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EAN : 9791022612937
288 pages
Editions Métailié (06/10/2023)
3.9/5   39 notes
Résumé :
« J’ai toujours su que quelque chose ne fonctionnait pas bien dans ma tête », nous avoue Rosa Montero, et elle poursuit plus loin : « L’une des choses bien que j’ai découvertes avec les années, c’est qu’être bizarre n’est pas du tout bizarre. »
Vulgarisation scientifique, essai, fiction ? Non, plutôt une conversation avec le lecteur avec lequel elle crée une proximité étonnante. Elle nous prend à témoin avec humour et subtilité, nous parle du lien entre la fo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Dans cet “artefact littéraire ", une oeuvre à mi-chemin entre l'essai, l'autobiographie, la biographie et la fiction., Montero entre en trombe dans le vif du sujet , « La vie est une réécriture constante de l'hier….. Une des choses bien que j'ai découvertes avec les années, c'est qu'être bizarre n'est pas du tout bizarre, contrairement à ce que le mot semble indiquer. En fait, ce qui est véritablement bizarre, c'est d'être normal. »
“Take a walk on the wild side “ chante Lou Reed, qui reçu des électrochocs dans son adolescence ; un petit tour du côté sauvage peut aussi avoir des avantages comme devenir plus emphatique et plus sage, nous dit Montero qui a déjà fait l'aller-retour 😊.
Certaines de ses affirmations pour qui s'est déjà intéressé au sujet des maladies mentales et psychiques ne sont pas nouvelles, mais la façon qu'elle les déploie dans le texte à partir de sa propre expérience est intéressante. Ici le coeur de son débat étant le duo, la création et la folie, les neurosciences de la création littéraire, dont elle en est la protagoniste. Elle s'y fait accompagner des grands noms de la Littérature, Virginia Woolf, Tove Ditlevsen , Clarice Lispector, Sylvia Plath, Janet Frame….En faites « folie » est employée ici dans un sens générique, se référant à tout les troubles du corps, de l'esprit et de l'âme perturbant nos vies, dont les origines sont souvent liées à une naissance ou enfance traumatiques, comme venir au monde en trainant le fantôme d'un proche décédé , souvent un frère.
On peut se retrouver dans certains des cas que déploie ici Montero, à travers nos multiples identités reconnues ou non, selon notre niveau de conscience qui dans les cas extrêmes touchent même à l'imposture, la dualité qui se manifeste quand on veut se préserver de soi-même et d'autres cas moins graves 😊, où même moi je me reconnais facilement 😁 « Quand je me sens en grande confiance avec quelqu'un, assez pour être vraiment à l'aise, je suis parfois en train de raconter quelque chose et soudain je me tais pour toujours au beau milieu, embarquée mentalement dans quelque idée parallèle que mes paroles ont allumée (je faisais ça souvent à Pablo, mon mari, et le pauvre s'énervait comme un beau diable 😊). »
La Montera remonte la barre avec sa propre histoire de victime d'imposture. Vérité ou fiction ? Difficile de le savoir 😊, mais en tout cas l'histoire est hallucinante. Elle y parsème les aventures rocambolesques de son imagination, là je reste encore plus perplexe 😊, appartiennent-elles vraiment à son imagination ou est-ce de la pure invention pour renforcer le côté fiction de ce livre ?….Et aussi un clin d'oeil à son dernier roman La bonne chance, décidément elle les emboîte sans trêve comme des poupées russes, sans manquer d'humour 😊, “Comme je ne fais aucune confiance à la réalité et que je considère que le monde est un leurre, j'aime jouer dans mes romans avec l'ambiguïté, avec les limites glissantes entre le vrai et l'imaginaire, avec les strates d'ombres qui nous entourent.”! J'ai aussi apprécié son style particulier où elle s'adresse directement au lecteur, mettant en valeur qu'effectivement elle écrie pour un public , la reconnaissance étant essentielle pour sa survie et de tout ceux et celles qui écrivent , ce qu'elle déclame tout au long du livre.
Bref un « artefact littéraire » intéressant qui certifie que la créativité va de paire avec des troubles psychiques et l'usage de divers psychotropes, alcools et drogues, l'histoire de la grande romancière Janet Frame en étant un exemple édifiant …et la morale qui en découle fait sourire 😊 : ÊTRE SAINT D'ESPRIT EST DANGEREUX ! , titre de la version originale, inspiré d'un vers d'un poème de la grande poétesse Emily Dickinson elle aussi sujette aux qualifications de Montero :

I think I was enchanted (…)
The Dark—felt beautiful(…)
'Twas a Divine Insanity—
The Danger to be Sane
Should I again experience—
Tis Antidote to turn
To Tomes of solid Witchcraft….

Un livre que je conseille absolument !


« Écrire est une forme de survie . »
« Après avoir vu avec quelle lucidité et quelle cohérence logique certains fous justifient, à leurs propres yeux et à ceux des autres, leurs idées délirantes, j'ai perdu à jamais la pleine confiance dans la lucidité de ma lucidité. »
Fernando Pessoa

« “Je m'aventure à conjecturer qu'un jour viendra où l'on saura que l'homme est une simple société dont les multiples habitants sont indépendants et incompatibles entre eux.”
Dr Jekill

Un grand merci aux éditions Metaillé et NetGalleyFrance pour l'envoie du livre !
#LeDangerdenepasêtrefolle #NetGalleyFrance




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Choisi le 18 octobre 2023- Périple2 à Boulogne-Billancourt

Une lecture incroyablement foisonnante et captivante , de celles qui nous entraînent dans un tourbillon.. !

Ouvrage ayant demandé plusieurs années à son auteure; ce que l'on comprend aisément , au vu de la masse impressionnante de documentation, recherches, lectures et relectures de l'auteure..., toutes disciplines confondues: Histoire de la Neurologie, de la psychiatrie, mais aussi vaste panorama de l'histoire des Arts et des Lettres...quand Création et Folie se frôlent et parfois, s'interpénètrent ....tout en étant, parallèlement, une sorte d'autobiographie de Rosa Montero, et selon ses propres mots, " le catalogue de ses dingueries" et bizarreries !

Parmi les grandes thématiques se croisant:
- le sens de la vie
- La complexité de l'Art d'écrire
- le mal mal-être des artistes et des écrivains
- La neurologie
- Folie et Normalité ?
- le suicide
- La nécessité de l' IMAGINAIRE
- l' hypersensibilité des écrivains et créatifs, etc

Une lecture qui est un vrai feu d'artifice, protéiforme, qui peut sembler partir dans tous les sens, mais qui nous éclaire en profondeur sur l'univers et le parcours d'écriture de Rosa Montero...

J'ai d'autant plus apprécié ce texte flamboyant, mêlant érudition, anecdotes, des analyses détaillées de certaines oeuvres littéraires, et d'écrivains- poètes qui sont chers à son coeur que je lis et suis cette auteure depuis un temps certain ( excepté les textes d'anticipation ou de S.F, genre avec lequel j'ai des résistances, de façon générale)

Dans ce Panthéon personnel, parmi tant d'autres créateurs et créatrices admirés de Rosa Montero...quelques grandes figures tourmentées :

-Emily Dickinson
- Sylvia Plath
- Janet Frame
- Albert Camus
- Elizabeth Browning
- Alejandra Pizarnik
- Mariano José de Larra
- Rafael Guillén,
- Henri Roorda
- Emilio Salgari, etc.


Que de passages retenus, soulignés au fil de ma lecture...Difficile de faire un choix, car tant d'analyses et questionnements sont admirables sur la Littérature et cette complexe planète de ladite normalité ou Folie , touchant différemment chaque individu et souvent plus violemmentles " créatifs"...!

"Contre la peur

De sorte qu'il y d'un côté nos maladies, nos incapacités plus ou moins graves, et d'un autre côté il y a l'art qui nous permet de les supporter." J'écris comme si j'allais sauver la vie de quelqu'un.
Probablement la mienne", disait Clarice Lispector.Ou Ray Bradbury :
" Écrire est une forme de survie (...) Ne pas écrire, pour beaucoup d'entre nous, c'est mourir. " Les citations de cette nature sont si abondantes que je pourrais en remplir un livre entier.Laisse- moi terminer par une phrase que je trouve si belle que je vais l'écrire à la ligne pour qu'elle ressorte mieux.C'est de Rilke :
" J'ai fait une chose contre la peur.Je suis resté assis toute la nuit et j'ai écrit. "

Comme je l'exprime fréquemment j'ai un amour tout particulier pour les lectures qui mènent à d'autres rencontres, d'autres livres, d'autres auteurs...Et Rosa Montero nous embarque dans un sacré Voyage !!

J'ai noté plusieurs curiosités dont une
plus " impatiente" et fébrile : celle de la Correspondance d'Alejandra PIZARNIK , avec Léon Ostrov - 1955- 1966 ( Éditions des Busclats, 2016)

****(juste un petit manque : la présence d'une bibliographie, in- fine, aurait été " un plus "!)



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Dans cet ouvrage, Rosa Montero, journaliste et diplômée en psychologie, interroge le lien entre créativité et folie. La créativité des artistes en général, celle des écrivains (vaste famille dont elle fait partie) en particulier. Et leur folie, entendue au sens large, au sens commun, au sens de fragilité psychique plus ou moins grande, temporaire ou permanente, due à un « câblage cérébral » défaillant et/ou à l'environnement familial, social. Au sens de « bizarre », ce qui n'est pas nécessairement inquiétant : « ...être bizarre n'est pas du tout bizarre [...]. Ce qui est véritablement bizarre, c'est d'être normal ».

Pour nourrir ce livre, Rosa Montero a lu une quantité impressionnante d'ouvrages de et sur des auteurs « maudits », et d'autres plus scientifiques. Elle explore entre autres les champs de la biologie, de la psychologie et des neurosciences. Il en ressort que les artistes et les écrivains sont plus susceptibles que le reste de la population de souffrir de désordres psychiques en tous genres, que leur fragilité et leurs difficultés à supporter la vie quotidienne et les émotions sont liées à un énorme besoin de reconnaissance et d'intensité, que c'est pour combler ces manques qu'ils écrivent et inventent des histoires, sans quoi ils deviendraient fous, précisément.

Ce livre est à la fois un essai vulgarisateur sur la créativité en lien avec la folie, bourré de références et de citations littéraires et scientifiques, et d'anecdotes parfois terriblement émouvantes sur de grands noms de la littérature aux prises avec leurs démons (Virginia Woolf, Sylvia Plath, Emily Dickinson, Doris Lessing, Stefan Zweig, Nietzsche, Ursula le Guin,...), mais aussi un récit autobiographique dans lequel l'auteure nous fait part de ses propres heurs et malheurs liés à l'écriture et à la souffrance mentale. C'est peut-être aussi, à certains égards, une fiction, parce qu'avec Rosa Montero, le curseur entre réalité et fiction est toujours fluctuant, en particulier dans ses livres de non fiction. Elle joue avec l'imagination et le lecteur, qui se prend au jeu, trop heureux de se laisser embarquer dans la mystification. Après tout, la réalité dépasse parfois la fiction, non ?

« le danger de ne pas être folle » est un texte intelligent, touchant, subtil et passionnant, dans lequel Rosa Montero interpelle le lecteur, le prend à témoin, le réconforte même, parfois. Elle s'adresse à lui/elle comme à un.e ami.e, avec humour et ce ton désarmant de sincérité et d'authenticité qui me touche à chaque fois.

En partenariat avec les Editions Métailié.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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*** Pour voir la couverture de la version espagnole, "El peligro de estar cuerda", celle que j'ai lue, il faut cliquer sur mon profil. Malgré plusieurs tentatives infructueuses, je n'ai pas réussi à rentrer cette édition dans la base Babélio***


Le danger de ne pas être folle ! Cette mise en garde s'adresse exclusivement aux femmes écrivains !

Avant de découvrir ce que nous raconte Rosa Montero, je vous propose de vous pencher sur les couvertures : la française représente une file sinueuse d'insectes (fourmis ?), avec l'un d'eux, de couleur bleu, à l'écart ; dans l'espagnole, nous voyons quatre petites danseuses (je dirais pas plus de 6 ans) en tutu, deux qui se tiennent sagement à la barre, sont dans une attitude d'écoute et dans une bonne position, tandis qu'une troisième tire la langue et a les jambes de travers, et que la quatrième fait un cochon pendu. À noter le clin d'oeil de la version française, avec cette corde symbolique, à la version espagnole, "El peligro de estar cuerda", être « cuerda » veut dire « en possession de toutes ses facultés ».

Nous sommes prêts à aborder les liens entre écriture et grain de folie, avec leurs dépendances, sous toutes leurs coutures, biologiques, psychologiques, culturelles, métaphysiques…

Ce livre est destinée aux écrivaines car elles sont moins reconnues que leurs homologues masculins.

Rosa Montero a eu quelques dérèglements mentaux. Elle a toujours su que son câblage neuronal ne fonctionnait pas bien. Elle a été victime de crises de panique jusqu'à l'âge de 30 ans, ce qui l'a motivée à étudier la psychologie. Elle est sujette au dédoublement. Parfois, elle s'égare dans une autre réalité, par exemple, elle marche tranquillement dans la rue et se retrouve dans un séisme.

Elle ne va pas s'appesantir sur son cas personnel, car l'autobiographie ce n'est pas son truc, ce qui l'intéresse c'est de se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre. Elle est donc très prolixe au sujet des autres écrivains.

Elle va nous parler des grands noms de la littérature comme si elle les connaissait intimement , en nous donnant luxe de détails sur leurs extravagances. Certaines prêtent à sourire tandis que d'autres sont dramatiques puisqu'elles peuvent conduire au suicide. Dans ce domaine, le danger de ne pas être folle, est une mine de renseignements.

Rosa flatte mon goût des commérages et l'importance que j'attache à savoir qui est la personne qui se cache derrière ses écrits mais je trouve, que parfois, elle va trop loin. Son livre a perdu une demie étoile avec la trop longue digression, des dizaines de pages, sur Sylvia Plath, ses psychoses, sa relation toxique avec Ted Hughes.

C'est le principal reproche que je lui fais, surtout qu'il est couplé avec une certaine réserve concernant ses tares à elle.

C'est dommage parce que le danger de ne pas être folle est vraiment riche et passionnant.

Je note des idées intéressantes concernant la littérature.

Le phénomène de création est assimilé à une « tempête », un évènement subit et imprévisible qui n'est perceptible que par des Élus, ou « junkies de l'intensité », qui vont le malaxer à leur guise, en dosant travail et talent.

Celui qu'elle nomme "tempête n°1" est bénéfique parce que les remous sont bien maitrisés, par contre "tempête n°2" est dévastateur. Elle illustre ces ravages à travers l'histoire de Sylvia Plath qui s'est suicidée.

Ces "junkies de l'intensité" sont épris d'absolu. Ils doivent dompter leur muse, se protéger contre ses maléfices, addictions, névroses, substances illicites…

La muse est un prodige mystérieux.

Rosa Montero évoque des passerelles invisibles et des « moments océaniques », dans la communauté virtuelle des écrivains.

Au-delà de la littérature, il y a la vie, la vie de l'humanité dans toute sa complexité où l'écrivain fait une capture d'écran.

« Les romans sont une petite île de signification dans la mer du désordre ».

Et, Rosa Montero pointe notre bivalence :

« Vérité numéro un : nous sommes pareils.
Vérité numéro deux : nous sommes différents ».

Et, entre les deux, nous sommes tous un peu fous, et plus ou moins normaux.

Revenons à la couverture de la version espagnole. Elle met en scène des enfants, de la danse, de la musique et différentes façons d'être au monde, c'est comme un tableau qui illustre les propos de ce livre.

Je m'arrête ici. Mon but est de vous donner envie de plonger dans le danger de ne pas être folle. J'aurais grand plaisir à découvrir vos impressions.

Je vous laisse découvrir d'autres thèmes majeurs, comme la folie proprement dite et ses traitements, comme le manque de place pour les femmes artistes, comme les deux « moi », celui qui souffre et celui qui contrôle…, le tout étayé par de nombreuses références et anecdotes fort bien choisies.

C'est un livre surprenant, cocktail de fiction et de réalité.

En tout cas, je n'ai pas spoilé le fil rouge… qui est Barbara ?

J'ai été entrainée dans le danger de ne pas être folle par amitié pour une jeune femme de ma famille, talentueuse comédienne de stand-up, qui souffre de bipolarité – je pensais trouver des clés pour la comprendre, voire l'aider -, et aussi par des critiques élogieuses des babéliotes, car ici je suis sortie de ma zone de confort, n'étant ni amatrice de non-fiction, ni férue d'analyses psychologiques théoriques.

Je salue l'originalité de cet essai romancé qui combine réflexion personnelle, documentation solide, anecdotes, mise en scène fictive du « moi », Rosa Montero réussit le tour de force de nous parler avec légèreté d'un sujet lourd.

Ce livre m'a amenée à me questionner et j'ai passé un bon moment de lecture, hormis les réserves citées.
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Je remercie Babelio et son opération Masse Critique, ainsi que les éditions Metaille, qui m'ont permis la découverte d'un nouvel auteur. J'ai trouvé ce livre très intéressant, un peu chamboulée toutefois par sa construction à mi-chemin entre l'essai et le journal auto-biographique. Essai car l'auteur étudie la création (surtout littéraire) et sa proximité avec la folie, ou tout au moins avec les désordres psychologiques ; journal auto-biographique également car elle raconte des épisodes de sa vie privée et se met en scène. J'ai noté de très abondantes références littéraires, des citations d'auteurs de toutes origines et de tous continents. J'ai lu avec intérêt des anecdotes concernant ces auteurs, et ai retrouvé avec grand plaisir Cervantès avec son malheureux Don Quichotte et Shakespeare avec Hamlet... le ton est sérieux puisqu'il s'agit de création, mais aussi souvent de sévères désordres mentaux menant à l'internement, au suicide, à la mort aussi...
Cependant, la fin du livre offre une perspective plus ensoleillée.
J'ai apprécié cette oeuvre, seul bémol, l'auteur semble souvent dialoguer directement avec le lecteur, en le tutoyant et le prenant pour témoin, cela me gène un peu, car les livres me parlent déjà assez comme cela alors, là si l'auteur parle aussi il y a cacophonie...
Je lirai avec grand plaisir d'autres ouvrages de Rosa Montero.
Très bonne mention pour les éditions Metaille (que je connaissais déjà) car le livre est sobre mais élégant et de belle facture.

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Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
Un cas terrible de syndrome de l’imposteur est celui du philosophe français Louis Althusser. C’était un homme qui a souffert de problèmes mentaux extrêmement graves ; à vingt-neuf ans, on lui a diagnostiqué une psychose maniaco-dépressive et il a été interné une vingtaine de fois dans différents centres psychiatriques. En 1980, il a commencé à faire un massage à sa femme, la sociologue Hélène Rytmann, avec qui il vivait depuis trente-cinq ans, et il a fini par l’étrangler jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il a été déclaré irresponsable devant la loi pour avoir eu un accès de folie, et il a encore été interné pendant trois ans. En 1992, deux ans après sa mort, on a publié son autobiographie, L’avenir dure longtemps, dans laquelle il raconte d’une façon déchirante qu’il se considérait comme un lâche et un imposteur. Qu’il abritait des désirs homosexuels qu’il n’a jamais concrétisés ; qu’il passait pour un éminent philosophe alors que le fait est qu’il avait des lacunes considérables dans ses connaissances : il ne savait rien sur Aristote, ni sur les sophistes, ni sur les stoïciens, ni sur Kant (je me l’imagine se disant dans un moment de stupeur : Aristote ? Ou est-ce Aristarque ? Ou peut-être Anaxarque ?). Et qu’il avait été considéré comme un héros de la Seconde Guerre mondiale parce qu’il était resté cinq ans dans un camp de prisonniers allemand, mais qu’en réalité il avait ressenti une “terreur totale” à l’idée de se battre, qu’il s’inventait des maladies pour éviter les missions et que, quand les Allemands l’avaient capturé, il s’était senti soulagé. Pauvre Althusser, qui avait vécu, comme nous l’avons dit avant, écrasé par l’impératif héroïque de cet oncle et premier fiancé de sa mère dont il portait le nom, mort au combat pendant la Première Guerre mondiale. D’ailleurs, c’est à son retour du camp de prisonniers que la psychose d’Althusser a officiellement éclaté : il avait eu la terrible malchance d’avoir à vivre une autre guerre mondiale dans laquelle se mesurer à son fantôme. Il avait perdu, bien entendu.
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Etre romancière est, en réalité, une activité assez bizarre, je dirais presque excentrique. Elle consiste à passer une quantité de temps énorme, deux ans, ou trois, ou peu importe combien, enfermée seule dans un coin de ta maison, à inventer des mensonges. [...] Tes heures les plus intimes. [...] Et au bout de cette traversée hallucinée, tu sors le livre et tu attends, en retenant ton souffle, que quelqu'un le lise. Que quelqu'un dise: eh bien moi, ça m'a intéressé, je t'ai comprise, j'ai vibré des mêmes émotions que toi, j'ai vu le même monde que celui que tu as vu. Parce que, si personne ne te lit, si ce que tu as écrit ne plaît pas, que deviennent ces deux ou trois années [...]? Eh bien, purement et simplement, le délire d'un fou. C'est pour ça que, nous les écrivains, nous sommes des êtres si avides du regard d'autrui; c'est pour ça que nous avons l'air vaniteux, à toujours chercher l'estime et la louange; pour ça que nous sommes si terriblement fragiles face aux critiques [...]. Parce que ce qui se joue pour nous, c'est l'acceptation du monde, la possibilité d'être normaux, la survie et la santé mentale. [...] Je crois que nous autres romanciers avons presque tous l'intuition, le soupçon ou même la certitude que, si nous n'écrivions pas, nous deviendrions fous, ou que nos coutures lâcheraient, que nous tomberions en morceaux, que la multitude qui nous habite deviendrait ingouvernable. [...] et que ce besoin de reconnaissance naît d'un manque colossal d'assurance.
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Une famille magnifique et lamentable

Mais dans le cadeau des fées, il y a une autre partie.À vrai dire, il nous reste encore à parler du vrai cadeau.Un jour, au milieu de cette agitation d'idées folles qui ne servent à rien et qui ne vont nulle part, il te vient quelque chose qui, tout à coup, tu ne sais même pas pourquoi,te fascine.T'enchante, te trouble, t'éblouit, te
captive.
L'émotion que tu ressens est si grande qu'elle ne te tient pas dans la poitrine, elle te déborde de la tête, si bien que tu te dis : ça, je dois le raconter, je dois le partager. Et c'est là que naît la nouvelle, ou le roman.Cet éblouissement premier, si mobilisateur et si lancinant, je l'appelle le petit œuf.Si tu regardes bien, c'est quelque chose de beau, car le lecteur est présent dès l'instant même de la conception de l'oeuvre. Cet autre à qui tu vas raconter l'histoire et avec qui tu meurs d'envie de la partager.L'art, tout art, je crois, est d'abord de la communication.

( p.98)
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Être romancière est, en réalité, une activité assez bizarre, je dirais presque excentrique. Elle consiste à passer une quantité de temps énorme, deux ans, ou trois, ou peu importe combien, enfermée seule dans un coin de ta maison, à inventer des mensonges. Autrement dit, à inventer un Russe roux qui n’existe pas, chaussé de souliers vernis qui n’existent pas, qui ouvre une porte en bois de noyer renforcée d’une barre de fer qui n’existe pas. Et c’est à imaginer ce genre d’âneries que tu consacres le meilleur de ton existence.
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L’existence est un chaos, et l’un des services que nous rendons, nous, les romanciers (l’une des raisons premières pour lesquelles tu me lis, et pour lesquelles je lis), c’est de donner une apparence de causalité et de sens à une réalité qui n’est que fureur et bruit. Même le roman le plus expérimental et décousu a un début et une fin, et il apprivoise d’une certaine façon cette agitation absurde dans laquelle nous vivons. Les romans sont une petite île de signification dans la mer du désordre.
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Le saviez-vous que la la romancière et journaliste madrilène Rosa Montero a une formation en psychologie ? Les masterclasses littéraires « En lisant, en écrivant » sont l'occasion de poser aux grands auteurs contemporains, français et internationaux, autant de questions qui vous viennent à l'esprit. Pour cette masterclasse Rosa Montero est interviewée par Marie Sorbier.
En collaboration avec le Centre national du livre et France Culture à parler de sa pratique de l'écriture.
Pour retrouver toutes les Masterclasses du cycle "En lisant, en écrivant" : https://www.bnf.fr/fr/agenda/masterclasses-en-lisant-en-ecrivant
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