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ISBN : 2709666154
Éditeur : J.-C. Lattès (02/02/2020)

Note moyenne : 4.49/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.
À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Antyryia
  05 janvier 2020

Ecrire que nous n'avons jamais été aussi proches de la fin du monde ne relève pas seulement d'une La Palissade.
Créée en 1947, l'horloge de la fin du monde tient aussi bien compte des accords de paix ou des mesures de sauvegarde de l'environnement que des armements nucléaires, des montées de mouvements intégristes et nationalistes ou des catastrophes écologiques.
Ramenée à l'échelle d'une journée, il reste deux minutes à l'humanité avant l'extinction des feux, à minuit.
En 1984, les Anglais d'Iron Maiden chantaient déjà 2 Minutes To Midnight sur leur album Powerslave en référence à ce sinistre compte à rebours.
Alors combien de temps avant la fin du monde tel que nous le connaissons ? Deux siècles ? Un seul ?
Une ou deux décennies ?
Est-ce la dernière année que j'ai l'occasion de présenter mes voeux aux membres de Babelio, une belle année 2020 ?
Surtout la santé.
Surtout pas de guerre bactériologique, de radiations, de séismes furieux engloutissant tout sur leur passage.
Mais nous ne sommes que les spectateurs d'un monde qui court à sa perte.
On mange bio, on privilégie l'énergie électrique, on trie nos déchets.
L'écologie commence à éveiller les consciences.
Gouttes d'eau dans des océans qui n'existeront bientôt plus.
Quand on voit la haine, la folie, la bêtise et l'égocentrisme de certains dirigeants, difficile de ne pas se demander si tout n'est pas vain.
Dans un monde toujours régi par les grands groupes industriels et la pression du lobbying.
Et puis.
Il y a le dérèglement climatique.
Le réchauffement de la planète.
Les saisons qui partent à la dérive.
Sandrine Collette ne s'attarde pas sur les causes.
Ne montre personne du doigt.
Pas d'effondrement volcanique cette fois faisant de l'Hexagone un nouvel Atlantide, comme dans Après la vague.
Les signes étaient pourtant là : L'air était devenu presque irrespirable, les arbres perdaient leurs feuilles avant l'heure.
"Chaque semaine, à la télévision, il entendait les mots : réchauffement climatique, deux degrés, trois degrés, danger."
"Les saisons avançaient, se décalaient, se mélangeaient."
Apparue du jour au lendemain, c'est encore une vague mais de feu cette fois qui va déferler sur toute la surface de la planète.
Hommes et animaux sont brûlés vifs. Voitures et maisons ne sont plus que ruines noires. Les arbres n'ont plus que des doigts calcinés et squelettiques en guise de branches.
Autant de stalactites meurtrières quand le froid s'installera à son tour.
Pour les rares survivants, enfermés dans des caves ou des catacombes au moment de l'implosion, il n'est question que d'essayer de retrouver ceux qu'ils aiment.
Parmi eux, Corentin, le narrateur. Qui quitte la Grande Ville ( probablement Paris ) pour se diriger vers le sud - Ouest.
Retrouver, peut-être et par miracle, son arrière-grand-mère Augustine.
La seule qui l'ait jamais aimé.
A qui il avait promis de l'emmener voir la mer un jour, sans se douter que les mers allaient disparaître, évaporées.
Impossible désormais de voyager autrement qu'à pieds. Il n'y a plus ni véhicules, plus de téléphones, plus d'électricité.
Même les routes ont fondu.
Un long voyage à pieds l'attend donc. Presque 400 kilomètres à parcourir.
Pour retrouver peut - être ce petit hameau perdu dans Les Forêts dont il est originaire.
Une terre devenue hostile et sans espoir de renouveau.
"Il fallait seulement du temps pour que l'espoir cesse d'être un réflexe et disparaisse."
Les derniers êtres vivants habitent une planète qui ne veut plus d'eux. Vivre encore est contre nature.
Gaïa a recraché insectes, poissons, végétation sans parvenir à achever totalement son travail d'extinction.
Et rien ne semble plus pouvoir renaître de ses cendres.
Alors, se donner un but, et retarder l'heure de se laisser mourir.
Alors, piller les morts, faire ses provisions dans les boutiques pour se nourrir, pour boire et se soigner.
Et s'entraider entre survivants avant que la situation ne dégénère.
Changement d'éditeur pour Sandrine Collette avec ce nouveau roman, qui reprend le meilleur de ses précédents écrits.
Ou qui annonce un certain essoufflement ? Un début de peine à se renouveler totalement cette fois-ci ?
D'il reste la poussière, nous avons les espaces immenses et désertiques ; et à défaut de sable, de la cendre à respirer.
De Six fourmis blanches nous retrouvons l'hostilité de la nature dressée contre ses proies humaines.
D'Animal nous avons cette mince frontière entre Corentin le jeune homme et la bête qu'il pourrait devenir en cas de laisser - aller dans ce royaume gris et silencieux.
"D'animal en cage, qui préfèrerait se laisser crever, sauf que."
"Deviendrons - nous des bêtes."
Des larmes noires sur la terre nous avons cette entraide intergénérationnelle entre les survivants malgré tout l'hostilité du monde qui les entoure. Et les carcasses de voitures.
Des romans d'anticipation où Sandrine Collette tire sur la sonnette d'alame en nous montrant.
La désolation.
Et de Juste après la vague nous avons cette modification en profondeur des cartes et de la géologie redessinant une nouvelle planète à laquelle les survivants parviendront ou pas à s'adapter.
Où les liens familiaux sont comme l'ultime repère après la rébellion de mère Nature.
Depuis plusieurs romans déjà, j'étais surpris de la voir toujours publiée dans la collection "Sueurs froides" alors que tout aspect un tant soit peu thriller avait quitté ses romans depuis Il reste la poussière.
Elle fait partie de ces auteurs inclassables dont la plume et les messages sont plus importants que le genre, et elle a toute sa place en littérature générale, quoi que signifient ces termes.
Comment classer Et toujours les forêts qui rappelle aussi bien l'univers de The Walking dead que celui du petit poucet ou du petit chaperon rouge ?
Qui évoque aussi le film le village de M Night Shyamalan en opposant les habitants des Forêts à ceux des Petites Villes ou de la Grande Ville, jamais nommées, même si une carte de France donnerait d'inutiles indices pour que le lecteur puisse se repérer géographiquement s'il le souhaite.
Dans quels autres oeuvres trouver un narrateur qui malgré ses vingt ans s'exprime avec un aspect qui peut paraître très enfantin, qui décrit le plus ignoble avec une certaine nonchalance, avec ses petits yeux pas du tout émerveillés qui constatent à quel point tout a été ravagé.
Peut-être que c'est grâce à ce qui lui reste d'espoir et d'innocence qu'on est tenté de lui pardonner quand il commet l'inacceptable.
Son instinct bestial ne remet pas totalement en cause sa profonde gentillesse, ni la souffrance de sa solitude.
Le style de l'auteure est toujours aussi unique, avec des phrases plus courtes cette fois mais aussi hachurées que par le passé, parfois incomplètes, comme s'il appartenait au lecteur de les terminer pour mieux s'immerger dans l'histoire et dans toutes les réflexions qu'elle sous - entend à chaque fois.
Mais c'est ça l'écriture de Sandrine Collette. Nous écrire des fables que nous pouvons librement intégrer au monde que nous connaissons. Des contes se déroulant dans un futur proche plutôt qu'à une époque médiévale et chevaleresque.
Un monde dont la fin imminente ne semble pas perturber le dragon américain qui lance des boules de feu sur des généraux iraniens.
Un monde qui arrive à son terme, ce qui n'empêche pas ledit dragon de se désintéresser totalement de mesures écologiques indispensables lors des accords de Paris, contre l'avis même de nombreux industriels de son pays.
Et une morale.
On a toujours besoin d'un plus petit que soi.
On devrait prendre davantage soin de notre planète.
L'homme vaut - il la peine d'être sauvé ou devrait - il être éradiqué ?
Dommage à mon sens que l'auteure ait pris un peu trop de libertés avec Darwin quand elle évoque l'apparition extrêmement rapide de nouvelles formes de vie.
A l'aide de ses repères et de ses souvenirs d'avant, Corentin retrouvera-t-il son chemin vers les Forêts ?
Retrouvera-t-il Mère-Grand ou les loups auront-ils repris leurs droits dans ce nouveau monde ?
Et je ne parle pas que des canidés qui auraient pu survivre dans les cimetières de Forêts.
Je parle de ce qui est propre à tous les univers post - apocalyptiques, à savoir que l'homme est un loup pour l'homme.
Que piller, violer et égorger pourrait rester la norme dans l'hypothèse où l'explosion n'aurait pas suffi de leçon aux rares survivants.
Et ce n'est pas Negan qui me contredira.
"Ils s'étaient constitués en communauté, c'était des fous, ils venaient voler et tuer, ne connaissaient rien d'autre."
Et toujours, les forêts est un roman d'une incommensurable tristesse.
Il n'a rien d'horrible ou de malsain, mais de la première à la dernière page de son magnifique final, il maintient cette aura douloureuse de peine, avec parfois quelques étincelles plus lumineuses.
"Mais seule la tristesse."
La solitude de Corentin est d'autant plus vive qu'aucun de ses sens n'est plus mis à contribution par cette nature autrefois si belle.
"Le paysage continuait à ressembler à une terre lunaire, aucune herbe n'en n'avait réchappé, aucune feuille ne pendait aux arbres."
A sa vue ne s'offre qu'un horizon de désolation, sans autre couleur que le gris.
A ses oreilles, seul le silence. Pas un oiseau, pas un souffle.
Au toucher, une pluie toxique dont il doit se protéger.
Au goût, encore et toujours les mêmes boîtes de conserve rationnées.
A l'odorat la chair brûlée et la pestilence des cadavres.
Partout, des corps.
Et plus de temps.
Plus de nuit, plus de jour, plus de saisons.
"On était le 6 septembre.
Le voilà le printemps."
La frontière entre lucidité et folie n'est pas non plus établie sur ces longues routes où plus rien n'a de sens, si ce n'est avancer.
Je suis passé par plusieurs états d'esprit durant cette lecture.
Reprochant un peu trop de libertés dans un livre dont le réalisme n'est certes pas le principal souci, me demandant si l'auteure des Noeuds d'acier n'avait pas déjà tout dit avant et en particulier dans Juste après la vague.
Mais non.
C'est riche, c'est profond, c'est intelligent.
C'est beau et triste à la fois.
Parfois bouleversant.
Et surtout, au - delà de l'histoire proprement dite le lecteur est extrêmement sollicité. Il peut participer, réfléchir et en tirer les conclusions qu'il souhaite.
Et peu de romans proposent ce genre d'expérience aujourd'hui.
J'espère qu'il imprégnera de la même façon des milliers d'autres lecteurs.


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Kirzy
  26 janvier 2020
Le voilà mon premier coup de coeur de l'année et cela pourrait être MON coup de l'année tout court tellement j'ai été percutée par l'intensité de ce roman dès les premières lignes, terribles, sur l'enfance perdue de Corentin.
Et puis l'Apocalypse. Une implosion, un incendie, un monde rendu stérile, sans couleur, sans soleil, sans plante, sans animaux, une population humaine décimée, la sixième extinction. Corentin a survécu.
Oui, le genre post-apocalyptique est fort encombré et a donné lieu à de grands romans, des chefs d'oeuvre même. La Route ( Cormac McCarthy ), Ravage ( Barjavel ), Je suis une légende ( Richard Matheson ), Les Derniers hommes ( Pierre Bordage ), Dans la forêt ( Jean Hegland ), La Peste écarlate ( Jack London ). La liste est longue, j'affectionne tout particulièrement les romans post-apo. Et ce n'est pas le énième. Il est même plutôt inclassable, même si il est question de survivants errants sur la route, même s'il est question de forêts refuge.
Sandrine Collette opte pour la lignée intimiste, rien n'est spectaculaire, tout est crépusculaire. A peine comprend-on que l'apocalypse est climatique. L'auteure joue sa propre partition en se recentrant sur le personnage de Corentin, comme dans un huis-clos de mots pour dire le vide, la solitude, la disparition des couleurs dans ces jours devenus sauvages que va connaître Corentin. J'ai été prise aux tripes par le destin de cet personnage accroché à la vie, pris dans un combat intérieur entre l'animal et l'humain, au bord de la démence, à la fois lâche et courageux, combatif et désabusé. Que faire de cette vie, de cet espoir qui ne meurt pas, de cet amour à donner encore ? Il n'est pas le seul à m'avoir bouleversé, il y le merveilleux personnage de l'Aveugle, ce chiot rescapé devenu compagnon indispensable.
Si ce roman est aussi puissant, c'est parce qu'il est porté par une écriture superbe, tellurique et poétique, un tour de force. Les phrases sont courtes, avec des renvois à la ligne. Des phrases saccadées, qui claquent, cueillent l'émotion sans esbroufe, sans pathos. Authentiques avec leur syntaxe parfaite pour rythmer le parcours de vie de Corentin et son évolution psychologique dans ce chaos.
«  La seule couleur était celle du sang.
Corentin s'en aperçut en s'écorchant la main à un morceau de bois, un soir qu'il faisait du feu. Cela roula sur sa paume. Cela coula sur ses doigts. Dans son esprit chaviré, cela prit des teintes d'automne flamboyantes, des lueurs de rubis, des incandescences d'un vermillon inouï. Cela refléta le soleil disparu.
Il fut émerveillé.
Il comprit que cela n'existait pas, avant.
A présent, il savait créer la couleur. Il la portait en lui. Malgré tout le malheur, la chose n'avait pas pu détruire ce qu'il à avait à l'intérieur.
Pas la foi.
Pas son âme.
Mais le rouge.
Mais le sang.
Parfois le long de l'autoroute, il piquait sa peau de la pointe du couteau pour être sûr que c'était toujours là. Deux ou trois gouttes écarlates. Il riait tout bas en les regardant. »
Ecriture et récit sont en symbiose parfaite pour nous faire vibrer jusqu'à l'os. Sandrine Collette ne nous prend pas qu'aux tripes, ses mots résonnent jusqu'à notre tête pour nous pousser à la réflexion sur notre société qui gaspille et consomme, responsable du fléau qui s'abat sur Terre. Il ne s'agit pas pour elle de faire de Et toujours les forêts un roman idéologique ou politique, mais à l'heure où l'Australie brûle, ce récit instinctif prend de l'ampleur et terrifie.
Un grand roman noir où brûle la flamme de la résilience, porté par une écriture sublime, épique et époustouflant, bouleversant d'humanité.
Lu dans le cadre du jury Grand prix des lectrices Elle 2020 - catégorie roman.
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hcdahlem
  20 janvier 2020
La vie et rien d'autre
Le paradoxe avec Sandrine Collette, c'est que plus elle s'éloigne du roman noir et plus ses histoires sont noires. À l'image de la planète que retrouve Corentin après LA catastrophe. S'ouvrent alors des perspectives vertigineuses.
Il s'appelle Corentin et sa jeunesse aurait pu être un enfer. Car c'est peu dire qu'il n'était pas souhaité. Son père a fui et sa mère veut se débarrasser de ce mioche qui va toutefois finir par naître. Alors Marie se retourne vers Augustine, 76 ans, vivant seule dans la maison des forêts. «Chez Augustine tout était froid, désuet, silencieux» et le petit Corentin, qui pleure tous les soirs, ne rêve qu'au retour de de sa mère. Mais le temps passe. «Corentin ne reverrait jamais Marie».
Et si la vieille femme fait peur à l'enfant, d'étranges liens vont finir par se tisser entre eux. Elle l'aide à faire ses devoirs et veut qu'il réussisse. Elle lui apprend les plantes et les étoiles, elle l'encourage à le quitter pour aller étudier dans la grande ville. Il promet de revenir la voir. Promesse tenue, même si les voyages tendent à s'espacer plus longuement.
Car, outre les études, il y a les fêtes. Des fêtes qui «les sauvaient en même temps qu'elles les éloignaient du monde» et qu'il organisait avec des amis dans les catacombes. Une initiative qui leur sauvera la vie quand la terre se mettra à trembler.
«Ce fut la fin du monde et ils n'en surent rien.»
Trop curieux de savoir ce qui s'était passé, les premiers à vouloir regagner la surface mourront. Quand Corentin émerge, il ne trouve qu'une étendue calcinée, vitrifiée. Un monde en noir et blanc où règne un silence pesant. Pour ne pas sombrer dans le désespoir, il cherche de quoi manger et boire et à trouver un abri. Il a alors envie de croire qu'il n'est pas le seul survivant et qu'il va finir par croiser d'autres humains.
Quand la pluie se met à tomber, il exulte. L'eau, c'est la vie. L'eau c'est la promesse d'un avenir. Sauf que cette eau est toxique et qu'il a tout juste le temps de s'abriter pour ne pas être brûlé à son tour.
On le voit, Sandrine Collette n'a pas lésiné sur les moyens pour placer son personnage dans un récit terrifiant, même si on ne saura rien de cette catastrophe. Mais elle a aussi compris, comme Robinson sur son île déserte, qu'il ne peut vivre que si d'autres yeux le voient. Il ne reste un homme que parmi les hommes. C'est pourquoi il part vers la forêt, celle où il a passé son enfance, celle où il espère retrouver Augustine. Sur la route un chien va lui prouver qu'il n'est pas seul. Un petit chien aveugle avec lequel il va désormais avancer. Pour retrouver non seulement Augustine, mais aussi cette humanité envolée en quelques minutes.
Bien davantage qu'une fable écologique, c'est à une leçon philosophique qui nous est proposée ici. Comment un homme peut-il se comporter dans tel monde. Qu'est ce qui est juste? Pourquoi faut-il continuer à avancer? Que valent toutes les choses richesses accumulées au fil des années? Où est le progrès?
Et si le roman n'apporte pas les réponses, il pose les bonnes questions et va nous offrir, au fil des pages autant de surprises que de sujets de réflexion. Après Les larmes noires sur la terre et Juste après la vague, Sandrine Collette poursuit avec maestria son exploration de l'âme humaine dans des circonstances extrêmes et nous offre un grand roman. Précipitez-vous toutes affaires cessantes!

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Tostaky61
  19 décembre 2019
En changeant d'éditeur, on pouvait craindre que l'une des reines du roman noir ne perde son âme.
Soyons rassuré, il n'en est rien.
L'apocalypse selon Sandrine Collette...
Bon, d'abord, faut que je vous dise, ce roman, il est surprenant. Dans son style, sa forme, elle ne nous a pas habitués à ça, Sandrine.
Des phrases courtes, très courtes parfois et des petits paragraphes, qui donnent une lecture rapide, mais qui donnent un rythme effréné au récit, à tel point qu'à certains moments, j'ai eu envie de freiner, mais j'ai pas trouvé la pédale, y avait pas, elle était lancé,  rien ne semblait pouvoir l'arrêter.
Alors j'ai foncé avec elle, je me suis dit, à un moment elle va bien être obligé de reprendre son souffle...
Et quand ça s'est arrêté, on était dans le mur.
J'ai encaissé le choc.
Uppercut.
L'airbag s'est même pas déclenché.
J'étais sonné, comme ses protagonistes. Pas mort, même pas blessé, mais groggy...
J'explique.
Dès sa naissance, on savait que ça allait être dur pour Correntin.
Parce que Marie, sa mère, elle n'en voulait pas.
Alors elle a essayé de s'en débarrasser, avant.
Pis après elle a tout fait pour s'en séparer et elle a fini par le donner à la vieille Augustine, son arrière grand-mère.
Correntin à grandi là,  au milieu des forêts.  Puis il est parti étudié à la grande ville.
Et puis un jour, ou une nuit, il ne sait même pas quand, tout s'est arrêté.
Le monde, celui qu'il avait connu, a disparu.
Pourquoi ?
Comment ?
On s'en pose des questions.
Mais Correntin, lui, il veut retourner d'où il vient, il veut retrouver Augustine et les forêts.
Et toujours les forêts bascule dans le noir, le gris sombre d'un ciel sans soleil.
Une chappe de plomb s'abat sur les personnages et le lecteur.
Ce qui va suivre, on ne veut surtout pas le vivre.
Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...
Il faut reconstruire un nouveau monde. Avec...rien.
Un homme, une femme.
C'est... Adam et Eve.
Il y a même un petit côté Robinson Crusoé.
Tout ça à la sauce Sandrine Collette.
Donc, je vous préviens tout de suite, vous n'allez pas rigoler souvent. Pas du tout même.
Je vais même vous dire un truc. Quand je l'ai terminé ce bouquin, j'avais la larme à l'oeil.
Bouleversé par l'histoire, bien sûr, mais pas que...
Je me suis dit, ça y est, c'est fini. Sandrine Collette n'écrira plus jamais de roman noir.
Parce qu'après ça, qu'est-ce qu'elle peut écrire ?
Un roman qui m'a surpris, un roman qui m'a fait mal.
Mais heureusement, dehors, il y a du soleil...


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montmartin
  21 janvier 2020
Ce nouveau roman de Sandrine Collette est comme le dirait Muriel Robin : « noir, noir, complètement noir ».
Marie ne voulait pas savoir de qui était la petite saloperie qui lui poussait dans le ventre, elle voulait juste s'en débarrasser. Mais Augustine, la grand-mère l'a empêchée de se débarrasser du petit quand il n'était qu'une goutte de pisse. le petit est ballotté de maison en maison, puis Marie l'emmène chez Augustine, dans les forêts, un territoire à part, charnu d'arbres centenaires, un endroit maléfique disaient certains. Corentin va s'habituer à cette vie, et petit à petit à cette arrière-grand-mère qui l'aime à sa façon, sans câlins, sans baisers, une sorte de douceur âpre, de rugosité bienveillante. Il y a aussi Mathilde, son premier amour d'enfant. À dix-huit ans, il part pour la ville, absorbé par elle. Ils sont douze, une tribu, un clan passant leurs soirées à boire dans les catacombes. Un jour, un souffle est venu, enflammant tout sur son passage, tout est devenu cendres. le jour ne se lèvera plus jamais, alors Corentin n'a plus qu'une idée rejoindre les forêts et retrouver Augustine.
Sandrine Collette nous entraîne à la suite de Corentin dans une errance post-apocalyptique, dans un paysage lunaire. La désolation, une absence de couleurs, tout est gris, ou couleur sang, le bruit aussi a disparu.
Nous ne saurons rien de l'origine de cette catastrophe, mais Sandrine nous délivre habilement un message très actuel :
« Les avertissements lancés pendant des années, la Terre se réchauffait. Les animaux avaient souffert en premier de ces changements, des espèces avaient déjà disparu, mais pas un homme ne s'était dit qu'après se serait son tour, ou ils avaient été si peu nombreux, on leur avait coupé la parole. »
Nous voilà donc projetés dans un monde où il n'y a plus rien, où la priorité pour les survivants est de survivre, il n'y a plus de graines à planter, manger non par plaisir, mais pour durer. Mais la tentation de vivre surpasse tout.
J'ai bien aimé la façon dont Sandrine Collette nous emmène dans son univers sombre sur fond de désastre écologique, mais ce roman est aussi une réflexion sur la réalité virtuelle du bonheur que nous offre notre société de consommation à outrance où tout est abondance et gaspillage :
« Était-ce vraiment terrible un monde dans lequel les enfants devenus adultes restaient légers et futiles, émerveillés d'un rien, sans responsabilité, sans pression, sans angoisse, est-ce que ce n'était pas une forme de joie ? »
Un retour à la vie sauvage fait de solitude et l'obsession que tout renaisse, une plume précise et vivante pour décrire un monde où tout est mort, une nature devenue hostile. Sandrine Collette a vraiment le don de mettre en scène des personnages attachants dans une atmosphère et une ambiance obscures. Et si finalement l'avenir dépendait vraiment des enfants…
"il pensa aux bébés endormis dans le lit avec Mathilde. le monde se remettait lentement en marche. Le monde avait un avenir."

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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
StephanieIsReadingStephanieIsReading   26 janvier 2020
Car les enfants - les enfants, c'était plus fort qu'eux : ils étaient joyeux. Ils ne faisaient pas exprès.
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CriTicCriTic   25 janvier 2020
La disparition des couleurs, et le silence.
Le silence le laissait bouche ouverte, bras ouverts- épouvanté.
C’était comme s ‘il était devenu sourd, et il avait frotté ses oreilles à les rendre douloureuses pour leur redonner la vie, pour entendre à nouveau.
Mais il n’était pas sourd.
Seulement le bruit avait disparu. Il n’y avait rien à entendre. 
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armand7000armand7000   24 janvier 2020
Même la route minuscule qu’elle suivait hébétée, Marie la distinguait à peine. Parfois elle se prenait les pieds dans une herbe ou dans une ronce, elle tombait à genoux. Elle se relevait en pleurant, une main griffée par les orties, l’autre sur le macadam encore tiède. Elle les passait sous son ventre et se hissait à nouveau debout, à nouveau tremblante. À nouveau aveugle.
Aucune voiture ne passerait avant des heures.
Juste les arbres, avec leurs branches immenses déjetées tels des bras disloqués, et le vent qui faisait des sons étranges, des chuintements, des murmures, des menaces.
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hcdahlemhcdahlem   20 janvier 2020
Marie se traînait dans la nuit sans pouvoir s’arrêter de pleurer. Elle finissait par ne plus avoir peur des Forêts, elle n’avait plus la force.
C’était la fin de l’été, il faisait tiède.
D’autres fois, cela l’aurait amusée de marcher en pleine obscurité en tenant la main à Jérémie – ou à Marc, n’importe lequel, pour la différence qu’il y avait. Ils auraient ouvert leurs mains à la brise, ils auraient écouté la chouette qui hululait même si Marie s’en foutait, ils auraient fait la course dans le noir. Ils auraient inventé des noms aux silhouettes des arbres géants, des noms rien qu’à eux, pour un monde rien qu’à eux.
Tout cela avait volé en éclats.
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hcdahlemhcdahlem   20 janvier 2020
INCIPIT
Les vieilles l’avaient dit, elles qui voyaient tout: une vie qui commençait comme ça, ça ne pouvait rien donner de bon.
Les vieilles ignoraient alors à quel point elles avaient raison, et ce que cette petite existence qui s’était mise à pousser là où on n’en voulait pas connaîtrait de malheur et de désastre. Bien au-delà d’elle-même : ce serait le monde qui chavirerait. Mais cela, personne ne le savait encore.
À cet instant, c’était impossible à deviner.
À cet instant, ce n’était que rumeurs de vieilles femmes, et seuls le lendemain et le surlendemain leur importaient, et le qu’en-dira-t-on, parce que le village bruissait, palpitait, causait sans relâche. Elles, parce qu’elles avaient senti le vent mauvais, elles avaient décidé de fermer leurs oreilles, fermer leur bouche enfin, comme si cela pouvait suffire. Ce n’étaient, au fond, que de très petits soucis, qui ne méritaient pas qu’on en fasse de longs bavardages.
D’ailleurs, au moment où le grand chaos, le vrai, arriverait, les vieilles ne s’y trouveraient sans doute plus pour en parler.
Mais en attendant, elle, elle était là.
Elle s’était accrochée au fond des entrailles de Marie. Comme on dit des bêtes à la campagne, vaches ou brebis ou juments, elle avait pris. Par hasard peut-être, par malchance sûrement, enfin voilà, à présent, il faudrait faire avec.
Marie ne savait même pas d’où elle venait.
Cette petite existence maudite.
*
Marie tenant son gros ventre entre ses mains, les cheveux collés par la sueur malgré la fraîcheur de la nuit.
Marie qui n’y pensait plus, à ce qui avait grandi à l’intérieur de ses tripes, tant les Forêts l’épouvantaient à cet instant. Parce que les vieilles ne l’avaient pas ratée : elles l’avaient relâchée au milieu des ténèbres, au milieu des arbres, à l’exact mi-chemin entre le jour d’avant et celui d’après.
Elles l’avaient relâchée, elles avaient ouvert la porte de la maison décrépie noyée dans les bois noirs, elles l’avaient poussée sur le seuil. Dehors, on ne voyait rien. Une nuit d’encre. Une nuit d’ogre. Elles avaient dit: Va!
Cette porte ouverte, pour la première fois depuis six mois.
Marie avait regardé les vieilles, Alice et Augustine – comme on regarde des folles. Les grands-mères de Jérémie et de Marc. Races de chiens, de dingues, tous.
Marie, elle, ne comprenait plus. Elle avait peur.
Et puis son ventre, tout rond tout lourd.
Elle avait secoué la tête en suppliant.
Aller où?
Mais qu’en avaient-elles à faire, les vieilles?
Six mois enfermée dans une chambre aux volets clos, et Marie retrouvait la liberté en pleine nuit, avec ses dix ou quinze kilos de l’enfant à venir – Marie qui avait reculé à l’intérieur de la pièce.
Alors les grands-mères l’avaient chassée à coups de balai, jusqu’à ce qu’elles puissent refermer la porte sur elle.
Jusqu’à ce que Marie s’éloigne, parce qu’elle le savait : cette porte ne s’ouvrirait plus que pour du malheur.
Il n’y avait pas de lune cette nuit-là.
Même la route minuscule qu’elle suivait hébétée, Marie la distinguait à peine. Parfois elle se prenait les pieds dans une herbe ou dans une ronce, elle tombait à genoux. Elle se relevait en pleurant, une main griffée par les orties, l’autre sur le macadam encore tiède. Elle les passait sous son ventre et se hissait à nouveau debout, à nouveau tremblante. À nouveau aveugle.
Aucune voiture ne passerait avant des heures.
Juste les arbres, avec leurs branches immenses déjetées tels des bras disloqués, et le vent qui faisait des sons étranges, des chuintements, des murmures, des menaces.
Juste les silhouettes étouffantes des châtaigniers et des hêtres au-dessus d’elle, refermées en une voûte infranchissable, leurs racines comme des pièges, leurs oiseaux et leurs insectes réveillés par les sanglots de Marie qui la frôlaient en s’enfuyant dans des bruits mécontents.
Juste les Forêts.
*
Les Forêts n’avaient jamais aimé Marie.
Elles ne la guideraient pas.
Elles ne l’aideraient pas.
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