée rouge pour symboliser le sang de sa tuberculose et des petites branches de forsythia blanc. Les fruits contenaient de nombreuses graines ailées. Le forsythia dégageait une légère odeur d'amande. Les minuscules fleurs qui produisent le lactose représentaient le lait blanc qui lui avait procuré du plaisir au cours de la phtisie qui l'avait miné. J'ai ajouté des bouts de gypsophile -- une panicule en nuage de minuscule fleurs blanches -- pour rafraîchir ses poumons infectés. Les fleurs formaient un petit pont, comme des mains se touchant. J'ai ramassé quelques cailloux que j'ai glissés dans ma poche. Puis j'ai mis l'encens dans le porte-encens circulaire, que j'ai posé à plat. L'odeur douceâtre a enveloppé son nom. Nous étions sur le point de partir quand le soleil a soudain fait irruption, éclairant tout. La gypsophile avait sans doute fait son effet, et, les poumons fortifiés, Dazai avait peut-être soufflé les nuages qui obstruait le soleil.
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Quelques mois avant notre premier anniversaire de mariage, Fred m'a annoncé que, si je lui promettais de lui donner un enfant, alors il commencerait par m'amener n'importe où dans le monde. Sans hésitation, j'ai choisi Saint-Laurent-du-Maroni, une ville frontière dans le nord-ouest de la Guyane française, sur la côte atlantique nord de l'Amérique du Sud. Cela faisait longtemps que j'avais envie de voir les vestiges de la colonie pénitentiaire où les pires criminels étaient envoyés par bateau, avant d'être transférés sur l'île du Diable. Dans son Journal du voleur, Genet décrivait Saint-Laurent comme une terre sacrée et parlait des détenus avec une compassion empreinte de dévotion. Dans son journal, il évoquait une implacable hiérarchie de la criminalité, une sainteté virile dont le sommet se trouvait sur les terribles terres de la Guyane française. Il avait gravi les échelons pour se rapprocher d'eux : maison de redressement, chapardeur, par trois fois sanctionné ; mais tandis que sa condamnation était prononcée, le bagne qu'il tenait en si haute estime fermait, jugé inhumain, et les derniers prisonniers vivants furent rapatriés en France. Genet fut incarcéré à la prison de Fresnes, se lamentant avec amertume de ne pas pouvoir atteindre la grandeur à laquelle il aspirait. Anéanti, il écrivit : on me châtre, on m'opère de l'infamie.
Genet fut emprisonné trop tard pour intégrer la communauté qu'il avait immortalisée dans son oeuvre. Il resta à l'extérieur des murs de la prison, tel le boîteux de Hamelin à qui fut refusée l'entrée au paradis parce qu'il était arrivé trop tard devant ses portes.
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Mon idée était de rapporter la force de la montagne dans ma petite maison. J'ai éprouvé une affection instantanée pour cette pierre et j'ai gardé ma main dans ma poche pour la toucher, un missel de pierre. Ce n'est que plus tard, à l'aéroport, quand un agent des douanes me l'a confisquée, que je me suis rendu compte que je n'avais pas demandé à la montagne si oui ou non je pouvais l'emporter. Orgueil démesuré, ai-je déploré, pur orgueil. L'inspecteur m'a expliqué avec fermeté que la pierre pouvait être considérée comme une arme. Elle est sacrée, lui ai-je dit, et je l'ai supplié de ne pas la jeter, mais c'est pourtant ce qu'il a fait sans sourciller. Cela m'a profondément chagrinée. J'avais extrait de son habitat un objet magnifique, ouvragé par la nature, tout ça pour qu'il finisse dans le sac à gravats des services de sécurité.
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p 101-102 J'ai ouvert un livre intitulé "La course au mouton sauvage", choisi pour son titre intriguant. Une phrase a attiré mon œil -- "un dédale de rues étroites et de canaux de drainage". Je l'ai acheté immédiatement, un biscuit en forme de mouton à tremper dans mon chocolat chaud. Puis je suis allée au restaurant Soba-ya, j'ai commandé des nouilles de blé noir froides avec des patates douces et je me suis mise à lire. J'ai été tellement prise dans "La course au mouton sauvage" que je suis restée sur place plus de deux heures, à lire devant une tasse de saké. Je sentais que mon blues commençait à fondre sur les bords.
Dans les semaines qui suivirent, je m'installais à ma table en coin et lisais exclusivement Murakami. Je ne levais la tête que pour aller aux toilettes et commander un autre café. "Danse, danse, danse" et "Kafka sur le rivage" ont vite suivi "La course au mouton". Et puis, fatalement, j'ai commencé "Chroniques de l'oiseau à ressort". C'est celui qui m'a conquise, m'a lancée sur une trajectoire impossible, irrésistible, comme un météore fonçant à vive allure vers un secteur terrestre aride et parfaitement innocent.
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Videos de Patti Smith (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patti Smith
A l'occasion de la sortie de "Arthur Rimbaud : Une saison en enfer", aux éditions Gallimard, Augustin Trapenard a rencontré Patti Smith à Chuffilly-Roche, dans la maison où Arthur Rimbaud a écrit "Une saison en enfer". L'artiste américaine se confie à l'animateur sur son lien avec le poète, ce qu'il lui a appris, ce qu'il représente pour elle, encore aujourd'hui et depuis son adolescence. 

Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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